« Ne le prends pas personnellement » : pourquoi ce conseil ne marche pas

En bref — « Prendre les choses personnellement » n’est pas un défaut de carapace à corriger par la volonté. C’est une réaction de honte : une remarque vient toucher une partie de soi (IFS) blessée, ancienne, qui se sent attaquée dans sa valeur. Le conseil « blinde-toi » culpabilise et n’apaise rien, parce qu’il demande de museler la part qui souffre au lieu de l’accueillir. Ce qui désamorce vraiment la réactivité, c’est l’inverse : la curiosité face à la critique, un « Aïe » sincère, et la possibilité d’entendre une éventuelle part de vérité sans s’effondrer.

« Dès qu’un collègue me fait la moindre remarque, je me sens attaquée et humiliée, mon corps se tend complètement et je me mets immédiatement sur la défensive pour justifier ma valeur. » Une cliente m’a dit cela presque mot pour mot, les épaules déjà remontées en le racontant.

Et autour d’elle, le même conseil revenait : « Ne le prends pas personnellement. » Sa sœur, son chef, ses amies. Comme si c’était une question de volonté. Comme s’il suffisait de décider.

Sauf que personne ne lui expliquait comment. Et pour cause : ce conseil ne marche pas. Pas parce qu’elle manque de force. Parce qu’il vise la mauvaise cible.

Pourquoi le conseil « ne le prends pas personnellement » ne fonctionne-t-il jamais ?

Parce qu’il demande de fermer une porte qui s’ouvre toute seule. La réactivité n’est pas un choix conscient. Au moment où la remarque tombe, le corps a déjà réagi : la gorge se serre, le ventre se durcit, le visage chauffe.

« Ne le prends pas personnellement » arrive après. Trop tard. Et il ajoute une couche : maintenant, en plus de me sentir attaquée, je me sens nulle de réagir comme ça. La honte de la remarque, doublée de la honte de ne pas savoir « rester zen ».

En cabinet, je vois souvent ce double étage. La cliente ne lutte pas contre une critique. Elle lutte contre elle-même. Et ça, c’est épuisant. C’est d’ailleurs la même mécanique que dans la culpabilité permanente : une part de soi qui se retourne contre une autre.

Qu’est-ce qui se passe vraiment dans le corps quand une remarque me touche ?

Une remarque anodine vient appuyer sur un point ancien. Pas sur le présent. Sur une blessure plus vieille que la situation.

Le système nerveux ne fait pas le tri entre « mon collègue trouve mon rapport trop long » et « je ne vaux rien ». Il enregistre une menace pour la valeur, et il mobilise : tension, défense, justification. C’est une réaction de survie, pas un caprice.

Stephen Porges, avec la théorie polyvagale, décrit bien ce réflexe : avant même de penser, le corps évalue si l’environnement est sûr ou dangereux. Une critique perçue comme une attaque déclenche la même alerte qu’un danger réel. D’où la tension immédiate, automatique, que la cliente décrit. Ce n’est pas elle qui exagère. C’est son corps qui protège.

Pourquoi est-ce une question de honte, et non de susceptibilité ?

La susceptibilité, c’est le mot qu’on emploie pour se reprocher quelque chose. La honte, c’est ce qui se vit en dessous.

Brené Brown, qui a consacré des années à étudier ce sujet, définit la honte comme la peur intense de ne pas être digne d’amour ou d’appartenance. Quand une remarque touche, elle ne dit pas « tu as fait une erreur ». Elle murmure « tu es l’erreur ». La nuance est énorme. La première porte sur un acte, la seconde sur l’être tout entier.

Voilà pourquoi « ne le prends pas personnellement » sonne faux. C’est déjà personnel. La remarque a touché la personne, pas la tâche. Et tant qu’on confond les deux, on demande à quelqu’un de ne pas saigner d’une blessure qui vient de s’ouvrir.

Quelle partie de soi se sent attaquée dans ces moments ?

Souvent une part jeune. Une part qui a appris, il y a longtemps, que sa valeur était conditionnelle. Qu’il fallait bien faire pour être aimée. Qu’une erreur valait un retrait d’affection.

Dans le modèle des parties de soi (IFS), développé par Richard Schwartz, on n’a pas une personnalité d’un bloc. On a des parts. Certaines portent des blessures anciennes, d’autres montent au créneau pour les protéger. La défensive qui s’enclenche — « je justifie ma valeur » — n’est pas le problème. C’est une protectrice. Elle fait son travail : empêcher qu’on retouche la part blessée.

« Il n’y a pas de mauvaises parts », rappelle Schwartz. La défensive n’est pas un défaut à corriger. C’est une réponse loyale à une douleur réelle. Le museler revient à se fâcher contre le garde du corps d’un enfant qu’on n’a jamais consolé.

Pourquoi vouloir se « blinder » aggrave-t-il les choses ?

Parce que se blinder, c’est ajouter de la tension sur de la tension. C’est demander à la part blessée de se taire et à la part défensive de monter d’un cran. On durcit tout le système.

Et ça fatigue. Une armure, ça pèse. La personne qui « ne montre rien » paie souvent l’addition la nuit, ou dans le corps : mâchoires serrées, sommeil léger, irritabilité. La carapace ne protège pas la blessure. Elle l’enferme.

L’alternative n’est pas de devenir insensible. C’est de devenir un appui pour soi-même — ce que j’explore avec mes clientes autour de l’idée de devenir son propre point d’ancrage. Quand on a un appui intérieur stable, une remarque ne fait plus vaciller tout l’édifice.

Comment accueillir la réactivité au lieu de la museler ?

En changeant de geste intérieur. Au lieu de pousser la réaction dehors, on lui fait une place. Trois mouvements, doux et un peu contre-intuitifs, aident à cela.

La curiosité. Au moment où ça se serre, au lieu de se juger, on observe : « Tiens, ça réagit fort. Qu’est-ce qui se touche, là ? » La curiosité fait baisser la garde mieux que n’importe quel ordre. Elle transforme l’attaque en information.

La vulnérabilité. Un simple « Aïe » sincère, dit ou pensé, désamorce souvent plus qu’une longue justification. Reconnaître « ça m’a touchée » au lieu de prouver qu’on a raison. Brené Brown a montré que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse : c’est ce qui permet à la honte de se dissoudre, parce que la honte ne survit pas à l’air libre.

L’auto-compassion. Kristin Neff, qui a étudié ce mécanisme de près, le formule simplement : se parler comme on parlerait à une amie. Pas « ressaisis-toi », mais « c’est normal que ça pique ». Ses travaux montrent que l’auto-compassion s’accompagne de moins de jugement de soi et de moins de réactions sur la défensive. Non pas en se durcissant. En s’apaisant.

Comment l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à apaiser cette réactivité ?

Le mental comprend tout cela très bien. Et pourtant, sur le moment, le corps repart au quart de tour. C’est normal : la réaction se joue plus bas que la pensée, dans le limbique, là où les mots seuls n’ont pas la main.

Avec l’hypnose ericksonienne, on travaille à ce niveau-là. Dans un état léger de conscience, une transe légère, on peut s’approcher en douceur de la part qui se cabre. Non pour la combattre. Pour l’écouter. Pour qu’elle sente, parfois pour la première fois, qu’on ne lui demande plus de protéger un trou béant — parce que la blessure dessous commence à s’apaiser.

Et là, quelque chose se desserre. La remarque du collègue ne disparaît pas. Mais elle cesse d’appuyer sur le point sensible. On peut même entendre la part de vérité qu’elle contient, s’il y en a une, sans s’effondrer. Ça soulage, souvent, de laisser le corps s’ouvrir un peu au lieu de tout verrouiller. Beaucoup de mes clientes sont surprises qu’une seule séance suffise souvent à amorcer ce relâchement ; d’éventuelles séances suivantes ne servent qu’à consolider cet apaisement, à votre rythme.

Questions fréquentes sur le fait de prendre les choses personnellement

Est-ce un problème de personnalité de tout prendre personnellement ?

Non. C’est le signe qu’une part de soi porte une blessure ancienne autour de la valeur. La réactivité protège cette part. Ce n’est pas un trait à corriger par la volonté, mais une douleur à accueillir. Quand la blessure s’apaise, la susceptibilité diminue d’elle-même.

Comment réagir sur le moment quand une remarque me blesse ?

Avant de répondre, nommez intérieurement ce qui se passe : « Ça m’a touchée ». Respirez une fois. Un « Aïe, ça me pique » sincère désamorce plus qu’une justification. Vous n’avez pas à prouver votre valeur dans l’instant : la reconnaître à vous-même suffit à faire baisser la tension.

Peut-on vraiment devenir moins susceptible ?

Oui, mais pas en se blindant. En s’occupant de la part blessée qui se sent attaquée. Quand cette part se sent enfin en sécurité, les remarques cessent d’appuyer sur le même point. On reste sensible, mais on ne vacille plus. C’est un apaisement, pas une armure.

Pour aller plus loin

  • Brené Brown, Le pouvoir de la vulnérabilité : oser être soi-même, éd. Guy Trédaniel — sur la honte et pourquoi la vulnérabilité désamorce ce qui nous fait nous sentir attaqué.
  • Kristin Neff, S’aimer : comment se réconcilier avec soi-même, éd. Belfond, 2013 — l’auto-compassion comme alternative à la dureté envers soi.
  • Richard Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — la base du modèle des parties de soi : aucune part n’est mauvaise.
  • Stephen Porges, La Théorie polyvagale : neurophysiologie des émotions, de l’attachement et de la communication, éd. EDP Sciences, 2021 — pourquoi le corps perçoit une critique comme un danger avant toute pensée.
  • Christophe André, Méditer jour après jour, éd. L’Iconoclaste, 2011 — accueillir ses états intérieurs avec douceur plutôt que les combattre.

Et si vous arrêtiez de vous blinder ?

Si chaque remarque vous fait remonter les épaules, ce n’est pas que vous êtes trop sensible. C’est qu’une part de vous, ancienne et fatiguée, monte la garde devant une blessure qu’on n’a jamais consolée. Lui demander de se taire ne marche pas. L’écouter, oui. Apprendre à reprendre confiance commence souvent là, par cette part-là.

Je vous propose un entretien téléphonique gratuit de 30 minutes, sans pression, pour voir ensemble ce qui se touche quand on vous fait une remarque, et si mon approche vous convient. Vous gardez le contrôle du début à la fin, comme dans toute séance. Je ne répare personne : c’est votre système nerveux qui fait le travail, à son rythme. Vous restez l’héroïne de votre histoire — je marche juste à côté un moment. Les séances se font au cabinet à Lausanne.

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