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Douleur propre, douleur sale : pourquoi fuir ma souffrance l’amplifie
Il y a une pensée qui revient dès qu’on effleure votre passé : « J’ai si peur d’aborder ce que j’ai vécu et mes réactions que je préfère tout bloquer. » C’est compréhensible ! Quand la douleur a longtemps été synonyme de danger, l’éviter ressemble à la seule option sensée. Pourtant, il existe deux douleurs très différentes — et les confondre, c’est rester prisonnière de la mauvaise.
Si vous reconnaissez cette peur d’ouvrir la boîte, sachez d’abord que votre prudence a du sens. Beaucoup de femmes que j’accompagne en hypnose à Lausanne ont appris très tôt que la douleur ne menait nulle part, sinon à plus de douleur. Regardons ensemble pourquoi, et comment sortir de ce piège sans jamais vous brusquer.
Quelle est la différence entre la douleur que je fuis et celle que je traverse ?
La douleur propre est celle qui accompagne le fait de regarder, de ressentir, de faire le deuil de ce qui n’a pas été. Elle est vive, mais elle a un mouvement : elle monte, se traverse, et s’apaise. La douleur sale, elle, naît de tout ce qu’on met en place pour ne pas sentir la première — se couper, ruminer, se suradapter, fuir dans le contrôle ou l’agitation. Cette seconde douleur, elle, ne passe pas : elle s’entretient.
Cette distinction vient des approches du trauma, notamment du travail du thérapeute Resmaa Menakem, My Grandmother’s Hands, 2017. L’idée est simple et libératrice : une grande partie de ce qui vous épuise aujourd’hui n’est pas la blessure d’origine, mais tout l’échafaudage construit pour ne pas la sentir. Et cela, justement, peut se défaire.
Pourquoi j’ai si peur d’aborder mon passé que je préfère tout bloquer ?
Parce que, enfant, vous aviez raison de fuir. Quand la souffrance était constante et sans issue — des besoins ignorés, des moqueries, de la négligence ou de la maltraitance —, la seule façon de tenir était de s’en couper. La douleur était alors vraiment mauvaise : y rester ne faisait qu’aggraver les choses. Votre système a retenu la leçon : douleur égale danger, donc on bloque.
Le malentendu, c’est que cette règle d’hier ne vaut plus aujourd’hui. Enfant, vous étiez seule et sans ressources face à l’insupportable. Adulte, accompagnée et en sécurité, vous pouvez traverser ce que vous ne pouviez pas traverser alors. La peur de regarder reste intacte, mais le danger, lui, a changé de camp.
Pourquoi éviter ma souffrance la rend-elle plus grande ?
Parce que ce qu’on fuit ne disparaît pas : cela se met à gouverner dans l’ombre. Pour ne pas sentir la douleur propre, on déploie des stratégies — repli, hypercontrôle, relations qui se répètent, suractivité, alcool. Chacune soulage sur le moment, puis coûte cher : amitiés usées, élans éteints, années qu’on regarde ensuite en se disant qu’elles ont filé pour rien.
C’est le cœur du paradoxe : en voulant s’épargner une douleur qui aurait eu une fin, on s’installe dans une douleur qui n’en a pas. La rumination rejoue sans cesse ce qu’on refuse de sentir une bonne fois. L’évitement, lui, demande une vigilance de chaque instant. La douleur sale est un loyer qu’on paie tous les jours pour une chose qu’on espérait ne jamais posséder.
Traverser ma douleur, est-ce juste souffrir davantage ?
Non, et c’est toute la nuance. Traverser la douleur propre ne veut pas dire replonger brutalement dans le pire, ni tout revivre d’un coup. Cela veut dire s’en approcher à petites doses, avec un cadre et une présence, de sorte que le ressenti puisse enfin aller à son terme au lieu de rester coincé. Une peine qu’on laisse monter et redescendre, accompagnée, s’épuise d’elle-même.
Beaucoup découvrent alors quelque chose d’inattendu : la douleur propre, aussi vive soit-elle, apporte un soulagement que l’évitement n’a jamais donné. Pleurer enfin un manque, nommer une colère longtemps tue, reconnaître ce qui a été injuste — cela allège, là où tout retenir pesait. On ne souffre pas plus : on souffre enfin utilement, pour de moins en moins longtemps.
Comment distinguer, en moi, ce qui va bien de ce qui fait mal ?
En cessant de vous voir tout d’une pièce. Après des années de survie, on a tendance à se juger globalement — « Je suis abîmée », « Tout est gâché ». Or vous êtes un mélange : des parties blessées, et des parties restées vivantes, sensibles, capables de joie, même si elles ont été mises en veille. Le premier pas consiste à les distinguer, plutôt qu’à tout ranger dans « mauvais ».
Ce tri change le regard sur le passé. Pendant que vous faisiez tout pour survivre, de belles choses se passaient aussi en vous, souvent sans que vous les remarquiez. Reconnaître ce qui est resté intact, c’est retrouver une base sûre d’où regarder le reste — sans se réduire à ses blessures.
En quoi l’hypnose et le travail sur les parties de soi peuvent m’aider à traverser ?
En rendant la traversée possible sans jamais vous submerger. L’hypnose installe un état de détente léger, où le corps se sent assez en sécurité pour approcher ce qu’il gardait à distance — à votre rythme, sans rien forcer à remonter. C’est précisément ce cadre protecteur qui transforme une douleur jusque-là insupportable en une douleur propre, que l’on peut enfin traverser.
L’approche par les parties de soi aide, elle, à accueillir séparément la partie qui a peur de sentir et celle qui porte la peine. On écoute la première, on la rassure, on lui montre qu’elle n’a plus à tout bloquer ; alors seulement la seconde peut déposer ce qu’elle tenait seule depuis si longtemps. Peu à peu, l’énergie dépensée à éviter se libère et revient à la vie. C’est un travail tout en douceur, que je propose au cabinet, à Lausanne.
Pour aller plus loin
- Resmaa Menakem, My Grandmother’s Hands, Central Recovery Press, 2017 — sur la douleur propre et la douleur sale, et le trauma logé dans le corps.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel — sur la façon dont le corps garde la trace du trauma et réapprend la sécurité.
- Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, éd. Odile Jacob — sur la capacité à se reconstruire après les blessures, avec finesse et espoir.
Si vous sentez que la peur d’approcher votre passé vous coûte plus cher que la blessure elle-même, et que vous aimeriez être accompagnée pour la traverser en douceur, on peut simplement en parler. Je vous propose, si vous le souhaitez, un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour faire connaissance et voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se dérouleraient ensuite au cabinet, à Lausanne.