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Pourquoi ai-je l’impression de subir ma vie, alors que tout va bien ?
Il y a une forme d’épuisement dont on parle peu, parce qu’elle ne se voit pas. De l’extérieur, tout va bien : un travail, un toit, des proches, des week-ends. Et pourtant, le dimanche soir, ou un mardi quelconque, monte cette sensation étrange — regarder sa propre vie défiler comme derrière une vitre, faire les gestes sans être tout à fait là. Vous la reconnaissez peut-être à cette petite phrase intérieure : « J’ai l’impression de subir ma vie plus que de la vivre. »
Cette fatigue-là ne se soigne pas par une bonne nuit de sommeil, parce qu’elle ne vient pas du corps. Elle vient d’ailleurs — d’un décalage lent, presque imperceptible, entre la vie que vous menez et celle qui serait vraiment la vôtre. Et la première étape pour en sortir, c’est simplement de cesser de la confondre avec de la paresse ou un manque de volonté.
Pourquoi ai-je l’impression de subir ma vie, alors que tout va bien ?
Parce qu’une vie peut être pleine de choses et vide de présence. On peut cocher toutes les cases — la stabilité, les responsabilités, les projets — et se sentir malgré tout comme le passager de son existence plutôt que son conducteur. Rien ne cloche vraiment, et c’est précisément ce qui déroute : la souffrance n’a pas de cause spectaculaire à montrer. Vous êtes d’ailleurs loin d’être seule : les travaux sur le bien-être mental estiment qu’à peine 17 % des adultes se sentent véritablement épanouis, la plupart traversant leurs journées sans être ni en détresse ni pleinement vivants (Keyes, Journal of Health and Social Behavior, 2002).
Ce sentiment naît souvent quand nos journées se remplissent de rôles plus que de choix. On fait ce qu’on « doit », on répond aux attentes, on avance sur des rails posés il y a longtemps — parfois par les autres, parfois par une version plus jeune de nous-mêmes qui ne savait pas encore ce qu’elle voulait. Peu à peu, le pilote automatique prend la main. On ne vit plus sa vie : on la gère.
C’est quoi, cette fatigue que le repos ne soulage pas ?
C’est une fatigue de l’âme, pas du muscle. Elle ne se recharge pas en dormant parce qu’elle ne vient pas d’un effort physique, mais du poids de porter, jour après jour, ce qui ne nous ressemble plus tout à fait.
Le plus troublant, c’est que ce poids devient invisible à force d’habitude. Une charge qu’on porte depuis dix ans finit par sembler faire partie de soi. On ne la remarque plus, comme on ne remarque plus le bruit d’un frigo jusqu’au moment où il s’arrête. Beaucoup de femmes que j’accompagne me décrivent exactement cela : non pas une crise, mais une lassitude diffuse, installée si discrètement qu’elles ont fini par la prendre pour leur caractère.
Comment distinguer ce qui est vraiment à moi de ce que j’ai seulement « ajouté » ?
En commençant par une question simple, et un peu vertigineuse : si vous retiriez de vos épaules tout ce que vous n’avez pas réellement choisi, que resterait-il dessous ? La difficulté, c’est que ce qu’on croit essentiel n’est parfois que le plus ancien, et ce qu’on croit naturel, souvent le plus répété.
Une habitude installée depuis longtemps a le goût de l’évidence, sans être pour autant la vôtre. Un rôle tenu depuis l’enfance — la fille sage, la femme forte, celle sur qui l’on compte — semble être votre nature, alors qu’il fut d’abord une stratégie. Faire ce tri ne se fait pas dans la tête, à coups de raisonnement. Cela se sent, doucement, en prêtant attention à ce qui vous allège et à ce qui vous pèse, dès qu’on ose enfin y regarder.
Pourquoi mes journées sont-elles pleines et pourtant vides ?
Parce que remplir n’est pas habiter. On peut traverser une journée entière sans vraiment y être : présente aux tâches, absente à l’instant. Et c’est ce manque de présence, plus que la charge elle-même, qui creuse le sentiment de vide.
Posez-vous la question, sans vous juger : quand avez-vous, pour la dernière fois, pleinement senti un jour ordinaire ? Pas un voyage, pas une occasion spéciale — un simple mardi. Le goût du café du matin, la lumière qui change au fil des heures, un silence dans une conversation. Si la réponse est difficile à trouver, votre vie ne manque pas de choses : elle manque de vous.
Cette lassitude est-elle un problème, ou le signe de quelque chose ?
Souvent, c’est un signal, pas une panne. Cette forme d’épuisement arrive fréquemment à un tournant — la trentaine, la quarantaine, un cap intérieur — comme une invitation à réorganiser sa vie autour de choix plus fidèles à soi. Les chercheurs qui ont étudié les transitions de l’âge adulte y voient moins une défaillance qu’un passage Levinson, Les saisons de la vie d’un homme, 1978.
Cela ne veut pas dire qu’il faut tout bouleverser, quitter, recommencer de zéro. La lassitude ne réclame pas forcément une révolution — parfois, juste d’être écoutée. Elle pointe une part de vous restée trop longtemps silencieuse, qui demande à peser de nouveau dans vos décisions. La prendre au sérieux, c’est déjà commencer à ne plus la subir.
Comment recommencer à habiter ma vie plutôt qu’à la gérer ?
En redonnant du poids à la présence, et en déposant, un à un, les fardeaux qui ne sont pas les vôtres. Quand on lâche ce qui ne nous appartient pas, quelque chose d’étonnant se produit : le temps semble revenir, l’esprit s’éclaircit, et la vie cesse d’être une liste interminable pour redevenir une expérience que l’on goûte.
Concrètement, cela commence petit. S’accorder chaque jour un moment vécu à fond plutôt que dix expédiés en pilotage. Distinguer, dans son agenda, ce qui nourrit de ce qui vide. Oser réinterroger un « il faut » qu’on n’avait jamais questionné. Rien de tout cela ne relève de la paresse : c’est reprendre la barre, doucement, d’une vie qui avait fini par avancer sans vous.
En quoi l’hypnose peut-elle m’aider à redevenir actrice de ma vie ?
En s’adressant à la part de vous qui sait, sous le bruit des obligations, ce qui compte vraiment. Ce discernement-là ne se force pas par la volonté : il émerge quand le mental se pose. Dans un état de conscience légèrement modifié, on retrouve un contact plus direct avec ses ressentis — cette boussole intérieure que le quotidien recouvre.
Dans mon cabinet, je n’apporte pas de réponses toutes faites sur la vie que vous devriez mener. Personne ne les détient à votre place. J’accompagne plutôt un tri intérieur : reconnaître les rôles qui vous épuisent, écouter ce qui, en vous, réclame d’exister, et réapprendre à être présente à vos propres journées. Souvent, une seule séance suffit à sentir ce déplacement s’amorcer, et à repartir avec une manière plus légère d’habiter le temps.
Vous n’êtes pas fatiguée parce que vous en faites trop peu. Vous êtes peut-être fatiguée d’avoir, trop longtemps, vécu la vie d’une autre. Et ce chemin-là, celui du retour vers soi, peut commencer par un simple pas.
Si ces lignes résonnent en vous, on peut en parler. Je propose un échange téléphonique de trente minutes, gratuit et sans engagement : juste pour voir plus clair. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne, à votre rythme.
Pour aller plus loin
- Hermann Hesse, Siddhartha (Le Livre de Poche) — le récit d’un homme qui, après une vie de quête, trouve la paix dans la simplicité d’être pleinement présent.
- Hermann Hesse, Demian (Le Livre de Poche) — sur le courage de devenir soi-même plutôt que la personne que l’on attend de vous.
- Christophe André, Et n’oublie pas d’être heureux (Odile Jacob, 2014) — de petites pratiques pour réapprendre à habiter l’instant.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien (Albin Michel, 2018) — pourquoi le vrai changement passe par le corps et la présence, pas seulement par la compréhension.