Se réaccorder à soi : retrouver le contact avec ses ressentis

Se couper de ses ressentis est une protection apprise, pas un défaut. Découvrez comment se reconnecter à ses émotions avec l'hypnose ericksonienne, en douceur.

En bref — Se réaccorder à soi, c’est réapprendre à reconnaître ses signaux internes : une tension, une chaleur, un serrement, une fatigue qui parle. Pour beaucoup de personnes hypersensibles, ce contact intérieur s’est émoussé avec le temps. L’accordage à soi n’est pas un talent inné réservé à quelques-uns : c’est une compétence innée qui s’oublie, qui se réapprend, qui se réveille et qui se cultive.

Il y a des matins où l’on se réveille fatigué sans savoir pourquoi. Des soirées où une irritation monte sans qu’on en trouve la cause. Des moments où l’on dit « ça va » alors que tout, à l’intérieur, hurle le contraire. Quand on est très sensible, ce paradoxe a quelque chose de déroutant : comment peut-on ressentir autant et se sentir, en même temps, si loin de soi ?

C’est que percevoir le monde intensément ne signifie pas toujours rester en lien avec ses propres ressentis. On peut être traversé par les émotions des autres, capté par l’ambiance d’une pièce, et pourtant ne plus savoir nommer ce qui se passe en soi. La psychologue Elaine Aron, qui a défini le trait de sensibilité élevée dans ses travaux de 1997, estime qu’environ 15 à 20% de la population en est porteuse. Ce n’est donc pas une rareté : c’est une manière de percevoir le monde, partagée par une personne sur six ou sept. Cet article parle de ce chemin de retour : se réaccorder à soi, retrouver le contact avec ce que votre corps et votre cœur essaient de vous dire.

Qu’est-ce que l’accordage à soi ?

L’accordage à soi, c’est la capacité à percevoir et à reconnaître ses propres signaux internes : émotions, sensations corporelles, besoins, limites. C’est savoir écouter ce qui se passe au-dedans, avec justesse, sans le repousser ni s’y noyer. Une forme d’attention tournée vers son monde intérieur.

Le psychiatre Daniel Siegel a beaucoup étudié cet « accordage » dans le lien humain. Pour lui, c’est de cette résonance que naît le précieux sentiment de « se sentir senti » : « Quand nous nous accordons aux autres, nous laissons notre propre état interne se modifier, entrer en résonance avec le monde intérieur d’un autre. Cette résonance est au cœur de l’important sentiment de « se sentir senti » qui émerge dans les relations proches. » Ce que nous offrons aux autres dans l’accordage, nous pouvons aussi l’apprendre envers nous-mêmes : nous accorder à notre propre vécu, nous donner à nous-mêmes l’expérience d’être entendu.

Pourquoi se coupe-t-on de ses ressentis ?

On ne se coupe pas de ses ressentis par faiblesse. C’est une protection. Souvent apprise très tôt, dans un environnement où l’émotion n’avait pas sa place, était minimisée, moquée ou jugée dangereuse. L’enfant qui sent que pleurer aggrave les choses apprend à ne plus pleurer… extérieurement ! Et parfois plus profondément encore, à ne plus sentir.

Une stratégie qui a fait son travail

Voilà un point essentiel, et c’est tout le cœur de mon approche : cette mise à distance n’est pas un défaut à corriger. C’est une stratégie intelligente, qui vous a protégé quand vous en aviez besoin. Une partie de vous a fait ce qu’il fallait pour traverser. Le travail avec les parties de soi (IFS) nous apprend justement à reconnaître ces protections sans les combattre, à les remercier avant de leur montrer qu’aujourd’hui, le danger d’autrefois n’est plus là. On ne casse pas une protection. On la rassure, doucement, pour qu’elle accepte de relâcher sa garde.

Comment reconnaître qu’on est déconnecté de soi ?

Plusieurs signes discrets reviennent souvent : répondre « ça va » sans y avoir pensé, découvrir sa fatigue ou sa colère seulement quand elles débordent, avoir du mal à dire ce qu’on veut vraiment, ou ressentir un flou diffus là où d’autres nomment une émotion précise. Le corps, lui, continue de parler en silence.

Le corps garde la mémoire de ce que la tête a mis de côté

Une gorge qui se serre avant un appel. Un ventre noué qu’on attribue à la digestion. Une lassitude qui ne passe pas. Quand on s’est coupé de ses ressentis, le corps devient souvent le dernier messager fidèle. Apprendre à se réaccorder, c’est d’abord réapprendre à l’écouter, comme on réapprendrait une langue qu’on parlait enfant et qu’on avait laissée s’éteindre. C’est aussi ce qui se joue lorsqu’on travaille à mieux gérer les émotions désagréables : avant de gérer une émotion, encore faut-il pouvoir la sentir.

Quelle différence entre se couper de ses émotions et les accueillir ?

Se couper, c’est mettre une émotion à distance pour ne pas la subir. L’accueillir, c’est lui faire une place, la laisser exister sans la combattre ni s’y identifier. La première stratégie soulage sur le moment mais nous éloigne de nous-mêmes ; la seconde, plus inconfortable au début, restaure peu à peu le contact intérieur.

Accueillir n’est pas se laisser submerger

Beaucoup de personnes hypersensibles craignent qu’en rouvrant la porte à leurs ressentis, tout déferle d’un coup. C’est une crainte légitime. Mais accueillir une émotion, ce n’est pas s’y noyer : c’est apprendre à la regarder à bonne distance, comme une vague qu’on laisse passer plutôt qu’une marée qui emporte tout. Cette nuance, je la travaille en séance avec beaucoup de douceur, au rythme de chacune. Il ne s’agit jamais de forcer la porte, mais de la rouvrir quand la sécurité intérieure le permet — un terrain proche de ce qu’on explore quand l’hypnose accompagne le travail sur les émotions.

Comment l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à se réaccorder à soi ?

L’hypnose ericksonienne et l’attention bienveillante agissent là où le mental seul n’a pas prise : au niveau du vécu, et non du raisonnement. Comprendre intellectuellement qu’on s’est coupé de ses émotions ne suffit pas à se reconnecter. Il faut le ressentir autrement, de l’intérieur, dans un état de détente où la perception interne peut se réveiller en douceur.

Au niveau limbique, là où se vit l’émotion

Nos émotions ne se logent pas dans le cortex qui analyse, mais plus profondément, dans le cerveau limbique qui ressent. C’est pourquoi tant de gens « savent » qu’ils devraient s’écouter davantage sans y parvenir : le savoir cognitif ne descend pas jusqu’au vécu. Avec l’hypnose ericksonienne, on crée les conditions d’un dialogue plus direct avec cette part émotionnelle. On ne force rien. On propose au corps et à l’inconscient de rouvrir, à leur rythme, des canaux de perception qui s’étaient mis en veille. Cette reconnexion progressive est aussi un appui précieux pour qui apprend à vivre sa grande sensibilité comme une force plutôt qu’à la subir.

Vos questions sur la reconnexion à ses ressentis

Est-ce que se couper de ses émotions est grave ?

Non, ce n’est pas grave en soi : c’est une protection qui a eu son utilité. Cela devient pesant lorsque cette mise à distance, autrefois aidante, finit par vous éloigner de vos besoins et de vos élans. La bonne nouvelle, c’est que ce qui s’est appris peut se réapprendre.

Combien de temps faut-il pour se reconnecter à soi ?

Cela dépend de chaque histoire, et je me garde de toute promesse de délai. Certaines personnes retrouvent assez vite des sensations qu’elles croyaient perdues ; pour d’autres, le chemin est plus progressif. L’important n’est pas la vitesse, mais la douceur et la régularité du retour vers soi.

L’hypersensibilité est-elle une maladie à soigner ?

Non. L’hypersensibilité n’est pas une maladie et il n’y a rien à réparer en vous. C’est une manière de percevoir le monde plus finement, qui peut devenir une vraie ressource une fois qu’on réapprend à s’accorder à soi plutôt qu’à se couper pour se protéger.

Faut-il avoir vécu un traumatisme pour s’être coupé de ses ressentis ?

Pas nécessairement. Un environnement qui invalidait l’émotion, sans drame particulier, suffit parfois à apprendre très tôt à ne plus trop sentir. Le travail de reconnexion reste le même : réapprendre, en sécurité, à habiter son monde intérieur.

Pour aller plus loin

Pour les personnes intéressées

  • Elaine N. Aron, Hypersensibles. Mieux se comprendre pour s’accepter, Marabout, 2013 — la référence grand public pour comprendre la sensibilité élevée et l’apprivoiser.
  • Christophe André & Olivia Hagimont, Ça n’a pas l’air d’aller du tout !, 2012 — pour renouer avec ses émotions au quotidien, avec finesse et bienveillance.
  • Leslie Cameron-Bandler & Michael Lebeau, Au cœur des émotions — un voyage au plus près du langage émotionnel.

Pour les professionnels

  • François Roustang, Jamais contre, d’abord (2015) — une réflexion majeure sur l’écoute et la posture en thérapie.
  • Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors (Routledge, 2017) — sur les parties de soi protectrices et le travail de réconciliation interne.
  • Roger Fiammetti, Le langage émotionnel du corps (2004) — pour relire les messages que le corps adresse à l’esprit.

Et si le premier pas était simplement d’écouter ?

Se réaccorder à soi ne se décide pas d’un coup de volonté. Cela se réapprend, en sécurité, et à son propre rythme. Si vous reconnaissez quelque chose de votre histoire dans ces lignes, le premier pas peut être tout simple : un échange.

Je vous propose donc un contact par un entretien téléphonique gratuit de 30 minutes, sans pression, pour faire connaissance et discuter de ce qui vous préoccupe. Vous n’avez rien à réparer en vous : seulement à réapprendre, doucement, à vous entendre, à être présente à vous-même.

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