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De nouveaux symptômes pendant ma thérapie — pourquoi c’est souvent bon signe
De nouveaux symptômes apparaissent en cours de thérapie ? Souvent ce n'est pas un recul, mais une nouvelle alarme du système nerveux. Lecture clinique d'hypnothérapeute.
Vous avez commencé un travail thérapeutique. Quelques semaines passent. Et soudain, un symptôme apparaît — différent. Un vertige. Une sensation étrange dans le ventre. Une pensée qui tourne en boucle. Une douleur qui n’était pas là avant.
Une voix monte aussitôt en vous : "Cette fois c’est différent. Cette fois c’est sérieux. Cette fois c’est réel."
Cette voix, vous la connaissez. Vous l’avez déjà entendue. Pour mille autres symptômes qui sont passés. Et pourtant, à chaque nouveau symptôme, le piège se referme avec la même force.
En cabinet, je vois souvent ceci : ce nouveau symptôme est, le plus souvent, un signe que vous avancez. Pas que vous reculez. Et il y a une raison précise à cela.
Comment le cerveau fonctionne-t-il comme un système d’alarme ?
Le cerveau profond ne raisonne pas — il scanne en permanence pour repérer le danger. Quand une charge ancienne refait surface, il déclenche une alerte avec les outils qu’il connaît : tension, pensée intrusive, sensation corporelle. Ce n’est pas une rechute, c’est un signal qui demande à être lu.
Pour comprendre ce qui se passe, il aide de sortir du modèle "je vais bien / je vais mal" et d’adopter un modèle plus juste : celui du système d’alarme.
Quand un système nerveux a vécu trop de stress — relations difficiles, environnement de travail éprouvant, période d’épuisement, expériences précoces où l’on n’a pas pu être soi-même —, il finit par se verrouiller en mode survie. Pas par accident. Par intelligence biologique : le cerveau a trouvé que rester en alerte offrait la meilleure chance de tenir le coup.
Une fois verrouillé, ce mode survie ne se débranche pas tout seul. Il continue de tourner en arrière-plan, comme une application restée ouverte qui vide la batterie. Et pour signaler qu’il est dépassé, il envoie des alarmes : sensations physiques, pensées intrusives, anxiété, fatigue, douleurs sans cause identifiable.
En cabinet, c’est exactement ce qu’on observe : le seau de stress déborde. Le système tourne en mode survie à mille, alors qu’il pourrait redescendre.
Les symptômes ne sont pas la maladie. Ils sont le langage du cerveau qui demande une mise à jour.
Pourquoi de nouveaux symptômes apparaissent-ils quand on commence à aller mieux ?
Quand le système nerveux retrouve un peu de sécurité, il s’autorise enfin à laisser remonter ce qui était trop chargé pour être ressenti avant. C’est paradoxal, et pourtant courant en cabinet : un nouveau symptôme en pleine progression signale souvent que le travail touche une couche plus profonde.
Et c’est là que ça devient contre-intuitif — c’est précisément le moment qui fait renoncer beaucoup de personnes, au pire instant.
Quand vous commencez un travail thérapeutique sérieux — avec l’hypnose ericksonienne, avec les parties de soi (IFS), avec la régulation du corps —, vous apaisez progressivement certaines alarmes. La rumination du soir s’adoucit. L’anxiété sociale recule. Le sommeil revient. Vous avancez.
Mais vous n’êtes pas encore au bout. Le système est passé de mille à six cents. Pas à zéro. Il a encore besoin d’attirer votre attention pour finir le travail. Que fait-il ?
Si l’on se met à sa place, la logique devient limpide : certains symptômes ne fonctionnent plus, alors pourquoi ne pas en essayer de nouveaux ?
Le cerveau propose des alarmes neuves. Et elles marchent, parce qu’elles sont fraîches : vous n’avez pas d’historique avec elles, vous n’avez pas la preuve qu’elles partent, vous ne savez pas ce que c’est. Le piège se referme. Vous paniquez. Vous ruminez. Vous analysez. Vous imaginez le pire.
Le cerveau a réussi : vous lui prêtez à nouveau attention.
C’est pour cela qu’on peut traverser des vagues successives — un symptôme, puis un autre, puis un autre. Ce n’est pas une rechute. C’est le système qui change de canal jusqu’à ce que vous appreniez à ne plus mordre à l’hameçon.
Ce n’est pas la blessure qui s’aggrave. C’est le système qui cherche un nouveau canal pour parler.
Pourquoi mon corps déclenche-t-il l’alerte juste quand je me sens enfin calme ?
Parce que le calme est encore inconnu pour lui. Après des années en mode survie, sous tension permanente, votre système nerveux a pris l’agitation pour un repère de sécurité. En revenant à un état apaisé, il perd ses balises. Privé de sa vigilance habituelle, il se sent paradoxalement vulnérable et déclenche de fausses alertes.
On imagine le mieux-être comme une ligne droite vers plus de paix. La réalité est plus surprenante. Un système nerveux longtemps verrouillé en survie s’est organisé autour de la tension. C’est devenu sa normalité, son sol sous les pieds. Quand le travail thérapeutique le ramène vers le calme, il quitte un territoire qu’il connaissait par cœur. Et l’inconnu, pour un cerveau en alerte, ressemble à un danger.
Alors il teste. Il rallume l’alarme pour vérifier si elle répond encore. Ces sursauts portent un nom en psychologie du comportement : des rafales d’extinction. Un peu comme une flamme qui jaillit plus fort juste avant de s’éteindre. Ce n’est pas un retour en arrière. C’est un système en pleine réorganisation, qui désapprend une vieille habitude.
Il y a un mécanisme plus fin encore : le corps ne réagit pas seulement à ce qui arrive, il réagit à ce qu’il anticipe. Sur la base d’une ancienne carte du danger, la simple pensée d’une activité peut suffire à réveiller un symptôme. Avant même de bouger, le corps a déjà sonné l’alarme, fidèle à une menace qui n’existe plus.
D’où une distinction précieuse à poser avec douceur. Parfois, le corps signale une vraie limite de capacité, qu’il faut respecter. Parfois, il s’agit d’une inhibition purement protectrice : une partie de soi (IFS) surprotectrice vous freine pour vous éviter un risque qu’elle croit toujours réel. Apprendre à reconnaître l’une de l’autre change tout. Avec l’hypnose ericksonienne, on s’adresse directement à ce langage profond du corps. Et l’écoute des parties de soi (IFS) permet de remercier cette gardienne fidèle, puis de l’inviter, doucement, à découvrir que le calme aussi peut être un lieu sûr.
Pourquoi vouloir tout analyser ralentit-il le mieux-être ?
Face à un nouveau symptôme, le réflexe est de chercher la cause, le déclencheur, l’explication. Mais l’analyse permanente coupe la voie du corps, là où le travail se joue. Le symptôme demande à être ressenti, pas compris. La compréhension, si elle vient, vient après — pas à la place.
Le piège de l’analyse
Devant un nouveau symptôme, le réflexe est universel : on cherche à comprendre, à diagnostiquer, à résoudre. Qu’est-ce que c’est ? D’où ça vient ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Comment je m’en débarrasse ?
Cette posture, aussi naturelle soit-elle, est exactement celle qui nourrit le symptôme.
"Ce à quoi on résiste persiste", dit-on souvent. Vous n’avez pas à écraser le doute : c’est encore de la résistance. Laissez le doute tranquille. Il partira quand il sera prêt.
Quand vous combattez un symptôme, vous lui donnez votre attention. Et c’est précisément l’attention qu’il cherchait — son rôle est d’attirer votre regard pour que vous fassiez quelque chose. Plus vous l’analysez, plus vous le confirmez dans son rôle d’alarme. Plus il s’installe.
C’est ce que je rencontre chaque semaine en cabinet. Une cliente arrive avec une nouvelle sensation, intriguée, inquiète. "Il faut absolument qu’on travaille sur ça aujourd’hui." Et je propose, doucement, un autre chemin : et si l’on commençait par ne pas en faire un sujet ? Et si l’on continuait simplement notre travail de fond ?
Souvent, le symptôme s’est apaisé de lui-même, parfois dès la séance suivante. Sans qu’on ait jamais vraiment parlé de lui.
Qu’est-ce qu’un levier d’indifférence face aux symptômes ?
L’indifférence, ici, n’est pas du déni — c’est la posture qui retire au symptôme le pouvoir qu’il a sur l’attention. « Je le sens, et je continue ma journée. » Cette posture dit au cerveau que la sensation n’est plus traitée comme un danger. L’alarme finit par baisser le ton.
Construire un levier d’indifférence
Il existe une image clinique précieuse pour cela : le levier d’indifférence.
Il ne s’agit pas de nier le symptôme, ni de le mépriser, ni de prétendre qu’il n’existe pas. Il s’agit de changer la relation que vous entretenez avec lui.
Une image parle d’elle-même : laissez le symptôme s’asseoir sur votre épaule pendant que vous préparez le dîner, sortez les poubelles, marchez jusqu’à l’arrêt de bus. Pensée, sensation, douleur, peu importe — « assieds-toi sur mon épaule pendant que je fais ce que j’ai à faire. Tu viens avec moi. »
En cabinet, cela donne quatre gestes simples.
1. Accueillir sans expliquer. Le symptôme arrive ? Vous le remarquez. Vous lui faites une petite place. Vous ne lui ouvrez pas la porte d’entrée principale. Vous ne le laissez pas conduire.
2. Ne pas chercher à le résoudre. Ce n’est pas votre travail. Votre seul travail, c’est de continuer la routine de fond — celle qui régule votre système nerveux jour après jour.
3. Continuer à vivre. Faire les courses. Aller au travail. Voir vos amis. Rire si c’est possible. Le symptôme vous accompagne, mais ne dirige pas.
4. Faire confiance au processus. Le corps sait ce qu’il fait. Vous avez surtout à sortir du chemin. Votre part du travail, c’est la mise à jour. Le reste s’organise de lui-même.
C’est ce que propose l’hypnose ericksonienne depuis des décennies : faire confiance à l’intelligence inconsciente du corps. Et ce que les parties de soi (IFS) permettent de nommer : laisser les mécanismes de protection changer de tactique sans paniquer, en leur offrant une présence calme plutôt qu’une nouvelle bataille.
C’est tout un ART : Accueillir le symptôme nouveau sans le combattre, Reconnaître son rôle d’alarme, Transformer votre relation à lui — du combat vers la présence tranquille.
Que faire quand la peur revient malgré le travail thérapeutique ?
La peur qui revient n’invalide pas le parcours — elle le confirme. Le système nerveux teste le terrain : est-ce qu’on tient encore, avec une nouvelle vague ? Le cadre de la séance, la ressource installée, l’accompagnement permettent de la traverser sans repartir à zéro. Chaque vague traversée renforce le sol sous vos pieds.
Et si, malgré tout, on a peur
Une chose importante : la phase de panique du début est normale.
Vous êtes humaine. Ne soyez pas si dure avec vous-même. Vous avez le droit de paniquer un peu. On passe par là pour construire le socle.
Personne ne devient indifférent à un nouveau symptôme du jour au lendemain. La première fois, vous allez paniquer. La deuxième aussi. Peut-être la dixième. Et puis, doucement, quelque chose change. Vous reconnaissez le mécanisme. "Ah, te voilà, toi. Encore un nouveau." La peur perd de sa puissance. Le levier d’indifférence se construit, jour après jour.
Ce processus suit son propre rythme. Il n’y a pas de calendrier universel pour l’apaisement d’un système nerveux. Ce n’est pas mécanique. C’est honnête.
Et la règle qui compte le plus : ne jamais sauter un jour de la routine. Restez sur le chemin. Si vous restez sur le chemin, vous y arrivez.
Quand un symptôme exige une consultation immédiate
Ce qui précède n’a de valeur qu’une fois écartée toute cause médicale réelle. Un nouveau symptôme inhabituel mérite toujours un bilan médical en parallèle.
Et certains signaux ne s’apprivoisent pas — ils se prennent au sérieux tout de suite :
- des idées suicidaires ou des envies de vous faire du mal ;
- une dissociation aiguë (sensation que le monde n’est plus réel, perte de repères qui dure) ;
- des flashbacks envahissants qui empêchent de fonctionner ;
- un état de crise qui ne redescend pas après quelques heures.
Dans ces cas-là, on n’attend pas, on n’observe pas : on consulte. Médecin traitant, urgences psychiatriques, ou en Suisse la Main Tendue (143). Votre thérapeute aussi doit être informé.
Une fois ces signaux écartés, une fois le bilan médical revenu normal, et si les symptômes coïncident avec un travail thérapeutique en cours, la lecture devient celle-ci : votre système est en train de se mettre à jour.
Questions fréquentes
Comment savoir si c’est une alarme ou un vrai problème médical ?
Si un symptôme est nouveau et marqué, faites un bilan médical. C’est non négociable. Mais quand la médecine ne trouve rien et que le symptôme coïncide avec un travail thérapeutique en cours, la lecture "alarme du système nerveux" devient pertinente. Votre thérapeute peut vous aider à faire cette distinction.
Est-ce normal d’avoir envie d’arrêter la thérapie quand un nouveau symptôme arrive ?
C’est même très fréquent. Le piège classique : "Cette fois ça ne marche pas, c’est sérieux, je dois arrêter." C’est souvent à ce moment que le travail commence à porter en profondeur. Avant d’arrêter, parlez-en à votre thérapeute. L’envie d’arrêter est souvent le dernier sursaut du système qui résiste à la mise à jour.
Combien de temps cela dure ?
C’est variable. Quelques jours pour certains symptômes, quelques semaines pour d’autres. Ce qui est constant : avec une routine maintenue et une posture d’indifférence bienveillante, les nouvelles alarmes finissent par s’éteindre. Et le système retrouve peu à peu un équilibre que vous n’aviez pas connu depuis longtemps.
Est-ce que je dois travailler spécifiquement sur le nouveau symptôme en séance ?
Pas forcément. Souvent, le meilleur travail consiste à continuer le travail de fond — celui qui régule le système nerveux dans son ensemble. Le symptôme nouveau perd alors sa raison d’être de lui-même. C’est ce qui se passe avec l’hypnose ericksonienne : on ne traque pas chaque alarme, on ramène le système au calme, et le reste se réorganise. Souvent, une seule séance suffit à amorcer ce mouvement.
Ce que je voudrais vous laisser
Si vous lisez ces lignes au moment précis où un nouveau symptôme vous angoisse, voici ce que je voudrais vous dire.
Vous n’êtes pas en train de craquer. Votre système nerveux n’est pas en train de se détraquer. Il est, au contraire, en train de finir son travail. Il cherche à attirer votre attention parce que la mise à jour n’est pas encore complète. Le piège fonctionne très bien, parce qu’il est fait pour fonctionner. Mais une fois que vous voyez le mécanisme, vous pouvez choisir une autre posture.
Vous pouvez laisser ce nouveau symptôme s’asseoir sur votre épaule. Continuer votre journée. Continuer votre routine. Ne pas l’analyser, ne pas le combattre, ne pas l’expliquer.
Et faire confiance à ce que votre corps sait déjà faire — ce qu’il a toujours su faire.
Si vous reconnaissez ce que je viens de décrire, je vous propose un premier entretien téléphonique de trente minutes, gratuit, pour qu’on regarde ensemble si le cadre vous convient. C’est un échange par téléphone, sans pression, avant d’envisager une séance au cabinet à Lausanne, avec l’hypnose ericksonienne, en présentiel, parce que ce travail-là demande la présence du corps.
L’hypnothérapie est un accompagnement complémentaire. Elle ne remplace pas un suivi médical en cours, et ne se substitue pas à un traitement prescrit. En cas de doute sur un symptôme, parlez-en à votre médecin.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
- Elaine N. Aron, Hypersensibles (Marabout, 2013).
- Clémence Peix Lavallée, Trouver ses forces intérieures (Odile Jacob, 2017).
- Christophe Fauré, Vivre le deuil au jour le jour (Albin Michel, 2018).
Références professionnelles
- Olivier Piedfort-Marin & Luise Reddemann, Psychothérapie des traumatismes complexes (Satas (Le Germe), 2016).
- Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors (Routledge, 2017).
- Gérald Brassine & Nadia Tonglet, Surmonter le traumatisme (Satas (Le Germe), 2017).
→ Voir aussi la page Références — Traumatisme.