Tout le monde se confie à moi, mais personne ne prend de mes nouvelles

Votre téléphone sonne souvent. On vous raconte les ruptures, les patrons impossibles, les nuits difficiles. Vous écoutez bien — vraiment bien. Vous posez les bonnes questions, vous vous souvenez des prénoms, vous relancez le lendemain pour savoir comment ça s’est passé. Et puis un soir, ça ne va pas pour vous, vous faites défiler vos contacts, et vous refermez le téléphone sans appeler personne. Vous pensez seulement : « Personne ne prend de mes nouvelles. »

Cette solitude au milieu des autres est particulière : elle ne se voit pas. De l’extérieur, vous êtes entourée, et personne ne se doute de rien.

En bref — Être celle vers qui tout le monde se tourne ne garantit pas d’être soutenue en retour. Ce déséquilibre s’installe sans mauvaise intention de personne : à force d’être solide, on cesse d’être quelqu’un dont on prend des nouvelles. La vraie difficulté est de se montrer autrement qu’en position d’aidante, car c’est la seule place où l’on se sent légitime.

Pourquoi personne ne me demande comment je vais, alors que je prends des nouvelles de tout le monde ?

Parce que vous avez été rangée dans une catégorie, et que cette catégorie ne prévoit pas la réciproque. Vous êtes devenue « celle qui gère », « celle qui sait écouter », « la solide de la bande ». Ces étiquettes sont flatteuses, et elles ferment une porte : on ne demande pas à un point d’appui s’il tient debout. C’est l’histoire de la femme qui tient tout le monde debout, et qui n’a pas le droit de flancher.

Leur silence tient souvent à une image construite à deux : vos proches vous voient comme quelqu’un qui va bien, parce que l’occasion de voir autre chose ne s’est pas présentée. Peut-être que, chaque fois qu’ils ont demandé, vous avez répondu que ça allait, par délicatesse, pour ne pas peser, et enchaîné sur eux. Ils ont cru ce que vous leur montriez.

Le résultat, au bout de quelques années, c’est un cercle où l’on vous aime sincèrement sans savoir ce que vous traversez. Et personne, autour, n’a l’impression de vous avoir laissée tomber.

Ce besoin d’être entourée compte vraiment : les personnes bien entourées ont environ 50 % de chances de survie en plus sur la période étudiée (Holt-Lunstad et al., 2010, 148 études, près de 309 000 personnes).

Est-ce que je fais ça pour être aimée ?

Vouloir être aimée est la chose la plus humaine qui soit. Écouter les autres vous procure quelque chose de réel : une place, une utilité, une preuve d’être quelqu’un de bien. De loin, on peut croire que c’est intéressé. De près, c’est parfois la seule manière d’exister en lien que vous ayez apprise.

Ce qui coûte, c’est que cette place devienne la seule disponible. Aider devient alors une condition d’entrée : tant que je sers à quelque chose, j’ai le droit d’être là. Un autre article en parle plus en détail : aider pour se sentir à sa place. Et le jour où l’on n’a rien à offrir, on se retire au lieu de demander.

Pourquoi je n’arrive pas à demander de l’aide, alors que j’en donne tout le temps ?

Parce que demander vous met dans une position que vous n’avez jamais occupée. Recevoir suppose de laisser quelqu’un vous voir en difficulté, sans savoir ce qu’il en fera. Donner, au contraire, vous met à l’abri : vous choisissez ce que vous montrez, et vous restez celle qui va bien.

Il y a aussi une peur plus précise, qui se formule ainsi : « Si je commence, je vais tout déverser, et je vais les fatiguer. » Alors on ne commence pas. On garde la mesure. Et le silence passe pour de la solidité.

Cette retenue vient rarement de nulle part. Quand on a grandi auprès d’un adulte qu’il fallait ménager, on apprend tôt que ses propres besoins encombrent. On finit par y voir un trait de personnalité, alors que cela peut être une habitude prise très tôt. Chez d’autres, elle vient d’ailleurs : un rôle de grande sœur, une famille où l’on ne parlait pas de soi.

Est-ce que ça veut dire que mes amitiés ne sont pas vraies ?

Non, et c’est important de le dire. Ces liens sont réels, et l’affection qu’on vous porte l’est aussi. Ce qui manque, c’est que ça revienne vers vous. On peut être sincèrement aimée dans un rôle qui ne laisse pas de place à votre fragilité.

D’ailleurs, la plupart de vos proches seraient sans doute contents qu’on leur demande quelque chose. Ils n’ont simplement jamais eu l’occasion de le proposer, faute d’avoir vu autre chose que votre solidité. Personne n’est fautif dans cette habitude installée à deux. Il suffit parfois d’un tout petit geste pour qu’elle bouge.

Comment sortir de cette place où personne ne prend de mes nouvelles ?

Par une phrase inconfortable, dite à une seule personne. Une phrase, sans déballage. « En ce moment, c’est un peu dur pour moi. » Puis se taire, et laisser l’autre répondre. C’est court, et pourtant c’est ce qui coûte le plus, parce que ça change le rôle.

Attendez-vous à un moment désagréable juste après. Une envie de rattraper, de minimiser, de dire « Mais ça va aller, ne t’inquiète pas ». Cette envie signale que vous êtes en train de faire quelque chose de nouveau, et que vous avez eu raison de commencer.

Choisissez la personne pour ce qu’elle fait, plutôt que pour ce qu’elle dit. Certaines rendront la conversation à elles-mêmes en trois phrases. D’autres poseront une question, puis une deuxième. Repensez à celle qui, la dernière fois que vous étiez fatiguée, a posé cette deuxième question. Ces secondes questions existent dans votre entourage : il leur manquait seulement la place.

Il peut arriver que la première personne choisie ne soit pas la bonne. Une réponse maladroite renseigne sur la disponibilité de l’autre et laisse votre valeur intacte. Vous pouvez réessayer avec quelqu’un d’autre — ou en parler d’abord ici, au cabinet, où vous pouvez l’essayer sans enjeu.

En quoi l’hypnose peut-elle m’aider à demander de l’aide ?

En travaillant sur ce qui rend l’idée de demander aussi coûteuse. Vous savez déjà, dans la tête, que vous auriez le droit. Ça ne suffit pas : quelque chose, en vous, retient encore.

L’hypnose que je pratique est douce : on s’installe dans un état de détente léger, sans forcer et sans faire remonter de souvenir contre votre gré. On y explore ce qui se passe dans le corps au moment précis où il faudrait dire « J’ai besoin ». Il arrive que quelque chose se serre. C’est là que le travail se fait, à petites doses.

L’approche des parties de soi (on l’appelle IFS) permet d’écouter celle qui a pris ce rôle, parfois très tôt. Elle a rendu de vrais services : elle vous a donné une place quand il n’y en avait pas d’évidente. On ne cherche pas à la démettre. On lui demande ce qu’elle craint si vous vous montrez autrement — et ce qu’il faudrait pour qu’elle accepte de se reposer un peu.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers

Quelques lectures qui prolongent cette question :

  • Pete Walker, Le trouble de stress post-traumatique complexe : de la survie à l’épanouissement. Comment se remettre des traumatismes de l’enfance, éd. Dangles, 2024 — sur les réflexes d’effacement appris tôt et leur coût à l’âge adulte.
  • Richard C. Schwartz, No Bad Parts, éd. Sounds True, 2021 — pour comprendre les rôles que prennent nos parties intérieures.
  • Christophe André, Imparfaits, libres et heureux, éd. Odile Jacob, 2006 — sur l’estime de soi qui ne dépend pas de ce qu’on rend aux autres.

Pour les professionnels

  • Pia Mellody et al., Facing Codependence, éd. HarperOne, 2003 — la construction du don de soi comme condition d’existence relationnelle.
  • Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors, éd. Routledge, 2017 — les parties gestionnaires et ce qu’elles protègent.
  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison (trad. François Le Doze), éd. Elsevier Masson, 2009 — le modèle IFS dans sa forme clinique.

Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.

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