Toujours attirée par le mauvais « type » — alors que l’homme bien vous ennuie

Être attirée par des partenaires fuyants, indisponibles ou « à sauver » — et trouver l'homme stable et présent « ennuyeux » — n'est pas un défaut de jugement. C'est souvent un système nerveux marqué t...

En bref — Être attirée par des partenaires fuyants, indisponibles ou « à sauver » — et trouver l’homme stable et présent « ennuyeux » — n’est pas un défaut de jugement. C’est souvent un système nerveux marqué tôt qui reconnaît le familier : l’intensité, le manque, le sauvetage. Il confond l’activation avec la passion, et le calme avec le vide. Ce n’est pas votre cœur qui se trompe de chemin. C’est une vieille carte de sécurité, et elle se redessine.

Une cliente me disait, presque en s’excusant : « Je suis toujours attirée par des hommes fuyants ou brisés que je dois sauver. Et la seule fois où j’ai rencontré un homme sain et disponible, je me suis ennuyée à mourir. Il n’y avait aucune passion. »

Elle posait cela comme un verdict sur elle-même : je suis attirée par les mauvaises personnes, donc quelque chose ne tourne pas rond chez moi. C’est une lecture compréhensible. Mais ce n’est pas, à mon avis, ce qui se joue.

Ce qu’elle décrivait là, ce n’est pas un goût pour le malheur. C’est une reconnaissance. Quelque chose en elle reconnaît un type de relation — l’intensité, l’attente, le sauvetage — et l’appelle « passion ». Et quelque chose, devant un homme calme et présent, ne s’allume pas, et appelle cela « ennui ». Le problème n’est pas le choix des hommes. Il est plus en amont : dans ce qui décide, en elle, ce qui mérite le nom de passion.

Pourquoi suis-je toujours attirée par les mauvaises personnes ?

Parce que l’attirance ne cherche pas ce qui est bon pour nous — elle recherche ce qui est familier. Un système nerveux marqué tôt par l’inconstance affective reconnaît dans le partenaire fuyant ou « à sauver » le climat de l’enfance. Ce climat n’est pas confortable, mais il est connu. Et le connu, pour le corps, ressemble à la sécurité. L’inconnu, lui, fait peur…

Le familier déguisé en évidence

On imagine l’attirance comme une boussole : elle pointerait vers ce qui nous convient. Pour beaucoup de personnes que j’accompagne, c’est l’inverse. La boussole pointe vers ce qui rappelle le début — le tout premier laboratoire des liens, l’enfance.

Si, petite, vous avez aimé un parent par moments tout proche, par moments lointain ; si vous avez appris que l’amour se mérite, qu’il faut le surveiller, l’attendre, le reconquérir — alors le système nerveux enregistre une équation très simple : aimer, c’est cet effort-là, cette incertitude-là. Devenue adulte, devant un partenaire fuyant, ce n’est pas le danger qu’on sent. C’est une étrange évidence. « Lui, je le reconnais. » On croit reconnaître l’âme sœur. On reconnaît, en réalité, une vieille atmosphère.

C’est exactement ce que pressentait John Bowlby, le père de la théorie de l’attachement : nos toutes premières relations laissent en nous des modèles internes, des cartes inconscientes de ce qu’est aimer et être aimé. Plus tard, ces cartes ne nous disent pas qui nous rend heureux. Elles nous disent ce qui ressemble à « chez nous ». Et l’on confond les deux.

Et ce n’est pas un cas rare. Quand Cindy Hazan et Phillip Shaver ont, les premiers, transposé l’attachement de l’enfance à l’amour adulte, ils ont retrouvé chez les adultes les mêmes grandes familles que chez les tout-petits : environ 56 % de personnes au lien « sécure », 25 % plutôt « évitantes », 19 % plutôt « anxieuses » (Hazan & Shaver, Journal of Personality and Social Psychology, 1987). Près d’une sur deux, donc, navigue avec une carte un peu faussée. Si vous vous reconnaissez ici, vous n’êtes ni cassée, ni seule.

Pourquoi un homme stable et disponible me paraît-il ennuyeux ?

Parce que la sécurité n’allume pas le vieux circuit de survie. Un partenaire calme et fiable ne déclenche ni l’alerte, ni l’attente, ni le sauvetage — ces sensations intenses que le corps a appris à appeler « amour ». En leur absence, on ne ressent pas la paix : on ressent un manque. Le cerveau traduit ce manque par un mot trompeur — « ennui ».

Quand le calme se fait passer pour le vide

Voilà le cœur du malentendu. Avec l’homme indisponible, le corps est en mouvement permanent : on guette son message, on décode son silence, on anticipe la rupture, on se rend indispensable. Ce mouvement, on l’appelle passion. Avec l’homme disponible, rien de tout cela. Pas de guet, pas de montagnes russes, pas de mission de sauvetage. Et dans ce silence intérieur inhabituel, beaucoup ne reconnaissent pas la sérénité — elles reconnaissent un vide qui remonte dès qu’on s’arrête.

Stephen Porges, le neuroscientifique qui a formulé la théorie polyvagale, décrit avec une précision saisissante ce retournement. Pour un système nerveux marqué très tôt par l’insécurité, explique-t-il en substance, ce qui est objectivement sûr peut être perçu comme une menace, et ce qui est objectivement dangereux, comme un refuge (The Pocket Guide to the Polyvagal Theory, 2017). C’est tout le drame résumé en une idée : l’homme paisible déclenche une vague alerte, et l’homme chaotique, lui, rassure.

L’« ennui », ici, n’est donc pas le bon mot. C’est ce que dit le corps quand il manque son carburant habituel : l’activation. Tant qu’on prend l’activation pour de l’amour, le calme aura toujours le goût du néant.

L’intensité, est-ce de la passion ou une réaction de mon système nerveux ?

Le plus souvent, une réaction. Le cœur qui s’emballe, l’obsession, l’attente fébrile, ce besoin de le reconquérir : ce sont des signes d’activation du système nerveux — la même chimie que la peur. Le corps ne sait pas distinguer « j’ai peur de le perdre » de « je l’aime à la folie ». Il appelle les deux : passion.

Le cœur qui bat n’est pas toujours le cœur qui aime

On nous a appris à lire l’intensité comme la preuve de l’amour. Si ça brûle, c’est que c’est grand. Or l’emballement physiologique — le cœur qui cogne, la respiration courte, l’esprit qui ne tient plus en place — n’est pas spécifique à l’amour. C’est aussi, mot pour mot, la signature de l’alarme.

Quand un partenaire souffle le chaud et le froid, il vous maintient dans cette alarme douce et continue. On appelle cela le lien traumatique (trauma bonding) : le renforcement par intermittence — un peu d’amour, puis du retrait, puis un peu d’amour — crée un attachement bien plus collant qu’une présence régulière. C’est exactement ce qui retient un joueur devant une machine à sous : si elle versait à chaque fois, on s’en lasserait ; c’est l’incertitude qui rive. Le « peut-être que cette fois » est mille fois plus accrocheur que le « oui, toujours ». Vous le savez sans doute déjà dans votre corps : on s’accroche d’autant plus fort qu’on n’est jamais sûre.

Les chercheurs Amir Levine et Rachel Heller ont décrit cette mécanique sous le nom de « piège anxieux-évitant » : la personne au besoin d’amour intense est puissamment attirée par celle qui fuit l’intimité, et chacune attise précisément ce que l’autre redoute. Ce n’est pas un hasard de rencontres. C’est un engrenage. La poursuite de l’une nourrit le retrait de l’autre, qui nourrit la poursuite, indéfiniment. Et plus ça tourne, plus ça ressemble à de la passion.

Dans ma pratique, je propose souvent un petit déplacement : devant cette intensité, ne pas se demander « est-ce que je l’aime ? », mais « qu’est-ce que mon corps est en train de revivre ? ». La réponse, souvent, n’est pas dans le présent. Elle est très en amont.

Pourquoi cette attirance se répète-t-elle, encore et encore ?

Parce qu’une partie de nous cherche à réparer le passé en le rejouant. Inconsciemment, on retourne vers le même type de lien en espérant, cette fois, gagner l’amour qui a manqué — faire revenir celui qui fuit, sauver celui qui se noie. Le scénario se répète non par fatalité, mais parce qu’il porte une attente inachevée.

La partie de soi qui espère encore

Il y a, derrière ces choix répétés, une logique très douce et très tenace. Dans le travail avec les parties de soi (IFS), on dirait qu’une partie de nous — souvent très jeune — n’a pas renoncé. Ces « parties », dans cette approche, sont une image : une manière de parler de ce qui se joue en nous, pas de petits personnages logés quelque part. Et cette partie-là porte un espoir : si je trouve quelqu’un d’indisponible, comme l’était cet amour d’autrefois, et que cette fois je parviens à le retenir, à le réparer, à le rendre présent — alors, enfin, je vaudrai la peine d’être aimée.

C’est un projet de réparation. Émouvant, et impossible : on ne répare pas le passé avec un partenaire du présent. Mais la partie qui veille ne le sait pas. Elle continue de désigner les mêmes profils, parce qu’eux seuls offrent le décor de la blessure d’origine — le seul terrain où la réparation espérée aurait un sens.

Cela rejoint une mécanique voisine, que je décris ailleurs : celle de repousser l’amour précisément quand il devient sûr. Les deux mouvements sont les deux faces d’une même pièce. Ici, on est attiré par ce qui ne peut pas tenir ; là, on s’éloigne dès que ça pourrait tenir. Dans les deux cas, la sécurité est le vrai point de fuite.

Comment l’hypnose ericksonienne peut-elle aider à changer ce que j’attire ?

En travaillant là où se trouve l’attirance — non dans la tête, mais dans le corps et le système nerveux. L’hypnose ericksonienne propose un état de conscience moins dominé par le mental où l’on peut, en sécurité, rencontrer la partie qui choisit toujours le même lien, écouter son attente, et donner enfin au corps une autre expérience : celle où le calme cesse d’être un vide.

Réapprendre au corps que le calme n’est pas un danger

Comprendre tout cela avec la tête soulage — mais ne suffit pas. On peut savoir, intellectuellement, qu’un partenaire est mauvais pour soi, et sentir malgré tout l’attirance brûler. C’est normal : l’attirance ne se loge pas dans le raisonnement. Elle vit dans une couche plus ancienne que la volonté, celle des automatismes de sécurité. C’est à ce niveau qu’il faut, doucement, travailler.

C’est précisément ce que permet un état particulier, léger, de conscience — celui que propose l’hypnose ericksonienne. Plutôt que de lutter contre l’attirance, on descend, en sécurité, de la tête vers le corps, là où vit réellement cette reconnaissance du familier. On va à la rencontre de la partie qui s’allume devant le chaos. On écoute ce qu’elle espérait. Et l’on offre au système nerveux, peu à peu, une expérience nouvelle : sentir qu’un état calme et stable peut être habité, vivant, désirable — et non l’antichambre du vide.

Le but n’est pas de s’obliger à trouver l’homme stable « excitant » par décret. C’est de faire en sorte que le détecteur intérieur se recalibre tout seul. À mesure que le corps apprend que la sécurité n’est pas une menace, l’intensité chaotique perd de son aimant. Le calme, lui, cesse d’être fade. Beaucoup de personnes que j’accompagne le décrivent ainsi : ce n’est pas que l’homme bien est devenu plus intéressant. C’est qu’elles ont cessé de confondre le tumulte avec l’amour. Et de ce point-là, le choix redevient possible.

Ce travail demande du temps et de la sécurité. Il ne se décide pas, il se vit. Mais il n’a, à mon avis, rien d’un grand chantier de réparation de soi. C’est plutôt une longue conversation avec une partie de vous qui, depuis longtemps, fait de son mieux — et qui, le jour où elle se sent enfin entendue, n’a plus besoin de chercher le même visage.

Pour aller plus loin

Pour les personnes concernées

  • Amir Levine & Rachel Heller, Attached : The New Science of Adult Attachment and How It Can Help You Find — and Keep — Love, éd. TarcherPerigee, 2010 — pourquoi l’on est attiré par des partenaires qui nous insécurisent, et comment reconnaître le « piège anxieux-évitant ».
  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien : Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme, éd. Albin Michel, 2018 — pourquoi le corps porte la trace des blessures précoces, et pourquoi le mental seul ne suffit pas à changer ce qu’on ressent.
  • Peter A. Levine, Réveiller le tigre : Guérir le traumatisme, éd. InterEditions, 2024 — comment le système nerveux garde en mémoire l’alerte ancienne, et comment l’apaiser dans le corps.

Références professionnelles

  • Stephen W. Porges, The Pocket Guide to the Polyvagal Theory : The Transformative Power of Feeling Safe, éd. W. W. Norton & Company, 2017 — comment le système nerveux évalue, en deçà de la conscience, ce qui est sûr et ce qui est menaçant.
  • Richard C. Schwartz, No Bad Parts : Healing Trauma and Restoring Wholeness with the Internal Family Systems Model, éd. Sounds True, 2021 — comment des parties de soi protectrices organisent nos choix relationnels, et pourquoi aucune n’est mauvaise.
  • Cindy Hazan & Phillip Shaver, « Romantic Love Conceptualized as an Attachment Process », Journal of Personality and Social Psychology, 1987 — l’article fondateur qui a transposé la théorie de l’attachement de Bowlby à l’amour adulte.

Si ces lignes vous parlent, peut-être reconnaissez-vous ce mouvement : ce frisson devant celui qui se dérobe, ce petit ennui devant celui qui reste. Il n’y a, à mon avis, rien à réparer en vous — seulement une partie ancienne à écouter. Si vous le souhaitez, nous pouvons en parler librement, lors d’un premier échange téléphonique gratuit et sans engagement, pour évaluer ensemble si mon approche peut vous convenir. C’est une aventure personnelle plutôt fascinante que de comprendre, enfin, pourquoi notre cœur bat — et pour qui.

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