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Relations toxiques et santé : ce que votre corps essaie de vous dire
Fatigue, douleurs, immunité fragile : la science mesure l'impact des relations difficiles sur le corps. Mécanisme et voie de sortie en hypnose ericksonienne et IFS, au cabinet de Marc Binggeli a Lausanne.
Quand le corps encaisse ainsi une relation, c’est souvent le signe d’une grande sensibilité émotionnelle.
Pourquoi mon corps parle-t-il avant que mes mots ne le rattrapent ?
Avant que vous compreniez ce qui se joue dans la relation, votre corps a déjà encaissé. Tensions cervicales, ventre serré, sommeil haché — ces signaux somatiques précèdent la pensée, et ils en savent souvent plus qu’elle.
Vous êtes épuisée. Vous dormez mal. Votre digestion s’est compliquée. Vous attrapez tout ce qui passe. Et personne ne comprend pourquoi.
Vous avez peut-être consulté. Vous avez peut-être entendu que les analyses étaient « normales ». Et pourtant, quelque chose en vous ne l’est plus.
Et si votre corps savait quelque chose que votre tête refuse encore d’entendre ?
La question n’est pas seulement « pourquoi suis-je si fatiguée ». C’est : qui, autour de moi, pèse assez lourd pour que mon corps ne redescende plus jamais tout à fait ?
Une personne difficile peut-elle vraiment abîmer ma santé ?
Oui, et cela se mesure désormais. Une personne proche qui exige et qui pèse en continu s’accompagne d’un vieillissement biologique et d’une inflammation supérieurs — d’autant plus quand c’est un membre de la famille. Ce n’est plus une intuition, c’est documenté.
Ce que la recherche a mesuré
En février 2026, une équipe de sociologues et d’épidémiologistes a publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences une étude qui ne parle pas de mécanisme abstrait, mais de personnes (Lee et al., 2026). Les chercheurs (universités de New York, d’Indiana, du Michigan et d’Utah) ont interrogé près de 2 700 adultes de l’Indiana sur leur entourage réel, puis mesuré leur âge biologique à partir de la méthylation de l’ADN — ces « horloges épigénétiques » qui disent à quelle vitesse le corps vieillit vraiment, à l’intérieur.
Le mot qu’ils emploient est hassler : ces proches qui exigent, qui pèsent, qui rendent la vie compliquée. Pas la manipulation extrême. Pas la trahison. Juste la pression constante d’une personne que l’on n’arrive pas à mettre à distance.
Le résultat est sobre. Chaque « hassler » présent de façon chronique dans l’entourage s’accompagne d’environ neuf mois d’âge biologique supplémentaire — et le lien le plus fort vient de la famille : un proche difficile de la parenté pèse davantage (de l’ordre d’une année biologique) qu’une relation difficile hors du cercle familial. Parents, fratrie, attachements de longue durée. Les relations dont on ne sort pas facilement. L’étude relie aussi ces personnes à plus d’inflammation et à une anxiété et une humeur dépressive plus marquées.
Autrement dit : ce n’est pas « le stress » en général qui use votre corps. C’est quelqu’un. Et votre organisme, lui, tient le compte.
Pourquoi le corps garde-t-il l’empreinte d’une relation précise ?
Parce qu’une personne qui pèse maintient le système nerveux en alerte : le corps reste en veille, prêt pour la prochaine tension. Ce n’est pas le souvenir d’un conflit qui fatigue — c’est l’attente permanente du suivant.
Le détail de ce que le stress chronique fait aux tissus — cortisol qui ne redescend plus, inflammation de bas grade, sommeil et digestion déréglés — je l’ai décrit ailleurs, à propos du coût corporel du besoin de plaire. Ici, ce qui compte n’est pas tant la chimie que sa source : une relation en particulier, une personne dont la seule présence — parfois un simple message, un pas dans l’escalier, un ton de voix — rallume l’alarme.
Le corps n’est pas conçu pour vivre en veille permanente. Il est conçu pour s’alarmer, puis revenir au repos. Quand une relation maintient l’alarme allumée des mois ou des années, il n’a plus le temps de se déposer. C’est pour cela que se reposer ne suffit pas : tant que la personne — ou son souvenir vivace — occupe encore le système nerveux, aucune nuit, aucune cure de magnésium ne ramène le corps à son équilibre. Le repos n’a pas de prise sur une alarme qu’on n’a jamais coupée.
Pourquoi certaines personnes attirent-elles ces relations qui pèsent ?
Si, enfant, vous avez grandi dans un climat imprévisible, votre système nerveux a appris à fonctionner dans la tension comme si c’était la norme. Adulte, une relation qui devrait alarmer peut vous sembler familière — non par choix, mais par habitude du corps.
Quand l’enfance a déjà préparé le terrain
C’est un constat que je fais régulièrement au cabinet, et que la clinique de l’attachement et du trauma décrit depuis longtemps : les personnes qui traversent le plus de relations difficiles à l’âge adulte sont souvent celles qui ont accumulé le plus d’expériences adverses dans l’enfance.
Ce sont les ACE — Adverse Childhood Experiences. Maltraitance, négligence, parent figé, indisponible ou imprévisible, climat familial de tension continue.
Quand le système nerveux apprend, dès l’enfance, à rester en alarme, il continue à le faire une fois adulte. Et il reconnaît — ou tolère — des personnes qui réactivent cette alarme, parce qu’elles ont le goût du connu. Cela commence dans l’enfance, cela se prolonge à l’âge adulte, et cela laisse dans le corps des traces qui peuvent durer.
Ce n’est pas une fatalité. C’est une information.
Comment les blessures relationnelles s’inscrivent-elles dans le corps ?
Elles s’impriment dans la mémoire implicite : musculaire, viscérale, autonome. Le corps les rejoue par des sensations sans cause apparente, des contractures, des montées d’alarme somatiques. Ce n’est pas « dans la tête » — c’est inscrit plus bas que la pensée.
Beaucoup de mes clientes arrivent au cabinet avec le même constat : « Je sais que je devrais aller mieux. Je comprends ma situation. J’ai lu les livres. Mais mon corps, lui, n’a pas suivi. »
C’est exactement ce que cette recherche commence à éclairer. La compréhension intellectuelle se loge dans le néocortex. L’alarme corporelle, elle, est inscrite plus profond — dans le système limbique, dans le nerf vague, dans la mémoire procédurale du corps.
On peut comprendre tout ce qu’on veut. Tant que le corps n’a pas reçu un signal de fin d’alerte à propos de cette personne, il continue de tenir le poste de garde.
Les blessures relationnelles ne sont pas que des souvenirs. Ce sont des programmes corporels. Et c’est à ce niveau qu’il faut travailler.
Existe-t-il une porte de sortie corporelle aux relations qui pèsent ?
Oui. Un système nerveux qui a appris la menace peut la désapprendre — à condition de passer par le corps, pas seulement par les mots. Hypnose ericksonienne, IFS, travail somatique : autant de voies pour rejoindre ce qui s’est figé et permettre au corps de se déposer.
C’est là que mon approche prend son sens.
L’hypnose ericksonienne parle directement au système limbique. Elle ne demande pas à votre tête de comprendre une fois de plus. Elle favorise, chez le corps, une autre expérience. Dans un état léger de conscience et de sécurité guidée, elle laisse votre système nerveux apprendre ce que c’est que de relâcher l’alarme. De respirer sans se tenir prête. De ressentir, à l’intérieur, qu’il n’y a plus de menace immédiate — même si cette personne existe encore.
L’IFS — Internal Family Systems — vient compléter cela. Cette approche propose une métaphore utile : les parties de soi qui restent en alerte ne sont pas des défauts. Ce sont des mécanismes de protection, organisés au fil de vos expériences. Elles ont monté la garde quand personne ne le faisait. Aujourd’hui, elles n’ont plus besoin de tout porter seules. On apprend à les écouter, à les remercier, et à les laisser se reposer.
Cette combinaison — le limbique apaisé et les parties protectrices qui se déposent — est précisément ce qui permet au corps de redescendre. Pas par la volonté. Par la sécurité retrouvée.
Et si ce n’était pas dans ma tête, mais dans mon corps ?
C’est souvent le cas. Le mental cherche des explications à des signaux qui viennent du système nerveux. Reconnaître que le corps porte une vérité que l’esprit n’a pas encore mise en mots, c’est déjà commencer à se réconcilier avec lui.
Ce n’est pas dans votre tête. C’est dans votre corps.
Les chercheurs ont mis des chiffres sur ce que beaucoup de femmes que j’accompagne ressentent depuis longtemps. Quelque chose de simple et de précieux : leur épuisement n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas un caprice. Ce n’est pas un manque de volonté.
C’est le signe qu’un système nerveux a tenu trop longtemps, face à quelqu’un qui ne lui laissait pas de répit. Et qu’il est temps qu’on lui apprenne, enfin, à se reposer.
Si ces lignes résonnent en vous — cette fatigue qui ne lâche pas, ces douleurs sans explication claire, ce sommeil qui s’effrite — sachez qu’un chemin existe. Il commence par redonner au corps un signal qu’il n’a peut-être jamais reçu : c’est fini, tu peux te poser.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
- Michel Odoul, Dis-moi où tu as mal : le Lexique (Albin Michel, 2006) — décoder le langage symbolique du corps.
- Elaine N. Aron, Hypersensibles (Marabout, 2013) — mieux se comprendre quand on ressent plus intensément.
- Roger Fiammetti, Le langage émotionnel du corps (Dervy, 2004) — l’approche somato-émotionnelle comme chemin d’apaisement.
- Pete Walker, site personnel pete-walker.com — articles libres sur les types fight/flight/freeze/fawn et le CPTSD.
- IFS Institute, ifs-institute.com — ressources et vidéos d’introduction à l’Internal Family Systems.
- Bessel van der Kolk, entretiens et conférences à rechercher directement par son nom — le corps et le trauma.
Références professionnelles
- Jérémy Nouen, À la lumière de nos traumas (Satas, 2023).
- Gérald Brassine & Nadia Tonglet, Surmonter le traumatisme (Satas — Le Germe, 2017) — initiation à la PTR, psychothérapie du trauma réassociative et hypnose conversationnelle stratégique.
- Philippe Gardette, Le renforcement du Moi en hypnose (Satas — Le Germe, 2020) — aspects théoriques et pratiques.
- Olivier Piedfort-Marin & Luise Reddemann, Psychothérapie des traumatismes complexes (Satas — Le Germe, 2016).
→ Voir aussi la page Références — Traumatisme.
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