Pourquoi je vais plus mal depuis que je l’ai quitté ?

Vous avez fini par partir. Après des mois, parfois des années à peser, à espérer, à repousser. Vous avez fait la chose difficile, celle que votre entourage vous conseillait depuis longtemps. Et là, au lieu du soulagement promis, c’est pire. Les nuits sont plus longues qu’avant. Le silence de votre logement pèse davantage que les scènes que vous fuyiez. Et une phrase revient, insidieuse : « Si j’ai bien fait de le quitter, pourquoi j’ai encore plus mal ? »

J’accompagne, au cabinet à Lausanne, beaucoup de femmes qui traversent exactement ce moment. Cette douleur-là est normale. Elle a une logique et une utilité. Et elle ne raconte pas ce que vous croyez qu’elle raconte.

En bref — Aller plus mal après avoir quitté une relation destructrice est fréquent, et cela ne signale pas une erreur de décision. Tant qu’on reste, la souffrance est lente et familière ; en partant, elle devient immédiate et inconnue, et le système nerveux la lit comme un danger plus grand. Cette douleur monte, atteint un sommet, puis décroît. La difficulté est qu’elle déforme la vision de l’avenir pendant qu’elle dure.

Pourquoi la douleur augmente-t-elle alors que je suis enfin partie ?

Parce que rester coûtait lentement, tandis que partir coûte d’un coup. Tant que la relation durait, la souffrance s’étalait sur des années, diluée, presque supportable à force d’habitude. En partant, vous avez concentré en quelques semaines ce qui était réparti sur longtemps. Le total n’a pas augmenté ; il s’est resserré.

Une image aide beaucoup mes clientes, et je la prends comme une analogie, pas comme un fait médical. Après une opération nécessaire, les jours qui suivent sont souvent plus douloureux que l’attente qui a précédé. Personne, au réveil, ne se dit pourtant que cette douleur prouve qu’il fallait renoncer à l’opération. On sait faire la différence entre le mal qui abîme et le mal qui répare.

Le problème, avec ce que vous vivez, c’est que rien ne vous a prévenue. Personne ne vous a remis de feuille de sortie, avec une durée indicative et quelqu’un qui passe voir comment ça va. Alors la douleur de la reconstruction se confond avec celle de la relation, et vous les additionnez dans le même sac.

Est-ce que ça veut dire que j’ai fait une erreur ?

Non. Une décision juste peut faire très mal sans cesser d’être juste. La douleur mesure ce que vous avez arraché, pas la qualité de votre choix. Beaucoup de femmes reviennent à ce moment précis, non parce qu’elles se sont trompées, mais parce que personne ne leur avait dit que ce passage existait.

Et puis il y a ce dont on n’ose parler à personne : il vous manque. Pas seulement la sécurité d’avant, pas seulement les habitudes — lui. Vous vous en voulez de le regretter après ce qu’il vous a fait vivre, et cette contradiction vous fait douter de votre propre jugement. Elle ne prouve rien contre vous. On peut avoir aimé quelqu’un pour de bon et avoir eu raison de le quitter ; les deux tiennent ensemble, même si personne autour de vous ne semble le comprendre.

C’est le moment le plus risqué de tout le chemin. Vous êtes épuisée, seule, et une voix intérieure vous répète que vous avez tout cassé pour rien. Cette voix a l’air raisonnable. Elle utilise vos propres mots. Elle ressemble à de la lucidité alors qu’elle parle depuis la douleur — et la douleur est mauvaise conseillère sur les décisions passées.

Pourquoi la solitude fait-elle si mal, physiquement ?

Parce que pour vous, être seule ne veut pas dire ce que ça veut dire pour tout le monde. Quand on a grandi en apprenant que ses besoins comptaient moins, ou qu’on a passé des années à surveiller l’humeur de quelqu’un, le calme ne repose pas : il ouvre la porte à tout ce qu’on tenait à distance en restant occupée.

Mes clientes la décrivent presque toujours dans le corps. Une pesanteur dans la poitrine. Un creux dans le ventre. Quelque chose qui serre à deux heures du matin, quand le silence devient assourdissant. Le premier repas seule à une table prévue pour deux. La première fête où vous n’avez personne à prévenir.

Cette solitude-là ressemble à un vide neutre qu’il suffirait de combler. Il s’agit en réalité d’une ancienne peur qui remonte, celle d’être laissée, abandonnée, rejetée, et qui profite de l’espace enfin disponible pour se faire entendre. Elle fait mal parce qu’elle est vieille, pas parce que votre vie actuelle serait ratée.

Pourquoi ai-je mis si longtemps à partir ?

Parce que votre système nerveux a comparé deux douleurs et choisi la plus connue. D’un côté, une souffrance lente, prévisible, dont vous connaissiez chaque contour. De l’autre, une souffrance immédiate et inconnue, que quelque chose en vous croyait insurmontable. Face à ce calcul, rester n’a rien d’un consentement.

Vous n’avez pas choisi ce qui vous abîmait. Vous avez fui ce que votre corps prenait pour un danger encore plus grand. C’est une réponse de survie, elle se joue en dessous de la volonté, et c’est précisément pour cela que comprendre la situation ne suffisait pas à vous faire bouger. Il n’y a aucune honte à avoir mis le temps que vous avez mis.

Combien de temps cette douleur va-t-elle durer ?

Elle suit une courbe : elle monte, atteint un sommet, puis redescend. C’est l’inverse de ce qu’on espère — on voudrait que ça s’allège dès le premier jour. Savoir qu’un pic existe change beaucoup de choses, parce qu’on cesse d’interpréter l’aggravation comme un mauvais signe.

Et ce n’est pas qu’une impression clinique. Une recherche suisse menée auprès de 308 personnes séparées après un long mariage a montré que le temps écoulé depuis la rupture compte parmi les facteurs qui distinguent celles qui vont mieux de celles qui restent en difficulté, alors que l’âge, le sexe ou la durée de la relation ne jouent qu’un rôle marginal (Perrig-Chiello, Hutchison & Morselli, Journal of Social and Personal Relationships, 2015). Autrement dit : ce qui vous sépare de l’apaisement tient moins à qui vous êtes qu’au chemin restant à parcourir.

Une chose peut aider dès ce soir, et elle est minuscule. Quand la vague monte, notez la date et une phrase — juste où ça se loge dans le corps, et à quelle heure. Vous ne cherchez pas à analyser quoi que ce soit. Vous constituez la seule preuve que la douleur ne vous laissera pas voir toute seule : que les vagues finissent, et qu’elles s’espacent.

Il y a pourtant une chose à savoir sur cette douleur : pendant qu’elle dure, elle ment sur l’avenir. Elle ne se contente pas de faire mal aujourd’hui, elle vous annonce que ce sera votre vie pour toujours. Cette prédiction-là est fausse, et c’est important de pouvoir la nommer quand elle surgit à deux heures du matin.

Ce que je décris ici suppose une chose : que vous êtes aujourd’hui en sécurité. Si ce n’est pas le cas, ou si la détresse devient trop lourde à porter seule, n’attendez pas que la courbe redescende d’elle-même. Parlez-en à votre médecin, ou appelez La Main Tendue au 143 — gratuit, anonyme, 24 heures sur 24.

En quoi l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider maintenant ?

En travaillant là où la peur s’est logée, c’est-à-dire dans le corps plutôt que dans le raisonnement. Vous pouvez très bien savoir que vous avez eu raison de partir et sentir malgré tout la panique monter chaque soir. Comprendre et ressentir n’habitent pas le même étage.

En hypnose ericksonienne, on installe un état de détente léger, sans jamais forcer et sans faire remonter de souvenir contre votre gré. Le corps y goûte, à petites doses, ce que veut dire se sentir un peu plus en sécurité seule. C’est cette expérience répétée, davantage que les explications, qui aide à apaiser l’alarme.

L’approche des parties de soi permet ensuite d’écouter celle qui voudrait rappeler, celle qui doute, celle qui vous répète que vous avez tout gâché. On ne cherche pas à la faire taire : elle a tenu un rôle pendant des années. On lui demande ce qu’elle redoute si elle arrête de monter la garde. Souvent, quelque chose se détend à cet endroit-là.

Un mot important avant de continuer : si vous ne parvenez plus à sortir de chez vous, si des idées noires s’installent, ou si le quotidien devient trop lourd à porter, parlez-en d’abord à votre médecin, ou contactez La Main Tendue au 143. Un accompagnement médical est alors une première étape précieuse, et l’approche décrite ici vient en complément.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers

Quelques lectures pour accompagner cette période :

  • Pete Walker, Le trouble de stress post-traumatique complexe : de la survie à l’épanouissement, éd. Dangles, 2024 — pour comprendre les réflexes de survie appris tôt et ce qu’ils coûtent à l’âge adulte.
  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — pourquoi la peur se loge dans les sensations plutôt que dans les idées.
  • Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, éd. Odile Jacob, 2002 — sur la capacité à se reconstruire après des blessures profondes, sans naïveté.

Pour les professionnels

  • Judith Herman, Trauma et rétablissement, éd. Dunod, 2019 — l’ouvrage de référence sur les étapes de la reconstruction après une violence relationnelle.
  • Stephen W. Porges, La théorie polyvagale, éd. EDP Sciences, 2021 — les fondements neurophysiologiques du sentiment de sécurité.
  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et restauration, éd. Elsevier Masson, 2009 — le modèle des parties de soi appliqué aux blessures relationnelles.

Si vous êtes dans ce passage-là, et que la nuit vous fait douter de la décision que vous avez prise en plein jour, on peut simplement en parler. Je vous propose un premier échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour faire connaissance et voir si mon approche vous parle. Vous n’aurez rien à préparer ni à justifier. La ou les éventuelles séances se dérouleraient ensuite au cabinet, à Lausanne.

Entretien téléphonique gratuit et sans engagement ☎ Réservation sur OneDoc