Colère refoulée dans le corps : et si votre corps disait le « non » que vous n’avez jamais osé dire ?

En bref — Ce « Ça va » qui recouvre un « Je n’en peux plus ». Sous sa forme saine, la colère protège nos frontières : elle dit « stop » quand quelqu’un va trop loin. Quand on l’a réprimée trop longtemps, pour ne pas décevoir ou rester aimable, certains cliniciens observent qu’elle peut finir par peser sur le corps. Ce texte explore ce lien avec prudence, sans diagnostic, sans remplacer votre médecin et sans vous faire porter la moindre faute.

Des années à prendre sur vous, à sourire quand tout en vous disait non. Vous ne vous dites peut-être même pas en colère, juste à bout. Cette colère refoulée dans le corps ne disparaît pas toujours d’elle-même : certaines femmes la sentent se loger quelque part, dans une mâchoire serrée, des épaules qui ne se relâchent plus, une fatigue sans nom. C’est ce lien que j’aimerais explorer ici avec vous, prudemment.

Ma colère, n’est-ce pas plutôt un défaut à corriger ?

Pas dans sa forme saine. Cette colère-là est une gardienne de frontières : elle signale qu’une limite vient d’être franchie et invite à la rétablir. Une fois son message passé, elle repart. Rien d’agressif là-dedans : une façon de dire, calmement, « Je compte moi aussi. »

Le médecin Gabor Maté propose une image simple. Imaginez quelqu’un debout, juste à côté de vous : c’est encore supportable. Puis cette personne s’approche, s’appuie sur vous, s’installe sur vos genoux. À un moment, quelque chose en vous se redresse et dit « Non, là, ça suffit ». Cette poussée, cette énergie qui rétablit la distance, c’est la colère saine. Elle ne cherche pas à blesser. Elle protège un espace.

Nos émotions, au fond, font ce travail de frontière en permanence. Elles laissent entrer ce qui nourrit — la tendresse, le soutien, la présence — et tiennent à distance ce qui abîme. La colère est l’une des sentinelles de ce système. Quand elle fonctionne, elle nous épargne bien des conflits : un simple « non » posé à temps, et la limite est claire.

Beaucoup de femmes que j’accompagne ont appris, très tôt, à éteindre cette sentinelle. Non par faiblesse. Parce que, dans leur histoire, se taire était plus sûr que déranger.

Je prends toujours sur moi pour ne pas décevoir : est-ce que ça peut vraiment retentir sur le corps ?

Peut-être, oui, avec prudence sur le mot « vraiment ». Il n’existe pas de preuve qu’une émotion retenue « cause » une maladie. En revanche, plusieurs chercheurs et cliniciens observent un lien entre le fait de réprimer durablement ses émotions et un corps qui reste en tension. C’est une piste, pas une sentence.

Voici l’hypothèse. Nos émotions distinguent ce qui est bon pour nous de ce qui ne l’est pas, et le système immunitaire fait un travail proche dans le corps : reconnaître ce qui est « soi », repousser ce qui ne l’est pas.

Vous connaissez déjà cette frontière, même sans les mots. C’est ce petit coup dans la poitrine quand on vous demande, encore, un service que vous n’avez pas la force de rendre. Cette chaleur qui monte, vite étouffée par un sourire poli. Votre corps, lui, l’a sentie passer. C’est de cette frontière-là qu’on parle — celle que vous avez appris à taire, mais que vous éprouvez encore, quelque part sous les côtes.

L’hypothèse de Gabor Maté, qui reste clinique, est que réprimer sans cesse cette défense pourrait, chez certaines personnes, participer à un terrain où le corps lui-même finit par se dérégler.

Rien ici ne permet de dire « Votre colère rentrée vous a rendue malade ». Simplement de quoi prendre au sérieux ce que le corps, à force de tout encaisser, essaie peut-être de signaler.

Alors non, prendre sur soi n’a rien d’une faute — souvent, une compétence de survie, apprise dans un contexte où elle était nécessaire. La question n’est pas de vous blâmer. Elle est de savoir ce que cette compétence vous coûte aujourd’hui.

Pourquoi les femmes comme moi sont-elles plus touchées ?

Cette partie est un peu plus factuelle : passez-la si elle vous inquiète. Les maladies auto-immunes touchent environ 8 % de la population, et près de huit personnes concernées sur dix sont des femmes, selon la synthèse de Fairweather, Frisancho-Kiss et Rose (American Journal of Pathology, 2008). Les raisons de cet écart sont débattues, et rien ne dit que c’est « à cause » de vos émotions.

Les causes sont multiples : facteurs hormonaux, génétiques, immunitaires. Il serait faux de tout ramener aux émotions. Mais certains cliniciens ajoutent une autre piste, culturelle celle-là : dans beaucoup de familles et de sociétés, on apprend aux filles à être gentilles, arrangeantes, à ne pas faire de vagues. La colère y devient vite « inconvenante ».

Résultat, une frontière qu’on n’ose pas poser. Un « non » qu’on avale. Un « Ça va » qui recouvre un « Je n’en peux plus ». Cette piste éclaire seulement une part du tableau, souvent laissée dans l’ombre.

Si vous vous êtes toujours effacée pour préserver les autres, rien n’est gravé dans le marbre : il s’agit d’une adaptation. Et ce qui s’apprend peut, doucement, se réapprendre autrement.

On vient de me diagnostiquer une polyarthrite : est-ce que c’est ma faute ?

Non. Absolument pas. Une maladie auto-immune comme la polyarthrite ne se déclare pas parce que vous auriez « mal géré » vos émotions. Ses causes sont multiples, encore mal connues, et son suivi appartient à votre médecin — à lui seul. Rien de ce que vous lirez ici ne doit remplacer un traitement ou vous en détourner.

Dire qu’un lien existe entre émotions et corps n’est pas dire que vous êtes responsable de votre maladie. La culpabilité n’a jamais apaisé personne. Elle ajoute une blessure à une blessure.

Ce que je vous propose est plus modeste et plus doux. Une fois le suivi médical en place, il peut être précieux d’écouter aussi ce que votre corps traverse. Pas pour trouver un coupable, mais pour vous accorder, enfin, un peu de l’attention que vous avez si longtemps réservée aux autres.

Votre corps ne vous trahit pas. Il a besoin de soutien : médical d’abord, humain aussi.

Où est passée toute cette colère que je n’ai jamais exprimée ?

Elle n’a pas disparu. Une colère refoulée ne s’évapore pas dans le ciel : elle se retourne, le plus souvent, contre soi. C’est ce qui donne cette petite voix intérieure qui juge, rabaisse, exige la perfection. La colère qu’on n’a pas dirigée vers l’extérieur trouve une cible plus proche : nous.

Vous la connaissez, cette voix. Celle qui souffle « Tu n’en fais jamais assez » les soirs de fatigue. Celle qui transforme un simple « non » en preuve d’égoïsme. Même quand elle fait mal, elle reste souvent une part de vous qui a cru, un jour, que se maltraiter était plus sûr que de risquer le conflit dehors.

Il y a une logique presque tendre là-dedans, quand on la regarde de près. Enfant, tourner la colère contre soi permettait de rester en lien avec ceux dont on dépendait. Mieux valait se dire « C’est moi le problème » que risquer de perdre l’amour d’un parent. Cette stratégie a protégé quelque chose d’essentiel. Elle a juste continué de tourner, longtemps après que le danger fut passé.

Et le corps, dans tout ça ? Il assiste à ce combat silencieux. Une frontière qu’on ne pose jamais vers l’extérieur, c’est une tension qui reste à l’intérieur. Épaules qui pèsent, mâchoire serrée, ventre noué. Le corps garde parfois la trace de ce que la parole n’a pas pu poser.

Comment retrouver ma colère saine sans devenir agressive ?

En comprenant que la colère saine est l’inverse de l’agressivité. L’agressivité déborde, blesse, cherche à dominer. La colère saine, elle, pose simplement une limite : « Voici où je m’arrête, voici où l’autre commence. » Bien vécue, elle rend plus juste, pas plus dur.

Beaucoup de femmes redoutent leur colère parce qu’elles l’ont surtout vue sous sa forme abîmée : les cris, la violence, quelqu’un qui perd le contrôle. Alors elles ont conclu, logiquement, que colère égale danger. Mais ce qu’elles ont vu là n’était pas de la colère saine. C’était souvent de la colère mal contenue, qui avait débordé faute d’avoir été écoutée plus tôt.

La colère saine se dit à voix basse, la plupart du temps. Un « Non, ça ne me convient pas » posé tranquillement. Une distance reprise sans se justifier pendant dix minutes. Elle n’a pas besoin d’exploser, justement parce qu’on l’accueille avant qu’elle n’ait à crier. Ce qui explose, c’est ce qu’on a trop longtemps retenu.

Retrouver cette frontière ne se décide pas d’un coup de volonté. Cela se réapprend, en douceur, en recommençant à sentir dans le corps ce petit signal qui dit « Là, ça ne va pas pour moi ». Beaucoup de femmes l’ont désappris si tôt qu’elles ne le perçoivent presque plus. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais totalement éteint.

Pourquoi ma colère me fait-elle si peur alors qu’on m’a fait du mal ?

Parce que la colère saine — celle qui signale qu’une limite a été franchie — a peut-être été dangereuse ou punie dans votre histoire. Quand on vous a fait du mal, cette colère est pourtant un signal légitime : elle dit « ce qui s’est passé n’était pas juste ». Mais si, enfant, se fâcher exposait au rejet ou à la représailles, la sentir monter aujourd’hui déclenche la panique et la culpabilité, comme si c’était vous, la mauvaise.

Le problème vient moins de la colère que de la peur d’elle. Il s’agit d’apprendre à l’écouter comme une information, un « non » intérieur, sans la refouler ni la laisser exploser. Écoutée, elle protège vos limites. Refoulée, elle se retourne contre vous, en tensions dans le corps ou en reproches contre vous-même.

En quoi l’hypnose peut-elle m’aider quand ma colère refoulée s’est logée dans le corps ?

L’hypnose ne soigne pas une maladie et ne remplace jamais la médecine. Ce qu’elle peut offrir, c’est un espace où le corps se sent assez en sécurité pour relâcher, un peu, la garde qu’il monte depuis des années — et pour renouer avec ces signaux intérieurs qu’on avait appris à ne plus écouter.

Concrètement, l’hypnose est un état de détente et de conscience légère où vous restez présente, et où l’on peut s’adresser avec douceur à ces parties de vous restées sur le qui-vive. Celle qui a appris à tout encaisser. Celle qui juge. Celle qui n’a jamais eu le droit de dire non. On ne les combat pas : on les écoute, on comprend ce qu’elles ont protégé, et on cherche avec elles une autre manière de veiller sur vous.

Le travail avec les parties de soi (IFS) aide à comprendre les différentes voix qui nous habitent, et l’hypnose à apaiser le corps. Aucune n’est une baguette magique : ce sont des manières douces de rendre au corps un peu de sa tranquillité, et à votre voix un peu de sa place.

Il n’est pas nécessaire de revivre ou de tout raconter, et chaque étape se fait avec votre accord.

Si vous vous êtes reconnue dans ces lignes, on peut simplement en parler. Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour comprendre ce que vous traversez et voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne, à votre rythme.

Pour aller plus loin

Livres — pour comprendre le lien entre émotions, colère et corps

  • Gabor Maté, Quand le corps dit non : le stress qui démolit, éd. de l’Homme — le lien entre émotions retenues, stress chronique et maladie, illustré de nombreux récits cliniques.
  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel — comment le stress et le trauma s’inscrivent dans le corps, par un psychiatre référent du domaine.
  • Harriet Lerner, Le pouvoir créateur de la colère, éd. de l’Homme — un classique sur la place de la colère dans la vie des femmes et la façon d’en faire un allié plutôt qu’un tabou.

Livre — pour découvrir l’approche par les parties de soi (IFS)

  • Richard Schwartz, Petit guide de la thérapie IFS : système familial intérieur et guérison des traumas, éd. Quantum Way — le modèle des parties de soi et de l’accès à un centre intérieur plus calme, expliqué par son fondateur.
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