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Sortir d’un trauma sans tout revivre : est-ce possible ?
Faut-il revivre son trauma pour guérir ? Non. La sécurité et la régulation du corps viennent d'abord, en douceur, avec l'hypnose ericksonienne.
C’est l’une des peurs les plus fréquentes que j’entends au cabinet. « Je veux aller mieux, mais je ne veux pas tout ressortir. » Cette crainte est légitime. Et elle repose souvent sur une idée fausse de ce qu’est réellement un travail thérapeutique sur le trauma.
Faut-il revivre son trauma pour s’en libérer ?
Non. Revivre un souvenir traumatique sans préparation ne soigne pas : cela peut au contraire raviver la blessure. Le travail thérapeutique sérieux ne consiste jamais à vous replonger brutalement dans la douleur. Il consiste d’abord à vous donner les ressources pour vous sentir en sécurité.
Le trauma touche davantage de monde qu’on ne l’imagine : selon les données américaines du National Institute of Mental Health (NIMH), 6,8 % des adultes connaîtront un trouble de stress post-traumatique au cours de leur vie. Un trouble qui ne s’apaise pas en revivant le souvenir dans le détail, mais en redonnant d’abord au système nerveux un sentiment de sécurité.
L’idée qu’il faudrait « tout revivre » vient d’une confusion. Beaucoup de personnes imaginent la thérapie comme une plongée forcée dans les pires moments de leur vie. En réalité, les modèles cliniques reconnus procèdent par étapes prudentes. Le but n’est pas de rouvrir la plaie, mais de changer la façon dont votre corps et votre esprit gardent la trace de ce qui s’est passé.
Comme l’écrit la psychiatre Judith Herman dans Reconstruire après les traumatismes (InterEditions), le processus suit un déroulé en trois temps : d’abord la sécurité, ensuite seulement le travail de mémoire, et enfin la reconnexion à la vie. La première étape n’est pas un détail. C’est la fondation. Sans elle, aucun travail en profondeur n’est ni sûr ni souhaitable. J’ai détaillé ailleurs pourquoi ce cadre par étapes compte plus que la technique choisie.
C’est quoi la stabilisation, et pourquoi elle vient en premier ?
La stabilisation, c’est la phase où l’on apprend à votre système nerveux à retrouver un sentiment de sécurité. On installe des points d’appui concrets dans le corps avant d’ouvrir quoi que ce soit. C’est la première étape, non négociable, de tout travail sur le trauma.
Concrètement, cette phase passe par des choses simples et progressives : repérer ce qui vous apaise, apprendre à reconnaître les signaux de votre corps, retrouver un ancrage quand l’émotion monte. On ne parle pas encore des souvenirs difficiles. On construit le contenant avant de regarder ce qu’il y a dedans.
Cette logique « par phases » fait consensus dans le champ du psychotraumatisme. Les recommandations internationales de l’International Society for Traumatic Stress Studies (ISTSS) pour le trauma complexe privilégient d’ailleurs une approche par étapes, avec une phase de stabilisation préalable. Autrement dit : la grande majorité des praticiens s’accordent à ne pas brûler les étapes.
C’est aussi pour cette raison qu’on ne plonge jamais dans le souvenir sans préparation. La sécurité d’abord. Toujours.
Découvrez comment retrouver un point d’appui après un trauma sévère si vous vous demandez par où commencer.
« Faut-il s’exposer encore et encore à ce qui fait peur, ou existe-t-il une autre voie ? »
On entend souvent qu’il faudrait « affronter » sa peur, s’y confronter de front, encore et encore. Cette idée a sa part de vrai, mais elle a aussi une limite que peu de gens mentionnent : s’exposer à une charge trop forte ne renforce pas, ça submerge. Passé un certain seuil, le système nerveux déborde et l’expérience, au lieu d’apaiser, réinscrit la peur un peu plus profond.
Il existe une autre voie, plus douce et sans ce plafond. Elle ne consiste pas à replonger dans le souvenir ni à revivre la scène, mais à accueillir la sensation présente — la boule au ventre, le cœur qui cogne — et à la laisser exister à son propre rythme, le temps qu’elle aille jusqu’au bout de son mouvement. Le corps, quand on cesse de le forcer, sait souvent terminer un cycle resté en suspens. Ce n’est pas de la passivité : c’est un travail précis, mais qui respecte votre seuil au lieu de le violer.
C’est là que l’accompagnement prend son sens. Non pas vous pousser dans le grand bain, mais rester à côté de vous pendant que la sensation se dénoue, en dosant toujours ce qui est tolérable. Aller trop vite ne fait pas aller plus loin — souvent, cela ne fait que resserrer ce qu’on cherchait à dénouer.
L’hypnose va-t-elle me faire replonger dans mon trauma ?
Non. L’hypnose ericksonienne ne vous force jamais à revivre quoi que ce soit. C’est un travail tout en douceur, qui respecte votre rythme et passe souvent par les images et les métaphores plutôt que par le récit direct des événements. Vous gardez le contrôle à chaque instant.
Beaucoup de personnes imaginent l’hypnose comme une perte de maîtrise, ou comme une machine à remonter le temps qui les forcerait à tout revoir. C’est l’inverse. Dans l’hypnose ericksonienne, on travaille « à distance » : on peut s’adresser à une blessure sans la nommer frontalement, en passant par une histoire, une sensation apaisante, une image protectrice. Le système nerveux se détend, et c’est précisément cet état de calme qui rend le changement possible.
Cette approche en douceur n’est pas une faiblesse de la méthode. C’est sa force. Si une émotion devient trop intense, on ralentit, on revient à un point d’ancrage. Le corps mène, et nous le suivons. Jamais l’inverse.
Et si je n’ai pas envie d’en parler en détail ?
C’est tout à fait possible, et même fréquent. Vous n’êtes pas obligée de raconter chaque détail de ce que vous avez vécu pour avancer. Une grande partie du travail sur le trauma se fait par le corps et par les ressources, pas par le récit exhaustif.
Le psychiatre Bessel van der Kolk l’a montré dans Le Corps n’oublie rien (Albin Michel) : le trauma ne se loge pas seulement dans nos souvenirs conscients, mais dans le corps lui-même, dans le système nerveux. Cela change tout. Cela signifie qu’on peut apaiser une blessure sans avoir à la revivre verbalement, en travaillant directement sur la régulation physiologique.
C’est pourquoi une part importante du travail consiste à réguler le système nerveux avant et pendant toute exploration. Quand le corps se sent en sécurité, l’esprit n’a plus besoin de rester en alerte permanente. Les choses peuvent alors se déposer, doucement, sans qu’on ait à forcer le passage.
Qu’est-ce que les « parties de soi » ont à voir avec ma peur de revivre ?
Cette peur de revivre vient souvent d’une partie de soi (IFS) qui a justement pour rôle de vous protéger de la douleur. Elle n’a pas tort de monter la garde. Le travail consiste à l’écouter, à la rassurer, et non à passer en force malgré elle.
Le modèle des parties de soi (IFS) part d’une idée simple : en chacune de nous cohabitent différentes parties, certaines blessées, d’autres protectrices. Quand une cliente me dit « je ne veux pas tout revivre », c’est souvent une partie protectrice qui parle. Elle craint que regarder le passé ne réactive une souffrance ingérable.
La clinicienne Janina Fisher, dans Dépasser la dissociation d’origine traumatique (De Boeck Supérieur), insiste sur ce point : on ne soigne pas en bousculant les protections, mais en gagnant leur confiance. Tant qu’une partie de vous a peur, on ne va pas plus loin. On commence par l’accueillir, par comprendre ce qu’elle protège. La sécurité intérieure se construit aussi de cette façon.
Comment se passe une première rencontre, concrètement ?
La première rencontre sert d’abord à faire connaissance et à comprendre ce que vous vivez. On ne touche à rien de douloureux ce jour-là. On regarde ensemble où vous en êtes, ce que vous attendez, et comment avancer en sécurité, à un rythme qui vous convient.
Rien n’est imposé. Vous décidez de ce que vous partagez. L’objectif de ce premier temps n’est pas d’aller chercher le souvenir le plus difficile, mais de poser un cadre où vous vous sentez suffisamment en confiance pour, plus tard, explorer ce qui doit l’être. Si vous n’êtes pas prête, on ne le fait pas. C’est aussi simple que cela.
Beaucoup de clientes me disent, après quelques séances, avoir été surprises : elles s’attendaient à devoir « tout déballer », et elles ont découvert un travail bien plus respectueux, où le corps apprend d’abord à se calmer. Aller mieux ne passe pas par l’épreuve forcée. Cela passe par la sécurité retrouvée.
Pourquoi faut-il creuser dans le passé plutôt que d’aller vite au résultat ?
Parce que le changement durable pousse comme une plante : d’abord les racines, dans le noir, lentement, avant la moindre feuille visible. Travailler la cause en profondeur peut sembler plus lent que corriger un comportement en surface. Mais c’est cette part invisible qui rend le reste solide et évite la rechute.
Beaucoup de clientes arrivent avec une demande très légitime : « Donnez-moi juste des outils pour arrêter ça, vite. » Je comprends cette impatience. Quand on souffre, on veut que ça s’arrête, pas qu’on remue le passé. Alors imaginez un instant une jeune pousse. Avant de sortir la moindre tige vers la lumière, elle envoie ses racines vers le bas, dans une terre qu’on ne voit pas. Ce travail souterrain n’a l’air de rien. C’est pourtant lui qui décidera si la plante tiendra debout dans le vent.
Ce qui se répare en vous suit le même mouvement. Ce qui se rétablit d’abord ne se voit pas encore : un système nerveux qui recommence à se sentir en sécurité, une partie de soi qui baisse enfin la garde. Le comportement de surface, lui, change ensuite, presque tout seul, une fois les racines posées.
Et les moments où vous avez l’impression de reculer ? Ce ne sont pas des échecs. Pensez à un arbre en période de sécheresse : le manque d’eau ne le tue pas, il l’oblige à pousser ses racines plus bas, vers la nappe cachée. Une douleur qui remonte, une semaine plus difficile, ne défont pas le travail. Souvent, elles indiquent qu’une couche plus ancienne demande enfin à être accueillie. Ce n’est pas revenir en arrière. C’est s’enraciner plus profond.
Pour aller plus loin
- Judith Herman, Reconstruire après les traumatismes (InterEditions) — l’ouvrage de référence sur le déroulé en trois phases : sécurité, mémoire, reconnexion.
- Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien (Albin Michel) — comment le trauma s’inscrit dans le corps et pourquoi le récit ne suffit pas.
- Janina Fisher, Dépasser la dissociation d’origine traumatique (De Boeck Supérieur) — un regard sur les parties de soi et la manière douce d’aborder les protections.
Et maintenant ? Si cette peur de « tout revivre » vous a tenue à distance de la thérapie, sachez qu’on peut avancer autrement. Je vous propose un entretien téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans pression, pour répondre à vos questions et voir comment travailler en douceur, à votre rythme. Le cabinet se trouve à Lausanne. C’est vous qui décidez du premier pas.