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Système nerveux et trauma : par où commencer quand le corps n’oublie pas
Une réflexion qui vient souvent dans le travail thérapeutique que je fais avec mes clients : « Je sais que c’est passé, que c’est fini. Mais mon corps, lui, ne le sait pas. »
Elles ont raison. Et ce n’est pas une métaphore.
Le système nerveux conserve une mémoire que le cerveau conscient ne contrôle pas. Comprendre ce mécanisme — vraiment le comprendre, pas juste l’intellectualiser — est souvent la première étape vers un changement durable. Pas parce que comprendre guérit. Mais parce que se comprendre permet d’arrêter de s’en vouloir, de croire que c’est de notre faute, que l’on n’est pas capable… ou pire : brisé-e.
Ce que le trauma fait à votre système nerveux
Le système nerveux autonome gouverne tout ce que vous ne décidez pas consciemment : votre rythme cardiaque, votre digestion, votre sommeil, la façon dont votre gorge se serre quand vous entendez un certain ton de voix.
Il est divisé en deux grandes branches :
- Le système nerveux sympathique — celui qui active, mobilise, prépare à agir. Il déclenche la réponse « combat ou fuite » face à un danger perçu.
- Le système nerveux parasympathique — celui qui calme, restaure, permet au corps de se déposer. Il active le repos, la digestion, la connexion sociale.
Dans un système nerveux en bonne santé, ces deux branches s’alternent souplement. Le danger arrive, le corps s’active. Le danger passe, le corps revient au calme.
Quand le trauma s’installe, cette souplesse disparaît.
Le système nerveux reste bloqué en mode menace. La branche sympathique tourne en régime élevé, même la nuit, même dans un café entre amies, même dans les bras d’une personne aimée. Ou, au contraire, le corps bascule dans un état de figement — cette sensation d’être anesthésiée, absente à soi-même, incapable de ressentir quoi que ce soit.
Ces états ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont des réponses intelligentes à des expériences qui ont dépassé les capacités d’adaptation du système nerveux à un moment précis.
Pourquoi « penser différemment » ne suffit pas
C’est la question qui revient sans cesse dans le cabinet : « J’ai fait de la psychothérapie, j’ai travaillé sur moi, je comprends d’où ça vient. Pourquoi est-ce que je me sens encore comme ça ? »
La réponse est biologique avant d’être psychologique.
Le trauma complexe — celui qui résulte d’expositions répétées, souvent dans l’enfance, souvent dans le contexte des relations les plus proches — ne se loge pas seulement dans les pensées. Il se loge dans les tissus. Dans les postures. Dans les réflexes de survie devenus des automatismes.
La partie du cerveau appelée « cortex préfrontal » — celle qui raisonne, qui analyse, qui donne du sens, qui imagine des scénarios, qui anticipe — est précisément la zone qui se déconnecte en état de très forte menace. C’est pourquoi les approches purement cognitives atteignent leurs limites face au trauma : elles s’adressent à une partie du cerveau qui n’est plus en ligne quand le système nerveux est en alarme.
Ce n’est pas un échec de la volonté. C’est de la neurobiologie.
Les signaux que votre système nerveux envoie
Le système nerveux dérégulé parle. Souvent très fort. Mais dans une langue que nous n’apprenons pas à l’école.
Parmi les signaux les plus courants :
Sur-activation (mode sympathique dominant) :
- Hypervigilance permanente — scruter les visages, anticiper les réactions
- Difficulté à s’endormir ou sommeil léger et fragmenté
- Réactions disproportionnées à des stimuli mineurs (sursauts, larmes soudaines)
- Irritabilité, impatience, sentiment d’urgence chronique
- Incapacité à se reposer sans culpabilité
Sous-activation (mode figement) :
- Dissociation — sentiment d’être « à côté » de soi-même
- Fatigue profonde qui ne répond pas au sommeil
- Difficulté à ressentir, à vouloir, à décider
- Engourdissement émotionnel, impression d’être dans du coton
- Retrait social, repli sur soi
Ces états peuvent alterner rapidement. Une cliente peut passer de l’hyperactivation à l’effondrement dans la même journée — parfois en quelques minutes. Ce n’est pas de l’instabilité au sens pathologique. C’est un système nerveux qui cherche désespérément un sol stable qu’il n’a jamais connu.
Ce que « réguler » signifie vraiment
La régulation du système nerveux n’est pas un objectif mystérieux. C’est apprendre à revenir dans ce que les spécialistes appellent la fenêtre de tolérance — l’espace dans lequel vous pouvez ressentir sans être submergée, réfléchir sans vous dissocier, être là sans vous perdre.
Cette fenêtre existe chez tout le monde. A cause des traumas, elle peut s’être rétrécie considérablement. Mais elle peut aussi s’élargir.
La régulation passe par le corps, pas par la tête. C’est l’un des malentendus les plus fréquents : on ne régule pas son système nerveux en comprenant mieux ce qui a provoqué le trauma. On le régule en lui offrant des expériences répétées de sécurité. Des micro-moments où le corps peut expérimenter : « Là, maintenant, rien ne me menace plus. » Heureusement nous apprenons en permanence de nos expériences, d’où la « plasticité neuronale » mise en évidence par les neurosciences.
Ces expériences s’accumulent. Elles deviennent progressivement le nouveau registre par défaut du système nerveux.
Comment l’hypnose ericksonienne et l’IFS agissent sur le système nerveux
C’est ici que l’approche utilisée au cabinet de Marc Binggeli prend tout son sens.
L’hypnose ericksonienne travaille précisément à l’intersection du conscient et de l’inconscient. En vous permettant d’utiliser vos états de conscience modifiés — pas de sommeil, pas de perte de contrôle, plutôt une forme d’absorption focalisée — elle permet d’accéder à des couches de l’expérience qui échappent à l’analyse rationnelle.
Dans un état hypnotique, le système nerveux peut expérimenter la sécurité à un niveau cellulaire. Le corps reçoit des messages de calme, de stabilité, de présence — messages qui contournent les résistances du cerveau analytique pour aller directement là où les mémoires traumatiques sont encodées.
Ce n’est pas de la magie. C’est de la neuroplasticité appliquée : le cerveau modifie ses connexions en fonction des expériences qu’il vit. L’hypnose crée des expériences de sécurité que le corps peut enregistrer comme réelles.
L’IFS (Internal Family Systems) apporte une dimension complémentaire. Plutôt que de combattre les parties de soi qui réagissent de manière excessive — la partie hypervigilante, la partie qui s’effondre, la partie qui sabote — l’IFS propose de les rencontrer. De comprendre qu’elles ont émergé pour protéger. De leur offrir une relation différente avec ce que l’IFS nomme le Self — cette partie centrale, toujours présente, qui n’a pas été endommagée par le trauma.
Ce dialogue intérieur, mené en état hypnotique, peut transformer des automatismes de survie vieux de vingt ans. Pas en les effaçant. Mais en les intégrant.
Par où commencer concrètement
Si vous lisez cet article et que vous vous reconnaissez dans ces descriptions, voici ce qui peut aider à traverser les premières étapes.
Observer sans juger. Avant de changer quoi que ce soit, apprendre à nommer ce que le corps exprime. « Là, une partie de moi commence à se réveiller et à s’activer » est plus utile que « je suis nulle de réagir comme ça ». L’observation sans jugement est déjà un acte de régulation.
Revenir au présent. Des techniques simples — poser les deux pieds à plat sur le sol, sentir le poids de son dos contre une chaise, observer les sensations de notre respiration — activent le système nerveux parasympathique. Ces exercices semblent banals. Leur effet cumulé ne l’est pas.
Ne pas travailler seule sur les couches profondes. Le trauma complexe mérite un accompagnement spécialisé. Non pas parce que vous êtes trop fragile pour y faire face, mais parce que le système nerveux a besoin d’un autre système nerveux régulé pour apprendre à l’être. C’est ce que les neurosciences appellent la co-régulation — la façon dont la présence d’une personne calme et sécure peut littéralement recalibrer votre propre système nerveux.
C’est le fondement de tout travail thérapeutique sérieux.
Vous n’avez pas à continuer à survivre
Il y a une différence réelle entre survivre et vivre.
Survivre, c’est un système nerveux en permanence en mode menace — hypervigilant, épuisé, coupé de la joie, des élans, du plaisir simple d’exister. C’est souvent tout ce que le trauma permet pendant des années.
Vivre, c’est un système nerveux qui a retrouvé sa souplesse — capable d’activation et de repos, capable de relation sans effroi, capable d’être dans son corps sans en avoir peur.
Ce chemin existe. Il n’est pas linéaire. Il demande de la patience et un accompagnement juste. Mais il est réel.
Si vous ressentez que votre corps porte quelque chose qui dépasse ce que vous pouvez traverser seule, et que l’approche que je pratique vous correspond, un premier entretien peut être le bon point de départ.
Prochaine étape : un entretien gratuit de 30 minutes
Un entretien téléphonique gratuit de 30 minutes permet de faire connaissance, d’explorer ce que vous traversez et de voir ensemble si l’approche proposée au cabinet correspond à ce dont vous avez besoin.
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Marc Binggeli est hypnothérapeute ericksonien certifié, praticien IFS et maître-praticien PNL, exerçant à Lausanne. Il accompagne principalement des femmes adultes aux prises avec le trauma, l’anxiété et les dynamiques de dépendance affective.
Si vous voulez situer mon approche, les consultations d’hypnose à Lausanne que je propose s’inscrivent précisément dans cette logique : régulation avant réorganisation.
Référence
Cette réflexion s’appuie sur les travaux de Tim Fletcher, formateur et conférencier canadien spécialisé dans la compréhension du trauma complexe et de ses effets sur le système nerveux. Sa série « The Nervous System & Trauma: Where to Begin » offre un éclairage précieux pour comprendre pourquoi le corps reste coincé dans des états d’alarme longtemps après que le danger est passé.
(Ressource en anglais — disponible sur YouTube, chaîne Tim Fletcher)