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L’enfant qui a appris à disparaître pilote encore vos relations d’adulte
Quand l'enfance apprend à s'effacer, les relations d'adulte se vident. Comprendre le mécanisme et le dénouer en hypnose ericksonienne, à Lausanne.
Comment se construit l’enfant qui a appris à disparaître ?
Une petite fille rentre de l’école, tente de raconter les péripéties de sa journées, personne ne lève les yeux, personne ne s’intéresse vraiment à ce qu’elle veut partager. Une fois, dix fois, mille fois. L’enfant comprend en silence que ce qu’elle dit n’intéresse pas, n’a aucune valeur. Alors elle apprend à ne pas déranger, à se faire petite, à disparaître. Aucun cri, aucune gifle — et pourtant un apprentissage s’imprime.
Beaucoup de mes clients arrivent avec cette croyance profonde : « Je ne vaux rien », et ses corollaire : « Je ne vaux pas la peine d’être aimé-e, c’est normal que l’on ne me respecte pas ».
Pourquoi un enfant choisit-il de s’effacer ?
Pour un enfant, être en lien est la priorité vitale, sa survie en dépend littéralement, et divers mécanismes automatiques s’attellent à veiller à ce que le petit être ne soit pas abandonné. Ce n’est pas pour rien que la plupart des personnes fondent en présence d’un enfant ! Une hormone appelée ocytocine, sécrété par l’hypothalamus et l’hypophyse, joue un grand rôle en favorisant le comportement protecteur de la mère envers ses petits.
Quand les figures d’attachement sont absentes, distraites ou imprévisibles, l’enfant cherche la posture qui maintient la moindre étincelle de connexion. Parfois on est mieux apprécié lorsqu’on se fait tout petit. L’effacement n’est pas une faiblesse — c’est de l’intelligence d’attachement.
Pourquoi se rendre invisible était la meilleure solution
Pour les enfants comme pour les adultes, il y a plusieurs façons d’attirer l’attention d’autrui. Il est d’ailleurs amusant et intéressant d’observer comment un enfant s’y prend ! Ce qui commence par un « Maman ! » continue par un irritant « Maman, maman, maman ! », l’enfant qui s’agrippe à nos habits, qui trépigne, qui lance des objets, puis qui fait volontairement des bêtises pour forcer notre attention. Parfois, un enfant réaliser que c’est de la performance qui fait que l’on s’intéresse à lui. Parfois, c’est l’effacement qui est la meilleure stratégie : ne rien demander, ne pas faire de vagues. Devenir transparent. Pour vivre heureux, vivons caché !
C’est ce que la thérapeute américaine Nicole LePera, qui se présente sous le titre de « The Holistic Psychologist », décrit dans son travail sur les blessures d’enfance. Elle nomme cela « l’enfant intérieur » et insiste sur un point que je retrouve dans chaque séance d’hypnothérapie : le système nerveux retient ce qu’il a appris, longtemps après que les circonstances ont changé.
Devenue adulte, cette enfant porte toujours la consigne. Sauf qu’à 35 ou 45 ans, dans une relation amoureuse, dans une équipe au travail, dans une amitié, s’effacer ne protège plus rien. Cela abîme, vide, fatigue. C’est souvent le terrain de fond de la dépendance affective, et plus largement de ce que les psys appellent un trauma relationnel précoce.
Quels types d’enfance produisent ce schéma d’effacement ?
Nicole LePera identifie six configurations familiales qui posent ce type de blessures : le parent qui nie ta réalité, celui qui ne te voit pas, celui qui exige la performance, celui qui te réduit à ses besoins, celui qui est imprévisible, celui qui est absent.
Les six visages d’une enfance qui efface
Dans son travail clinique, Nicole LePera identifie six comportements parentaux qui produisent ce type de blessures. Avec parfois le cumul de plusieurs d’entre-eux.
Et bien sûr que tous ces comportements se retrouvent dans les relations normales entre adultes et enfants. Il serait même malsain de placer l’enfant sur un piédestal et de tout abandonner systématiquement lorsqu’il veut communiquer. Un enfant doit aussi apprendre.à « lire » la situation, à choisir le bon moment et à respecter les autres.
On parle ici d’autre chose : lorsque le parent renvoie systématiquement un même type de comportement envers son enfant.
Il y a le parent qui nie ta réalité : tu as froid, on te dit que tu n’as pas froid. Tu as peur, on te dit qu’il n’y a pas de quoi avoir peur. Tu es triste parce que tu as perdu ton doudou, on te répond que ce n’est pas grave. Au bout d’un moment, l’enfant apprend que ses émotions et sensations n’ont pas d’importance.
Il y a le parent qui ne te voit pas, qui ne t’entend pas. Physiquement présent, émotionnellement à mille kilomètres. Et aujourd’hui, franchement, il n’y a qu’a regarder autour de soi tous les parents scotchés sur leur smartphone en priorité, délaissant toute interaction avec leur enfant. C’est une des souffrances infantiles qui m’est souvent racontée au cabinet à Lausanne. Pas de drame visible, mais une absence sourde qui apprend à l’enfant qu’il n’existe pas vraiment.
Il y a le parent qui te modèle, qui projette sur toi ses rêves inaboutis, qui t’aime quand tu réussis. L’enfant comprend que sa valeur est conditionnelle. Adulte, il ne sait plus prendre un moment pour se reposer sans souffrir d’une sorte de culpabilité.
Il y a le parent sans frontières, fusionnel, qui ne distingue pas son espace du tien — émotionnel, physique, intime. L’enfant grandit sans savoir où il finit et où l’autre commence. Comment apprendre à être en lien avec autrui s’il n’y a pas une certaine distance entre nous ? Le parent crée avec son enfant le lien idéal qu’il n’a jamais eu, induisant ainsi tout le contraire de l’apprentissage de l’autonomie en sécurité qui devrait être l’objectif de l’éducation (« ex- » hors de, et « ducere » conduire/guider).
Il y a le parent obsédé par l’apparence, qui valorise l’image plus que le ressenti. Comment tu te tiens, ce que tu portes, ce que tu montres aux voisins. Une cliente me racontait dernièrement comment son père lui avait intimé l’ordre de ne pas pleurer à l’enterrement de sa maman ! Le vécu intérieur n’a pas sa place.
Il y a enfin le parent qui ne régule pas ses émotions, qui est calme une seconde et explose à la suivante. L’enfant apprend à rester vigilant en permanente, à tenter d’identifier les signes et à éviter tout ce qui pourrait provoquer l’explosion.
Il ne s’agit pas là de juger et de mettre la faute sur quelqu’un, et ce pour de multiples raisons. En premier lieu qui est-on soi-même pour juger autrui ? Ensuite la plupart de ces comportements résultent eux-mêmes de blessures non-traitées et l’on reproduit… ce que l’on connaît. Finalement l’essentiel n’est pas dans ce qui s’est passé, mais dans ce que l’on choisi d’en faire au présent. Mon propos est uniquement de souligner l’impact réel de tels schémas sur l’enfant, et comment il continue à s’exprimer dans le corps adulte.
Comment ce schéma d’enfance pilote-t-il les relations adultes ?
Adulte, vous anticipez les besoins des autres avant les vôtres. Vous vous excusez presque d’exister avec tous vos défauts, d’attirer l’attention sur vous. Vous tolérez des comportements qui ne sont pas acceptables et qui devraient alerter votre intuition. Rien d’anormal, ce sont simplement ces schémas anciens qui continuent. Et tant qu’ils ne sont pas modifiés à la source, le mental ne suffit pas à les défaire.
Comment l’enfant invisible pilote vos relations aujourd’hui
Cette partie de vous qui a appris à se rendre invisible ne disparaît pas avec l’âge. Elle se cache, elle prend des formes plus présentables, et elle continue à influencer vos choix et vos comportements à votre place.
Dans le couple, c’est souvent la femme qui ne dit pas ce qui la blesse, qui s’adapte, qui fait passer les besoins de l’autre avant les siens — pendant des années. Jusqu’au jour où une fatigue immense la traverse, sans cause apparente. C’est rarement une rupture brutale. Plutôt une lente extinction, l’impression profonde de ne pas vraiment exister, qu’il n’y a pas de sens profond.
Au travail, c’est celle qui prend la tâche en plus, qui ne demande pas l’augmentation, qui craint de gêner si elle pose une question ou place une limite. Elle est appréciée, fiable, irremplaçable. Et elle s’épuise jusqu’au stade du burnout.
En amitié, c’est celle qui écoute. Qui reçoit les confidences. Qui ne décroche jamais le téléphone pour parler d’elle. Quand on lui demande comment elle va, elle répond superficiellement « ça va » — par habitude, pas par mensonge. De toute façon notre réponse n’intéresse personne…
Dans sa relation avec elle-même, c’est plus silencieux encore. Elle ne sait plus très bien ce qu’elle veut. Elle a perdu le fil de ses désirs. Elle ressent une fatigue diffuse, générale, une absence d’élan, parfois une anxiété qui ne s’attache à rien de précis. Le corps porte ce que la voix n’a jamais pu dire — c’est ce qu’on appelle parfois un figement de honte traumatique, cette mise en sourdine prolongée du système nerveux.
C’est souvent à ce stade que les clientes me contactent. Pas en racontant leur enfance. En racontant leur épuisement, leur dépendance affective, leur impression de ne plus se reconnaître dans leur propre vie.
Pourquoi la lucidité ne défait-elle pas ce schéma ?
Ce schéma s’est souvent posé avant le langage, dans le corps et ses émotions. La compréhension parle à l’adulte rationnel. Mais la partie qui pilote a six ans et n’a jamais ressenti, dans son corps, que l’on pouvait exister pleinement sans risquer la rupture du lien. C’est cette expérience-là qu’il faut lui offrir — pas une explication de plus.
Pourquoi comprendre ne suffit pas
Beaucoup de personnes arrivent au cabinet avec une lecture déjà perspicace de leur histoire. Elles ont lu, elles ont écouté des podcasts, elles ont parfois fait une psychothérapie classique. Elles savent ce qui se joue en elles. Et pourtant, le schéma se répète encore et encore.
Pourquoi ? Parce que comprendre avec la tête ne libère pas le corps. Le système nerveux a inscrit une réponse automatique : « Se faire toute petite, c’est plus sûr ». Ce réflexe se déclenche en une fraction de seconde, avant que la pensée arrive. Le mental, lui, intervient en aval, et ne fait que tenter de donner du sens à ce qui se joue.
Pour qu’un changement durable s’installe, il faut que l’expérience nouvelle soit vécue dans le corps, pas seulement comprise dans le cerveau. C’est tout l’intérêt d’un accompagnement de pouvoir amener une personne à la rencontre d’elle-même, sans la brusquer, sans intellectualiser. C’est précisément ce que permet l’hypnose ericksonienne, et plus largement le travail de reconnexion au corps après trauma.
À quoi ressemble le travail avec l’hypnose ericksonienne pour cette partie-là ?
Au cabinet à Lausanne, avec l’hypnose ericksonienne associée au travail avec les parties de soi (IFS), on va donner de la place en sécurité à cette enfant qui a appris à vivre cachée. On lui offre un cadre sécure qui permet une expérience nouvelle : exister, prendre de la place, demander, ne déclenche plus la disparition du lien.
Le travail au cabinet : redonner sa place à la partie qui s’est cachée
L’hypnose ericksonienne propose et exploite un état modifié de conscience où l’attention se tourne vers l’intérieur, où le corps se détend, où la mémoire émotionnelle devient accessible — sans qu’il soit nécessaire de tout reraconter. Ce n’est pas du sommeil, ce n’est pas de la suggestion magique. C’est un espace où le client peut sentir, à nouveau, des parties de soi émerger en sécurité.
Couplé à un travail avec les parties qui cohabitent à l’intérieur de soi (l’approche IFS), ce cadre permet de venir à la rencontre de cette enfant qui a appris à disparaître pour lui montrer, simplement, qu’un adulte est là maintenant. Que les circonstances ne sont plus les mêmes. Que sa stratégie d’effacement, qui a été parfaite à six ans, n’est plus la seule option à quarante.
Souvent, les clientes décrivent quelque chose qu’elles ne s’attendaient pas à sentir : une chaleur dans la poitrine, une respiration qui s’élargit, parfois une émotion qui monte et qui se dissout sans drame. Les parties intérieures ne sont jamais convaincues par des arguments. Elles ont besoin de notre attention, de notre présence.
Le schéma s’est construit sur des années d’expérience et de renforcement, il se dénoue à son rythme au fur et à mesure que l’on poursuit ce travail de reconnexion et de présence à soi-même.
Comment savoir que la boucle se dénoue ?
Vous vous surprenez à dire non sans ressentir le besoin de vous excuser. À ne pas vous sentir « idiot » dans une conversation. À habiter pleinement votre corps, et à ne pas vous censurer automatiquement. Ce ne sont pas des changements spectaculaires. Plutôt les signes discrets que chaque partie en vous retrouve sa juste place. Suffisamment visible pour être reconnue. Suffisamment libre pour ne plus avoir besoin de s’effacer.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
Livres
- Hypersensibles — Elaine N. Aron (Marabout, 2013).
- Se libérer de la blessure d’abandon — Valérie Beaufort (En Quête du Bonheur, 2018).
- Au Cœur des Émotions — Leslie Cameron-Bandler & Michael Lebeau (La Tempérance).
- Au diable la culpabilité ! — Yves-Alexandre Thalmann (Jouvence, 2014).
- Au Cœur de la Transformation — Connirae & Tamara Andreas (La Tempérance, 2014).
Vidéos & ressources
- Therapy in a Nutshell — Healing Trauma : Polyvagal Theory in Action (YouTube).
- Patrick Teahan — Inner Child Work for CPTSD (YouTube).
- Tim Fletcher — Complex Trauma : What is It? (YouTube).
- The School of Life — How to Heal from a Bad Childhood (YouTube).
Références professionnelles
- Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors — Janina Fisher (Routledge, 2017).
- Psychothérapie des traumatismes complexes — Olivier Piedfort-Marin & Luise Reddemann (Satas, 2016).
- Apprendre à vivre avec les troubles dissociatifs — Suzette Boon, Kathy Steele & Onno van der Hart (De Boeck Supérieur).
- Surmonter le traumatisme — Gérald Brassine & Nadia Tonglet (Satas (Le Germe), 2017).
- Le renforcement du Moi en hypnose — Philippe Gardette (Satas (Le Germe), 2020).
→ Voir aussi la page Références — Traumatisme.
C’est ce mouvement que j’accompagne au cabinet à Lausanne, avec l’hypnose ericksonienne, en travail avec les parties de soi, et avec les outils de la PNL pour ancrer ce qui se découvre. Si vous vous reconnaissez dans cette description, je vous propose un entretien téléphonique de trente minutes, gratuit, pour qu’on regarde ensemble si mon approche pourrait vous convenir.