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Pourquoi je n’arrive plus à être légère avec lui ?
Il vous prend par la taille dans la cuisine, il vous lance quelque chose pour vous faire rire, et vous sentez tout votre corps se raidir d’un demi-centimètre. Vous souriez quand même. Mais à l’intérieur, quelque chose évalue : qu’est-ce qu’il veut, qu’est-ce que ça annonce, est-ce que c’est le bon moment. Vous voudriez juste être là, et vous n’y arrivez pas.
Cela ressemble à de l’amour en moins. Il s’agit plutôt d’une vigilance qui ne se coupe plus. Beaucoup de femmes m’en parlent au cabinet, à Lausanne, avec la même formule : « Je n’arrive plus à être légère avec lui. »
Pourquoi je me raidis alors qu’il ne m’a rien fait ?
Parce que votre système n’attend pas qu’il vous fasse quelque chose : il anticipe. Quand on a grandi ou vécu auprès de quelqu’un dont l’humeur décidait de la température de la pièce, on apprend à lire les signaux très tôt et très vite. Ce réflexe reste bien après que le danger a disparu.
Le geste affectueux de votre compagnon entre alors dans un système qui trie. Avant même que vous ayez le temps d’en profiter, une part de vous a déjà posé trois questions et préparé deux réponses. C’est rapide, c’est involontaire, et ça consomme exactement l’attention qu’il faudrait pour se laisser aller.
Un point avant d’aller plus loin, parce qu’il change tout. Ce texte suppose que le comportement actuel de votre compagnon n’est pas en cause. Si vous devez deviner son humeur avant de parler, vous excuser pour des choses anodines, ou peser vos mots par crainte de sa réaction, alors la question posée ici n’est pas la vôtre. Parlez-en plutôt à votre médecin, ou appelez La Main Tendue au 143, avant de continuer.
Pourquoi j’imagine toujours le pire de ce qu’il pense ?
Parce que la capacité à se représenter l’esprit de l’autre s’abîme quand on a trop longtemps eu besoin de deviner juste. Deviner pour survivre et comprendre pour être proche sont deux opérations différentes, même si elles se ressemblent. La première cherche le danger. La seconde cherche la personne.
Concrètement : il répond brièvement à un message, et vous savez déjà qu’il est agacé. Il rentre silencieux, et vous avez fait le tour de ce que vous auriez pu mal faire. Vous ne délirez pas — vous êtes très entraînée. Simplement, votre lecture est calibrée pour un environnement plus hostile que celui où vous vivez maintenant.
Cette hypothèse a été mesurée. Une étude publiée en 2026 dans Frontiers in Psychology, portant sur 3 250 adultes dont 416 portant les marques d’un stress post-traumatique durable, a examiné ce qui relie ces difficultés à la qualité de la vie de couple. Deux capacités portent l’essentiel du lien : selon cette étude, se représenter les états mentaux — les siens et ceux de l’autre — explique 27 % de l’effet, et la capacité à jouer en explique 18 % (Tan, Li, Chu & Tan, Frontiers in Psychology, 2026). Autrement dit, selon cette étude, une bonne partie de ce qui pèse sur le lien semble passer par ces deux fonctions-là.
Pourquoi je n’arrive plus à jouer, alors que j’aimais ça ?
Parce que jouer demande de baisser la garde une seconde, et que c’est précisément l’opération qui vous coûte. Le jeu suppose de ne pas savoir ce qui va suivre, d’accepter d’avoir l’air un peu ridicule, de laisser l’autre prendre l’initiative. Ces trois choses ont longtemps été risquées pour vous.
On sous-estime beaucoup ce que la légèreté fabrique dans un couple. On la prend pour du décor posé sur les choses sérieuses. Elle est ce qui permet de traverser un désaccord sans que tout devienne grave, de rattraper une maladresse par un sourire, de rester deux personnes plutôt que deux positions. Quand elle disparaît, chaque sujet pèse son poids entier.
Et son absence se remarque peu, parce qu’elle ne fait pas de bruit. On ne se dispute pas plus. On rit moins, voilà tout. Le lien devient correct et fatigant.
Est-ce que ça veut dire que je ne l’aime plus ?
Non, et c’est souvent la crainte qui amène à consulter. Vous pouvez tenir profondément à quelqu’un et rester incapable de vous détendre en sa présence. Ce sont deux registres distincts : l’attachement d’un côté, le sentiment de sécurité de l’autre. Le second peut manquer alors que le premier est intact.
C’est d’ailleurs ce qui rend la situation si déroutante. Rien ne justifie votre tension, et elle est là quand même. Vous cherchez un motif, vous n’en trouvez pas, alors vous concluez que le problème vient de vos sentiments. La plupart du temps, il vient d’ailleurs.
Est-ce que je peux redevenir légère avec lui ?
C’est ce qu’on observe le plus souvent, et cela commence rarement par les grandes conversations. La légèreté ne se décide pas — elle réapparaît quand le corps cesse de monter la garde. C’est donc de ce côté-là qu’on travaille, plutôt qu’en essayant de mieux communiquer sur un système encore en alerte.
Et il a un rôle à jouer, même sans rien connaître à tout ceci. Vous pouvez lui dire quelque chose de simple : « Ce n’est pas toi. Mon corps est encore en retard sur ce que je sais. Si tu me préviens avant de m’attraper par surprise, ça m’aide. » Beaucoup d’hommes sont soulagés d’avoir enfin une consigne concrète, après avoir senti un retrait sans savoir quoi en faire.
Un repère utile en attendant : remarquez les moments où vous vous détendez déjà. En voiture, en marchant, en faisant quelque chose à côté. Beaucoup de femmes s’aperçoivent qu’elles sont plus disponibles quand elles ne sont pas en face à face — parce que le regard direct demande plus de sécurité que l’épaule contre l’épaule. Ces moments-là existent, et ils sont exploitables.
En quoi l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider ?
En s’adressant à la vigilance elle-même, plutôt qu’à ce qu’elle vous fait faire. Vous savez déjà que votre compagnon n’est pas une menace. Cette information n’atteint pas l’endroit qui décide de se raidir.
En hypnose ericksonienne, on installe un état de détente léger, sans forcer et sans faire remonter de souvenir contre votre gré. Le corps y fait l’expérience, à petites doses, de rester tranquille en présence de quelqu’un. C’est cette répétition qui déplace le réglage, davantage que les explications.
L’approche des parties de soi permet ensuite d’écouter celle qui surveille. Elle a des raisons, souvent anciennes, et elle a rendu de vrais services. On lui demande ce qu’elle craint s’il lui arrivait de relâcher un peu, et ce qu’il lui faudrait pour accepter de le faire. Il arrive que la détente vienne de là plutôt que d’un effort de volonté.
Un mot au passage : si la tension devient permanente, si vous vous surprenez à surveiller son humeur avant de parler, à vous excuser de choses que vous n’avez pas faites, ou si le quotidien devient trop lourd à porter, parlez-en d’abord à votre médecin, ou contactez La Main Tendue au 143 — gratuit, anonyme, 24 heures sur 24. Un accompagnement médical est alors une première étape précieuse, et l’approche décrite ici vient en complément.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers
Quelques lectures qui prolongent cette question :
- Stephen W. Porges, La théorie polyvagale, éd. EDP Sciences, 2021 — pourquoi le sentiment de sécurité conditionne tout le reste dans une relation.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — comment la vigilance s’inscrit durablement dans le corps.
- Richard C. Schwartz, No Bad Parts, éd. Sounds True, 2021 — pour comprendre la partie de soi qui monte la garde.
Pour les professionnels
- Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors, éd. Routledge, 2017 — les parties protectrices dans le lien intime.
- Olivier Piedfort-Marin & Luise Reddemann, Psychothérapie des traumatismes complexes, éd. Satas, 2017 — le cadre clinique du trauma complexe.
Si vous vous êtes reconnue, et que l’idée de redevenir légère avec quelqu’un vous paraît lointaine, on peut simplement en parler. Et vous n’avez pas besoin que les choses aillent mal pour en parler : que vous restiez tendue est une raison suffisante. Je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour faire connaissance et voir si mon approche peut vous soulager.