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Pourquoi je n’arrive pas à me pardonner ce que personne ne sait ?
« J’ai fait quelque chose que personne ne sait, et je ne me le pardonne pas. » Des années ont passé. Personne ne vous en a jamais reparlé, et pour cause : personne n’est au courant. Pourtant, cette faute revient le soir, au détour d’une conversation, ou quand quelqu’un vous fait un compliment que vous pensez ne pas mériter. Peut-être avez-vous tapé « Je n’arrive pas à me pardonner » dans votre téléphone, un soir, en portant ce poids en silence depuis bien trop longtemps.
Au cabinet, à Lausanne, j’accompagne en hypnose des personnes qui portent ce genre de poids depuis longtemps. Ce que vous avez fait vous appartient, et vous pouvez lire ce qui suit sans le nommer, même pour vous-même. Ce qui compte ici, c’est ce que cette faute est devenue en vous.
Est-ce grave de porter depuis des années une faute que je n’ai jamais avouée ?
Grave, au sens où ce poids finit par coûter cher : du sommeil, de la joie, de la confiance en soi. La culpabilité fonctionne comme une alarme. Elle signale qu’un acte a blessé quelqu’un, ou blessé vos propres valeurs, et elle pousse à reconnaître puis à réparer. Quand rien de cela ne peut se faire, l’alarme continue de sonner.
Cette alarme a une fonction précieuse. Elle montre que vous tenez à ce qui est juste et que votre conscience fait son travail. Le problème survient quand elle ne trouve aucune issue. Une alarme qui sonne depuis dix ans finit par épuiser la personne qui l’entend, sans plus protéger quiconque.
J’ai entendu cette phrase dans mon cabinet : « Je fais comme si de rien n’était, mais je n’oublie jamais. » La faute peut être ancienne, et paraître minime aux yeux des autres. Sa gravité tient à ce qui s’est passé, et aussi à la place qu’elle a prise dans votre vie.
Pourquoi le fait que personne n’ait jamais rien découvert me ronge-t-il autant ?
Parce qu’une faute cachée ne se termine jamais. Sans reconnaissance, sans conséquence et sans réparation, rien ne vient la clore. Une partie de vous reste en attente du moment où tout se saura, comme un procès qui n’aurait jamais lieu. Votre corps vit cette attente comme une menace permanente.
Ne jamais se faire prendre ressemble à de la chance. À l’intérieur, l’expérience est tout autre. Il faut surveiller ce que l’on dit, éviter certains sujets, certaines personnes, parfois certains lieux. Le système nerveux reste en état d’alerte, comme s’il guettait une sanction capable de tomber à tout moment. Certaines personnes en viennent à se retirer peu à peu de la vie sociale, par peur d’être démasquées.
Le plus lourd tient souvent aux moments où vous y repensez dans la solitude, sans que rien ne l’exige. Selon une étude de l’Université Columbia publiée en 2017 dans le Journal of Personality and Social Psychology (Slepian, Chun et Mason), 97 % des participants gardaient au moins un secret au moment de l’enquête. Et, seuls, ils y repensaient spontanément environ deux fois plus souvent qu’ils n’avaient à le cacher devant quelqu’un. C’est ce retour incessant de la pensée qui use, bien plus que l’effort de cacher.
Pourquoi je crois au fond de moi que je suis quelqu’un de mauvais ?
Parce que la culpabilité qui ne trouve pas d’issue glisse peu à peu vers la honte. La culpabilité regarde un acte : j’ai fait quelque chose de mal. La honte, elle, finit par viser la personne entière : je suis quelqu’un de mauvais. Le secret accélère ce glissement, car personne n’est là pour le contredire.
Une faute reconnue garde une taille. Elle a eu lieu un jour, dans un contexte, avec des conséquences que l’on peut nommer. Une faute cachée perd ses contours et s’étend à tout. Les petits plaisirs semblent volés, les compliments sonnent faux, une relation qui va bien paraît imméritée. « Si les gens savaient vraiment qui je suis, ils partiraient » : cette pensée tourne comme un refrain.
Cette honte trouve parfois un terrain plus ancien. Quand, enfant, on a appris qu’une erreur faisait de nous quelqu’un de mauvais, une faute d’adulte vient réveiller cette vieille blessure. J’en parle dans l’article sur la honte toxique et ce qu’elle protège. Et pour bien distinguer la honte de la culpabilité, vous pouvez lire l’article sur la honte de soi et le regard de l’autre.
Pourquoi j’ai besoin d’être irréprochable, ou de me punir, pour compenser ?
Parce qu’une partie de vous cherche à payer la dette. Si la faute n’a jamais été jugée, il faut bien que quelqu’un rende justice, et c’est vous qui vous en chargez. Deux voies se présentent alors : vous montrer irréprochable pour compenser, ou vous infliger une peine, jour après jour.
La première voie ressemble à de la vertu. Meilleurs résultats, engagement sans faille, disponibilité pour tout le monde, exigence morale de plus en plus stricte. Chaque réussite apporte un soulagement bref, puis la dette réapparaît, intacte, car rien n’a été réglé à la source. Il faut alors en faire davantage, et l’exigence se rigidifie. J’ai décrit ce mécanisme dans l’article sur le perfectionnisme et le critique intérieur.
La seconde voie est plus silencieuse. Vous vous refusez ce qui fait du bien, vous vous parlez durement, vous sabotez ce qui commence à aller mieux. Parfois, le corps s’en mêle : tensions, douleurs, épuisement. « Même quand j’ai mal, j’ai l’impression de l’avoir mérité » : voilà le genre de pensée qui s’installe, signe d’une justice intérieure sans procès, sans fin et sans appel.
Ces deux voies partent d’une intention respectable : réparer. Elles demandent pourtant énormément d’énergie, sans apporter la paix, et elles laissent la personne blessée exactement là où elle était.
Comment réparer quand je ne peux plus réparer auprès de la personne ?
En distinguant deux formes de réparation. La réparation directe, quand elle reste possible et sans danger pour personne. La réparation symbolique, quand la personne n’est plus là, plus joignable, ou qu’un contact lui ferait du tort. Dans les deux cas, réparer veut dire poser un acte qui va dans le sens de ce qui a été abîmé.
La réparation symbolique peut prendre des formes très simples. Écrire une lettre que vous n’enverrez jamais, où vous dites ce qui s’est passé, avec franchise et avec bienveillance pour vous-même. Faire un don, offrir du temps à une cause liée à ce qui a été blessé. Prendre soin, dans votre vie d’aujourd’hui, de ce que vous avez négligé autrefois. Le passé reste ce qu’il est ; ces gestes orientent la suite.
Une vigilance tout de même : la réparation peut elle aussi tourner à la punition. Se priver de tout, se ruiner, se sacrifier pour « payer » prolonge la justice intérieure décrite plus haut. Une réparation juste est proportionnée, et elle vous laisse vivre. Ce qui vous semble juste, et ce qui reste possible, c’est à vous d’en décider.
Si je me traite avec douceur, est-ce que je ne minimise pas ce que j’ai fait ?
Cette crainte est légitime. Se traiter avec douceur revient ici à regarder la faute en face, en entier, à sa juste taille, en restant bien plus vaste qu’elle. Vous restez responsable de ce que vous avez fait. Vous cessez seulement de vous faire la guerre.
La tentation existe de chercher une issue rapide : tourner la page, se dire que tout le monde fait des erreurs. Quand la responsabilité n’a pas été regardée, ce pardon express laisse un malaise, comme un dossier refermé trop tôt. Cette douceur lucide commence par la vérité : oui, j’ai fait cela, et cela a blessé. Elle y ajoute une seconde vérité : je suis aussi la personne qui le regrette, qui a changé, et qui peut agir autrement aujourd’hui.
Le regret peut rester. Il fait partie d’une vie d’adulte qui a compris quelque chose. Se battre chaque jour, en revanche, sert peu ceux qui ont été touchés : une personne qui change leur rend davantage justice qu’une personne qui se détruit. Si votre voix intérieure vous accable alors que vous n’avez rien fait de mal, l’article Comment arrêter de s’en vouloir tout le temps ? vous parlera davantage. Et pour apprendre à vous parler autrement, voyez l’article sur l’auto-compassion face à la honte.
Dois-je avouer ce que j’ai fait pour aller mieux ?
Cette décision vous appartient, et aucune réponse ne vaut pour tout le monde. Avouer peut soulager et réparer une relation. Avouer peut aussi blesser une seconde fois quelqu’un qui n’a rien demandé. Bien souvent, en parler une fois, quelque part, à l’abri du jugement, aide déjà beaucoup.
La chercheuse américaine Brené Brown explique que la honte a besoin de trois ingrédients pour grandir : le secret, le silence et le jugement. Mettre des mots sur ce que vous portez, dans un cadre confidentiel, retire déjà au silence et au jugement une bonne part de leur emprise. Ce cadre peut être un carnet, une personne de confiance, un accompagnement. Un aveu à la personne concernée reste une autre question, à peser à froid, une fois la honte un peu desserrée.
Une limite claire, enfin, pour quelques situations particulières. Si ce que vous portez met encore quelqu’un en danger, la priorité est de protéger cette personne, au besoin avec l’aide des services compétents. Si une procédure judiciaire est en cours, un avocat est l’interlocuteur à consulter en premier. Et si la peine que vous vous infligez en vient à menacer votre santé, ou si vous pensez à vous faire du mal, parlez-en sans attendre à votre médecin.
Comment l’hypnose peut-elle m’aider quand je n’arrive pas à me pardonner ?
En s’adressant à ce qui, en vous, continue de juger et de punir, là où le raisonnement n’arrive pas. Vous savez peut-être déjà, intellectuellement, que vous avez le droit d’avancer. L’hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi peuvent aider cette compréhension à atteindre l’endroit où la sentence est encore appliquée.
Dans l’approche IFS (Internal Family Systems), plusieurs parties de soi réagissent à la même faute. L’une joue le juge et applique la peine. Une autre porte la honte, souvent jeune et très seule. D’autres compensent, infatigables, jusqu’à l’épuisement. Chacune protège à sa façon : le juge veille à ce que cela ne se reproduise jamais, la partie perfectionniste veut prouver que vous valez quelque chose. Je propose de les accueillir, de reconnaître ce rôle, puis de les aider à trouver une autre façon de faire, en toute sécurité.
Dans un état de transe légère, il devient possible de revisiter ce moment ancien en sécurité, d’y apporter une réparation symbolique, et de laisser le corps relâcher une tension qu’il tient parfois depuis des années. La responsabilité reste entière ; ce qui peut se dissoudre, c’est la punition sans fin. Ce déclic vient une fois la faute regardée en face : c’est ce qui le distingue d’un pardon express. Souvent, une seule séance suffit pour le créer, ce moment où la sentence commence à se relâcher. Le regret, lui, peut rester. Vous trouverez davantage de détails sur la page consacrée au sentiment de culpabilité et à l’hypnothérapie.
Questions fréquentes
Est-ce que le temps finit par effacer la culpabilité ?
Le temps adoucit parfois le souvenir. Une faute restée secrète garde pourtant une grande part de sa charge, car rien ne l’a close. Des années plus tard, une date, une odeur ou une rencontre suffisent à la raviver. L’apaisement vient plutôt d’un geste : reconnaître, réparer ce qui peut l’être, en parler une fois, à l’abri du jugement.
Puis-je parler de ma faute au cabinet sans craindre le jugement ?
Oui. Ce que vous confiez reste dans un cadre confidentiel, et c’est vous qui décidez de ce que vous dites. Le travail peut même se faire sans raconter les détails. On part de ce que vous ressentez quand vous y pensez, là, maintenant, et de l’endroit de votre corps où ce poids se fait sentir.
Et si je ne ressens aucun soulagement malgré mes efforts pour réparer ?
Cela arrive quand la réparation est vécue comme une peine de plus. Le soulagement tient rarement à l’intensité de l’effort. Il vient du moment où une partie de vous accepte que la dette est réglée, ou réglée autant qu’elle peut l’être. Cet accord intérieur se construit peu à peu, et l’on peut se faire accompagner pour y parvenir.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
- Kristin Neff, S’aimer : Comment se réconcilier avec soi-même, éd. Belfond, 2013 — l’auto-compassion comme alternative à l’autocritique, sans complaisance.
- Brené Brown, Le pouvoir de la vulnérabilité : La vulnérabilité est une force qui peut transformer votre vie, éd. Guy Trédaniel, 2014 — sur la honte, le secret et ce qui les desserre.
- Yves-Alexandre Thalmann, Au diable la culpabilité ! Retrouvez votre liberté intérieure, éd. Jouvence, 2014 — pour distinguer la culpabilité utile de celle qui enferme.
Références professionnelles
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — le modèle IFS, dont le travail avec les parties qui jugent et punissent.
- Richard C. Schwartz & Martha Sweezy, Internal Family Systems Therapy, éd. Guilford Press, 2020 — la référence clinique du modèle (en anglais).
- Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors : Overcoming Internal Self-Alienation, éd. Routledge, 2017 — sur les parties honteuses et autocritiques chez les personnes traumatisées (en anglais).
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Vous pourrez en parler sans raconter les détails de ce que vous avez fait.
Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.