Besoin d'informations, conseils, rendez-vous : +41 21 552 05 21

Pensées intrusives : et si c’était un message du corps ?
Les pensées intrusives morbides ne sont pas des vérités à analyser, mais souvent le signal d'une émotion réprimée que le corps n'a pas pu ressentir. Pourquoi se raisonner ne suffit pas, et comment apaiser le mental pour retrouver la sensation.
Des scénarios catastrophes qui tournent en boucle. Une image morbide qui surgit sans prévenir, alors même que rien dans votre journée ne l’annonçait. Vous essayez de vous raisonner, de vous expliquer que c’est absurde — et plus vous luttez, plus la pensée revient, insistante. Une cliente me confiait récemment : « J’ai des scénarios catastrophes morbides qui tournent en boucle, j’essaie de me raisonner mais j’ai l’impression de devenir folle. »
Si vous reconnaissez cette mécanique, prenez d’abord ceci : vous n’êtes pas en train de perdre la tête. Ce qui se joue est très différent de ce que la pensée prétend. Et il existe une autre voie que celle, épuisante, de tenter de vous raisonner.
Pourquoi ai-je des pensées intrusives morbides qui tournent en boucle ?
Parce que ces pensées sont rarement le vrai problème : elles en sont le messager, une tentative d’expliquer rationnellement ce qui se passe en nous. Quand une émotion n’a pas pu être ressentie au moment où elle est apparue, elle ne disparaît pas pour autant — elle reste en attente dans le corps. Le mental, lui, perçoit cette tension diffuse et tente de lui donner une forme, une histoire, un scénario. Souvent le plus alarmant possible.
La pensée n’est pas la cause, elle est le symptôme
Dans ma pratique, je rencontre régulièrement des personnes intelligentes, lucides, qui se débattent depuis des mois avec une image ou une idée qui les terrifie. Elles ont tout analysé. Elles ont des explications brillantes. Et pourtant, rien ne s’apaise. C’est précisément parce qu’elles cherchent au mauvais endroit.
Le contenu de la pensée — la maladie, l’accident, l’idée de faire du mal à quelqu’un qu’on aime — importe en réalité assez peu. Aussi étrange que cela paraisse, ce contenu fonctionne souvent comme un appât. Sa fonction n’est pas de vous informer d’un danger réel, mais de capter votre attention. Et tant que votre attention reste prisonnière de l’histoire que raconte la pensée, elle ne descend pas là où quelque chose attend vraiment d’être perçu : dans les sensations du corps.
Rassurez-vous au passage : ces pensées sont d’une banalité presque universelle. Une vaste étude internationale menée par Adam Radomsky et son équipe, publiée en 2014 dans le Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders, a interrogé 777 personnes dans treize pays sur six continents : 93,6 % rapportaient avoir vécu au moins une pensée intrusive non désirée au cours des trois derniers mois. Ce qui distingue une personne en souffrance d’une autre n’est donc pas la présence de ces pensées, mais la détresse et la lutte qu’elles déclenchent.
Pourquoi je n’arrive pas à me raisonner pour arrêter ces pensées ?
Parce que se raisonner s’adresse au mauvais étage. La pensée intrusive ne vient pas d’un raisonnement faux qu’on pourrait corriger par un raisonnement juste : elle vient d’une charge émotionnelle qui n’a pas été ressentie. Or on ne raisonne pas une émotion. On la traverse, on l’écoute, on la laisse délivrer son message.
« Trop penser » est souvent un « sous-ressentir »
Voici l’idée centrale, et elle change beaucoup de choses : quand le canal des sensations est en partie coupé, le système nerveux se rabat sur le mental comme sur un haut-parleur. Faute de pouvoir ressentir, on se met à penser — encore, et encore. La rumination n’est pas un excès d’intelligence qui s’emballe ; c’est souvent le signe d’une émotion qui cherche une sortie et n’en trouve pas par la voie habituelle.
Plus vous analysez, plus vous montez dans la tête, et plus vous vous éloignez de l’endroit où la tension réside réellement. C’est pour cela que se raisonner peut soulager une minute, puis échoue : vous traitez le haut-parleur, pas le message. Cette distinction entre se raisonner (inefficace) et ressentir dans le corps (apaisant) est, dans ma pratique, l’un des apprentissages les plus précieux.
Comme le décrit Bessel van der Kolk dans Le corps n’oublie rien, le système nerveux porte la trace d’une émotion bien après que l’esprit a tenté de la rationaliser. Tant que cette trace n’est pas perçue dans le corps, le mental continue de chercher à la nommer — à sa manière maladroite et bruyante.
Qu’est-ce que mon corps essaie de me dire avec ces pensées ?
Il essaie probablement de vous ramener à une émotion que vous n’avez pas pu ressentir au moment où elle est née. La pensée intrusive est alors une sorte de signal d’appel : un détour par le mental pour attirer votre conscience vers une charge restée bloquée — souvent une colère, une peur ou une tristesse jugées autrefois dangereuses ou inacceptables.
Une émotion réprimée qui n’a pas été digérée
Beaucoup d’entre nous ont appris, très tôt, que certaines émotions ne pouvaient pas s’exprimer. Que la meilleure stratégie — à l’époque — consistait à les mettre de côté pour rester en sécurité, ou parce qu’on nous l’a appris. Ce n’était pas un défaut : c’était une adaptation sensée dans le contexte d’alors.
Mais une émotion mise de côté ne s’efface pas ; elle se dépose dans le corps et attend. Le chercheur Stephen Porges, dans sa théorie polyvagale, montre que notre système nerveux autonome (= automatique) évalue en permanence ce qui se passe en nous, sous le seuil de la conscience. Quand une charge ancienne n’a pas été digérée, ce système continue de la signaler — et le mental, faute de mieux, en fait un scénario.
C’est pour cela que le contenu de la pensée est si trompeur. Une cliente qui redoute obsessionnellement la maladie ne souffre peut-être pas d’une peur de la maladie : elle porte peut-être une vieille peur de perdre le contrôle, ou un chagrin jamais traversé, qui a emprunté le premier costume disponible.
Comment l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à apaiser les pensées intrusives ?
En apaisant d’abord le mental, pour permettre à votre attention de descendre, en sécurité, vers la sensation. L’hypnose ericksonienne ne combat pas la pensée et ne cherche pas à la chasser : elle vous propose d’accéder à un état particulier, léger, de conscience où le bavardage du mental se calme assez pour qu’on puisse enfin localiser la charge dans le corps et la laisser s’exprimer.
La pensée intrusive vue comme une « partie » qui veut protéger
L’approche des parties de soi (IFS), une métaphore pour donner un sens à ce qui se joue en nous, éclaire joliment ce mécanisme. Richard Schwartz, fondateur de ce modèle, écrit dans No Bad Parts qu’« il n’existe pas de mauvaises parties : seulement des parties contraintes à des rôles extrêmes par ce qui nous est arrivé ». La pensée intrusive ressemble alors à une partie « pompier » : une part de vous qui, sentant remonter une émotion ancienne et menaçante, déclenche un scénario effrayant pour détourner votre attention. Elle vous protège — maladroitement, mais avec une logique basée sur vos expériences passées.
Comprendre cela change le rapport à la pensée. Elle cesse d’être une menace à éliminer pour devenir un messager à écouter. On peut alors, doucement, remercier cette partie protectrice et lui proposer de baisser la garde, le temps d’aller voir ce qu’elle protège : la part plus jeune, exilée, qui porte la charge non digérée.
Aller ressentir la charge dans le corps, en sécurité
Concrètement, le travail consiste à quitter l’analyse pour la perception. Plutôt que de demander « pourquoi cette pensée ? », on s’intéresse à : où, dans le corps, quelque chose se tend, se serre ou se noue quand la pensée surgit ? La gorge, peut-être ? Le ventre ? Une pression diffuse dans la poitrine ? On laisse la sensation être ce qu’elle est, sans la juger, jusqu’à ce qu’elle délivre son message — et bien souvent, lorsque l’émotion a été enfin ressentie et entendue, on retrouve un peu d’alignement et de sérénité.
Ce n’est pas moi qui « guéris » quoi que ce soit. Je propose un cadre qui aide quelque chose, à l’intérieur, à se déposer en sécurité. Notre corps sait très bien se réguler tout seul, voire s’auto-soigner… si on le laisse faire ! Le déclic peut survenir dès la première séance : ce moment où ce qui était coincé à l’intérieur se débloque, et où le mental, soulagé, n’a plus besoin de crier.
Si vous traversez ces pensées en ce moment, sachez qu’elles disent quelque chose de juste — au mauvais endroit. Apprendre à apaiser l’anxiété ne passe pas par davantage de raisonnement, mais par cette re-connexion progressive à ce que le corps porte.
Pour aller plus loin
Pour les personnes concernées
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — la référence sur la mémoire somatique du trauma : pourquoi le corps porte ce que l’esprit n’a pas pu digérer.
- Richard Schwartz, Pourquoi nous sommes essentiellement bons (No Bad Parts), éd. Sounds True, 2021 — le fondateur de l’IFS expose le modèle des parties de soi et leur rôle protecteur, très éclairant sur les pensées qui « veulent nous protéger ».
- Stephen Porges, Théorie polyvagale et sentiment de sécurité, éd. EDP Sciences, 2022 — pour comprendre comment le système nerveux évalue le danger sous le seuil de la conscience.
Ressources vidéo : Therapy in a Nutshell, Emma McAdam — ses vidéos sur les pensées intrusives et l’évitement émotionnel (à rechercher directement par son nom). Heidi Priebe, sa chaîne consacrée à l’attachement et au travail sur les parties de soi.
Références professionnelles
- Richard Schwartz & Martha Sweezy, Internal Family Systems Therapy, éd. Guilford Press, 2019 — le manuel clinique de référence du modèle IFS.
- Stephen Porges, The Polyvagal Theory, éd. W. W. Norton, 2011 — les travaux fondateurs sur la neurophysiologie de la sécurité et de la menace.
- Peter Levine, Réveiller le tigre (Waking the Tiger), éd. InterÉditions, 2019 — sur la façon dont la charge non déchargée reste piégée dans le corps et peut se métaboliser.
Et si nous en parlions ?
Si ces pensées vous épuisent et que vous reconnaissez la mécanique du raisonnement qui ne mène nulle part, peut-être qu’une autre voie pourrait, elle aussi, valoir la peine d’être explorée. Je vous propose d’en parler librement et sans engagement, si vous le souhaitez, lors d’un premier échange téléphonique gratuit d’environ trente minutes. Nous pourrons simplement évaluer si mon approche peut vous convenir.
Vous pouvez me joindre via le formulaire de contact. Les séances elles-mêmes se déroulent au cabinet, à Lausanne.