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Émotion ancienne qui me submerge : comment gérer un flashback émotionnel ?
Une émotion ancienne vous submerge sans raison, sans image ni souvenir ? C'est peut-être un flashback émotionnel. Comprenez-le et apprenez à le traverser.
Vous êtes au travail, ou dans la cuisine, ou en train de répondre à un message. Rien de grave. Et pourtant, en une fraction de seconde, tout bascule. Une vague vous prend à la gorge. Vous vous sentez soudain minuscule, en danger, comme si vous aviez fait quelque chose de terrible. Une voix intérieure murmure que vous êtes nulle, que vous allez être rejetée, punie, abandonnée. Vous cherchez la cause — un mail un peu sec, un silence, un regard — et rien ne justifie l’ampleur de ce que vous ressentez. Ce qui vous traverse porte un nom. Il existe des façons douces de gérer un flashback émotionnel quand cette vague d’avant, souvent sans image, vous tombe dessus.
Une cliente me l’a décrit presque mot pour mot : « D’un coup je me sens défectueuse et terrorisée, sans comprendre pourquoi — comme si j’avais 6 ans à nouveau. » Ce « comme si j’avais 6 ans » décrit très exactement ce qui se joue. Une partie de vous est effectivement, l’espace d’un instant, retournée à un âge où elle a eu peur.
Qu’est-ce qu’un flashback émotionnel, et est-ce ce que je vis ?
C’est le retour soudain d’une émotion ancienne — terreur, honte, sentiment d’être mauvaise ou en danger — sans image ni souvenir précis pour l’accompagner. Contrairement au flashback qu’on imagine, il n’y a pas de « film » qui rejoue. Il n’y a que le ressenti, brut, qui submerge le présent comme s’il lui appartenait.
J’explique en détail ce qu’est un flashback émotionnel et d’où il vient dans un article dédié. Ici, retenons l’essentiel : puisqu’il n’y a pas de souvenir attaché, on croit que cette détresse parle du présent. On la prend au premier degré. Et on se juge : « Pourquoi je réagis comme ça, qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Rien ne va mal chez vous. Votre système nerveux fait ce qu’il a appris à faire : il a gardé, en mémoire profonde, l’empreinte d’anciennes peurs, et il la ressort dès qu’un signal ressemble, même de loin, à ce qui a fait mal autrefois.
Pourquoi cette émotion surgit-elle chez moi sans image ni souvenir ?
Parce que les émotions très précoces s’inscrivent dans le corps avant même qu’on ait les mots ou les images pour les raconter. Un tout-petit ressent la peur ou la honte bien avant de pouvoir en faire un souvenir organisé. La charge reste, la scène se perd. Des années plus tard, l’émotion peut donc remonter seule, orpheline de son histoire.
Vous n’avez pas forcément vécu « quelque chose de grave » pour que cela laisse des traces. On parle alors de trauma complexe : ces blessures qui ne viennent pas d’un événement unique et spectaculaire, mais d’un climat répété : un parent imprévisible, une tendresse conditionnelle, une maison où il fallait sans cesse deviner l’humeur de l’autre. L’enfant n’y vit pas un choc daté, mais mille micro-alertes. Son corps enregistre l’ambiance — je ne suis pas en sécurité, je dois me faire tout petit — sans en garder de photo précise.
C’est pour cela que le flashback émotionnel arrive « sans raison ». Il y a une raison, mais elle est ancienne et sans visage. Une grande étude américaine sur les expériences difficiles de l’enfance (ACE Study, Felitti et al., 1998, plus de 9 500 adultes) a montré que plus de la moitié d’entre eux rapportaient au moins une expérience de ce type avant l’âge adulte. Si votre corps garde encore ces empreintes, vous n’êtes pas un cas isolé.
Pourquoi un rien peut-il tout déclencher chez moi ?
Parce que le déclencheur n’a pas besoin de ressembler consciemment au passé — il lui suffit d’en partager un fragment : un ton de voix, une odeur, un silence, l’impression d’être jugée ou de trop demander. Le corps repère ce détail bien avant le mental, et il sonne l’alarme avant que vous ayez pu réfléchir.
Un chef qui hausse le sourcil, un partenaire qui répond par un texto froid, une amie qui met trois heures à rappeler : rationnellement, rien de dramatique. Mais si, enfant, un froncement de sourcils annonçait la colère, ou si un silence signifiait qu’on avait cessé de vous aimer, alors ce fragment suffit. La vieille alarme se déclenche à pleine puissance. Et vous vous retrouvez, adulte compétente, soudain terrifiée par un e-mail.
C’est là que naît la double peine : la détresse d’abord, puis la honte de ressentir cette détresse. On s’en veut de « surréagir », on se traite de fragile, on cache tout. Cette honte de second étage fait souvent plus mal que le flashback lui-même. La comprendre pour ce qu’elle est — un réflexe, pas une vérité sur vous — desserre déjà l’étau.
« Le traumatisme n’est pas juste un événement qui s’est produit dans le passé : c’est aussi l’empreinte que cette expérience a laissée sur l’esprit, le cerveau et le corps. » — Bessel van der Kolk, psychiatre, Le corps n’oublie rien (2018)
Cette phrase change le regard. Le flashback émotionnel relève d’une empreinte encore vivante, qui parle faute d’avoir été entendue.
Comment savoir si je vis un flashback plutôt que la réalité d’aujourd’hui ?
Quelques indices trahissent le flashback : l’émotion est disproportionnée par rapport à la situation, elle est très familière (« encore ce sentiment »), elle s’accompagne d’un rétrécissement — vous vous sentez plus petite, plus jeune, moins capable — et elle donne l’impression que ça a toujours été et sera toujours ainsi.
Le repère le plus fiable, c’est ce brusque changement d’âge intérieur. Dans un flashback émotionnel, vous ne vous sentez pas comme la femme adulte que vous êtes, avec ses ressources et son recul. Vous vous sentez comme l’enfant que vous avez été : impuissante, coupable, à la merci de l’autre. C’est ce basculement qui signe l’écho du passé.
Et c’est précisément là que le simple fait de nommer devient un geste utile. Se dire, intérieurement, « Ce n’est pas maintenant — juste un écho d’avant », ne fait pas disparaître l’émotion d’un coup de baguette. Mais cela crée un centimètre d’espace entre vous et la vague. Un observateur reprend sa place à côté du ressenti. Vous n’êtes plus seulement dans la peur : une partie de vous la regarde, et cette partie-là, elle, a bien votre âge d’aujourd’hui.
Est-ce que je deviens folle, ou est-ce que je régresse pour de bon ?
Non, vous ne devenez pas folle. Quand une émotion vous submerge à ce point, se demander si l’on perd pied est presque inévitable. Vous ne redevenez pas vraiment une enfant : une partie de vous, restée jeune, reprend le devant de la scène un moment, puis la vague reflue.
La femme adulte que vous êtes est toujours là, même si, sur le moment, elle semble loin. C’est d’ailleurs elle qui se pose la question. Elle observe, doute, s’inquiète : signe que vous n’avez pas disparu dans la vague.
Quand cette peur de perdre la tête s’ajoute au flashback, elle mérite le même geste que la vague elle-même : la nommer. « C’est la peur de devenir folle. Elle fait partie de la vague, elle passera avec elle. » Et si un jour ces vagues se rapprochaient beaucoup, ou s’accompagnaient de moments où plus rien ne paraît réel, ou de pensées très noires, votre médecin est un bon premier appui.
Comment gérer un flashback émotionnel quand il me prend ?
Pas en luttant contre l’émotion, mais en l’accompagnant jusqu’à ce qu’elle reflue. Trois repères simples aident souvent : reconnaître (« C’est un flashback »), se rappeler qu’on est en sécurité maintenant, et revenir doucement au corps et au présent. Ce ne sont pas des ordres à exécuter — plutôt des points d’appui, à essayer avec souplesse.
Reconnaître. Le tout premier pas, c’est de mettre un mot dessus. « Voilà, ça recommence. C’est une vague ancienne, pas un danger réel. » Nommer, c’est déjà sortir de l’identification totale à l’émotion.
Se rappeler le présent. On peut se le dire tout bas, comme on rassurerait un enfant : « J’ai peur, mais je ne suis pas en danger. Le danger appartient au passé. Ce n’est plus vrai maintenant. Je suis adulte, et cette peur ne peut plus me faire ce qu’elle faisait. » Ces mots ne convainquent pas le mental, ils s’adressent au corps.
Revenir au corps et à l’instant. Sentir ses pieds sur le sol, poser une main sur le sternum, regarder autour de soi et nommer trois objets bien réels, boire un verre d’eau lentement. Rien de spectaculaire : de petits signaux qui rappellent au système nerveux qu’ici, à cette heure, dans cette pièce, il n’y a pas de menace.
Une précaution, et elle est importante. Ces repères aident dans les vagues ordinaires. Mais si une émotion vous déborde au point de vous faire perdre pied, si elle réveille des souvenirs trop lourds ou une détresse qui ne redescend pas, vous avez le droit de vous arrêter là. Il n’y a là aucun échec, aucune faiblesse. Certaines blessures se traversent mieux accompagnée, et tout porter ne vous revient pas. Un accompagnement, par exemple avec un(e) thérapeute, existe précisément pour ces moments-là. S’arrêter et demander de l’aide, c’est déjà prendre soin de soi.
Pourquoi est-ce que j’ai autant honte d’en parler ?
Parce qu’une voix intérieure très critique accompagne souvent le flashback émotionnel. Elle commente à toute vitesse : « Tu exagères », « Tu es faible », « Ressaisis-toi », « Ne montre rien ». C’est elle qui transforme la peur en honte, puis la honte en silence.
Dans l’approche des parties de soi, on comprend cette voix comme une partie de vous née pour vous protéger. Enfant, se critiquer avant les autres, se faire tout petit, c’était parfois une manière d’éviter le rejet ou la punition. Elle continue simplement son ancien travail, avec des années de retard.
Que faire d’elle, concrètement ? On ne la combat pas de force. On apprend peu à peu à ne plus la croire, en lui rappelant qu’elle essaie de protéger, mais qu’elle se trompe de danger. Et surtout, la honte se nourrit du secret : un seul mot dit à une personne sûre, si vous en avez une, même sans tout expliquer, lui enlève déjà de sa force. À défaut, un carnet, ou quelques lignes glissées à une amie. La honte perd du terrain dès qu’on en parle.
Est-ce que l’hypnose peut m’aider avec ces vagues qui me submergent ?
Elle peut aider, oui — non pas en effaçant vos émotions, mais en travaillant là où le flashback prend racine : sous le mental, dans le corps et les automatismes. La détresse qui vous submerge est une réaction ancienne, qu’on ne raisonne pas comme une pensée. L’hypnose et les thérapies brèves aident à apaiser cette réaction et à rassurer la partie de vous qui a encore peur.
Dans mon cabinet, je ne cherche pas à faire taire ces vagues de force. On apprend d’abord à les reconnaître, à comprendre l’enfant qu’elles protègent encore. Puis, doucement, en état de conscience léger, on laisse l’émotion monter, puis redescendre, et votre corps peut découvrir qu’il sait la traverser sans être emporté, parce qu’une partie de vous sait désormais que le danger est passé. Mon rôle : proposer un cadre sécurisant où votre propre apaisement peut reprendre sa place, sans décider à votre place de ce dont vous avez besoin.
Souvent, une seule séance suffit à amorcer un changement. Il n’y a pas de rythme imposé.
Pas besoin d’avoir « une vraie raison » ni de savoir mettre un nom dessus pour en parler. Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne.
Pour aller plus loin
Livres
- Pete Walker, Le trouble de stress post-traumatique complexe : de la survie à l’épanouissement, éd. Dangles, 2024 — l’ouvrage qui décrit le flashback émotionnel, cette vague de peur ou de honte venue de l’enfance, et donne des repères pour la traverser.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien : le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme, éd. Albin Michel, 2018 — comment le trauma s’inscrit dans le corps et pourquoi les émotions remontent sans souvenir.
- Peter A. Levine, Réveiller le tigre : guérir le traumatisme, éd. InterEditions, 2003 — la charge traumatique restée « figée » dans le corps et la façon dont elle se dénoue lentement.
- Richard C. Schwartz, Pourquoi nous sommes essentiellement bons : la thérapie IFS, éd. Quantum Way, 2023 — pour dialoguer avec la partie de vous qui a encore peur, au lieu de la combattre.