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Repousser l’amour quand il arrive : comprendre le sabotage amoureux
Pourquoi fuit-on l'amour quand il devient sûr ? Comprendre le sabotage amoureux, l'attachement évitant et s'en libérer avec l'hypnose ericksonienne. Cabinet à Lausanne.
Ce que vous trouverez dans cet article :
- Pourquoi la sécurité affective peut déclencher de la peur plutôt que du soulagement.
- Ce que disent la théorie de l’attachement et le travail avec les parties de soi (IFS) de ce mécanisme.
- Les signes concrets du sabotage amoureux, sans étiquette qui enferme.
- Comment l’hypnose ericksonienne accompagne ce travail en douceur, au rythme de votre système nerveux.
Il y a une forme de tristesse particulière à se voir détruire ce qu’on désire le plus. La relation est belle. L’autre est là, tendre, constant. Et pourtant quelque chose en vous tire vers la sortie. Une froideur soudaine. L’envie de fuir. La certitude, brusque, qu’il y a forcément un problème.
Deux forces opposées qui se jouent simultanément en nous : on veut… et on ne veut pas !
Beaucoup de personnes vivent cela en silence, avec un sentiment d’incompréhension et de honte. Elles se croient « toxiques », « incapables d’aimer », « faites pour être seules ». Ce n’est pas vrai. Ce qui se joue n’a rien d’un défaut de caractère. C’est une protection apprise très tôt, et pour de bonnes raisons. Il est important de comprendre ce mécanisme sans le juger. Et voyons comment cela permet d’ouvrir une porte vers autre chose.
Pourquoi repousse-t-on l’amour quand il devient sûr ?
On repousse l’amour sûr parce que, pour un système nerveux marqué par une blessure d’abandon précoce, la proximité fiable n’est pas associée à la sécurité mais au danger. Là où la relation devient disponible, le corps anticipe la perte à venir. La fuite n’est pas un rejet de l’autre : c’est une tentative de garder le contrôle sur une douleur qu’on a déjà connue.
Toutes les trajectoires ne se ressemblent pas. Pour certains, c’est une absence émotionnelle dans les premières années. Pour d’autres, des liens imprévisibles, ou une blessure plus tardive. Le mécanisme se répète. L’histoire, elle, reste singulière.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut remonter à l’enfance. John Bowlby, le psychiatre britannique fondateur de la théorie de l’attachement, a montré dans Attachment and Loss (1969) que le tout-petit construit, à partir de ses premières relations, un « modèle interne opérant » : une carte inconsciente de ce qu’on peut attendre des autres. Quand la figure d’attachement était imprévisible, froide, ou absente sur le plan des émotions, l’enfant a appris une chose précieuse pour survivre : ne pas trop attendre, ne pas trop s’approcher, se débrouiller seul. Une adaptation intelligente, à l’époque. Devenue, à l’âge adulte, un mur qui se dresse tout seul dès que l’intimité approche.
Qu’est-ce que l’attachement évitant dans une relation amoureuse ?
L’attachement évitant est un style relationnel où la personne désactive son besoin de proximité pour se protéger. Elle tient à son autonomie, se sent vite « étouffée » dès que la relation se rapproche, et trouve souvent l’autre « trop demandeur ». Sous cette distance vit pourtant le même besoin d’amour que chez tout le monde. Un besoin enfoui, parce qu’il a un jour fait trop mal.
Ce mode de fonctionnement est loin d’être rare : dans une vaste enquête nationale américaine, environ un adulte sur quatre présentait un style d’attachement évitant (Mickelson, Kessler & Shaver, 1997). Vous n’êtes pas un cas isolé, et vous n’avez rien de « cassé ». Juste une histoire que beaucoup partagent.
Mario Mikulincer et Phillip Shaver, deux chercheurs de référence sur l’attachement adulte, décrivent ce fonctionnement comme une « stratégie de désactivation » : le système d’attachement reste actif sous la surface, mais la personne apprend à le couper de la conscience. Le besoin est là. On l’a juste mis sous silence. Voilà pourquoi l’attachement évitant n’est pas une vraie froideur, mais une façade dressée sur une ancienne déception. Et c’est quand l’autre devient fiable que la façade se met à trembler. Parce que la sécurité réveille le besoin qu’on avait enterré.
Quels sont les signes du sabotage amoureux ?
Le sabotage amoureux se reconnaît à un schéma qui se répète : la relation va bien, puis quelque chose se grippe au moment où elle pourrait s’approfondir. Les manifestations varient. Le mouvement de fond reste le même : créer de la distance là où la proximité devient possible.
Voici les formes que cela prend souvent, telles qu’on les raconte en cabinet :
- La froideur soudaine. Tout allait bien, et puis vous vous fermez sans savoir pourquoi. L’autre ne comprend pas. Vous non plus, sur le moment.
- La chasse aux défauts. Dès que la relation devient sérieuse, une voix interne se met à pointer tout ce qui cloche chez l’autre. Des détails. Des riens, qui prennent soudain une importance démesurée.
- La fuite avant d’être quitté. Vous partez en premier. Mieux vaut abandonner que d’être abandonné — c’est la logique implicite, et elle vous protège d’une douleur que vous croyez inévitable.
- L’attirance pour l’indisponible. Les personnes lointaines, occupées, déjà prises vous fascinent. Celles qui sont vraiment disponibles vous laissent étrangement de marbre. La distance rassure ; la disponibilité inquiète.
- Le malaise face à la tendresse. Un compliment sincère, un geste tendre, une déclaration — et vous voilà mal à l’aise, avec l’envie pressante de changer de sujet, presque sur la défensive.
Si plusieurs de ces signes vous parlent, ce n’est pas un verdict. C’est une invitation à regarder ce qui, en vous, monte la garde — et pourquoi.
Le sabotage amoureux est-il lié à la dépendance affective ?
Oui, mais pas comme on l’imagine. On associe spontanément la dépendance affective à la peur de perdre l’autre, au besoin de fusion. Le sabotage amoureux en est le versant inversé : la même blessure d’abandon, mais une stratégie de protection opposée. Non plus s’accrocher, mais fuir. Le fond est identique. C’est la défense qui change.
Pia Mellody, dans son travail sur les blessures d’enfance et l’amour, décrit comment un même manque affectif précoce peut produire soit une dépendance anxieuse (la peur panique d’être quitté), soit une mise à distance défensive (la peur panique d’être englouti). Les deux protègent la même partie blessée. Le sabotage amoureux relève donc pleinement de la dépendance affective : il en est l’autre face, celle qui repousse au lieu de retenir. Comprendre cela libère du jugement. Vous ne sabotez pas parce que vous êtes incapable d’aimer. Vous sabotez parce qu’une partie de vous protège, du mieux qu’elle peut, un enfant qui a eu trop mal.
Comment l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à arrêter de saboter l’amour ?
L’hypnose ericksonienne aide en s’adressant directement à la couche du système nerveux où la peur s’est inscrite. Pas à la pensée, mais aux automatismes émotionnels et corporels. Comprendre son schéma avec la tête ne suffit presque jamais à le défaire. Le travail passe par une expérience nouvelle de sécurité, vécue de l’intérieur, qui apprend lentement au corps que la proximité peut être sans danger.
Avec l’hypnose ericksonienne — celle développée par Milton Erickson, fondée sur la suggestion indirecte et le respect du rythme de chacun — on peut approcher en douceur la partie qui prend la fuite. Non pour la faire taire, mais pour écouter ce qu’elle protège.
Écouter la partie qui sabote plutôt que la combattre
Dans le travail avec les parties de soi (IFS) — une métaphore pour donner un sens à ce qui se joue en nous, développée par le thérapeute américain Richard Schwartz — cette partie qui crée de la distance n’est pas un ennemi à éliminer. C’est une partie protectrice. Elle a un jour décidé, avec la logique d’un enfant, que s’attacher était trop dangereux. Elle a fait son travail. Et plutôt bien : elle vous a épargné des déceptions. Le souci, c’est qu’elle continue de monter la garde alors que le danger d’autrefois n’existe plus.
En séance, on apprend à accueillir cette partie au lieu de lutter contre elle. À l’écouter. À lui montrer, doucement, que la personne adulte que vous êtes devenue peut désormais gérer ce dont l’enfant ne pouvait pas se protéger. C’est ce dialogue intérieur, mené à votre rythme, qui permet à la garde de se relâcher.
Cette expérience éclaire sous un jour nouveau ce qui se joue en nous, de façon métaphorique : plusieurs parties qui ont toutes intégré une leçon de vie importante pour nous (suite à une expérience), et qui s’activent pour nous protéger ou nous amener à remplir un besoin pour nous. Parfois, voire souvent, ces parties qui ont toutes une intention positive s’opposent dans leur but. On veut… mais on ne veut pas ! Découvrir ces mécanismes intérieurs permet de réaliser que l’on n’est pas fou, que c’est normal, et surtout qu’il y a ces parties mais qu’il y a également « nous », notre capacité de choisir et de rassurer. Nous nous identifions souvent à la partie qui hurle le plus fort, alors que nous existons à un niveau plus profond qu’elles.
Offrir au système nerveux une nouvelle expérience de sécurité
La chercheuse et thérapeute de couple Sue Johnson, créatrice de la thérapie centrée sur les émotions (EFT), résume dans Serre-moi fort que l’amour adulte est, au fond, un lien d’attachement : « L’amour est le meilleur mécanisme de survie qui soit », écrit-elle. Nous avons tous besoin de savoir que l’autre sera là si nous tendons la main. Et parce que le lien compte autant, sa perte, ou son seul risque, réveille une alarme très profonde. Le travail thérapeutique ne cherche pas à éteindre ce besoin, mais à le rendre supportable. Avec l’hypnose ericksonienne, on peut revisiter une scène ancienne et y amener une présence rassurante : la vôtre, aujourd’hui. Toujours par petits pas, avec un accompagnement, et seulement quand le corps signale qu’il peut l’accueillir. On n’ouvre jamais plus que ce que votre système peut soutenir sur le moment. Peu à peu, le système nerveux range la proximité non plus dans la case « danger », mais dans la case « possible ».
Au cabinet, ce qui rend ce travail possible, c’est le respect strict de votre rythme. On n’ouvre rien que vous ne souhaitez pas ouvrir. Aucune méthode ne vous force à faire confiance. Je vous propose un cadre qui aide la confiance à redevenir, doucement, envisageable.
Foire aux questions
Est-ce que je suis incapable d’aimer si je fuis dès que c’est sérieux ?
Non. Fuir la proximité n’est pas une incapacité à aimer, mais une protection apprise face à une ancienne blessure d’abandon. Le besoin d’amour est intact sous la défense. C’est même parce que ce besoin est fort, et qu’il a un jour fait mal, qu’une partie de vous le tient à distance.
Le sabotage amoureux peut-il vraiment changer ?
Oui. Les modèles d’attachement, appris dans l’enfance, ne sont pas figés. La recherche parle d’attachement « acquis » : à l’âge adulte, une relation sécurisante ou un travail thérapeutique peuvent réécrire la carte interne. Ce n’est pas instantané. Mais le changement est réel, et documenté.
Faut-il être en couple pour travailler là-dessus ?
Non. Ce travail se mène d’abord avec soi-même. Il porte sur votre rapport à la proximité, sur les parties de vous qui montent la garde. Que vous soyez célibataire ou en relation, c’est votre système intérieur que l’on accompagne, pas la dynamique d’un couple précis.
L’hypnose me fait un peu peur : vais-je perdre le contrôle ?
Non. L’hypnose ericksonienne n’a rien d’une mise sous emprise : vous gardez pleine conscience de ce qui se passe et restez libre à chaque instant. C’est un état léger de détente et d’attention intérieure, proche de ces moments où l’on est absorbé par un livre ou un trajet familier. On ne vous fera jamais dire ni faire quoi que ce soit contre votre volonté. Vous gardez la main du début à la fin — et c’est justement ce cadre sécurisant qui permet à une part de vous, longtemps sur la défensive, de baisser un peu la garde.
Est-ce que des traumatismes de mon passé risquent de remonter ?
C’est une crainte légitime, et la réponse est rassurante : on ne va rien déterrer de force. L’hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS) avancent au rythme de votre système nerveux, par petits pas, en restant dans ce que vous pouvez accueillir sur le moment. Il ne s’agit pas de tout revivre, ni de tout raconter en détail : le plus souvent, le travail se fait en sécurité, sans rouvrir brutalement le passé. Une partie de vous monte la garde depuis longtemps — on la respecte, on n’avance jamais en force. C’est précisément le rôle de l’accompagnement : avancer de façon contenue, pour que ce qui remonte ne le fasse que lorsque c’est tenable, et toujours soutenu.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers
Livres :
- Sue Johnson, Serre-moi fort — pour comprendre l’amour adulte comme un besoin d’attachement, et apprendre à tendre la main au lieu de fuir.
- Amir Levine et Rachel Heller, Les clés de l’attachement (Attached) — une présentation accessible des styles d’attachement, dont l’évitant, et de leurs effets concrets en amour.
Vidéos & ressources : la chaîne de Heidi Priebe (à rechercher directement par son nom) explore avec finesse l’attachement évitant et les façons concrètes d’apprendre à rester quand on a appris à fuir.
Pour les professionnels
- John Bowlby, L’attachement (vol. 1 d’Attachement et perte), éd. PUF — le socle théorique de la théorie de l’attachement, indispensable pour comprendre les modèles internes.
- Mario Mikulincer et Phillip R. Shaver, Attachment in Adulthood: Structure, Dynamics, and Change, éd. Guilford Press, 2007 — la synthèse de référence sur les stratégies d’attachement adultes, dont la désactivation évitante.
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier-Masson, 2009 — la référence pour le travail avec les parties de soi (IFS), utile face aux parties protectrices.
Si vous reconnaissez en vous ce mouvement qui repousse l’amour au moment où il semble déboucher sur un lien stable, sachez que ce n’est pas une fatalité. Je vous propose d’en parler librement, sans engagement — un entretien téléphonique d’environ 30 minutes.