Pourquoi j’abandonne tout ce que je commence pour aller mieux ?

Vous vous asseyez pour méditer, et au bout de deux minutes votre esprit est parti. Vous le remarquez, et immédiatement : « Voilà, je n’y arrive même pas. » Vous recommencez, plus concentrée. Il repart. Vous vous reprenez encore, un peu plus sèche à chaque fois.

Au bout de trois semaines, vous arrêtez. En vous disant que ce genre de choses n’est pas pour vous.

Ce scénario ne concerne pas que la méditation. Il se rejoue à la salle de sport, dans le journal qu’on tenait, dans les résolutions du 1er janvier. À chaque fois, la même mécanique : un effort sincère, une auto-correction permanente, et un abandon.

En bref — Se corriger sans arrêt pendant qu’on pratique quelque chose revient à se répéter qu’il y a un problème à réparer. Cette surveillance vient de la honte, et elle ralentit l’apprentissage au lieu de l’accélérer. L’alternative consiste à saluer le moment où l’on remarque qu’on s’est éloignée, plutôt qu’à se punir de s’être éloignée — car ce moment de lucidité est déjà le retour. Ce qui change alors tient au moteur de la discipline, plus qu’à la discipline elle-même.

Pourquoi j’abandonne tout ce que je commence pour aller mieux ?

Parce que la manière dont vous vous accompagnez rend la pratique intenable. Chaque écart est traité comme une preuve, chaque reprise comme un rattrapage. Personne ne tient longtemps sous ce régime, quelle que soit la motivation de départ.

Il faut voir ce que dit réellement l’auto-correction permanente. Se reprendre toutes les trente secondes revient à s’adresser un message constant : « Il y a un problème chez moi, et je dois le réparer. » Ce message n’encourage pas — il use.

Ce qui rend le piège difficile à voir, c’est qu’il ressemble à de la rigueur. On croit être exigeante avec soi ; on est en train de se surveiller. La différence apparaît au résultat : la première rend le geste plus fin, la seconde le rend pénible jusqu’à l’abandon.

Pourquoi est-ce que je me surveille comme ça ?

Le plus souvent, c’est une petite honte de fond : l’impression d’avoir quelque chose à réparer en soi, plutôt que quelque chose à découvrir.

Quand on commence depuis cet endroit-là, la pratique cherche moins à explorer ce qui se passe qu’à corriger une personne jugée défaillante. Vous n’y êtes pour rien : le point de départ pèse. Et comme la défaillance est le point de départ, aucun progrès ne peut jamais suffire à l’annuler.

C’est le même mécanisme qui rend le perfectionnisme si épuisant, et que je décris dans perfectionnisme et critique intérieur. La protection alimente ce dont elle protège.

Que puis-je faire à la place, concrètement ?

Déplacer la récompense. Au lieu de vous reprendre quand vous constatez que votre esprit est parti, saluez le fait de l’avoir constaté.

Ce déplacement paraît anodin. Il ne l’est pas, pour une raison précise : le moment où vous remarquez que vous n’étiez plus présente est le moment où vous redevenez présente. À cet instant, vous réussissez. Le traiter comme un échec revient à punir précisément ce que vous cherchiez à obtenir.

En pratique, cela ressemble à une phrase, dite intérieurement, sans ironie : « Mon esprit est parti, et je suis contente de l’avoir vu. » Beaucoup de femmes que je reçois trouvent cette formulation ridicule les premières fois. Elle change pourtant la nature de l’exercice — parce que ce qui est encouragé finit par revenir plus souvent.

Pourquoi me punir m’empêche-t-il d’avancer ?

Parce qu’apprendre demande une marge d’erreur, et que la peur du jugement la supprime.

La recherche va dans ce sens. Une étude (Lally et al., 2010) a suivi 96 personnes pendant 12 semaines : manquer un jour isolé n’a rien fait dérailler. Le temps pour s’ancrer variait beaucoup d’une personne à l’autre, de 18 à 254 jours (66 jours pour la personne du milieu).

Un écart ne casse donc rien. Ce qui use, c’est la sanction qui le suit : un système qui craint la sanction consacre son énergie à l’éviter, et il en reste moins pour apprendre. Cela vaut aussi pour vous, à sept heures du matin sur un tapis de yoga.

Et si je lâche la surveillance, est-ce que je ne vais pas me laisser aller ?

C’est la crainte qui revient le plus souvent, et elle mérite d’être prise au sérieux plutôt que balayée.

Ce qu’on redoute, c’est qu’en cessant de se contrôler, plus rien ne tienne. Cette crainte a une histoire : elle appartient en général à quelqu’un qui a appris tôt que sans surveillance, on déçoit. Elle a donc protégé quelque chose, et elle mérite d’être entendue avant d’être écartée.

Ce qu’on observe en pratique va dans l’autre sens. Une pratique qui cesse d’être punitive devient plus régulière, parce qu’elle cesse d’être désagréable. La discipline ne disparaît pas — elle change de moteur, et un moteur qui ne coûte pas s’arrête moins souvent.

En quoi l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider ?

En s’adressant à la part qui surveille, plutôt qu’en lui demandant de se taire. Une partie de vous chargée de tout gérer ne quitte pas son poste parce qu’on le lui ordonne — surtout quand elle est convaincue de vous éviter le pire.

L’approche par les parties de soi permet de lui demander ce qu’elle craint, et à quel moment elle a pris ce rôle. Il apparaît souvent qu’elle a commencé très tôt, dans un contexte où se relâcher avait un coût réel. Reconnue, elle accepte plus facilement de rendre un peu de terrain.

En hypnose, dans une transe légère, vous restez consciente et vous gardez toujours la main. On vous invite à ressentir ce que c’est de faire un geste simple sans personne qui vous regarde par-dessus l’épaule, même de l’intérieur — ce qui, dit à l’état ordinaire, reste une idée abstraite. C’est un terrain où le raisonnement n’a pas prise, comme je l’explique dans pourquoi comprendre ne suffit pas à changer.

Abandonner ce qu’on commence ne dit rien de votre constance. Cela dit que vous vous accompagnez d’une manière que personne ne pourrait tenir — et cette manière-là s’apprend autrement.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers

Quelques lectures pour prolonger cette réflexion :

  • Kristin Neff, S’aimer, éd. Belfond, 2013 — l’autocompassion comme alternative à la discipline punitive, avec ses données de recherche.
  • Christophe André, Méditer, jour après jour, éd. L’Iconoclaste, 2011 — une pratique posée sans esprit de performance.
  • Charles Duhigg, Le pouvoir des habitudes, éd. Flammarion, 2016 — ce qui fait tenir un geste dans la durée.

Pour les professionnels

  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — les parties gestionnaires et leur fonction protectrice.
  • Francis Gheysen, Marine Paucsik & Pascal Delamillieure, La thérapie fondée sur la compassion : principes et application clinique, éd. Elsevier Masson, 2022 — l’approche par la compassion, développée par Paul Gilbert, face à la honte.

Pas besoin que ce soit « grave » : si vous reconnaissez cette manière de vous accompagner, on peut en parler. Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.

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