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Pourquoi ai-je l’impression que personne ne m’apprécie vraiment ?
Vous sortez d’un café, d’un dîner, d’une réunion. La conversation s’est bien déroulée, en apparence. Et pourtant, quelques heures plus tard, une petite voix revient : « On ne m’apprécie pas ». Vous repassez chaque phrase, chaque silence, persuadée d’avoir déçu, d’avoir été de trop.
Beaucoup de femmes qui poussent la porte de mon cabinet vivent exactement cela. Certaines me le disent en larmes dès le premier échange : « Tout le monde me rejette déjà ». Cette douleur est réelle, et elle a une histoire — on ne la balaie pas d’un « mais non, voyons ». Et pourtant, à votre insu, il se joue autre chose que ce que vous croyez : un écart entre ce que vous pensez avoir provoqué et ce que l’autre a réellement ressenti. Le comprendre n’efface pas tout, mais ça soulage déjà beaucoup.
C’est quoi ce décalage entre ce que je ressens et ce que l’autre a vécu ?
Ce décalage s’appelle le « liking gap ». Après une première conversation, vous estimez que l’autre vous a moins appréciée qu’il ne l’a réellement fait. Vous, vous voyez vos maladresses. L’autre, lui, retient la connexion, votre écoute, ce que vous avez apporté à l’échange.
Une équipe de chercheurs l’a mesuré. Boothby, Cooney, Sandstrom et Clark ont fait discuter des inconnus, puis leur ont demandé à quel point ils s’étaient appréciés mutuellement. Résultat : chacun sous-estimait l’appréciation de l’autre. Cet écart ne se refermait pas après une seule rencontre ; il persistait au fil des mois, même s’il finissait par se combler quand les gens apprenaient vraiment à se connaître. Autrement dit, la personne en face de vous vous apprécie souvent davantage que vous ne l’imaginez. Vous n’avez tout simplement pas accès à ce qu’elle a ressenti. Et cet écart se creuse justement chez celles qui doutent déjà d’elles-mêmes : plus l’anxiété sociale est vive, plus on sous-estime l’effet qu’on fait.
Pourquoi suis-je si sûre d’avoir déplu, alors que rien ne le prouve ?
Parce que votre attention se braque sur vos « ratés ». Le mot maladroit, le blanc de trois secondes, la blague qui est tombée à plat. Vous avez une vue imprenable sur vos coulisses intérieures. L’autre, lui, ne voit que la scène. Il ignore tout de votre monologue critique.
C’est ce que je vois sans cesse en séance. Vous quittez un échange en emportant une liste précise de vos imperfections, et vous appelez cela « la vérité ». Mais cette liste est établie par une seule source : vous-même, dans un moment où vous êtes votre juge le plus sévère. La conviction d’avoir déplu est une impression très forte — si forte qu’elle se fait passer pour une certitude. Pourtant, elle ne repose que sur ce que vous, vous en avez perçu, dans un moment où vous étiez votre juge la plus sévère.
D’où vient cette voix qui me juge après chaque conversation ?
Cette voix vient d’une part de vous qui a appris, il y a longtemps, à surveiller votre image pour vous protéger. Enfant ou adolescente, il a peut-être fallu anticiper les critiques, se faire toute petite, plaire pour rester en sécurité. Cette part a gardé le réflexe. Aujourd’hui encore, elle monte la garde.
En thérapie IFS, nous ne la traitons jamais comme un défaut. C’est une part protectrice, avec une bonne intention : vous éviter le rejet qu’elle redoute. Le problème, c’est qu’elle travaille avec de vieilles informations. Elle croit encore que le danger est partout. Alors elle commente, elle anticipe, elle vous fait relire la scène au ralenti. Elle vous épuise en pensant vous sauver.
Et si elle veille avec autant d’insistance, c’est souvent qu’une part plus jeune, en vous, a cru un jour qu’elle n’était pas vraiment aimable. Le liking gap n’explique pas tout : il montre seulement comment cette peur ancienne se rejoue à chaque conversation.
Est-ce que les autres pensent vraiment du mal de moi ?
Le rejet existe parfois pour de vrai — une moquerie, une mise à l’écart, un lien qui s’abîme —, et cela mérite d’être entendu, jamais minimisé. Mais dans la grande majorité des moments qui vous hantent après coup, la personne en face était surtout occupée par son propre doute, bien plus que par vos maladresses. Pendant que vous vous reprochez un silence, votre interlocutrice se demande, elle aussi, si elle a été à la hauteur. Chacune repart en croyant avoir moins plu qu’en réalité.
Cette image aide beaucoup de mes clientes : imaginez deux personnes qui se quittent, chacune persuadée d’avoir moins séduit l’autre. Les deux se trompent, dans le même sens. Une grande part de ce rejet ne s’est pas jouée dehors, mais à l’intérieur, mise en scène par une part inquiète. La distance que vous éprouvez est fabriquée par cette anticipation, et elle finit par vous faire éviter les autres, ce qui nourrit encore le sentiment de solitude.
Pourquoi me forcer à « avoir confiance » ne change-t-il rien ?
Parce que la volonté ne parle pas la même langue que cette part. Vous pouvez vous répéter « sois sûre de toi » toute la journée : la voix critique, elle, continue en sourdine. Se forcer revient à poser un couvercle sur une casserole qui bout. La pression monte, et au premier échange social, tout ressort.
Ce qui apaise durablement se joue plus profond que les bonnes résolutions. Tant que la part protectrice n’est pas rassurée, elle reprend la parole dès que vous baissez la garde. L’enjeu consiste à établir un autre rapport avec elle : comprendre ce qu’elle craint, reconnaître son rôle, lui montrer que vous n’avez plus cinq ans. C’est un dialogue intérieur, doux, qui avance à son rythme. La confiance devient alors une conséquence, au lieu d’un ordre que l’on se donne.
Comment l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider à me sentir appréciée ?
En vous aidant à desserrer cette voix, plutôt qu’à lutter contre elle. Dans un état de détente profonde, à l’écart du mental qui juge, vous pouvez enfin vous adresser à la part qui juge. L’entendre, comprendre sa peur, la remercier d’avoir voulu vous protéger. Ce contact change tout.
Mon approche est douce, ericksonienne. Pas de régression forcée, rien de spectaculaire. Nous avançons à votre rythme. L’hypnose crée simplement l’espace intérieur où cette part accepte de baisser un peu la garde, où une autre voix, plus juste, peut se faire entendre. Petit à petit, vous quittez vos conversations sans le procès qui suivait d’habitude. Vous commencez à vous accorder le crédit que les autres vous accordent déjà.
Si cette voix qui vous répète que personne ne vous apprécie vous épuise, vous n’avez pas à la porter seule. Je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour faire connaissance et voir si et comment je pourrais le cas échéant vous accompagner. Au téléphone, vous n’avez rien à prouver : on regarde simplement, ensemble, si ma façon de travailler vous parle et peut vous être utile. La ou les éventuelles séances se dérouleront ensuite au cabinet, à Lausanne.
Pour aller plus loin
- Kristin Neff, S’aimer (Self-Compassion) — pour apprivoiser la voix critique par la bienveillance plutôt que par la lutte.
- Richard C. Schwartz, Pourquoi nous sommes essentiellement bons (No Bad Parts) — comprendre et dialoguer avec les parties protectrices, dont celle qui juge après chaque conversation.
- Christophe André, Imparfaits, libres et heureux — sur l’estime de soi et le regard que l’on porte sur soi en présence des autres.
- Erica J. Boothby, Gus Cooney, Gillian M. Sandstrom & Margaret S. Clark, « The Liking Gap in Conversations » (Psychological Science, 2018) — l’étude qui a mesuré ce décalage entre l’appréciation qu’on reçoit et celle qu’on imagine.