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J’ai coupé les ponts : est-ce que c’est de la lâcheté ?
Vous avez coupé le contact. Bloqué le numéro, peut-être, ou simplement cessé de répondre. Et depuis, une question tourne : « Suis-je devenue quelqu’un de lâche ? »
Autour de vous, personne n’aide vraiment. On vous dit qu’il aurait fallu s’expliquer, que le silence est violent, qu’une personne bien affronte les choses. Vous n’osez pas répondre que vous expliquer, vous l’avez fait — dix fois, vingt fois — et que cela n’a jamais rien changé.
« J’ai coupé les ponts et je culpabilise tous les jours. » Cette phrase revient souvent dans mon cabinet d’hypnothérapie à Lausanne. Elle mérite un tri, parce que couper le contact recouvre des gestes qui n’ont rien à voir entre eux.
Est-ce que couper le contact fait de moi quelqu’un de lâche ?
Cela dépend entièrement de ce que vous coupez, et pourquoi. Le mot ne dit rien du geste — il désigne aussi bien une manœuvre destinée à faire souffrir qu’une mise à l’abri devenue nécessaire.
C’est ce qui rend le jugement des autres si peu utile. Ceux qui vous reprochent votre silence pensent à une rupture ordinaire entre deux personnes capables de discuter. Ils n’imaginent pas une situation où chaque tentative d’explication devient une prise supplémentaire.
Le tri qui suit ne sert pas à classer les autres. Il sert à savoir de quoi vous parlez quand vous vous accusez.
Quelles sont les cinq formes de silence radio que je peux reconnaître ?
Cinq gestes différents portent ce nom. Trois de ces silences protègent. Deux cherchent à agir sur l’autre. Aucun ne fait de vous quelqu’un de mauvais.
Le silence de protection. Quand rester en lien n’est plus sûr. Face à quelqu’un d’agressif ou de manipulateur, couper et bloquer devient nécessaire, parce que la communication apaisée est devenue impossible. Il s’agit d’une mise à l’abri, au sens strict.
Le silence de clôture. La décision assumée d’en rester là. Après un ou deux rendez-vous, pour éviter l’insistance de quelqu’un qui n’accepte pas un refus. Ou après des années, quand quelque chose a définitivement cédé.
Le silence d’épreuve. Celui de quelqu’un qui traverse un deuil, une maladie, un effondrement, et qui n’a plus les ressources pour tenir ses liens. Personne n’est visé : ce retrait s’étend en général à tout l’entourage.
Le silence punitif. Une forme extrême et prolongée de traitement par le silence, après un désaccord. Le but est de produire de l’anxiété et du doute, tout en refusant toute discussion qui permettrait de résoudre quoi que ce soit. C’est une punition, pas une distance. Si vous vous reconnaissez ici, cela ne vous condamne pas : ce peut être le dernier recours de quelqu’un qui ne s’est jamais senti entendu.
Le silence stratégique. Disparaître des mois, parfois des années, puis réapparaître en minimisant — « J’avais besoin d’espace », ou en retournant la faute, « Tu étais trop exigeante ». Ce va-et-vient joue sur la peur de l’abandon et la maintient active.
Comment savoir dans laquelle je me trouve ?
Une question suffit souvent : est-ce que votre silence cherche à produire un effet chez l’autre ?
Si vous attendez qu’il s’inquiète, qu’il comprenne enfin, qu’il vous rappelle — alors le silence est encore une forme de dialogue, et il vous garde attachée. Si vous avez simplement besoin qu’il n’y ait plus de contact, sans rien en attendre, vous êtes ailleurs.
Beaucoup de femmes que je reçois découvrent qu’elles ont fait les deux à des moments différents, ce qui explique leur confusion. Le premier était une façon de vous faire entendre, faute d’avoir été écoutée. Le dernier était une sortie. Les confondre entretient une culpabilité qui ne correspond à rien.
Pourquoi je culpabilise même quand j’avais raison ?
Parce que la culpabilité ne mesure pas la justesse de votre décision. Elle mesure l’écart avec ce qu’on vous a appris à faire.
Si vous avez grandi avec l’idée qu’une bonne personne reste, s’explique, arrange les choses, alors couper produit mécaniquement une alarme — quelle que soit la situation. Cette alarme n’a pas d’avis sur la réalité, elle applique une règle apprise. C’est le même mécanisme que je décris dans la peur de dire non.
Vous n’êtes pas un cas isolé. Selon une enquête de Karl Pillemer (Cornell University, 2020), 27 % des adultes américains disent avoir rompu tout contact avec un membre de leur famille. Ce qui pèse sur vous a donc une histoire, et elle n’est pas rare.
S’ajoute souvent un doute, entretenu de longue date : celui de ne pas avoir de raison suffisante. Quand quelqu’un a passé des années à traiter vos réactions d’exagérées, la sortie elle-même paraît exagérée. C’est le sujet de quand personne ne vous croit.
Comment tenir ma décision maintenant qu’elle est prise ?
En sachant que le plus dur ne se joue pas au moment de couper, mais dans les semaines qui suivent.
Attendre la remontée, sans la lire comme un signe. Le manque revient presque toujours, et il ne dit rien de la justesse du choix. Il dit qu’un lien ancien s’est interrompu. C’est ce que j’explique dans pourquoi on va plus mal après être partie.
Préparer la reprise de contact. Si l’autre réapparaît, la question ne sera pas de savoir quoi répondre — ce sera de tenir la décision alors que vous serez fatiguée. Décidez à froid, tant que vous êtes au clair.
Vous n’avez pas à obtenir l’accord de votre entourage. Il n’était pas dans la relation. Il est permis de garder auprès de vous une amie qui vous croit.
En quoi l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider ?
En s’adressant à ce qui culpabilise plutôt qu’à la décision elle-même. La décision, vous l’avez déjà prise, souvent après très longtemps. Ce qui reste, c’est une part de vous qui ne l’accepte pas et qui vous le fait payer chaque jour.
Dans l’approche par les parties de soi, on va voir cette part et ce qu’elle craint. Elle redoute souvent d’être devenue quelqu’un de dur, ou d’avoir trahi quelque chose. Quand elle est entendue plutôt que combattue, la culpabilité peut perdre de son intensité — et vous cessez de rejuger tous les soirs une décision déjà prise.
En hypnose, dans un état particulier et léger de conscience, on travaille sur ce qui se réveille au moment du manque, là où le raisonnement ne tient plus. C’est précisément l’endroit où comprendre ne suffit pas, comme je l’explique dans cet article.
Couper le contact peut être un geste protecteur. Ce qui vous fait souffrir tient souvent ailleurs : à continuer de le juger avec des règles écrites pour d’autres situations que la vôtre.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers
Quelques lectures pour prolonger cette réflexion :
- Marie-France Hirigoyen, Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien (Syros, 1998) — comprendre ce qui rend la sortie si difficile à s’autoriser.
- Christel Petitcollin, Échapper aux manipulateurs (Guy Trédaniel, 2007) — repères concrets pour poser et tenir une limite.
- Lindsay C. Gibson, Se construire avec des parents immatures (Leduc, 2021) — sur la culpabilité qui suit une prise de distance familiale.
Pour les professionnels
- Judith Herman, Reconstruire après les traumatismes (InterEditions, 2023) — les étapes de la sortie et de la reconstruction.
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison (Elsevier Masson, 2009) — les parties protectrices et la loyauté qu’elles maintiennent.
- Stephen W. Porges, Théorie polyvagale et sentiment de sécurité (EDP Sciences, 2022) — les conditions du sentiment de sécurité relationnelle.
Si cette culpabilité vous poursuit alors que votre décision était juste, on peut en parler. Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, qui peut vous permettre de voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.