Besoin d'informations, conseils, rendez-vous : +41 21 552 05 21

Rester par pitié : pourquoi je me sens coupable de vouloir le quitter ?
Peut-être vous êtes-vous dit : « Il me fait de la peine. » Et, plus bas : « Je me sens coupable rien qu’à l’idée de partir. » Il soupire, il se dit incompris, rien ne va jamais dans son sens. Vous, vous êtes fatiguée, et l’idée de partir vous fait l’effet d’une faute. Rester par pitié use lentement, sans bruit, d’autant plus que personne autour de vous ne voit le problème : on le trouve doux, on le sait triste, tout le monde le plaint.
Au cabinet, à Lausanne, j’accompagne avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems, le travail avec les parties de soi) des personnes prises dans ce lien-là. Ici, il sera surtout question de vous et de ce que vous vivez. Personne ne vous poussera à le quitter : rester ou partir, ce choix reste le vôtre.
Pourquoi sa tristesse me retient plus que tout le reste ?
Parce qu’on se défend d’un homme dur, alors qu’on console un homme qui souffre. Devant sa peine, la partie de vous qui saurait dire non baisse la garde et cherche à apaiser. Votre bonté devient le lien qui vous retient.
Il parle de ses échecs, de ceux qui ne l’ont jamais compris, d’un monde qui lui en veut. Vous écoutez, vous rassurez. Et quand ses mots vous blessent, ou que son silence dure trois jours, la pensée arrive aussitôt : « Il va déjà si mal, je ne vais pas en rajouter. » Sa peine sert d’explication à tout, y compris à ce qui vous fait mal.
Et puis il y a cette idée : quitter quelqu’un qui va mal, ce serait le lâcher au pire moment. Ce pire moment dure pourtant depuis des mois, parfois des années.
Pourquoi je crois que si je pars, il va s’effondrer ?
Parce que vous êtes devenue, à vos yeux comme aux siens, ce qui le fait tenir. Il vous le dit parfois, à sa façon : sans vous, il n’aurait plus rien. Ces mots vous touchent et vous enferment. Votre départ cesse d’être un choix de vie et devient une menace pour lui.
Vous êtes loin d’être la seule. Une étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology (Joel et al., 2018) a suivi 1 348 personnes en couple pendant dix semaines. « Plus les personnes pensaient que leur partenaire dépendait de la relation, moins elles étaient susceptibles de prendre l’initiative d’une rupture », écrivent les auteurs (notre traduction). Cela valait aussi pour celles qui n’y trouvaient plus leur compte. Rester pour l’autre est une réaction humaine, que la recherche a observée et mesurée.
S’il vous arrive de l’entendre dire qu’il ne survivrait pas à votre départ, cette détresse dépasse ce qu’une compagne peut porter : elle relève de son médecin, de La Main Tendue (143) ou, en cas d’urgence, du 144. Vous pouvez prendre sa parole au sérieux et laisser des professionnels y répondre.
Si vous avez déjà essayé de partir et qu’il s’est effondré à ce moment-là, au point de vous faire revenir, j’en parle dans un autre article : pourquoi il est si difficile de partir.
Pourquoi je me sens responsable de son humeur tout le temps ?
Parce que vous avez pris l’habitude de la surveiller avant la vôtre. Vous entrez dans une pièce et vous lisez son visage. S’il est sombre, vous cherchez ce que vous auriez pu faire autrement. Son état est devenu votre météo, et votre mission.
Susan Forward, psychothérapeute américaine, parle d’un brouillard fait de peur, d’obligation et de culpabilité, dans lequel on finit par céder pour retrouver un peu de calme. Dans son livre, Le Chantage affectif, ce brouillard naît d’une pression exercée par l’autre. Il peut aussi s’installer sans cela : ici, personne ne menace personne, et il n’y a peut-être aucun calcul de sa part. Un soupir, un regard blessé, quelques mots pour vous dire de laisser, que ce n’est rien, et vous voilà de nouveau en train de réparer.
Votre corps, lui, le sait. Un nœud dans l’estomac en rentrant, les épaules serrées, un sommeil léger, cette impression d’être vidée après une soirée où il ne s’est rien passé. Cette fatigue-là vient de tout ce que vous donnez.
Pourquoi je n’ose plus dire que moi aussi, je vais mal ?
Parce que sa souffrance occupe tout l’espace. Dans ce couple, une seule personne a le droit d’aller mal, et cette place est prise. Vos besoins vous paraissent égoïstes, vos reproches cruels, votre fatigue déplacée, et vous vous taisez.
Peut-être reconnaîtrez-vous certaines de ces scènes, sans chercher tout de suite à les expliquer. Vous faites une remarque anodine, et le silence s’installe pour plusieurs jours. Vous rentrez d’une soirée avec vos amies, et un reproche vous attend. Vous commencez à raconter votre journée, et la conversation revient à la sienne. Vous pesez chaque mot avant de parler. L’explication est toute prête, et elle vous vient toute seule : « Il traverse une période difficile. »
Une personne peut souffrir sincèrement et mal vous traiter. Ces deux vérités tiennent ensemble. La première appelle de la compassion ; la seconde appelle une limite. Si vous vous surprenez à lui trouver toujours une raison, l’article Pourquoi je trouve toujours des excuses à celui qui me fait du mal ? prolonge ce point.
Est-ce que j’exagère, puisqu’il n’est pas méchant ?
Ce que vous ressentez dit quelque chose de vrai, quelle que soit l’image qu’il donne. On croit souvent qu’une relation ne peut faire mal qu’auprès d’un homme dur, brillant, sûr de lui. On peut aussi s’y épuiser auprès de quelqu’un d’effacé, de triste, de maladroit, que tout le monde plaint.
Chercher le bon mot pour le décrire peut occuper des mois. Je vous propose un repère plus simple : la façon dont vous vous sentez à ses côtés, jour après jour. Écoutée, ou sur vos gardes ? Plus vivante, ou plus petite ? Aucun diagnostic ne se pose à distance, et vous pouvez prendre au sérieux ce que vous ressentez sans mettre d’étiquette sur lui.
Si je continue à rester par pitié, est-ce que je l’aime encore ?
Il se peut que vous l’aimiez encore, et que s’y mêlent l’habitude, la peur et la culpabilité. Dans la pitié, sans le vouloir, on finit par voir l’autre comme quelqu’un qui ne s’en sortirait pas sans nous. Dans la compassion, on le voit en adulte, capable de traverser sa peine et d’aller chercher de l’aide.
Rester par pitié coûte aux deux. Vous vous effacez, et lui reste à la place de celui qu’il faut porter. Vous avez peut-être peur de devenir dure, égoïste, si vous pensez à vous. Cette peur montre à quel point vous tenez à ne blesser personne. Vous faites partie, vous aussi, des personnes à ne pas blesser. Posez-vous la question : « Si sa tristesse disparaissait demain, est-ce que j’aurais encore envie d’être là ? » La réponse vous appartient, et rien ne presse. Vous pouvez éprouver de la tendresse pour lui et reconnaître que cette relation vous coûte trop cher. Si la question de rester ou de partir tourne en boucle, l’article sur l’indécision peut vous éclairer.
D’où me vient ce réflexe de porter la peine des autres ?
Souvent de très loin, bien avant cette relation. Peut-être avez-vous grandi auprès d’un parent triste, fragile ou débordé. Enfant, vous avez alors appris à consoler, à vous faire discrète, à deviner. Veiller sur l’adulte était votre manière de garder le lien.
Ce savoir-faire est précieux. Il vous rend attentive, fiable, généreuse. Dans le couple, il se réveille dès que l’autre flanche, et une partie de vous reprend son poste, comme autrefois. Dans l’approche IFS, développée par Richard Schwartz, on se représente ce réflexe comme une partie protectrice : elle croit sincèrement que, si elle cesse de veiller, quelqu’un va s’écrouler et que ce sera sa faute. Elle mérite d’être remerciée, puis soulagée d’une mission devenue trop lourde pour elle.
C’est l’un des visages de ce qu’on appelle la dépendance affective : on en vient à exister surtout à travers l’autre.
Comment l’hypnose peut-elle m’aider à sortir de cette culpabilité ?
En s’adressant à la partie de vous qui se sent coupable, là où les raisonnements n’arrivent pas. Vous savez sans doute déjà que vous avez le droit de penser à vous. L’hypnose ericksonienne aide ce savoir à rejoindre l’endroit où la culpabilité se déclenche.
Dans un état de transe légère, où vous restez consciente et libre de parler ou d’arrêter à tout moment, vous pouvez rencontrer cette partie qui veille sur lui, comprendre ce qu’elle redoute, et lui montrer que vous êtes aujourd’hui une adulte capable de choisir. Le corps peut alors relâcher une tension qu’il tenait depuis longtemps. Souvent, une seule séance suffit pour créer ce déclic : sa tristesse reste la sienne, et la vôtre retrouve enfin une place.
La décision de rester ou de partir vous revient entièrement. Mon rôle est de vous aider à la prendre librement, sans que la culpabilité décide à votre place.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
- Yves-Alexandre Thalmann, Au diable la culpabilité ! Retrouvez votre liberté intérieure, éd. Jouvence, 2014 — pour distinguer la culpabilité utile de celle qui enferme.
- Kristin Neff, S’aimer : Comment se réconcilier avec soi-même, éd. Belfond, 2013 — retrouver de la bienveillance envers soi quand on la réserve aux autres.
- Richard C. Schwartz, No Bad Parts : Healing Trauma and Restoring Wholeness with the Internal Family Systems Model, éd. Sounds True, 2021 — une introduction accessible aux parties de soi (en anglais).
Références professionnelles
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — le modèle IFS et le travail avec les parties protectrices.
- Pia Mellody et al., Facing Codependence : What It Is, Where It Comes from, How It Sabotages Our Lives, éd. HarperOne, 2003 — sur l’habitude de porter l’autre au détriment de soi (en anglais).
- Richard C. Schwartz & Martha Sweezy, Internal Family Systems Therapy, éd. Guilford Press, 2020 — la référence clinique du modèle (en anglais).
Retrouvez l’ensemble des ouvrages recommandés sur la page références bibliographiques.
Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.