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Insomnies : pourquoi mes pensées s’emballent-elles dès que je veux dormir ?
Vos pensées s'emballent dès que vous voulez dormir ? L'insomnie d'endormissement cache souvent une anxiété. Hypnose et thérapies brèves à Lausanne pour apaiser l'alerte.
Il y a une phrase que j’entends presque chaque semaine au cabinet, à Lausanne. Une femme s’assied, épuisée, et finit par la dire, un peu gênée :
« Dès que je pose la tête sur l’oreiller, mes pensées s’emballent et je n’arrive plus à les arrêter. »
Elle a tout essayé. Les tisanes, les applications de méditation, se coucher plus tôt, se coucher plus tard, le compte à rebours de la respiration. Rien n’y fait. À la seconde où le corps s’immobilise et que la lumière s’éteint, le cerveau, lui, s’allume. La journée repasse en revue, les listes se déroulent, les scénarios se rejouent. Et à mesure que les heures avancent, une autre pensée vient se superposer aux premières, plus cruelle encore : « Il faut que je dorme, sinon demain je suis hors service. »
Cette femme n’a pas un problème de volonté. Elle a un système nerveux qui n’a pas reçu l’autorisation de s’éteindre.
Pourquoi mes pensées s’emballent-elles dès que je veux dormir ?
Parce que le silence du soir retire les distractions qui tenaient l’anxiété à distance toute la journée. Tant que le corps bouge et que l’esprit est occupé, l’alerte reste en fond. Une fois immobile dans le noir, il n’y a plus rien pour la couvrir : le mental prend toute la place et se met à tourner.
Dans la journée, vous êtes en mouvement. Le travail, les enfants, les trajets, les écrans — mille choses occupent la surface. L’anxiété de fond est bien là, mais elle est masquée. Le soir, quand tout se tait, ce voile tombe d’un coup. Ce que vous vivez comme « des pensées qui s’emballent » n’est pas la cause de votre insomnie : c’est le bruit d’un système nerveux resté allumé qui, enfin, devient audible.
C’est une nuance essentielle, parce qu’elle change complètement ce sur quoi il faut travailler. Ce ne sont pas les pensées qu’il faut faire taire. C’est l’état d’alerte qui les nourrit qu’il faut apaiser.
L’insomnie d’endormissement est-elle vraiment un problème de sommeil ?
Souvent, non. L’insomnie d’endormissement est fréquemment le symptôme d’une hypervigilance : un système nerveux qui reste en mode « veille », prêt à réagir. Le sommeil, lui, exige exactement l’inverse — le sentiment d’être en sécurité, le droit de baisser la garde. Traiter l’insomnie sans regarder l’anxiété qui la sous-tend, c’est soigner la fumée en ignorant le feu.
Le sommeil n’est pas un interrupteur qu’on actionne. C’est un lâcher-prise. Or on ne lâche prise que dans un environnement perçu comme sûr par la partie la plus ancienne de notre cerveau — celle qui n’écoute pas les raisonnements, seulement les sensations. Si cette partie est restée sur le qui-vive, elle interprète le simple fait de s’endormir comme un danger : baisser la garde, c’est devenir vulnérable.
C’est pour cela que tant de personnes me disent : « Je suis épuisée, et pourtant, dès que je me couche, je suis parfaitement réveillée. » Le corps réclame le repos, mais le système d’alarme refuse de rendre les armes. Ce n’est pas de l’insomnie contre laquelle il faut lutter. C’est une anxiété qui s’exprime la nuit, faute d’avoir été entendue le jour.
Pourquoi est-ce que plus je force le sommeil, moins je dors ?
Parce que le sommeil obéit à une logique paradoxale : c’est un état qui ne peut pas être produit par l’effort. Vouloir dormir active l’attention, l’intention et la tension — exactement les trois ingrédients qui maintiennent éveillé. Plus vous « essayez » de dormir, plus vous signalez à votre cerveau qu’une tâche importante est en cours. Et une tâche importante, ça ne s’abandonne pas.
Les chercheurs qui étudient l’insomnie chronique ont décrit ce mécanisme comme une boucle d’attention, d’intention et d’effort : plus une personne dirige son attention vers le sommeil, s’efforce de le déclencher et s’inquiète de ne pas y arriver, plus elle entretient précisément l’éveil qu’elle voudrait voir se relâcher.
C’est le piège que je vois se refermer chaque nuit sur mes clientes. Le lit devient une salle d’examen où l’on est jugée sur sa capacité à s’endormir. Chaque minute qui passe est un échec de plus. Le réveil qu’on regarde du coin de l’œil devient un juge. Et à force de rejouer cette scène nuit après nuit, une association se grave : le lit n’est plus un lieu de repos, c’est le lieu de la lutte.
Voilà pourquoi les conseils du type « détends-toi, arrête de penser » sont non seulement inutiles, mais contre-productifs. Ordonner à quelqu’un de lâcher prise, c’est lui demander un effort de plus. Le lâcher-prise ne se commande pas. Il se laisse arriver, quand les conditions sont réunies.
Qu’est-ce que l’hypnose change à l’insomnie d’endormissement ?
L’hypnose ne « fait pas dormir ». Elle agit là où la volonté est impuissante : sur l’état d’alerte lui-même. En état d’hypnose, le système nerveux fait l’expérience directe d’un relâchement profond, sans effort. Ce n’est pas une idée qu’on comprend, c’est une sensation que le corps réapprend — et qu’il peut ensuite retrouver seul, le soir venu.
Des travaux de recherche vont dans ce sens. Chez des femmes particulièrement réceptives à l’hypnose, écouter une suggestion invitant à « dormir plus profondément » avant une sieste, en laboratoire, a permis d’approfondir le sommeil — davantage de temps passé en sommeil lent, la phase la plus réparatrice. Il ne s’agit pas de dire que l’hypnose ferait dormir sur commande, ni qu’elle effacerait une insomnie : simplement que, chez des personnes réceptives et dans de bonnes conditions, la profondeur du sommeil peut se travailler.
Le corps garde la capacité de se relâcher. Elle n’a pas disparu. Elle est seulement empêchée par un état d’alerte qui ne se coupe plus. L’hypnose ericksonienne permet d’accompagner ce dépôt — non pas en « forçant » quoi que ce soit, mais en donnant au système nerveux une porte d’entrée vers le calme qu’il avait oublié.
À côté de l’hypnose, les thérapies brèves travaillent sur ce qui alimente l’hypervigilance en journée : la charge mentale, l’anticipation, les vieilles alarmes qui se sont installées bien avant les nuits blanches. Car une partie de vous a appris, un jour, qu’il fallait rester vigilante. Ce n’est pas un défaut à corriger. C’est une protection à apaiser.
Comment défaire l’association « lit = lutte » ?
En cessant de faire du lit le théâtre de l’effort. Concrètement : ne pas rester couchée à batailler contre l’éveil, réserver le lit au sommeil et à la détente plutôt qu’aux ruminations, et surtout retrouver, ailleurs qu’en pleine nuit, la sensation physique du relâchement — pour que le corps la reconnaisse à nouveau quand vient le soir.
Une partie du travail thérapeutique consiste précisément à reconstruire ce lien de confiance entre vous et votre lit. Tant que le coucher est vécu comme une épreuve, chaque soir réactive l’alerte. En hypnose, on réapprend au corps qu’il peut se relâcher dans ce lieu-là, sans danger. On remplace, peu à peu, l’anticipation anxieuse par une expérience de sécurité.
Je le formule souvent ainsi à mes clientes : nous ne cherchons pas à ajouter une technique de plus à la longue liste de celles qui n’ont pas marché. Nous cherchons à retirer ce qui empêche, ce qui bloque, car le sommeil est un mouvement naturel du corps. Quand on cesse de lui barrer la route, il revient de lui-même — pas toujours du jour au lendemain, mais progressivement, à mesure que le système nerveux réapprend à faire confiance.
Quand faut-il consulter un médecin pour une insomnie ?
L’hypnose et les thérapies brèves accompagnent l’insomnie liée à l’anxiété et à l’hypervigilance. Mais une insomnie sévère, qui dure depuis longtemps, ou qui s’accompagne de somnolence dangereuse, de ronflements avec pauses respiratoires, d’une souffrance importante ou d’idées noires, relève d’abord d’un avis médical. Un trouble du sommeil peut avoir une cause organique (apnée, douleur, effet d’un traitement) qu’il faut écarter.
Consulter son médecin en priorité ne s’oppose pas à un accompagnement en hypnose : les deux sont complémentaires. Mon travail ne remplace jamais un diagnostic ni un suivi médical. Il vient s’ajouter, une fois le terrain médical clarifié, pour agir sur la dimension que les somnifères ne touchent pas : l’anxiété de fond qui tient éveillée.
Si vous vous reconnaissez dans ces nuits qui n’en finissent pas, je propose un premier entretien téléphonique gratuit de 30 minutes. Pas un bilan, pas une vente — juste un moment pour poser ce que vous vivez et regarder ensemble si ma façon de travailler peut vous être utile. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet à Lausanne.
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Pour aller plus loin
Livres
- Colin A. Espie, Overcoming Insomnia and Sleep Problems : A Self-Help Guide Using Cognitive Behavioral Techniques, éd. Robinson, 2006 — la référence sur la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie et le rôle de l’effort dans l’entretien du trouble.
- Marie Pia d’Ortho, Le Sommeil : mieux dormir, mode d’emploi, éd. Odile Jacob, 2019 — panorama grand public rigoureux sur les mécanismes du sommeil et de l’insomnie.
Pour les professionnels
- Milton H. Erickson, Ernest L. Rossi, L’Hypnose thérapeutique : quatre conférences, éd. ESF, 2013 — les fondements de l’hypnose ericksonienne et de l’accompagnement non directif.
- Antonio Zadra, Robert Stickgold, When Brains Dream : Exploring the Science and Mystery of Sleep, éd. W. W. Norton, 2021 — état des lieux scientifique sur le sommeil et ses troubles.
→ Voir aussi la page Anxiété — hypnose à Lausanne.