Se sentir non aimée même quand on l’est : pourquoi le cœur n’enregistre pas l’amour reçu

Se sentir non aimée alors que l'amour est là ? Une partie de vous filtre l'amour reçu. Comprendre ce mécanisme et comment l'hypnose ericksonienne peut aider.

En bref — Un compagnon attentionné, des amies fidèles, des proches présents — et pourtant cette voix qui répète : « Je ne me sens pas aimée ». Ce n’est pas de l’ingratitude. C’est un récepteur qui ne capte pas le signal, parce qu’il n’a pas appris à le reconnaître. L’amour reçu glisse sans s’imprimer. Cet article explore ce qui se joue vraiment en nous quand l’amour ne s’enregistre pas, et comment ce canal peut, doucement, se rouvrir.

Il y a un paradoxe que beaucoup de femmes me confient au cabinet, presque à voix basse, comme un aveu honteux. Elles sont entourées. Un compagnon attentionné, des amies fidèles, des proches qui se montrent là. Et pourtant, une voix intérieure répète : je ne me sens pas aimée. Pas comme dans les films. Pas comme on imagine que cela devrait se sentir. Cet écart entre l’amour reçu et l’amour ressenti n’est pas un caprice. C’est l’empreinte d’un mécanisme appris très tôt — un filtre qu’une partie de vous a installé, à l’époque, pour vous protéger. Voyons ce qui se joue, et pourquoi la réflexion cognitive seule ne suffit pas à défaire ce filtre.

Ce mécanisme est loin d’être rare : une méta-analyse internationale portant sur près de 60 000 personnes estime que 18,4 % d’entre elles ont vécu une forme de négligence émotionnelle dans l’enfance (Stoltenborgh et al., Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 2013) — des besoins affectifs restés trop souvent sans réponse. Quand l’on grandit ainsi, on peut ne jamais vraiment apprendre à sentir l’amour pourtant offert.

Pourquoi je ne ressens pas l’amour qu’on me donne ?

Vous le voyez — l’autre est présent, attentionné, sincère. Et pourtant rien n’arrive vraiment au cœur. Ce n’est pas que vous n’aimez pas. C’est qu’une partie de vous filtre l’amour reçu, parce qu’enfant elle a appris qu’il fallait s’en méfier, ou qu’il finirait par disparaître. Elle fait, aujourd’hui encore, ce qu’elle a cru devoir faire pour vous épargner une déception.

Le symptôme : quand l’amour reçu ne touche pas le coeur

Le sentiment se présente rarement de façon spectaculaire. Il s’infiltre. Vous recevez un message tendre et, au lieu de la chaleur, vous sentez un retrait. Une amie pense à vous, prépare quelque chose qui vous fait plaisir, et au lieu de l’émotion, c’est une légère fatigue qui monte. Quelqu’un vous dit je t’aime et, au fond, cela glisse — comme si les mots ne pouvaient pas traverser une membrane invisible.

Beaucoup de clientes décrivent cela d’une image très juste : « Je comprends l’idée de l’amour. Je le vois dans les histoires, mais quelque chose m’échappe. Comme observer une langue qu’on ne m’a jamais apprise. » Vous regardez des scènes de tendresse au cinéma et vous pensez : les gens ressentent vraiment cela ? L’amour devient un objet d’observation, pas d’expérience.

Un autre signe revient souvent. Quand quelqu’un vous traite avec une vraie gentillesse, votre système nerveux ne se détend pas. Il se met en alerte. Pourquoi est-il si gentil ? Qu’est-ce qu’il attend en retour ? Ce n’est pas de la méfiance gratuite. C’est une intelligence de survie qui a appris, très loin dans votre histoire, que la chaleur reçue pouvait être suivie d’une douleur.

Que se passe-t-il dans le cerveau quand on ne se sent pas aimée ?

Un attachement insécure, formé dans l’enfance, pose un filtre sur tout ce qui ressemble à de la sécurité affective. Ce n’est pas une distorsion volontaire — c’est une protection ancienne, mise en place par un système nerveux qui n’a pas eu d’autre choix. Les travaux de Bowlby, puis d’Amir Levine et Rachel Heller, décrivent ce filtre avec précision.

Ce que l’attachement et l’hypervigilance nous apprennent

Le terme clinique que l’on emploie pour ce mécanisme est l’hypervigilance. Quand la gentillesse a été rare ou imprévisible dans une enfance, le cerveau apprend à rester en alerte, même une fois adulte. L’hypervigilance est rarement un trait de personnalité. C’est un mécanisme de protection — votre cerveau a simplement tenté de vous épargner une déception future. Le problème, c’est que cette même protection rend ensuite la connexion authentique difficile à accueillir.

Il y a aussi ce que l’on pourrait appeler l’histoire du « peut-être que je ne suis pas quelqu’un qu’on peut aimer ». Quand un enfant grandit en se sentant émotionnellement non vu, son esprit construit lentement ce récit. Une fois installé, le cerveau devient très efficace pour collecter des preuves : un ami qui annule, une relation qui se termine, un message ignoré. Chaque petit événement vient nourrir le scénario ancien.

Mais il faut poser ici une distinction que je reprends souvent en séance. Se sentir non aimée ne signifie pas nécessairement que vous ne l’avez jamais été. Parfois, cela signifie que l’amour qui existait autour de vous ne s’exprimait pas d’une façon qui rencontrait vos besoins émotionnels.

C’est ici que tout se joue. Ce n’est pas que l’amour était absent. C’est qu’il ne rencontrait pas le bon canal. Et ces décalages laissent des empreintes profondes.

Quelle partie de moi empêche d’enregistrer l’amour ?

Une partie jeune, qui a vécu l’incertitude affective, veille encore — elle filtre, elle minimise, elle se prépare au pire. Non par méchanceté envers vous. Par fidélité à ce qu’elle a dû faire pour survivre. La rencontrer, c’est commencer à lui rendre son rôle de protectrice plutôt que de gardienne.

Le lien avec la cause profonde : la partie qui filtre

La psychologie parle de schémas d’attachement, de négligence émotionnelle, de croyances limitantes. Tous ces modèles sont justes. Mais dans ma pratique, je m’appuie sur une lecture qui parle plus directement à ce qui se vit au présent : celle de l’IFS (Internal Family Systems), une approche développée par Richard Schwartz. L’idée des « parties de soi » n’est pas une théorie sur des entités qui nous habiteraient réellement ; c’est une métaphore, une grille de lecture qui permet de donner un sens à ce qui se joue en nous.

Richard Schwartz le formule ainsi : « Il n’existe pas de mauvaises parties. Chaque partie a une bonne intention pour vous. » (Richard Schwartz, No Bad Parts, 2021). Même celle qui bloque l’amour s’est organisée suite à vos expériences et à vos apprentissages, avec une intention protectrice.

Quand une cliente me dit je ne me sens pas aimée même quand on me le dit, je n’entends pas un défaut. J’entends une partie. Une partie qui s’est formée à un âge où elle a senti que l’amour reçu ne correspondait pas à ce dont elle avait besoin. Peut-être qu’on lui donnait beaucoup, logistiquement — repas, soins, présence physique — sans que ses besoins émotionnels précis soient vus. Peut-être que l’amour était conditionnel, lié à la performance, à la sagesse, au silence. Peut-être qu’il était imprévisible, présent un jour, absent le suivant, sans qu’elle puisse comprendre pourquoi.

Cette partie a fait un calcul de survie : si je laisse entrer l’amour, je risque d’être encore déçue. Donc je vais filtrer. Et depuis, fidèlement, elle filtre. Adulte, vous recevez une preuve d’amour authentique — et la partie l’examine, la pèse, la met de côté. Ce n’est pas vous qui ne voulez pas être aimée. C’est cette partie qui protège l’enfant que vous avez été d’une douleur qu’elle anticipe encore.

C’est pour cela que la réflexion cognitive seule échoue souvent. Vous savez qu’on vous aime. Vous pouvez lister dix preuves. Et pourtant, le sentiment ne s’enregistre pas. Parce que la partie qui filtre n’est pas accessible par la raison. Elle est plus ancienne. Elle est dans le système limbique, dans la mémoire du corps, dans l’inconscient.

Comment l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à recevoir l’amour ?

L’hypnose ericksonienne ne force rien. En favorisant l’apparition d’un état léger de conscience, elle propose au système nerveux une expérience où la sécurité peut entrer sans déclencher l’alarme. Quand cette expérience se répète, le filtre se relâche — et l’amour reçu commence, enfin, à toucher.

Comment l’hypnothérapie peut accompagner ce travail

L’hypnose ericksonienne, associée à la grille de lecture de l’IFS, ouvre une voie différente. Pas une voie de raisonnement. Une voie de rencontre.

En séance, on ne va pas argumenter avec la partie qui filtre. On ne va pas lui expliquer qu’elle a tort, qu’aujourd’hui c’est différent, que les gens autour de vous sont fiables. Cela, vous vous le dites déjà — et vous voyez bien que cela ne suffit pas. À la place, on va entrer en contact avec elle. L’accueillir telle qu’elle est, reconnaître son rôle protecteur, comprendre ce qu’elle craint encore.

C’est le principe que j’appelle ART : Accueillir, Reconnaître, Transformer. On accueille la partie sans vouloir la changer. On reconnaît la fonction qu’elle a remplie — elle vous a protégée, elle a fait son travail. Et seulement à ce moment-là, dans la sécurité de cette rencontre, quelque chose peut se transformer. La partie peut commencer à relâcher son filtre. Non parce qu’on l’a forcée. Parce qu’elle se sent entendue, peut-être pour la première fois.

L’hypnose ericksonienne favorise l’état de réceptivité qui rend cette rencontre possible. Elle n’impose rien. Elle ouvre une porte intérieure que la conscience ordinaire n’ouvre pas d’elle-même. Le travail se fait à un niveau qui ne passe pas par la justification cognitive — et c’est précisément ce qui le rend adapté à ce type de souffrance.

Une précision, en toute honnêteté : je ne promets pas de déclic mécanique. Je facilite ; c’est vous qui faites le travail. Mais je peux dire ceci : quand cette partie est rencontrée, la qualité de présence dans vos relations change. L’amour reçu commence à toucher. Pas tout, pas tout de suite. Mais un canal s’ouvre.

FAQ

Est-ce que ce sentiment de ne pas se sentir aimée signifie que ma famille ne m’aimait pas ?

Pas nécessairement. Se sentir non aimée ne signifie pas que vous ne l’avez jamais été. L’amour était peut-être bien présent, mais exprimé d’une façon qui ne rencontrait pas vos besoins émotionnels. Un parent peut profondément aimer son enfant sans savoir le lui montrer dans le langage dont l’enfant a besoin. Le travail ne consiste pas à juger le passé, mais à comprendre ce qui s’est imprimé en vous.

Combien de séances pour ce type de problématique ?

Souvent, une seule séance suffit pour créer un premier déplacement, et il est rare d’avoir besoin de plus de trois. Il n’y a pas de réponse standard : cela dépend de vous. Lors de l’entretien téléphonique gratuit de 30 minutes que je propose en amont, nous évaluons ensemble ce qui semble juste pour vous.

Est-ce que les séances sont remboursées par mon assurance complémentaire ?

En règle générale, non. Les séances que je propose ne sont pas remboursées par les assurances complémentaires. Je le précise toujours avant que vous preniez rendez-vous, pour que la décision se fasse en connaissance de cause.

Conclusion

Si vous vous reconnaissez dans ce que cet article décrit, je veux vous laisser avec l’observation qui me semble la plus précieuse. Le fait même que vous puissiez vous poser la question — et si je n’avais jamais été aimée ? — signifie que vous tenez à l’amour. Vous le valorisez. Vous en remarquez la présence, ou l’absence.

La capacité même à formuler cette douleur prouve que la capacité d’aimer est intacte en vous. Elle est juste filtrée par une partie qui a fait, longtemps, ce qu’elle a pu pour vous protéger. Cette partie peut être rencontrée. Elle peut être remerciée. Et elle peut, doucement, relâcher ce qu’elle tient depuis tant d’années.

Si vous souhaitez explorer cette approche, je reçois au cabinet à Lausanne, en présentiel, avec l’hypnose ericksonienne. La première étape est un entretien téléphonique gratuit de 30 minutes, pour nous rencontrer et évaluer, sans pression, si mon approche vous convient.

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Note importante : si le sentiment de ne rien ressentir s’installe durablement, s’accompagne de pensées suicidaires ou d’épisodes de dissociation aiguë, consultez d’abord un médecin ou un thérapeute. En Suisse, La Main Tendue est joignable jour et nuit au 143. L’hypnothérapie est un accompagnement complémentaire et ne remplace pas un suivi médical ou psychologique.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers concernés

  • Valérie Beaufort, Se libérer de la blessure d’abandon (En Quête du Bonheur, 2018).
  • Leslie Cameron-Bandler & Michael Lebeau, Au Cœur des Émotions (La Tempérance).
  • Christophe Fauré, Ensemble mais seuls (Albin Michel).
  • Christophe Fauré, Le couple brisé (Albin Michel).
  • Elaine N. Aron, Hypersensibles (Marabout, 2013).
  • Therapy in a Nutshell, Anxiety Skills #21 — Attachment Styles.
  • Patrick Teahan, Childhood PTSD : Why You Can’t Let Go.
  • The School of Life, Why You Will Marry the Wrong Person.
  • Esther Perel, The Secret to Desire in a Long-Term Relationship (TED).

Références professionnelles

  • Pia Mellody et al., Facing Codependence (HarperOne, 2003).
  • Jacques-Antoine Malarewicz, Quatorze leçons de thérapie stratégique (ESF Éditeur).
  • Stephen Gilligan & Robert Dilts, Le Voyage du Héros (InterÉditions, 2019).
  • Giorgio Nardone et al., Conflits de familles (Enrick B. Éditions, 2016).
  • Virginia Satir, Thérapie familiale (Desclée de Brouwer, 1995).

→ Voir aussi la page Références — Dépendance affective.

Si vous reconnaissez ce que je viens de décrire, je vous propose un premier entretien téléphonique de trente minutes, gratuit, pour qu’on regarde ensemble si le cadre vous convient. C’est au cabinet à Lausanne, avec l’hypnose ericksonienne, en présentiel, parce que ce travail-là demande la présence du corps.

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