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Pourquoi je trouve toujours des excuses à celui qui me fait du mal ?
Il y a une phrase que beaucoup de femmes se répètent tout bas, presque comme une prière : « Je sais qu’il me parle très mal, mais il a eu une enfance difficile. Je dois juste travailler sur moi, faire preuve de plus de patience. » On la prononce avec douceur, avec générosité même. Et pourtant, chaque fois qu’on la redit, on recule un peu plus loin de soi.
Trouver des excuses à son partenaire part presque toujours d’un grand cœur — d’une immense capacité à aimer et à comprendre. Le problème surgit quand cette compréhension cesse de vous protéger et se met à protéger, à votre place, celui qui vous fait mal. Voyons ensemble comment cette mécanique s’installe, et par où passe la résolution.
Pourquoi est-ce que je trouve toujours des excuses à mon partenaire ?
Parce que votre esprit préfère une explication douloureuse à une réalité insupportable. Se dire « il souffre, donc il ne se rend pas compte » fait moins mal, sur le moment, que d’admettre « il me traite mal et il continue ». L’excuse devient un anesthésiant : elle calme l’alarme intérieure juste assez pour tenir un jour de plus.
Cette façon de retourner la responsabilité vers soi porte un nom discret : on se persuade soi-même que l’inacceptable est tolérable. Et vous n’êtes pas seule à le vivre. Près de 27 % des femmes ayant été en couple ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire au cours de leur vie (OMS, 2021) — les blessures psychologiques, plus difficiles à chiffrer, les accompagnent presque toujours, et se cachent souvent derrière un « il ne l’a pas fait exprès ».
Son enfance difficile explique-t-elle vraiment qu’il me traite mal ?
Son histoire explique probablement d’où vient sa blessure. Elle n’autorise jamais qu’il la déverse sur vous. Comprendre et excuser sont deux gestes différents : le premier éclaire un comportement, le second l’absout. On peut faire le premier sans jamais le second.
Un passé douloureux appelle de la compassion, c’est vrai. Mais la compassion ne signifie pas ouvrir grand la porte à ce qui vous abîme. Un adulte reste responsable de la manière dont il traite les autres, quelle que soit son enfance. Vous pouvez tenir dans une main la tendresse pour l’enfant qu’il a été, et dans l’autre une limite claire pour l’homme qu’il est aujourd’hui.
Et si mon vocabulaire psy s’était retourné contre moi ?
C’est un piège subtil, et fréquent chez les personnes qui se sont beaucoup renseignées. À force de lire sur les traumatismes, l’attachement, le système nerveux, on finit par disposer d’un mot savant pour excuser chaque blessure : « Son cerveau déconnecte », « C’est son mécanisme de défense », « Une part de lui a peur ».
Ces concepts sont justes. Mais mis bout à bout, ils forment parfois un long raisonnement qui vous éloigne d’une chose toute simple : ce que vous ressentez, là, maintenant, dans cette relation. Le savoir psychologique devrait éclairer votre expérience. Quand il sert surtout à la faire taire, il a changé de camp.
Ma patience est-elle une force, ou un oubli de moi-même ?
La patience est belle quand elle vous choisit. Elle devient un piège quand c’est elle qui vous choisit à votre place. Se féliciter de « ne pas réagir », de « rester zen », de toujours tendre l’autre joue, peut cacher un lent effacement de soi déguisé en sagesse.
Demandez-vous, sans vous juger : cette patience, est-ce que je la vis comme une paix intérieure, ou comme un effort permanent pour ne pas déranger ? Si chaque jour vous coûte un peu de votre voix, de vos envies, de votre énergie, alors ce que vous appelez patience ressemble surtout à une longue apnée. Et personne ne peut retenir sa respiration éternellement.
Pourquoi mon corps sait-il avant ma tête que quelque chose ne va pas ?
Parce que le corps ne se raconte pas d’histoires. Bien avant que votre esprit ne trouve la bonne excuse, votre ventre se serre, votre gorge se noue, vos épaules remontent. Ces signaux somatiques sont une boussole ancienne, honnête, qui parle un langage que le raisonnement ne connaît pas.
Beaucoup de femmes que j’accompagne ont appris, très tôt, à ne plus écouter cette boussole — à la couvrir de « je dois comprendre », « je dois être plus tolérante ». Réapprendre à la sentir, c’est retrouver un allié précieux. Quand une interaction vous laisse le ventre en pierre, votre corps vous transmet une information précieuse, à honorer plutôt qu’à faire taire.
Suis-je responsable de le réparer ?
Non. Et cette petite phrase peut soulager d’un poids immense. Croire que votre amour, votre patience et votre présence finiront par apaiser ses blessures est une illusion tendre mais épuisante — celle de la sauveuse, qui s’oublie à force de vouloir sauver.
Un adulte ne se transforme que s’il décide, lui, d’affronter son propre chemin. Vous ne pouvez pas faire ce travail à sa place, aussi fort que vous l’aimiez. Vous pouvez cesser de porter son histoire à sa place sans cesser de l’aimer : lui rendre la responsabilité de son chemin, c’est aussi reprendre le vôtre. Comme le rappelle une sagesse bien connue, quand quelqu’un vous montre, longtemps et clairement, qui il est, il devient précieux de le croire.
Comment cesser de tout excuser sans devenir dure ni fermée ?
En déplaçant doucement la question. Tant qu’on se demande « pourquoi agit-il ainsi ? », on tourne autour de lui. Le jour où l’on ose se demander « comment est-ce que je me sens traitée, et qu’est-ce que je mérite ? », on revient enfin vers soi. C’est là que le sol se raffermit sous vos pieds.
Cela ne veut pas dire claquer la porte du jour au lendemain, ni cesser d’aimer. Il s’agit d’un déplacement intérieur : reposer votre centre de gravité en vous plutôt qu’en lui. Écouter ce que vous ressentez avant de chercher ce qu’il a vécu. Poser une limite et observer, non pas ses excuses, mais ce qu’il en fait. Retrouver, en somme, une manière d’aimer qui ne vous coûte plus vous-même.
En quoi l’hypnose peut-elle m’aider à retrouver ma place ?
En s’adressant à la part de vous qui a appris, souvent dans l’enfance, que l’amour se méritait par le sacrifice. Ce réflexe d’excuser, de porter, de comprendre l’autre avant soi ne se défait pas par la seule volonté : il s’est ancré dans le ressenti, et c’est là qu’on va le rejoindre. Dans un état de conscience légèrement modifié, on retrouve un contact plus direct avec cette boussole intérieure que le quotidien recouvre.
Dans mon cabinet, je ne décide pas à votre place de ce que vaut votre relation, et je ne donne pas de beaux conseils. J’accompagne plutôt un retour vers vous : réapprendre à sentir ce qui vous pèse, distinguer la compassion qui vous grandit de l’excuse qui vous efface, et retrouver le droit d’exister pleinement dans le lien. Souvent, quelques séances suffisent à sentir ce déplacement s’amorcer.
Si ces lignes résonnent en vous, on peut en parler. Je propose un échange téléphonique de trente minutes, gratuit et sans engagement : juste pour y voir plus clair. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne, à votre rythme.
Pour aller plus loin
- Susan Forward, Le Chantage affectif (Marabout) — comment la culpabilité et la pitié nous retiennent auprès de qui nous blesse.
- Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral (Pocket) — reconnaître l’emprise et les micro-violences qui s’installent sans bruit.
- Christophe André et François Lelord, L’Estime de soi (Odile Jacob) — réapprendre à poser ses limites sans culpabiliser.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien (Albin Michel, 2018) — pourquoi le corps sait souvent avant la tête, et comment le réécouter.