Besoin d'informations, conseils, rendez-vous : +41 21 552 05 21

Mon conjoint refuse de consulter : puis-je changer notre couple seule ?
Peut-être vous êtes-vous déjà posé la question, tard le soir, après une dispute de plus : « Est-ce que je peux changer notre couple si lui ne veut pas consulter ? » Vous avez proposé d’en parler à quelqu’un, une fois, puis deux. Il a haussé les épaules, ou il s’est fermé. Quand votre conjoint refuse de consulter, vous restez seule avec le problème, et avec l’impression que tout repose sur vous. Une partie de vous a envie de tout porter, une autre est épuisée.
Si mon conjoint refuse de consulter, est-ce que je peux quand même changer notre couple ?
Oui, en partie. Vous ne pouvez pas le changer, lui, à sa place. Vous pouvez en revanche changer la façon dont vous réagissez à lui. Dans un couple, chaque geste appelle une réponse : quand l’un des deux modifie ses gestes, l’autre ne peut plus répondre tout à fait comme avant.
L’autrice américaine Harriet Lerner compare le couple à une danse : si l’un des partenaires change ses pas, la danse elle-même se modifie, même quand l’autre n’a rien demandé. Ce changement se fait pas à pas, et il ne garantit rien. Parfois, il rapproche. Parfois, il éclaire surtout ce que vous voulez vraiment. Dans les deux cas, vous pouvez en sortir moins prisonnière de vos propres réactions.
Son refus a sans doute ses raisons à lui : la peur d’être jugé, la honte de ne pas s’en sortir seul. Ces raisons lui appartiennent. Elles laissent entier ce que vous vivez, vous.
Au cabinet, à Lausanne, il est possible de venir seule parler de son couple. Avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems, le travail avec les parties de soi), le travail porte sur ce qui se passe en vous, sans attendre que l’autre bouge.
Pourquoi plus je m’accroche, plus il s’éloigne ?
Parce que vous êtes probablement pris tous les deux dans une boucle. Quand il se ferme, vous le cherchez : vous voulez parler, comprendre, régler. Plus vous insistez, plus il se met à l’abri. Et plus il se met à l’abri, plus vous insistez. Chacun croit répondre à l’autre, et la boucle se resserre.
Les chercheurs en couple l’appellent le schéma « demande-retrait », étudié notamment par Andrew Christensen depuis la fin des années 1980 : l’un exprime ses besoins par la demande, la plainte, la critique ; l’autre se protège par le silence, l’évitement, la porte qui se ferme. Les deux souffrent, chacun à sa manière.
Peut-être reconnaîtrez-vous la scène. Une remarque, un ton un peu sec. Il se tait, regarde son téléphone. Vous sentez la chaleur monter dans votre poitrine. Vous dites : « Tu ne m’écoutes jamais. » Il quitte la pièce. Vous le suivez dans le couloir. La soirée est finie.
Est-ce que c’est ma faute si je l’étouffe sans le vouloir ?
Personne n’est coupable d’une boucle à deux. Votre insistance dit à quel point le lien compte pour vous. Son silence est souvent sa façon de ne pas exploser. Vous avez chacun une part dans ce mouvement, et chacun garde la sienne. La vôtre est simplement la seule sur laquelle vous avez prise.
Quand on vous parle de « votre part », on a vite fait d’y entendre une accusation : « Alors c’est moi le problème ? » Regarder sa part, c’est surtout récupérer du pouvoir. Tant que tout dépend de lui, vous attendez qu’il change. Dès que vous observez ce qui se passe en vous, vous retrouvez une marge de manœuvre.
Le chercheur américain John Gottman, qui a observé des milliers de couples pendant plusieurs décennies, donne ici un repère rassurant. Selon l’Institut Gottman, environ 69 % des problèmes d’un couple sont des problèmes « perpétuels » : ils reviennent sous une forme ou une autre, même chez les couples heureux. L’enjeu se déplace alors. Il s’agit moins de régler chaque désaccord que de changer la manière de les vivre ensemble.
Que se passe-t-il en moi quand il se ferme ?
Souvent, une vieille peur se réveille : celle de ne pas compter, de rester seule, de ne pas être rejointe. La colère arrive en premier parce qu’elle est plus facile à sentir. Juste en dessous, il y a le plus souvent de la tristesse et un grand besoin de proximité.
Votre corps le sait avant vous. La gorge qui se serre quand il détourne les yeux. Le ventre qui se noue quand la porte se ferme. Cette urgence dans les jambes, comme s’il fallait le rattraper tout de suite. Ces sensations ont une histoire. Elles viennent parfois de très loin, d’une époque où l’on attendait qu’un adulte se tourne enfin vers nous. Aujourd’hui, son silence peut toucher cet endroit-là, et vous réagissez alors avec toute la force de cette ancienne attente.
Si ce mouvement de panique vous parle, l’article Attachement anxieux : pourquoi vous paniquez quand il prend ses distances l’explore plus en détail.
Comment sortir de cette spirale où je le poursuis tout le temps ?
En changeant le moment où la boucle démarre : celui où il se retire et où vous partez à sa poursuite. Trois gestes simples peuvent y aider. Faire une pause. Sentir ce qui se passe dans votre corps. Puis parler de votre peine plutôt que de ses torts.
La pause. Au moment où il s’éloigne, vous vous arrêtez. Vous ne le suivez pas dans le couloir. Vous restez là où vous êtes, quelques respirations, le temps que la vague passe. Cette pause demande beaucoup, car tout en vous pousse à agir.
Le corps. Pendant cette pause, vous tournez votre attention vers l’intérieur. Où est-ce que ça serre ? Dans la poitrine, dans la gorge, dans le ventre ? Vous pouvez poser une main à cet endroit et laisser la sensation exister, sans la commenter. Vous offrez à cette partie de vous qui a peur la douceur que vous attendiez de lui.
La parole. Plus tard, quand vous êtes plus calme, vous lui parlez depuis ce que vous ressentez. « Tu ne m’écoutes jamais » devient « Je suis triste, notre proximité me manque. » La première phrase l’accuse et l’invite à se défendre. La seconde lui montre ce qu’il y a derrière votre colère, et lui laisse une porte pour revenir vers vous.
Il ne répondra peut-être pas tout de suite. Il faut souvent du temps pour qu’un partenaire habitué à se protéger sente que le terrain est devenu plus sûr. Ce qui peut changer en premier, c’est vous : moins de disputes qui s’emballent, plus de calme à l’intérieur, même quand il se tait.
Est-ce que c’est à moi de porter tout le couple ?
Non. Changer votre part de la boucle est une chose ; faire tenir le couple à vous seule en est une autre. Vous pouvez travailler sur vos réactions et attendre, en même temps, qu’il prenne un jour sa part. Ces deux mouvements vont ensemble.
Ce travail sur soi devient un piège quand il sert à tout supporter. Si vous vous surprenez à vous excuser de tout, à vous faire toujours plus petite pour éviter ses silences, ce chemin vous éloigne de vous. Le but est de retrouver votre place dans la relation, avec vos besoins et vos limites. Si cette solitude au sein du couple vous pèse depuis longtemps, l’article Se sentir seule en couple peut vous aider à y voir plus clair.
Si vous pesez chacun de vos mots par crainte de sa réaction, s’il vous rabaisse, vous contrôle, vous menace ou vous fait mal, ce qui précède ne s’applique pas. Changer vos réactions n’arrête pas la violence de quelqu’un d’autre. Votre sécurité passe en premier : le site violencequefaire.ch permet de poser ses questions de façon anonyme à des spécialistes (réponse sous quelques jours) et, en cas de danger, la police répond au 117.
Comment l’hypnose peut-elle m’aider à ne plus réagir de la même façon ?
En allant à la rencontre de la partie de vous qui part à sa poursuite, là où la raison n’arrive pas. Vous savez déjà qu’insister ne sert à rien. Pourtant, au moment où il se ferme, le réflexe se déclenche. L’hypnose ericksonienne travaille à cet endroit-là.
Dans l’approche IFS, développée par Richard Schwartz, on se représente ce réflexe comme une partie protectrice. Elle court après lui parce qu’elle croit que, si elle lâche, vous allez être abandonnée. Elle mérite d’être comprise, puis rassurée. En transe légère, vous restez consciente, libre de parler ou de vous arrêter. Vous pouvez y rencontrer cette partie et sentir la peur qu’elle protège. Puis lui montrer qu’aujourd’hui, vous êtes une adulte capable de rester avec vous-même quand il se tait. Le corps peut alors se relâcher. Souvent, une seule séance suffit pour que ce réflexe perde de sa force.
Si votre conjoint refuse de consulter, vous pouvez donc venir pour vous. Ce travail vous appartient, quelle que soit la suite de votre couple. Pour comprendre plus largement ce qui se joue quand on existe surtout à travers l’autre, vous pouvez lire la page sur la dépendance affective.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
- Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, éd. La Découverte, 2016 — pour dire ce que l’on ressent et ce dont on a besoin sans accuser.
- Kristin Neff, S’aimer : Comment se réconcilier avec soi-même, éd. Belfond, 2013 — pour s’offrir la douceur que l’on attend de l’autre.
Références professionnelles
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — le modèle IFS et le travail avec les parties protectrices.
- Philippe Caillé & Yveline Rey, Les objets flottants : Méthodes d’entretiens systémiques, éd. Fabert, 2004 — une approche systémique du couple, où chaque partenaire participe au mouvement de l’autre.
Retrouvez l’ensemble des ouvrages recommandés sur la page références bibliographiques.
Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.