Reconnecter avec son corps après un trauma : par où commencer

Comment se reconnecter à son corps après un trauma : micro-pas concrets, allowing, hypnose ericksonienne et IFS.

En bref — Après un choc émotionnel, le corps cesse souvent d’être pleinement « habité ». La reconnexion ne passe ni par la volonté, ni par la performance, mais par de petits gestes répétés : permettre les sensations plutôt que les combattre, sentir la chaleur d’une douche, marcher sans écouteurs, retrouver la respiration au sol. L’hypnose ericksonienne et l’IFS accompagnent ce retour quand le corps reste figé. Au cabinet à Lausanne, le premier pas est un entretien téléphonique gratuit de trente minutes.

Quand le corps cesse d’être pleinement habité

Vous savez que vous êtes là. Vous avez deux mains, deux pieds, une respiration. Et pourtant, quelque chose ne répond plus. Comme si une vitre s’était glissée entre vous et vos sensations. Les repas ont perdu leur goût. Les douches glissent sur la peau sans la toucher. Une caresse arrive, vous la voyez, vous ne la sentez pas vraiment, vous ne l’appréciez pas. Le corps est devenu étranger, ennemi même parfois…

Beaucoup de clientes le décrivent ainsi en arrivant au cabinet. Avec moins de mots, et plus de fatigue. « Je ne suis plus dans mon corps. » « Je suis devenue un cerveau sur pattes. »

Cette coupure n’est pas une faiblesse et encore moins une maladie. C’est une stratégie de survie ancienne. Le corps a appris à se taire pour que le mental tienne. Longtemps après le choc émotionnel, cette stratégie continue à nous protéger.

La bonne nouvelle : on peut réapprendre. Pas par la volonté. Par l’expérience et l’écoute curieuse et bienveillante, sans jugement.

Pourquoi le corps se déconnecte après un choc émotionnel

Quand une expérience dépasse les capacités immédiates d’adaptation, le système nerveux nous protège. Plusieurs réponses se mettent en place : fuite, combat, figement — et, en dernier recours quand aucune des trois ne suffit, le fawning (ce mode où l’on s’oublie pour apaiser l’autre, abordé sur la page dépendance affective). Cet article se concentre sur le figement.

Le figement est silencieux. Il s’installe quasi instantanément. La sensibilité diminue. Les sensations corporelles s’éloignent. La perception du chaud, du froid, de la faim devient floue. Le corps devient une pièce qu’on traverse sans l’habiter.

Pour le cerveau profond, la logique tient. Si ressentir fait mal, ressentir moins coûte moins. Si être présente à son corps devient dangereux — parce qu’il porte des mémoires de blessures ou de sidération — le cerveau coupe l’accès. Couche après couche.

Bessel van der Kolk l’a écrit dans Le corps n’oublie rien : ce qui n’a pas pu être traversé reste tenu, en attente, dans les tissus du système nerveux post-traumatique. Tant que le système nerveux perçoit qu’il n’est pas sûr de lever cette tenue, la déconnexion persiste.

Voilà pourquoi comprendre le trauma intellectuellement ne suffit pas. La compréhension s’adresse au cortex préfrontal — celui qui raisonne. Or cette partie se met hors-ligne quand le corps reste en alarme, la priorité est aux mécanismes automatiques de survie. La voie de retour ne passe pas par la pensée. Elle passe par le corps et par réapprendre que les sensations sont sûres.

Le premier pas : permettre avant de transformer

Ce n’est pas une question de techniques ou de protocoles à maîtriser. Avant tout cela, il y a le choix d’une posture. Sam Miller l’a nommée the great allowing — la grande « permission », s’autoriser à Etre. C’est la base de tout le reste.

L’allowing n’est ni du laxisme, ni de la résignation. C’est arrêter d’investir de l’énergie dans le combat contre ce qui se passe en soi. Quand une tension dans la gorge monte, on ne la chasse pas. On la note. On la laisse être là. Quand une vague de tristesse arrive, on ne se précipite pas sur la première distraction — on observe avec présence et curiosité, on laisse la vague faire ce qu’elle est venue faire.

Pourquoi cette posture change tout ? Parce que le cerveau limbique interprète la lutte comme une confirmation du danger. Si tu te bats contre cette sensation, c’est qu’elle est menaçante. L’alarme reste enclenchée. La déconnexion s’aggrave.

Permettre, à l’inverse, envoie un message neuf. Ceci peut être là. Je suis encore vivante. Rien ne s’écroule. Répété sur des semaines, ce message creuse un nouveau sillon dans le cerveau profond. C’est lent. Imperceptible au début. Et pourtant, c’est ce qui fait la différence.

Au commencement était le verbe — et le verbe, ici, n’est pas réparer. C’est accueillir.

Cinq micro-pas concrets pour réhabiter son corps

La reconnexion ne se décide pas un dimanche soir. Elle se construit par des lâcher-prises minuscules, faits chaque jour, sans ambition de réussite ou de performance.

La douche consciente. Au lieu de filer mécaniquement vers le savon, ralentir. Sentir la température. Suivre la chaleur sur les épaules, sur le bas du dos. Nommer intérieurement deux ou trois sensations. Ce n’est pas une méditation. C’est une rencontre brève, quotidienne, entre vous et votre peau.

La marche sans écouteurs. Vingt minutes par jour, dehors, sans podcast, sans musique, sans téléphone. Le rythme des pas, la respiration qui se synchronise, le poids du corps sur le sol. Le système nerveux a besoin de ces moments où rien n’arrive — c’est dans ces fenêtres que les cycles d’activation incomplets peuvent enfin se terminer (on rejoint les cycles ultradiens du Dr Rossi).

La respiration au sol. Une fois par jour, s’allonger sur le dos, paumes ouvertes, et laisser la respiration trouver son rythme propre. Pas de comptage. Pas de technique forcée. Juste observer ce qui se passe et sentir le ventre qui monte et descend. Cinq minutes suffisent. La régularité importe plus que la durée. Si s’allonger sur le dos active de l’inconfort ou des images intrusives, essayer sur le côté, ou assise, dos contre un mur — l’important est le contact stable avec un appui.

La danse libre, sans miroir. Cinq morceaux choisis, dans son salon, volets fermés. Bouger comme le corps a envie — secouer, balancer, tourner. Pas pour faire joli. Pour décharger ce qui dort dans les tissus. Le tremblement spontané, le bâillement, le soupir qui vient seul : ce sont les signes que quelque chose se libère. Si le tremblement devient envahissant ou s’accompagne d’angoisse, ralentir, s’asseoir, revenir au contact du sol — et en parler en séance plutôt que continuer seule.

L’écoute des rythmes propres. Le corps a sa cadence — moments de faim, de fatigue, d’élan, de retrait. Ces rythmes ont souvent été couverts par les rythmes imposés (horaires, écrans, attentes des autres). Lorsqu’une sensation apparaît, demander : « De quoi mon corps a-t-il besoin maintenant ? » — et écouter la réponse, même si elle est inconfortable.

Ces cinq pas ne demandent ni équipement, ni budget, ni accompagnement. Ils ne remplacent pas un travail thérapeutique. Ils créent les conditions pour que la reconnexion redevienne possible.

Une question revient souvent : « Faut-il du yoga doux ou plus intense ? » Dans les phases de figement, les pratiques très douces — yin yoga, étirements lents — préparent le terrain. Dans les phases d’activation excessive, un mouvement plus engagé (marche rapide, danse, course souple) aide à décharger. L’intensité importe peu ; ce qui compte, c’est l’attention, la présence à soi durant la pratique.

Quand consulter ? L’hypnose ericksonienne et l’IFS comme accompagnement

Les micro-pas suffisent souvent à amorcer le mouvement. Quand ils ne suffisent pas — quand la déconnexion persiste, quand le corps reste muet malgré les efforts, quand chaque tentative d’incorporation déclenche une vague d’angoisse, ou quand le figement et la honte se mélangent — un accompagnement thérapeutique fait sens.

L’hypnose ericksonienne ne demande pas au corps de se reconnecter. Elle crée un cadre sécurisé où la reconnexion peut se faire d’elle-même. Dans l’état hypnotique, le mental analytique se met de côté, et le système nerveux profond peut faire l’expérience répétée qu’être dans son corps est sûr. Pas en théorie. En vécu. Le travail est subtil et spontané : laisser remonter ce qui peut l’être, sans inonder ce qui n’est pas encore prêt.

L’IFS — Internal Family Systems — apporte une dimension complémentaire. Quand une partie de vous a tellement souffert d’être dans le corps qu’elle préfère encore aujourd’hui rester loin, on ne la combat pas. On la rencontre. On comprend pourquoi elle protège. On lui offre la présence du Self — cette partie centrale, jamais blessée, toujours disponible. Cette rencontre intérieure, menée en état hypnotique, peut transformer en quelques séances ce qu’aucune analyse cognitive ne déloge.

Ce travail demande parfois la présence d’autrui. Les neurosciences parlent de co-régulation : un système nerveux régulé permet à un autre d’apprendre à l’être. Aucun livre, aucun podcast ne remplace cette dimension humaine. C’est ce que je propose dans mon cabinet à Lausanne.

Le partenaire, les proches peuvent-ils aider ? Oui, bien sûr, à leur juste place. Une présence calme, un toucher consenti, un silence partagé ont un effet réel sur le système nerveux. Mais demander aux proches de tenir un rôle thérapeutique les épuise et brouille la relation. Les conseils et les jugements ne sont pas loin, sans parler de l’enjeu relationnel.

Comment reconnaître les signes de reconnexion

La reconnexion ne s’annonce pas avec fanfare. Elle arrive par petits indices, qu’on ne remarque parfois que rétrospectivement.

Vous commencez à sentir le goût des aliments. Une chanson fait monter les larmes alors qu’elle vous laissait froide pendant des années. Vous remarquez la fatigue avant qu’elle devienne effondrement. Vous reconnaissez la faim avant qu’elle devienne vertige. Le sommeil change — souvent plus profond, avec des rêves qui reviennent.

Dans les relations, quelque chose se déplace. Un proche peut vous dire « Tu es différente, tu es davantage présente ». Votre système nerveux, en se régulant, envoie d’autres signaux de sérénité à ceux qui vous entourent. La co-régulation fonctionne dans les deux sens.

Le rythme est rarement linéaire. Une semaine de reconnexion peut être suivie d’une semaine de retrait, surtout dans les premiers mois. Ce n’est pas une rechute, c’est le système qui digère. Chaque vague de retrait, accueillie sans panique, élargit la capacité à revenir.

Combien de temps ? Pas de réponse standardisée. Le déclic peut survenir dès la première séance, c’est la bascule à expérimenter entre les stratégies de contrôle et le lâcher-prise ramenant à Soi ; c’est un nouvel apprentissage à retrouver. L’intégration durable demande souvent quelques mois de présence consciente jusqu’à devenir automatique. La vitesse importe peu. La direction, oui. Et le plaisir réside dans la prise de conscience du chemin parcouru.

Un premier pas : en parler ensemble

Si quelque chose dans cet article a fait écho à ce que vous traversez — cette impression de vivre à côté de votre corps, de ne plus être connectée — je propose un espace pour en parler et expérimenter… l’opposé de ce qui ne fonctionne pas…

Le cabinet est à Lausanne. Toutes les séances ont lieu sur place : la rencontre dans un espace dédié fait partie du travail, on pourrait parler d’un rituel d’entrée.

Un entretien téléphonique gratuit de trente minutes permet de faire connaissance, d’explorer ce que vous traversez et de voir ensemble si mon approche en hypnose ericksonienne et IFS correspond à ce dont vous avez besoin. Sans engagement. Sans pression.


Marc Binggeli est hypnothérapeute ericksonien, praticien ACH/MACH/IFS et maître-praticien en PNL, dans son cabinet à Lausanne. Il accompagne principalement les femmes adultes dans le traitement des traumatismes, de l’anxiété et de la dépendance affective.