Besoin d'informations, conseils, rendez-vous : +41 21 552 05 21

Relation toxique familière : pourquoi ce chaos me rassure-t-il malgré tout ?
Il y a cette phrase que beaucoup de femmes me confient, presque à voix basse, en consultation d’hypnose à Lausanne : « Je sais bien au fond de moi qu’il me fait du mal, mais quand je suis avec lui, j’ai cette étrange impression d’être comme chez moi. Quand mes amies me disent de partir, je me surprends aussitôt à le défendre, à lui trouver des excuses, à me convaincre que c’est moi qui en demande trop. Pourquoi le calme me fait-il peur alors que ce chaos me paraît si familier ? »
Si vous vous reconnaissez ici, j’aimerais d’abord vous dire ceci : votre ressenti est légitime, et il a une logique. Ce qui ressemble à de l’aveuglement est en réalité une vieille stratégie de survie, mise en place bien avant votre rencontre. La comprendre, c’est déjà commencer à retrouver un peu de terrain sous vos pieds.
Pourquoi le chaos d’une relation me semble-t-il plus rassurant que le calme ?
Parce que quelque chose en vous reconnaît ce qu’il a appris à appeler « l’amour » dans l’enfance. Quand on grandit dans un climat où les élans de tendresse et les éclats de tension se succèdent de façon imprévisible, on apprend très tôt que l’affection est mêlée d’inquiétude. À l’âge adulte, une relation instable réveille ce sentiment connu, tandis qu’une relation paisible sonne comme une langue étrangère.
Le calme, lui, n’offre aucun repère. Il n’y a rien à anticiper, rien à apaiser, personne à calmer. Pour quelqu’un qui a appris à être utile en désamorçant les crises, ce silence peut être vécu comme un vide, voire comme une menace. Ce qui rassure, au fond, c’est la familiarité du climat, bien plus que le danger lui-même.
Comment ai-je appris, enfant, à réécrire l’histoire pour protéger le lien avec mes parents ?
En retournant la faute contre vous-même. Pour un enfant, préserver le lien avec ses figures d’attachement est un besoin aussi vital que manger ou dormir. Admettre qu’un parent est défaillant ou injuste serait insupportable, alors l’enfant fabrique un autre récit : le parent reste « bon », et si quelque chose cloche, c’est lui, l’enfant, qui est « de trop ».
C’est ainsi que naissent ces petites phrases qui vous habitent encore : « Je suis trop bruyante », « J’en demande trop », « C’est moi qui gâche tout ». Elles ont protégé l’enfant que vous étiez. Et vous êtes très loin d’être seule : près de 40 % des adultes porteraient, souvent sans le savoir, un style d’attachement insécurisé hérité de leurs premiers liens, selon de larges synthèses de recherche sur l’attachement. Vous n’êtes donc pas « cassée » : vous avez été façonnée par ce que vous avez traversé.
Pourquoi est-ce que je le défends alors qu’il me fait du mal ?
Parce que le défendre, c’est encore protéger le lien — exactement comme autrefois. Quand vos proches pointent ce qui ne va pas, une partie de vous s’active pour sauver la relation, trouver des excuses, minimiser. Ce réflexe rejoue la fidélité ancienne à la figure d’attachement, celle qui vous faisait dire que le problème venait de vous.
La psychanalyse a un nom pour ce phénomène : la compulsion de répétition, cette tendance à recréer, à l’âge adulte, des situations qui rappellent nos blessures précoces. Une partie protectrice de vous espère, cette fois, réparer l’histoire et obtenir enfin l’amour sûr qui a manqué. Il s’agit d’une loyauté, pas d’une faiblesse : une part de vous cherche maladroitement à vous mettre à l’abri. Reconnaître ce mécanisme est souvent le premier appui pour comprendre pourquoi on reste malgré la souffrance.
Comment passer de « Je suis brisée » à « J’ai la pensée que… » ?
En transformant une certitude sur vous-même en une simple pensée de passage. Les histoires que l’on se raconte peuvent devenir aussi rigides que des croyances gravées dans la pierre : « Je suis nulle en amour », « Je suis brisée ». Tant qu’elles sont vécues comme des vérités, elles dictent vos choix en silence.
L’un des outils les plus doux pour assouplir cela nous vient de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT). Il consiste à placer devant la croyance la formule « J’ai la pensée que… ». Ainsi, « Je suis nulle en amour » devient « J’ai la pensée que je suis nulle en amour ». Le changement paraît minime ; il est considérable. Vous n’êtes plus la pensée : vous êtes celle qui l’observe.
Ce procédé porte un nom, la défusion cognitive, et on le doit à Steven C. Hayes, fondateur de l’ACT : ajouter « J’ai la pensée que… » devant une croyance sur soi permet de cesser de la porter comme une vérité absolue, et de retrouver la distance — et, avec elle, la liberté de choisir autrement.
C’est précisément cet espace que le travail en hypnose vient élargir : non pas effacer le récit de votre vie, mais apprendre à le relire avec souplesse.
Comment reconnaître à quoi ressemble un amour paisible, et m’y sentir en sécurité ?
En apprenant, pas à pas, à tolérer le calme au lieu de le fuir. Un lien paisible se reconnaît à des signes discrets : vous respirez mieux, vous n’avez pas à anticiper l’humeur de l’autre, vous pouvez dire non sans craindre une tempête. Au début, cette stabilité peut sembler fade, voire inquiétante — c’est normal, votre système nerveux doit réapprendre qu’elle n’est pas dangereuse.
Ce réapprentissage se fait en douceur. Il s’agit d’offrir à la partie de vous restée en alerte des expériences répétées de sécurité, jusqu’à ce que le repos cesse d’être suspect. Peu à peu, ce qui paraissait vide devient reposant, et ce qui paraissait familier — le chaos — perd de son attrait.
En quoi l’hypnose peut-elle m’aider à me sentir à nouveau en sécurité en amour ?
En s’adressant directement à la part de vous qui a écrit ce vieux récit. En hypnose, dans un état de profonde détente, il devient possible de rejoindre avec bienveillance cette partie protectrice, de lui montrer que l’enfant d’autrefois est aujourd’hui en sécurité, et de lui proposer une histoire plus juste. C’est un travail d’apaisement, jamais de force.
L’approche que j’utilise mêle hypnose ericksonienne et travail sur les parties de soi (IFS). Souvent, une seule séance suffit à amorcer ce changement de regard, parce qu’elle touche le ressenti, là où les mots seuls n’arrivent pas toujours. Beaucoup de femmes me décrivent ensuite un apaisement qu’elles n’attendaient plus, et un lien retrouvé avec ce qu’elles idéalisaient sans le voir.
Et maintenant, par où puis-je commencer ?
Avec douceur, et sans rien brusquer. Comprendre pourquoi le familier vous retient ne veut pas dire tout décider aujourd’hui. C’est d’abord poser un regard bienveillant sur la stratégie qui vous a aidée à survivre, puis lui laisser, peu à peu, la place de s’alléger.
Si ces lignes résonnent en vous, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour faire connaissance et voir si mon approche peut vous être utile. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne, à votre rythme. Vous n’avez pas à attendre d’aller « assez mal » pour vous offrir un peu de sécurité intérieure.
Questions fréquentes
Est-ce que défendre celui qui me fait du mal signifie que je suis responsable de ce que je vis ?
Non. Défendre l’autre est un réflexe d’attachement ancien, pas un consentement à la souffrance. Vous avez appris, enfant, à protéger le lien en vous attribuant la faute. Voir ce mécanisme ne vous rend pas coupable : cela vous redonne un choix.
Le calme finira-t-il vraiment par me sembler agréable ?
Oui, avec le temps et des expériences répétées de sécurité. Le calme semble fade tant qu’il reste inconnu. À mesure que votre système nerveux l’associe à la détente plutôt qu’au vide, il devient un espace où vous vous sentez vous-même, sans avoir à anticiper l’orage.
Pour aller plus loin
- John Bowlby, Attachement et perte, éd. PUF, 1978 — les fondements de la théorie de l’attachement et du besoin vital de lien chez l’enfant.
- Russ Harris, Le piège du bonheur, éd. Eyrolles, 2017 — une porte d’entrée accessible à la défusion cognitive et à l’ACT.
- Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, éd. Odile Jacob, 1999 — comment le récit de soi peut se réécrire après les blessures précoces.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — pourquoi le corps rejoue les schémas d’attachement appris tôt.
- Marian Bakermans-Kranenburg & Marinus van IJzendoorn, The First 10,000 Adult Attachment Interviews: Distributions of Adult Attachment Representations, Attachment & Human Development, 2009 — la source de la proportion d’adultes présentant un attachement insécurisé.