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Devenir son propre point d’ancrage : sortir de la quête de sécurité chez l’autre
Pourquoi cherche-t-on toujours la sécurité chez l'autre ? Construire sa sécurité intérieure avec l'hypnose ericksonienne et l'IFS au cabinet à Lausanne.
En bref — Quand un attachement insécure s’est installé dans l’enfance, le système nerveux a appris à chercher la sécurité ailleurs : chez un parent imprévisible, plus tard chez un partenaire, parfois chez n’importe qui susceptible de remplir un vide. La sécurité intérieure n’est pas l’indépendance à tout prix. C’est intérioriser une figure ressource — une voix calme et fiable, en soi — qui apaise les parties les plus anxieuses. L’hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS) construisent cette figure pas à pas, à travers des expériences correctrices vécues en séance davantage qu’apprises intellectuellement. La quête de sécurité chez l’autre se desserre alors d’elle-même. Vous restez en lien, sans plus dépendre.
Qu’est-ce que la sécurité intérieure ?
La sécurité intérieure, c’est la capacité à se sentir suffisamment en sécurité dans son corps, ses émotions et sa pensée, sans avoir besoin d’une présence extérieure pour s’apaiser. Ni autonomie totale, ni indifférence. Une base intérieure stable, depuis laquelle on peut être en relation, sans s’y dissoudre.
Une base stable, pas une forteresse
Le terme vient des travaux sur l’attachement initiés par John Bowlby et Mary Ainsworth dans les années 1960 et 1970. Bowlby parlait de « base de sécurité » : la figure d’attachement à laquelle l’enfant revient quand le monde devient trop. Plus tard, les chercheurs ont compris que cette base pouvait s’intérioriser. Quand tout s’est bien passé, l’adulte porte en lui une représentation stable d’une figure rassurante — sans plus avoir besoin qu’elle soit physiquement là.
Quand cette intériorisation ne s’est pas faite, ou qu’elle a été abîmée par des expériences précoces difficiles, l’adulte continue de chercher dehors ce qui devrait être dedans. Un partenaire. Un thérapeute. Un parent même âgé. Parfois plusieurs à la fois. Cette quête n’est pas un défaut de caractère — c’est une stratégie d’attachement qui a fait sens à un moment, et qui demande à être réactualisée.
Rick Hanson, neuropsychologue et auteur de Le cerveau du bonheur (Pocket, 2016), résume ainsi l’enjeu : intérioriser les expériences positives — laisser les moments de sécurité, même brefs, modifier en profondeur les circuits cérébraux qui pilotent l’alerte.
Pourquoi cherche-t-on la sécurité chez l’autre quand on a vécu un attachement insécure ?
On cherche chez l’autre ce que le système nerveux n’a pas eu suffisamment dans l’enfance : la régulation par la présence d’une figure fiable. Quand un parent était imprévisible, débordé ou émotionnellement absent, l’enfant a appris à scanner l’environnement pour anticiper le danger relationnel. Devenu adulte, ce circuit reste actif — et l’autre devient la seule régulation accessible.
La co-régulation manquante
Avant de pouvoir s’auto-réguler, un nourrisson a besoin d’être co-régulé. Un visage attentif, une voix posée, des bras qui contiennent : voilà les briques neurologiques de la sécurité. Quand cette co-régulation a manqué, ou qu’elle a été inconstante, le système nerveux apprend que la régulation vient de l’extérieur — et que pour survivre, il faut maintenir l’autre proche, coûte que coûte.
Voilà ce que Bowlby nommait l’attachement insécure, décliné en trois grandes formes par Mary Ainsworth dans son protocole de la Situation Étrange : insécure-évitant, insécure-anxieux, et plus tardivement insécure-désorganisé (décrit par Mary Main). Chacun produit, à l’âge adulte, une stratégie différente de quête de sécurité. L’évitant prend de la distance pour ne plus avoir besoin. L’anxieux s’accroche. Le désorganisé alterne, fuit et revient — sans comprendre lui-même ce qu’il cherche.
Le partenaire-régulateur
Beaucoup de clientes décrivent la même expérience : « Quand il est là, je vais bien. Quand il s’absente une journée, tout s’effondre. » Pas de la dépendance affective au sens péjoratif — un système nerveux qui n’a jamais appris à se poser seul. Le partenaire devient alors la prothèse externe d’une régulation interne défaillante. Et davantage la dépendance se voit, davantage la honte s’installe.
Heidi Priebe, créatrice de contenus YouTube sur l’attachement et le système nerveux, formule cela avec une justesse rare : on cherche dehors une « adulte intérieure » qu’on n’a pas eu le temps de construire. Le travail thérapeutique la fait grandir.
Pour comprendre comment l’attachement précoce détermine la dépendance affective : dépendance affective : pourquoi l’amour fuit toujours.
Quels sont les signes d’un attachement insécure à l’âge adulte ?
Les signes d’un attachement insécure adulte apparaissent surtout dans le couple et dans les relations proches : difficulté à être seul·e sans angoisse, hypervigilance à l’humeur de l’autre, peur disproportionnée de l’abandon ou au contraire mise à distance dès que le lien devient profond. Le corps parle souvent avant la tête : vigilance, tension, sommeil dégradé en l’absence du partenaire.
Côté anxieux : la quête permanente du signal
L’attachement anxieux se reconnaît à une activité mentale et corporelle quasi continue autour du lien. On relit les messages plusieurs fois. On surinterprète les silences. On a besoin de réassurance régulière, et celle qu’on reçoit ne dure jamais bien longtemps — la partie inquiète redemande, encore. Davantage que de la possessivité, une terreur ancienne se réactive : celle d’avoir été laissée seule trop longtemps, trop tôt.
Côté évitant : la distance qui protège
L’évitant, lui, se sent envahi dès que le lien devient intime. Pas qu’il n’aime pas — la proximité a, dans son histoire, été associée à un débordement ou à une intrusion. Son système nerveux a appris que la sécurité passe par la distance. Il s’éloigne sans toujours savoir pourquoi, puis se sent coupable. Et le cycle recommence.
Côté désorganisé : l’alternance qui épuise
Le plus douloureux est sans doute l’attachement désorganisé. Il oscille entre les deux : « je te veux, ne pars pas — et maintenant pars, ne t’approche plus. » Cette alternance répond à des messages contradictoires reçus très tôt, souvent dans un contexte de choc émotionnel précoce ou de figure d’attachement à la fois recherchée et redoutée. Il demande un travail patient et progressif. Le terrain du trauma complexe : trauma complexe : comprendre et traiter.
« Je peux passer trois jours à attendre un message, puis quand il arrive, je ne réponds pas pendant deux heures pour reprendre le contrôle », raconte une cliente. Pas un jeu. Un système nerveux qui ne sait pas, à ce moment précis, ce qui le rendrait moins mal.
Comment devenir un parent suffisamment bon pour soi-même (reparenting) ?
Le reparenting, c’est offrir à soi-même, et notamment aux parties les plus jeunes en soi, ce qui a manqué dans l’enfance : la présence, la régularité, la validation des émotions, la fiabilité dans le temps. Le concept de « parent suffisamment bon » vient de Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique : non pas être parfait, mais globalement présent, suffisamment fiable, ajusté.
Devenir cette présence pour soi
Le reparenting n’est pas une affirmation positive devant un miroir. C’est un travail concret : remarquer une partie de soi qui s’agite, lui parler intérieurement avec respect, l’écouter, ne pas la museler. Lui dire « j’entends que tu as peur, je suis là, je ne vais nulle part. » Pas une fois, mais des centaines de fois, jusqu’à ce que la partie commence à le croire.
Dans le travail avec les parties de soi (IFS), Richard Schwartz a montré que chaque personne possède un noyau de Self — un centre apaisé, curieux, bienveillant — qui peut devenir cette présence intérieure. Le Self n’a pas besoin d’être appris : il est déjà là. Ce qui s’apprend, c’est à laisser le Self prendre la place que les parties protectrices ont occupée par défaut, faute de candidat mieux qualifié à l’époque.
Le rôle de la régularité
Un parent suffisamment bon n’est pas un parent toujours juste. C’est un parent qui revient. Qui répare quand il blesse. Qui maintient une présence dans le temps. Pour soi-même, la régularité prend des formes simples : un moment fixe chaque jour où l’on s’écoute, une pratique courte mais répétée, une phrase intérieure que l’on revient dire à la partie qui panique. Le système nerveux, comme l’enfant, a besoin de prévisibilité davantage que d’intensité.
Quelle différence entre auto-compassion et complaisance ?
L’auto-compassion, c’est se traiter comme on traiterait un·e ami·e proche en difficulté : avec chaleur, lucidité et présence. La complaisance, c’est se justifier sans regarder. La différence essentielle : l’auto-compassion accueille la souffrance sans l’amplifier ni la fuir, tandis que la complaisance évite l’inconfort en se racontant des histoires. Cliniquement, la complaisance se confond souvent avec la soumission (parfois nommée fawning) : ce réflexe d’apaiser, de s’effacer, de ne surtout pas contrarier — un mécanisme de survie ancien qui se déguise volontiers en gentillesse envers soi-même.
Trois composantes selon Kristin Neff
La chercheuse américaine Kristin Neff, qui a fondé le champ scientifique de l’auto-compassion, en identifie trois piliers : la bienveillance envers soi (plutôt que l’auto-jugement), la reconnaissance de l’humanité commune (« je ne suis pas seule à vivre cela »), et la pleine conscience (regarder ce qui est, sans amplification). Dans la méta-analyse de référence (MacBeth & Gumley, 2012, Clinical Psychology Review), portant sur 20 échantillons et 14 études cliniques, l’auto-compassion entretient une corrélation négative large avec la psychopathologie (r = -0,54), avec un effet particulièrement marqué sur la dépression, l’anxiété et le stress.
Accueillir n’est pas approuver
Une partie importante du travail consiste à comprendre que accueillir une émotion ou un comportement, ce n’est pas l’approuver. Une partie de vous peut avoir besoin d’être entendue dans sa peur, sans que la peur ait raison sur la situation. On peut tenir les deux : « je vois que tu as peur, je t’entends — et nous n’allons pas réagir à cette peur, nous allons l’écouter. » Cette nuance change tout. Elle évite le piège de la complaisance comme celui de la suppression. L’auto-compassion ne rend pas mou. Elle rend précis : on sait ce qu’on ressent, on sait ce qu’on en fait, on choisit.
Tara Brach, psychologue américaine et enseignante de méditation, propose dans son ouvrage L’Acceptation radicale (Belfond, 2016) un acronyme devenu classique : R.A.I.N. — Reconnaître, Accueillir, Investiguer, Nourrir. Une cartographie simple pour transformer un moment difficile en moment d’auto-compassion active.
Comment l’hypnose ericksonienne et l’IFS réveillent une figure ressource intériorisée ?
L’hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS) réveillent une figure ressource intériorisée à partir de ressources déjà présentes — souvenirs, sensations, micro-expériences de sécurité — en leur permettant de vivre davantage qu’en les expliquant. En état hypnotique léger, le système nerveux accède plus facilement aux ressources de régulation. La figure intérieure se densifie alors par dépôts successifs, au rythme de ce qui se présente, jusqu’à devenir disponible spontanément hors séance.
L’hypnose comme expérience davantage que comme explication
Le défaut central des stratégies purement cognitives, quand il s’agit de sécurité intérieure : elles s’adressent au mental — alors que le manque s’est inscrit avant le langage. Avec l’hypnose ericksonienne, on ne raconte pas à la cliente qu’elle peut être en sécurité : on lui fait vivre, dans son corps, ce que c’est qu’être en sécurité. Cette expérience-là, le cerveau l’enregistre comme un souvenir réel. Et un souvenir réel peut être rappelé.
Rick Hanson appelle cela l’auto-direction de la neuroplasticité : on choisit les expériences que l’on veut intérioriser, on les vit pleinement, on leur laisse le temps de s’inscrire. La sécurité intérieure n’est pas une découverte intellectuelle. C’est une expérience qui se répète jusqu’à devenir un trait.
L’IFS pour donner une place à chaque partie
Avec l’IFS, on ne combat pas la partie anxieuse qui réclame la présence de l’autre. On ne l’efface pas. On vient à sa rencontre. « Cette partie de vous qui ne supporte pas qu’il s’absente — depuis quand elle est là ? Que craint-elle ? Qui l’avait laissée seule, la première fois ? » Les réponses qui remontent surprennent souvent. La partie qui semble adulte parle parfois avec la voix d’une enfant de quatre ans.
Une fois la partie écoutée, les protections se détendent et laissent émerger le Self — qui était là tout du long. Non pour faire taire, mais pour rassurer — vraiment. La partie n’a plus besoin de réclamer dehors ce qu’elle reçoit dedans. Progressif. Concret. Et davantage durable que toutes les stratégies d’évitement ou de contrôle.
Pour aller plus loin sur le travail post-traumatique : hypnose pour le traumatisme post-traumatique.
Comment savoir si je progresse vers la sécurité intérieure ?
Les signes de progression vers la sécurité intérieure sont rarement spectaculaires. De petits déplacements quotidiens : tolérer une absence sans angoisse aiguë, attendre quelques heures avant de répondre à un message sans contrôle, sentir le corps se détendre dans la solitude au lieu de se crisper. La progression se mesure en intervalles d’apaisement spontané — pas en absence totale de tension.
Des signaux concrets
Concrètement, vous savez que ça avance quand :
- Les silences de l’autre cessent d’être interprétés comme des menaces.
- Vous remarquez la peur monter, et vous savez vous parler à vous-même avant qu’elle ne déborde.
- Vous tolérez d’être seul·e une soirée, voire un week-end, sans angoisse aiguë.
- Vous identifiez plus vite les relations qui réactivent les anciennes blessures, et vous savez en sortir plus tôt.
- Le souffle se pose plus bas dans le ventre, spontanément, plusieurs fois par jour — sans que vous ayez à le contrôler.
- Le corps revient au repos plus rapidement après une activation — minutes plutôt qu’heures, heures plutôt que jours.
Ces déplacements ne sont pas linéaires. Il y aura des retours en arrière, surtout dans les moments de fatigue ou de stress. Ces retours ne sont pas des rechutes : des occasions de revenir à la pratique, et de constater que la base intérieure tient — un peu plus solide qu’avant.
La fin d’une fuite
Le signal le plus profond, peut-être : vous cessez d’avoir besoin de remplir. Le silence ne fait plus peur. La solitude ne fait plus paniquer. Vous restez en lien — par choix, davantage que par survie. Et c’est à ce moment-là que les liens deviennent plus libres, plus profonds, davantage choisis.
Pour comprendre comment certains liens ne sont pas le résultat de l’amour mais d’une emprise : lien traumatique : rompre l’emprise et emprise amoureuse : signes et libération.
Pour aller plus loin
Pour les personnes concernées
- 📚 Rick Hanson, Le cerveau du bonheur, Pocket, 2016 — comment intérioriser concrètement les expériences positives jusqu’à modifier le câblage du cerveau.
- 📚 Kristin Neff, S’aimer : Comment se réconcilier avec soi-même, Belfond, 2013 — les trois piliers de l’auto-compassion par la fondatrice du champ scientifique.
- 📚 Boris Cyrulnik, Sous le signe du lien (Odile Jacob 1989 ; rééd. Hachette Pluriel, 2010) — une approche francophone de l’attachement et de la résilience, ancrée dans l’éthologie et la clinique.
- 🎥 Chaîne YouTube de Heidi Priebe — séries longues et limpides sur l’attachement adulte, le système nerveux et la construction d’une « adulte intérieure ».
- 🎥 Chaîne YouTube de Tara Brach — méditations guidées et enseignements sur l’auto-compassion, dont la pratique R.A.I.N.
Pour les professionnels
- 📚 John Bowlby, Attachement et perte (trois volumes), PUF — l’œuvre fondatrice de la théorie de l’attachement.
- 📚 Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison — Un nouveau modèle de psychothérapie (trad. François Le Doze, Éditions du Non-Verbal) — le manuel de référence sur l’IFS et le travail avec les parties de soi.
- 📚 Donald Winnicott, De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot, 1969 — pour le concept de « mère suffisamment bonne » et l’environnement facilitateur.
En séance, à Lausanne
Si vous vous reconnaissez dans cette quête de sécurité chez l’autre, sachez qu’elle n’est pas un défaut, juste une stratégie ancienne qui demande à être réactualisée — et qui peut l’être.
Le travail commence par un entretien téléphonique gratuit de 30 minutes. Nous regardons ensemble ce qui se présente, ce qui vous retient, ce que vous cherchez. Cette première rencontre permet aussi de sentir si nous avons envie de travailler ensemble — une relation thérapeutique est une rencontre, bien davantage qu’un ensemble de techniques.
Le déclic peut s’amorcer dès la première rencontre. L’hypnose ericksonienne ne réalise pas la transformation à votre place — elle ouvre l’espace dans lequel le changement peut se faire, à son rythme et en sécurité. Le travail avec les parties de soi (IFS) vient en complément lorsque vous ressentez que plusieurs parties intérieures demandent à être entendues.
Au cabinet à Lausanne — prendre contact.
Pour aller plus loin — Sécurité intérieure
- 👉 Traumatisme et choc émotionnel — Page pilier P2
- 👉 Dépendance affective — Page pilier P3
- 👉 Trauma complexe (CPTSD) — Au-delà du PTSD
- 👉 Lien traumatique — Pourquoi on reste
- 👉 Emprise amoureuse — Reconnaître et se libérer
- 👉 Cabinet de Lausanne — Prendre rendez-vous