Pourquoi je pleure souvent sans que ça me soulage ?

Vous pleurez, pourtant. Souvent, même — devant un film, dans la voiture, le soir quand tout retombe. Et à chaque fois, la même impression : ça sort, mais ça ne vide rien. Vingt minutes plus tard, le poids est exactement au même endroit.

Pleurer sans soulagement désoriente, parce qu’on vous a répété que pleurer soulage. Vous le faites, vous ne vous sentez pas mieux, et vous finissez par en conclure que quelque chose ne marche pas chez vous.

« Je pleure tout le temps, et ça ne me fait aucun bien. » Cette phrase revient régulièrement dans mon cabinet d’hypnothérapie à Lausanne. Plus qu’un excès d’émotion, elle peut décrire un deuil qui n’arrive pas à se terminer.

En bref — Tous les pleurs ne font pas le même travail. Un pleur qui part du corps, en vagues, laisse souvent une détente derrière lui. Un pleur déclenché par les pensées reste en surface : il se répète sans jamais compléter le mouvement. C’est cette seconde forme qui épuise, et qui laisse un deuil en suspens pendant des années. La différence tient à l’endroit d’où partent les larmes, plus qu’à leur quantité.

Pourquoi je pleure sans que ça me fasse du bien ?

Parce que deux mouvements très différents portent le même nom. L’un part du corps et va jusqu’au bout ; l’autre part de la tête et tourne sur lui-même. Le second peut se répéter des centaines de fois sans rien achever.

Un pleur qui aboutit surgit sans prévenir, souvent sans mots. Il secoue le torse, il vient par vagues, il s’arrête de lui-même. Après, quelque chose s’est relâché — la respiration est plus ample, le corps plus lourd, parfois on s’endort. Le moment lui-même reste rude. Mais quelque chose se termine.

Un pleur qui tourne en boucle se déclenche autrement : par une pensée, un souvenir qu’on remonte, une histoire qu’on se raconte. Il reste au-dessus du cou. Il mouille les yeux sans rien déplacer plus bas, et il revient à la première occasion, identique. C’est celui-là qui donne l’impression de pleurer sans que rien ne bouge. Les deux sont légitimes, et aucune de ces deux façons de pleurer ne dit que vous pleurez mal.

Les chiffres vont dans ce sens. Dans une étude sur 97 femmes, les larmes n’ont amélioré l’humeur que dans 3 cas sur 10 (Bylsma et al., 2011). Pleurer ne soulage donc pas d’office.

Qu’est-ce qui empêche mes larmes d’aller au bout ?

Le plus souvent, une interdiction ancienne. Beaucoup de femmes que je reçois ont appris très tôt que pleurer coûtait cher — l’agacement d’un parent, une moquerie, ou simplement personne pour venir. Le corps a alors appris à retenir juste avant, à l’endroit exact où la vague allait partir.

Cette retenue devient si automatique qu’elle ne se remarque plus. On croit pleurer sans retenue alors qu’on s’arrête systématiquement à mi-chemin. C’est ce qui explique un vécu déroutant : le sentiment de trop pleurer, et en même temps de ne jamais avoir vraiment pleuré.

L’inverse existe aussi, et je le décris dans je n’arrive plus à pleurer : chez certaines, l’accès s’est fermé complètement. Les deux situations viennent du même endroit — un système qui a jugé, à un moment, que laisser passer était trop risqué.

Est-ce que mon corps peut porter un deuil que je n’ai pas fait ?

C’est une hypothèse sérieuse, à manier avec prudence. Un chagrin qui ne se complète pas ne disparaît pas toujours : la charge peut rester dans le système nerveux, et elle se manifeste alors souvent par des tensions durables — nuque, mâchoire, ventre, dos. Cela, on l’observe très régulièrement en cabinet.

Votre corps fait son travail : il garde ce qui n’a pas pu passer. Le lien entre émotions retenues et tensions physiques est documenté ; il l’est beaucoup moins pour des maladies constituées, et une douleur qui dure ou une tristesse qui envahit vos journées méritent d’abord l’avis de votre médecin (en cas d’idées noires, La Main Tendue, 143, répond jour et nuit).

Un corps qui contient depuis longtemps finit par se manifester, et ces manifestations s’apaisent souvent quand le mouvement retenu peut enfin se faire. Je développe ce lien dans ce que le corps exprime quand les mots manquent.

De quoi puis-je avoir à faire le deuil ?

De beaucoup plus que d’une personne. C’est souvent ce qui bloque : on cherche un décès à pleurer et on n’en trouve pas, donc on conclut qu’on n’a pas le droit d’être en deuil.

Or on peut avoir à faire le deuil d’une séparation, d’un rôle qui s’arrête quand les enfants partent, d’une santé d’avant, d’un métier, d’une amitié éteinte sans dispute. Et surtout de choses qui n’ont jamais existé — une enfance protégée, un parent disponible, une version de soi qu’on n’a pas pu devenir. C’est le sujet de le deuil de ce qu’on n’a jamais eu, et c’est souvent le plus difficile à s’autoriser.

Comment laisser mon chagrin aller jusqu’au bout ?

En arrêtant de vous forcer à comprendre pourquoi vous pleurez. La plupart des gestes qu’on fait pour s’aider à pleurer — chercher le souvenir, se raconter l’histoire, comprendre pourquoi — maintiennent justement l’émotion au-dessus du cou.

Repérer où ça s’arrête. La prochaine fois, au lieu de suivre la pensée, portez l’attention à la gorge, à la poitrine, au ventre. Vous sentirez souvent un point précis où le mouvement se retient. Il n’y a rien à forcer : le remarquer suffit à changer quelque chose.

Laisser le corps mener. Un pleur qui aboutit fait du bruit, secoue, respire mal. Il ne ressemble pas à ce qu’on s’autorise en public. Il demande donc un endroit et un moment où personne n’a besoin d’être rassuré.

Ne pas le provoquer. Se forcer à pleurer, c’est encore garder la main sur le mouvement. Le mouvement revient quand le système se sent assez en sécurité pour le laisser passer, et cette sécurité se construit, elle ne se décide pas.

En quoi l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider ?

En travaillant sur la retenue plutôt que sur le chagrin. Le chagrin, lui, sait ce qu’il a à faire. Ce qui bloque est en amont : une part de vous qui a appris que se laisser aller était dangereux, et qui monte la garde depuis.

Dans l’approche par les parties de soi, on s’adresse à cette part avant tout. Lui demander de quoi elle a peur, ce qu’elle protégeait, à quel âge elle a pris ce poste. Il arrive qu’elle desserre la garde une fois entendue, et c’est fréquemment à ce moment précis que la vague passe enfin.

En hypnose, dans un état particulier et léger de conscience, on installe d’abord des repères de sécurité corporelle, puis on laisse remonter ce qui vient, sans le commenter. C’est un terrain où le raisonnement n’a pas prise, comme je l’explique dans pourquoi comprendre ne suffit pas à changer.

Un mouvement essaie de se faire depuis longtemps et s’arrête toujours au même endroit — cet endroit-là, on peut aller le voir.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers

Quelques lectures pour prolonger cette réflexion :

  • Christophe Fauré, Vivre le deuil au jour le jour (Albin Michel, 2018) — les étapes réelles d’un chagrin, loin des schémas tout faits.
  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien (Albin Michel, 2018) — comment ce qui n’a pas été vécu jusqu’au bout se dépose dans les sensations.
  • Boris Cyrulnik, La nuit, j’écrirai des soleils (Odile Jacob, 2019) — sur ce que devient un chagrin qu’on parvient enfin à dire.

Pour les professionnels

  • Stephen W. Porges, Théorie polyvagale et sentiment de sécurité (EDP Sciences, 2022) — les conditions physiologiques du relâchement et du sentiment de sécurité.
  • Peter A. Levine, Réveiller le tigre (Socrate Éditions, 2008) — la complétion des mouvements de survie restés inachevés.
  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison (Elsevier Masson, 2009) — le rôle des parties protectrices dans la retenue émotionnelle.

Si vous vous reconnaissez dans ces larmes qui ne soulagent pas, on peut en parler. Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, qui peut vous permettre de voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.

Entretien téléphonique gratuit et sans engagement ☎ Réservation sur OneDoc