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Pourquoi je reproduis toujours le même schéma relationnel ?
Il y a quelque chose de vertigineux à se regarder faire. Vous sentez la scène venir : le ton qui monte, l’envie de claquer la porte, ou au contraire de vous excuser pour un tort qui n’est pas le vôtre. Une part de vous sait exactement ce qui va se passer. Et pourtant, comme aspirée, vous le refaites. Encore. Puis vient la vieille phrase, murmurée à soi-même : « Mais pourquoi je recommence, alors que je le vois ? »
Une cliente me l’a dit presque mot pour mot : « Je repère mon schéma, je le connais par cœur, et au moment où il faudrait faire autrement, mon corps prend le dessus et je reproduis exactement la même chose. » Si vous vous reconnaissez, sachez d’abord une chose : loin d’un manque de volonté ou d’une fatalité, c’est le signe qu’un schéma bien plus ancien fait, en silence, un travail que vous n’avez jamais demandé.
Pourquoi je vois le schéma arriver et je le reproduis quand même ?
Parce que voir n’est pas la même chose que ressentir. Vous repérez le schéma avec votre tête, clairement, presque en spectatrice. Mais le schéma, lui, ne vit pas dans la tête : il se déclenche en dessous, dans le corps, plus vite que la pensée. Au moment décisif, c’est un vieux réflexe qui commande, pas votre lucidité.
Ce réflexe a une raison d’être, souvent invisible. Un schéma qui se répète n’est pas une bêtise que l’on referait par distraction : il vous rend un service. Il vous évite quelque chose de plus difficile encore que ses conséquences. Tant que ce quelque chose n’a pas été touché, le schéma reste le gardien fidèle d’une porte que l’on préfère, sans le savoir, garder fermée.
À quoi sert, au fond, ce schéma que je répète ?
À vous protéger d’une émotion que vous n’avez pas eu les moyens de traverser. C’est souvent là que se cache la clé : derrière chaque schéma tenace, il y a une expérience émotionnelle évitée. La honte de ne pas être à la hauteur. Le chagrin de ne pas avoir compté. La peur d’être vue telle qu’on se croit, et rejetée pour ça.
L’approche IFS, qui travaille avec les différentes parties de soi, parle de ces schémas comme de parties protectrices Schwartz, Système familial intérieur (IFS), 1995. Une part de vous, très jeune, a un jour décidé : « Plutôt fuir que risquer d’avoir mal. » Ou : « Plutôt tout contrôler que sentir cette peur. » Elle a pris ce rôle pour de bonnes raisons, à une époque où c’était peut-être la seule issue. Depuis, elle continue, loyale, à monter la garde — même quand le danger d’autrefois n’existe plus.
Voir un schéma sous cet angle change tout. On cesse de se battre contre soi-même. La question n’est plus « comment m’empêcher de recommencer ? » mais « de quoi cette part de moi essaie-t-elle encore de me protéger ? »
Pourquoi la prise de conscience ne suffit-elle pas à le défaire ?
Parce que la conscience s’adresse à la tête, alors que le schéma est logé dans un étage plus ancien du système nerveux. Comprendre pourquoi vous réagissez ne descend pas jusqu’à l’endroit où la réaction se fabrique. C’est un peu comme expliquer à quelqu’un qui a le vertige que la balustrade est solide : il vous croit, et ses jambes tremblent quand même.
J’ai consacré un article entier à ce décalage entre comprendre et changer, si vous voulez creuser ce mécanisme : pourquoi comprendre son histoire ne suffit pas à changer. Ici, retenons l’essentiel : l’insight ouvre la porte, mais c’est l’expérience émotionnelle, vécue en sécurité, qui fait bouger les meubles.
Qu’est-ce qu’il faudrait vraiment ressentir pour que ça change ?
Justement l’émotion que le schéma vous a épargnée jusqu’ici. C’est le cœur du travail, et le plus délicat. Sortir d’un schéma répétitif demande de sentir, pour de vrai, ce que l’on a passé sa vie à contourner : la honte, le deuil, la peur d’être « mauvaise », de décevoir, de ne pas tenir.
Prenons un exemple. Une femme qui s’efface toujours pour ne pas déranger découvre, en séance, que sous cette effacement il y a la peur panique de prendre de la place et d’être rejetée pour ça. Tant qu’elle fuit cette peur, elle s’efface. Le jour où elle accepte de la ressentir — quelques minutes, dans un cadre sûr, sans en mourir — le schéma perd son moteur. Il n’a plus rien à protéger. On ne l’a pas combattu : on l’a rendu inutile.
On retrouve le même mécanisme en amour, sous un autre visage. Celle qui, dès qu’un lien devient précieux, s’accroche — puis sabote : une pique, un silence, une dispute qui pousse l’autre à s’éloigner avant même qu’il ne songe à partir. Sous cette danse épuisante se cache souvent une peur brûlante, celle d’être abandonnée, trop vive pour être regardée en face. La sentir enfin, dans un cadre sûr, retire peu à peu au sabotage sa raison d’être.
C’est une bonne nouvelle, au fond. Cela veut dire que vous n’avez pas à devenir quelqu’un d’autre, ni à vous discipliner davantage. Vous avez seulement à traverser, accompagnée, ce que la petite part de vous a jugé un jour trop dangereux à sentir seule.
Est-ce que « réparer » avec l’autre fait partie du chemin ?
Souvent, oui — à condition que ce soit une vraie réparation, pas une nouvelle façon de s’effacer. Quand un schéma a blessé un lien, revenir vers l’autre pour nommer ce qui s’est passé referme quelque chose. Mais il y a deux manières très différentes de le faire.
La première s’excuse en s’écroulant : « Je suis nulle, pardon, je gâche toujours tout. » Celle-là ne répare rien ; elle rejoue le schéma sous une autre forme, en quête d’être rassurée. La seconde nomme les choses debout : « J’ai réagi ainsi, ce n’est pas la manière dont je veux être avec toi. » Sans se rabaisser, sans se justifier pendant dix minutes. Cette réparation-là, tranquille, suppose d’avoir déjà traversé sa propre honte — sinon elle se transforme en supplication. C’est pourquoi le travail intérieur vient d’abord, et le geste vers l’autre ensuite.
Pourquoi est-ce si difficile de sentir ces émotions seule ?
Parce que ces émotions ont justement été trop grandes pour être vécues seule, la première fois. Un enfant confronté à une honte ou à un chagrin immense, sans personne pour l’aider à les porter, n’a pas d’autre choix que de les mettre de côté. Le schéma est né exactement de ce moment-là : de l’impossibilité de sentir sans se noyer. Ces adaptations sont d’une grande banalité : on estime qu’environ 40 % des adultes portent un style d’attachement insécure, façonné par ces toutes premières relations (Hazan & Shaver, 1987).
Des années plus tard, la règle intérieure tient toujours : « Cette émotion est trop dangereuse, ne t’en approche pas. » Vouloir la traverser seule, par la seule volonté, revient souvent à se cogner à ce mur. C’est là qu’une présence change tout. Sentir la vieille peur en étant, cette fois, accompagnée et en sécurité, offre au système nerveux l’expérience qui lui a manqué : celle de ne pas couler.
En quoi l’hypnose et l’approche IFS aident-elles à défaire un schéma ?
En parlant directement à la partie de vous qui tient le schéma, dans une langue qu’elle comprend. L’hypnose ericksonienne travaille sous le mental, là où la conscience n’a pas prise, dans un état de conscience légèrement modifié où le corps accepte de relâcher un peu sa garde. C’est à cet étage que le changement s’inscrit.
Concrètement, on ne cherche pas à supprimer la part protectrice ni à la forcer. On fait connaissance avec elle. On la remercie du travail accompli — car elle vous a réellement protégée, un jour. Puis on l’accompagne à sentir, à petite dose, l’émotion qu’elle gardait sous clé. Peu à peu, elle comprend qu’elle peut se reposer : le danger est passé, et vous n’êtes plus cette enfant seule face à l’immense.
Ce travail est plus doux qu’on ne l’imagine, et souvent plus rapide, parce qu’il ne demande pas de lutter. Il rend au système nerveux ce qu’il cherchait depuis le début : la sécurité de sentir sans se perdre. Et le jour où l’émotion peut enfin exister, le schéma qui la tenait à distance n’a tout simplement plus de raison de se rejouer.
Si vous vous reconnaissez dans ces répétitions, et que vous êtes fatiguée de vous regarder recommencer, on peut commencer par en parler. Je propose un échange téléphonique de trente minutes, gratuit et sans engagement : juste pour voir plus clair et sentir si mon approche vous parle. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel, à votre rythme.
Pour aller plus loin
- Richard C. Schwartz, Pourquoi nous sommes essentiellement bons (No Bad Parts) — pour comprendre les parties protectrices et dialoguer avec elles plutôt que les combattre.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien — comment les réactions automatiques s’inscrivent dans le corps, en dessous de la pensée.
- Hilary Jacobs Hendel, Ni triste ni contrariée (It’s Not Always Depression) — un guide accessible pour retrouver et traverser les émotions mises de côté.
- Christophe André, Imparfaits, libres et heureux — sur l’estime de soi et le droit d’exister sans se justifier.