Narcissisme : génétique ou trauma ? Comprendre sans excuser

Le narcissisme est-il inné ou construit dans l'enfance ? Comprendre l'origine des comportements narcissiques de votre partenaire, sans excuser ce que vous vivez.

En bref — Non, on ne naît pas « narcissique » comme on naît avec les yeux bleus. Aucun gène isolé, aucune signature cérébrale n’a jamais été trouvée. Ce que la recherche montre, en revanche, c’est un lien puissant avec des blessures d’enfance. Comprendre cela ne sert pas à excuser ce que vous vivez aujourd’hui : cela sert à vous permettre de vous retrouver. Vous n’êtes responsable ni de ses blessures, ni de ses comportements.

Il y a cette question que vous tournez et retournez, souvent tard le soir, quand la maison est enfin silencieuse : « Est-ce qu’il est né comme ça ? » Ou peut-être son contraire, plus douloureux encore : « Est-ce que c’est moi qui le rends comme ça ? » Vous cherchez une explication parce qu’une explication, cela ressemble à une prise. Quelque chose à quoi se tenir, quand tout le reste tangue.

Je vous propose de poser cette question autrement. Non pas pour trancher un débat de laboratoire, mais parce que la réponse change quelque chose pour vous : elle vous décharge d’un poids que vous portez sans doute depuis trop longtemps. Une précaution, d’abord. Nous n’allons poser aucun diagnostic sur votre partenaire — personne ne peut le faire à distance, et surtout pas depuis la place où vous êtes, celle de la personne qui souffre. Nous allons parler de ce que la recherche dit vraiment de l’origine de ces fonctionnements, et de ce que cela vous permet, à vous, de déposer.

Le narcissisme est-il génétique, inné ou hérité à la naissance ?

Non, pas au sens où on l’imagine. Il n’existe pas de « gène du narcissisme » : aucune étude n’a jamais réussi à l’isoler, ni à montrer que le cerveau d’une personne narcissique serait structurellement différent. On observe une part d’héritabilité des traits de personnalité, comme pour beaucoup de tendances humaines. Mais « avoir un terrain » n’est pas « être né ainsi ».

Une étude sur des jumeaux (Torgersen et coll., 2012, Journal of Personality Disorders) situe l’héritabilité de certains traits narcissiques autour de 0,71. Le chiffre impressionne, mais il ne veut pas dire « 71 % né comme ça ». Il mesure, dans un groupe de gens, la part des différences qui s’explique par la génétique — pas le destin d’une personne en particulier. Et un terrain ne s’exprime que s’il rencontre un certain environnement. On peut naître plus sensible, plus réactif, plus fragile à la honte… sans jamais devenir ce que l’on redoute, si l’enfance a été sûre.

Un repère utile : pour d’autres fonctionnements, la psychopathie par exemple, la recherche trouve des marqueurs cérébraux massifs et une hérédité très forte. Pour le narcissisme, rien de tel. Ce n’est pas une preuve absolue, mais c’est un indice sérieux que l’histoire pèse ici plus lourd que la biologie.

Le narcissisme vient-il d’un trauma ou d’une blessure d’enfance ?

C’est là que la recherche est la plus claire, et depuis longtemps. Les fonctionnements narcissiques sont fortement corrélés à des expériences difficiles vécues tôt : maltraitance, mais aussi négligence émotionnelle, ou à l’opposé un parent « étouffant », survalorisant, qui se sert de l’enfant pour combler ses propres manques.

Une revue de la littérature clinique le formule sans détour : « Les expériences adverses de l’enfance sont le principal facteur de risque du développement d’un trouble de la personnalité narcissique à l’âge adulte » (Ross et coll., 2024, BMC Psychiatry). Autrement dit : derrière l’armure, il y a presque toujours un enfant qui, un jour, n’a pas pu se sentir aimé pour ce qu’il était — seulement pour ce qu’il donnait, ou pour l’image qu’il renvoyait.

On pourrait dire, avec la grille de lecture des parties de soi (l’IFS de Richard Schwartz), qu’il s’agit d’une métaphore utile pour comprendre ce qui se joue en nous : chez cette personne, une partie s’est organisée très tôt comme un mur. Non par méchanceté, mais comme une stratégie de survie face à une blessure trop précoce. La grandiosité, le besoin d’admiration, le mépris qui blesse… sont souvent le décor d’une honte enfouie. Cela n’excuse rien de ce que vous subissez. Mais cela explique pourquoi « ça n’a jamais rien à voir avec vous ».

Peut-on « attraper » le narcissisme plus tard, à l’âge adulte ?

Dans certains cas, oui — et c’est une preuve de plus que ce n’est pas écrit dans les gènes. Des cliniciens ont décrit un « narcissisme situationnel acquis » : des personnes qui n’avaient rien de narcissique le deviennent après quelques années d’exposition à un environnement qui les place au centre de tout (célébrité, pouvoir, adulation permanente).

Pourquoi vous en parler ? Parce que si l’environnement peut « allumer » ces fonctionnements, cela confirme que l’être humain n’est pas figé. Et cela vaut aussi, heureusement, dans l’autre sens : nos systèmes de protection, même les plus anciens, se sont organisés suite à nos expériences — ils peuvent donc évoluer. C’est vrai pour lui, en théorie. C’est surtout vrai pour vous, ce qui nous intéresse bien davantage ici.

Si c’est une blessure d’enfance, est-ce que c’est ma faute à moi ?

Non. Cette question mérite d’être posée franchement, parce que je sais qu’elle vous ronge. Ses blessures se sont formées bien avant vous, dans une histoire dont vous ne faites pas partie. Vous n’en êtes ni la cause, ni le remède. Et affirmer cela clairement vaut mieux que de nier ce que vous vivez : ce que vous ressentez au quotidien — cette crispation dans le ventre quand la clé tourne dans la serrure, cette impression de « marcher sur des œufs », ce doute permanent sur votre propre perception — est réel.

Il y a un piège dans la compassion, et je préfère vous le dire. Comprendre l’origine de ses comportements peut devenir une nouvelle façon de rester : « Il a tellement souffert, je ne peux pas l’abandonner. » Comprendre n’oblige pas à supporter. On peut avoir de la compassion pour l’enfant blessé qu’il a été, et refuser fermement ce que l’adulte fait subir aujourd’hui. Les deux tiennent ensemble. C’est peut-être la chose la plus importante de cet article.

Si, en lisant ces lignes, une petite voix vous souffle que « personne ne vous croirait », sachez que ce réflexe a lui aussi une histoire. J’en parle ailleurs, dans un texte sur l’emprise et le sentiment de ne pas être cru.

Comment l’hypnose peut-elle m’aider à me protéger et à me reconstruire ?

En vous ramenant à vous. Pas en changeant l’autre — cela ne vous appartient pas — mais en réveillant en vous ce qui a été recouvert : votre intuition, votre capacité à sentir ce qui vous fait du bien ou du mal, votre droit à dire non. C’est un travail de reconstruction intérieure, pas de réparation de l’autre.

Concrètement, avec l’hypnose ericksonienne, on favorise l’apparition d’une transe légère — un état léger de conscience, très proche de la rêverie, où le mental qui tente de tout contrôler se met en retrait. Dans cet espace, on peut accueillir ce qui a été mis sous silence : la colère légitime, la tristesse, mais aussi cette part de vous qui, tout au fond, savait. Rien de spectaculaire. Pas de régression forcée, pas de perte de contrôle. Simplement un dialogue plus doux avec vous-même, où vos mécanismes de protection — ceux qui vous ont fait tenir — peuvent enfin se mettre à jour.

Souvent, une seule séance suffit pour créer le déclic nécessaire. Je ne crois pas aux thérapies qui s’étirent sur des années. L’objectif n’est pas de vous installer dans un fauteuil, mais de vous ramener à qui vous êtes au fond et à vous rendre votre élan. Si vous voulez comprendre plus finement ce chemin de reconstruction face à un partenaire aux fonctionnements narcissiques, j’en détaille les étapes dans cet article dédié à l’hypnose et l’IFS pour se reconstruire.

Pour aller plus loin

  • Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien (Syros, 1998) — le livre qui a fait entrer l’emprise dans le langage courant, d’une grande justesse clinique.
  • Alice Miller, Le Drame de l’enfant doué : à la recherche du vrai Soi (PUF, 1983) — comment un enfant non aimé pour lui-même construit une façade ; éclaire l’origine de la blessure narcissique.
  • Christel Petitcollin, Divorcer d’un manipulateur : un emploi à plein-temps (Guy Trédaniel, 2012) — concret et bienveillant pour la personne qui doute encore d’elle-même.
  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison (Éditions Elsevier Masson, 2009) — le fondateur de l’IFS expose le modèle des « parties de soi » et leur rôle protecteur, précieux pour se reconstruire.
  • Allen G. Ross et al., Adverse childhood experiences leading to narcissistic personality disorder: a case report (BMC Psychiatry, 2024) — revue clinique qui établit les expériences adverses de l’enfance comme principal facteur de risque du narcissisme.

Vous n’avez pas à tout comprendre seule

Peut-être êtes-vous arrivée ici en cherchant à comprendre lui. Et si, doucement, on déplaçait l’attention vers vous ? Vers ce que vous ressentez, ce que vous voulez, ce dont vous avez besoin pour retrouver un sol sous vos pieds.

Si le cœur vous en dit, je vous offre très volontiers un premier entretien téléphonique gratuit, d’environ trente minutes. Sans pression, sans rien à préparer. Juste un moment pour poser ce que vous portez, et voir ensemble si mon approche pourrait vous convenir. Vous êtes et restez, du début à la fin, la personne aux commandes de votre vie.

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