Culpabilité maternelle : est-ce égoïste de penser à moi maintenant que je suis mère ?

Prendre du temps pour soi quand on est mère n'est pas égoïste. D'où vient la culpabilité maternelle et comment se l'autoriser sans négliger ses enfants.

En bref — Beaucoup de mères culpabilisent dès qu’elles prennent du temps pour elles, comme si répondre à leurs propres besoins allait faire du mal à leurs enfants. Cette peur naît souvent d’une enfance où l’on a appris très tôt à s’effacer. Pourtant, une mère qui s’autorise à exister peut transmettre davantage de sécurité qu’une mère épuisée qui se sacrifie : prendre soin de soi nourrit le lien.

Vous fermez la porte de la salle de bain pour dix minutes, et déjà la petite voix commence : et s’ils avaient besoin de moi, là, maintenant ? Vous vous asseyez enfin, et la culpabilité s’assoit avec vous. Beaucoup de mères connaissent cette culpabilité maternelle : l’impression que le moindre pas vers soi se paie d’un pas contre ses enfants. Souvent, cette culpabilité prolonge une histoire plus ancienne, apprise bien avant de devenir mère.

Est-ce égoïste de prendre du temps pour moi maintenant que je suis mère ?

Non. Prendre soin de soi rend disponible autrement. Une mère reposée, qui existe aussi en dehors de son rôle, offre une présence plus stable qu’une mère à bout. Répondre à ses besoins nourrit le lien.

Pourtant, sur le moment, cela ne se ressent pas ainsi. Vous vous êtes peut-être déjà dit : « Dix minutes pour moi, et déjà je me sens coupable. » Cette phrase, tant de mères pourraient la signer. Dans le corps, s’occuper de soi se vit comme un risque bien plus que comme un droit.

Pourquoi ma culpabilité maternelle se réveille-t-elle dès que je pense à moi ?

Parce que cette culpabilité a longtemps servi à quelque chose. Chez beaucoup de femmes, elle s’est installée dans l’enfance comme un signal d’alarme, celui qui prévenait dès qu’on prenait trop de place. Adulte, ce signal s’est déplacé sur la maternité : penser à soi réveille la vieille alerte, et le cerveau la traduit en tu fais quelque chose de mal.

On parle parfois d’une mère « suffisamment bonne », expression du pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott : pas parfaite, juste présente et vraie. Les petits ratés font partie de l’histoire et ne font pas de mal aux enfants. Viser le sacrifice total est épuisant, et l’enfant a besoin de bien moins que cela.

D’où vient cette peur que mes besoins fassent du mal à mes enfants ?

Souvent d’une équation apprise très tôt : si je vais bien, alors quelqu’un d’autre va moins bien. Dans certaines familles, l’enfant comprend que l’espace est compté, que l’attention est rare, et qu’il vaut mieux ne rien demander pour ne pas peser. Devenue mère, cette femme peut appliquer la même règle : elle ne s’autorise à exister que quand tout le monde est servi — c’est-à-dire jamais tout à fait.

La peur parle de votre enfance bien plus que de vos enfants. Vous avez le droit d’avoir des besoins et d’y répondre.

La culpabilité ne fait pas la différence entre prendre dix minutes pour soi et abandonner quelqu’un : elle traite les deux de la même façon. Apprendre à la nuancer, c’est déjà commencer à respirer.

Ai-je appris, enfant, à m’effacer ?

C’est fréquent : beaucoup de femmes l’ont appris sans le choisir. Certaines ont grandi en portant, très tôt, une charge qui n’était pas la leur : consoler un parent fragile, apaiser les tensions, deviner les humeurs de la maison avant même de parler d’elles-mêmes. Quand un enfant devient, sans le vouloir, le soutien émotionnel de son propre parent, on appelle parfois cela la parentification.

Une enfant qui a appris à s’effacer repère très bien les besoins des autres, et beaucoup moins les siens. Elle voit la fatigue de tout le monde, sauf la sienne. Devenue mère, elle rejoue souvent ce qu’elle connaît : veiller sur tous, s’oublier soi. Elle reste fidèle au modèle de lien qu’on lui a transmis. Le nommer, c’est comprendre sans accuser ses parents : beaucoup reproduisaient eux-mêmes ce qu’ils avaient reçu.

Si je prends soin de moi, est-ce que je donne un mauvais exemple à mes enfants ?

C’est plutôt l’inverse. Une mère qui s’autorise du repos, des envies, des limites montre qu’un être humain a le droit d’exister pour lui-même. Beaucoup de mères ont appris que l’amour, c’est se donner jusqu’à disparaître : elles l’ont reçu comme modèle, bien avant de pouvoir le choisir. Vous avez le droit de vous en dégager à votre rythme.

Un enfant perçoit assez vite si vous êtes détendue ou à bout, quels que soient vos mots. Prendre soin de vous contribue aussi à leur sécurité.

Est-ce que me sacrifier protège vraiment mes enfants ?

Le sacrifice permanent protège moins qu’il n’y paraît. À force de ne jamais s’écouter, l’épuisement s’installe, et il a un nom. Les chercheuses de l’université de Louvain Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak ont documenté le burn-out parental, un épuisement propre à la parentalité, distinct de la simple fatigue.

Une étude menée auprès de 17 409 parents dans 42 pays (Roskam et al., 2021, Affective Science) montre que le burn-out parental touche des parents dans le monde entier, mais très inégalement : davantage dans les cultures les plus individualistes.

Si cet épuisement s’accompagne d’une tristesse qui ne lâche pas, d’une perte de plaisir ou d’idées sombres, ou s’il survient après une naissance, parlez-en d’abord à votre médecin ou à votre sage-femme : l’hypnose peut venir en complément d’un suivi médical.

Cet épuisement est un signe qu’il est temps de se poser, et il mérite d’être entendu sans honte. Répondre à ses besoins remplit le réservoir où l’on puise soi-même.

Comment répondre à mes besoins sans négliger mes enfants ?

En comprenant que prendre soin de soi et prendre soin d’eux relèvent du même mouvement : vous n’avez pas à choisir entre eux et vous. Cela commence souvent par de petits gestes qui semblent minuscules — dire j’ai besoin de dix minutes, s’accorder une envie sans se justifier, laisser une tâche inachevée sans réparer aussitôt.

Il arrive que la culpabilité se manifeste encore : elle signale que vous faites du neuf. Elle est souvent le souvenir d’une règle ancienne, et parfois le signe que vous avancez. Quand la culpabilité se double d’un besoin d’être partout, pour tout le monde, tout le temps, elle rejoint parfois ce qu’on appelle la fusion émotionnelle : une manière d’être si liée à ses proches, et d’abord à son enfant, qu’on ne sait plus où l’on finit.

Ces petits gestes peuvent rester imparfaits et progressifs. Une mère qui s’accorde une pause, sans se cacher, montre qu’on a le droit de se reposer.

En quoi l’hypnose peut-elle m’aider à me sentir légitime ?

Savoir, dans la tête, que prendre soin de soi est légitime ne suffit pas : la culpabilité se loge dans le corps et dans les réflexes. C’est là que l’hypnose et une approche qui s’intéresse aux différentes parties de soi (l’approche IFS) trouvent leur place.

En séance, dans un état de transe légère, naturel, que vous connaissez déjà (celui où l’on s’absorbe dans une musique ou un trajet), on va à la rencontre de cette partie de vous qui a appris, tôt, qu’il fallait s’effacer pour rester aimée. On l’invite à découvrir, à son rythme, qu’aujourd’hui la règle peut changer. Vous restez présente et consciente, vous gardez la main.

Ici, vos besoins ont leur place, sans que vous ayez à choisir entre exister et aimer. Vous restez seule juge de la mère que vous voulez être. On part de ce qui vous pèse aujourd’hui. Le passé n’est visité que si vous le souhaitez, et sans procès fait à vos parents.

Et si je prenais dix minutes pour moi, avec quelqu’un qui écoute ?

Si ces lignes vous ressemblent, ces dix minutes-là peuvent être pour vous.

Pour aller plus loin

  • Donald W. Winnicott, La mère suffisamment bonne, éd. Payot (coll. Petite bibliothèque Payot), 2006 — sur l’idée qu’une mère n’a pas besoin d’être parfaite pour répondre aux besoins de son enfant.
  • Lindsay C. Gibson, Se construire avec des parents immatures : guérir son enfant intérieur et apprendre à s’aimer, éd. Leduc, 2021 — pour reconnaître les dynamiques d’enfance qui apprennent à s’effacer.
  • Isabelle Roskam & Moïra Mikolajczak, Le burn-out parental : l’éviter et s’en sortir, éd. Odile Jacob, 2017 — sur l’épuisement propre à la parentalité et la place des besoins du parent.

Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.

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