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Reprendre la main après une emprise : je m’en suis sortie, et après ?
Vous vous en êtes sortie. La relation est finie, la distance est prise, et pourtant quelque chose ne revient pas. Vous ne savez plus ce que vous pensez avant d’avoir imaginé ce qu’on en dirait. Vous vous surprenez à parler de votre propre vie comme d’une chose qui vous serait arrivée.
C’est souvent le moment où l’entourage vous croit tirée d’affaire, et où vous vous sentez la plus perdue. Le danger a cessé ; l’impression d’être aux commandes, elle, n’est pas revenue.
« Je suis sortie, mais je ne me sens toujours pas maîtresse de ma vie. » Cette phrase revient souvent dans mon cabinet d’hypnothérapie à Lausanne. Elle décrit une étape précise, qui a ses propres chantiers.
Pourquoi je ne me sens pas plus libre depuis que je suis partie ?
Parce que l’emprise a organisé votre quotidien, et déplacé le centre des décisions hors de vous. Ce déplacement ne s’annule pas au moment de la rupture, il se défait ensuite, par étapes. Reprendre la main après emprise, c’est défaire ce déplacement pas à pas.
Pendant la relation, vous avez appris à anticiper plutôt qu’à vouloir, à évaluer les réactions avant d’évaluer vos envies. Cette organisation était juste — elle vous a permis de tenir. Elle continue simplement de tourner alors que la situation qui la justifiait a disparu.
Ce vécu est loin d’être rare : environ 30 % des femmes dans le monde ont subi, au cours de leur vie, des violences physiques ou sexuelles, le plus souvent de la part d’un partenaire, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (2021). Toutes les emprises ne laissent pas de traces visibles : ce que vous avez vécu compte quand même.
D’où cette sensation étrange que beaucoup décrivent : être libre sur le papier et vivre comme si quelqu’un regardait encore. Je décris cette phase sous un autre angle dans pourquoi on va plus mal après être partie.
Premier chantier : retrouver ma place dans ce que je raconte
Écoutez comment vous racontez ce que vous avez vécu. Beaucoup de femmes emploient des tournures où elles n’apparaissent pas — « Ça s’est passé comme ça », « Les choses ont dégénéré », « Je me suis retrouvée dans cette situation ». Personne n’agit dans ces phrases.
Le style n’est pas seul en cause. La manière dont on formule une expérience organise la place qu’on y occupe. Remettre un « je » dans la phrase — « J’étais là, et j’avais peur », « J’ai fini par partir » — rend sa place à celle qui a vécu tout cela, y compris dans les moments les plus difficiles.
Il ne s’agit pas de s’attribuer la responsabilité de ce que l’autre a fait. Redevenir active dans son récit, c’est reprendre ses propres décisions, pas endosser celles d’un autre. La nuance est décisive, et l’inverser produirait une culpabilité supplémentaire dont vous n’avez aucun besoin.
Deuxième chantier : distinguer mes pensées des voix intériorisées
Après des années d’emprise, une partie de ce que vous prenez pour vos opinions ne vous appartient pas. Des phrases se sont installées, avec la voix et le vocabulaire de l’autre, et elles se déclenchent maintenant toutes seules.
Le repérage se fait souvent au ton plutôt qu’au contenu. Une pensée qui vous rabaisse d’une manière un peu trop familière, une critique dont vous reconnaîtriez presque l’intonation. Ce sont rarement vos formulations.
Ce tri demande de la patience, parce qu’il touche à des choses installées bien avant la relation, parfois dès l’enfance. J’en décris le mécanisme dans d’où vient ce critique intérieur. Ce qui aide au début est simple : devant une pensée dure, demandez-vous à qui elle ressemble.
Troisième chantier : revenir habiter mon corps
L’emprise éloigne du corps, et souvent le rend hostile. Beaucoup de femmes finissent par le percevoir comme un adversaire — quelque chose qui trahit, qui réagit trop, qu’il faut surveiller.
S’ajoute un effet plus discret. Une relation d’emprise projette continuellement vers l’après : ce qui va se passer, ce qu’il faudra gérer, comment les choses évolueront. Cette anticipation permanente vous retire du moment présent, et le présent est précisément l’endroit d’où l’on décide.
Le retour se fait par des gestes très modestes et très répétés. Sentir ses pieds au sol, remarquer la température de l’air, poser une main sur le ventre. Cela paraît dérisoire au regard de ce que vous avez traversé. C’est pourtant la base de tout le reste : sans présence, aucune décision ne tient.
Quatrième chantier : quand le besoin de l’autre survit à la relation
C’est le plus long, et celui qu’on s’autorise le moins à nommer. La dépendance s’est installée à un lien, pas seulement à une personne — d’où le fait qu’elle survive à la rupture, et qu’elle puisse se rejouer ailleurs.
Elle se manifeste rarement par le manque de l’autre. Plutôt par un vide qui cherche une place à remplir, une difficulté à supporter le calme, une tendance à se rendre indispensable. Le sujet est développé dans dépendance affective et sortie de relation.
Ce chantier se travaille en dernier, parce qu’il demande une base de sécurité que les trois précédents construisent.
Quand ai-je besoin d’un accompagnement médical d’abord ?
Si l’état général le nécessite, avant tout travail sur soi : une sortie d’emprise s’accompagne fréquemment d’épuisement, de troubles du sommeil, d’anxiété installée. Parlez-en alors à votre médecin, en priorité, ou appelez le 143 (La Main Tendue, gratuit, anonyme, 24 heures sur 24) si des idées noires apparaissent. Si vous êtes victime de violences, le 142 offre un conseil gratuit et confidentiel, jour et nuit ; en cas de danger immédiat, appelez le 117.
Pourquoi revient-il en force dès que je reprends le pouvoir ?
Parce que votre reprise d’autonomie menace le contrôle qu’il avait sur vous, et déclenche des tentatives pour vous faire revenir. Cela prend des visages variés : charme soudain, promesses de changer, grands gestes — ou, à l’inverse, menaces et culpabilisation. Ce regain d’intérêt prouve que vous reprenez du terrain, et ne signifie pas que vous aviez tort de partir.
Savoir que ces retours en force sont prévisibles aide à ne pas s’y laisser reprendre. Anticiper le scénario, s’y préparer avec des personnes sûres, et s’en tenir à des limites claires permet de traverser la tempête sans rouvrir la porte. Chaque fois que vous tenez le cap, vous confirmez à votre système que reprendre le pouvoir était juste.
En quoi l’hypnose et l’IFS peuvent-elles m’aider ?
En travaillant sur ce qui a pris le pouvoir à l’intérieur, plutôt que sur ce qui s’est passé à l’extérieur. Vous connaissez déjà l’histoire ; la raconter à nouveau ne rend pas les commandes.
L’approche par les parties de soi permet d’aller voir ce qui décide encore à votre place — la part qui anticipe, celle qui s’efface, celle qui a intériorisé le jugement de l’autre. Reconnaître leur fonction protectrice, plutôt que les combattre, leur permet de céder du terrain.
En hypnose, dans une transe légère, on aide le corps à retrouver le sentiment d’être ici, tranquille, comme avec les petits gestes du troisième chantier, autrement que par la volonté. C’est un terrain où l’effort conscient échoue, comme je l’explique dans pourquoi comprendre ne suffit pas à changer.
Reprendre la main échappe au décret. Cela se construit par petits déplacements, dans le langage, dans le corps, dans les liens — et cela commence souvent le jour où l’on cesse d’attendre que ça revienne tout seul.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers
Quelques lectures pour prolonger cette réflexion :
- Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise, éd. Oh ! Éditions, 2005 — les mécanismes de la sortie et ce qui persiste après.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — pourquoi le retour au corps précède le reste.
- Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, éd. Odile Jacob, 1999 — se reconstruire sans nier ce qui a eu lieu.
Pour les professionnels
- Judith Herman, Reconstruire après les traumatismes (Trauma and Recovery, Basic Books, 1992), éd. InterEditions, 2023 — les étapes du rétablissement après une violence relationnelle prolongée.
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — les voix intériorisées et leur désactivation.
- Stephen W. Porges, La théorie polyvagale, éd. EDP Sciences, 2021 — un cadre clinique sur le sentiment de sécurité et la régulation.
Si vous êtes sortie et que les commandes ne sont pas revenues, on peut en parler, sans que vous ayez à raconter ce qui s’est passé. Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.