Anxiété par vagues : pourquoi cesser de fuir change tout

Une vague d'anxiété n'est pas une rechute, c'est un cycle. Hypnothérapeute à Lausanne, je décris les 4 temps qu'il faut arrêter d'interrompre.

En bref. Une vague d’anxiété n’est pas une rechute. C’est une digestion. Marc Binggeli, hypnothérapeute à Lausanne, décrit ici les quatre temps du cycle que traverse votre système nerveux : la montée, la descente, l’atterrissage, l’intégration. Le travail thérapeutique consiste rarement à le calmer. Plus souvent, à arrêter de l’interrompre.

Une cliente s’assoit dans le fauteuil et me dit : « Je croyais que j’allais mieux. Et là, hier, ça m’est retombé dessus comme une chape. J’ai dû refaire tout le chemin. » Elle ne refait rien du tout. Elle est en plein milieu du chemin. Simplement, personne ne lui a dit comment ce chemin se présente vraiment.

L’anxiété ne s’éteint pas en ligne droite. Elle revient en vagues. Et ces vagues racontent quelque chose de très précis sur ce que votre corps est en train de faire.

Pourquoi mon anxiété revient en vagues alors que ça allait mieux ?

Parce que le système nerveux travaille par cycles. Pas en pente douce. Une vague qui revient n’est pas un échec : c’est le système qui digère un nouveau lot d’émotions anciennes. Plus le terrain a été chargé longtemps, plus les vagues sont amples. Ça paraît contre-intuitif. C’est pourtant exactement ce qu’on cherche.

Ce que personne ne vous a dit sur le « mieux »

Quand une cliente commence à aller mieux, le corps profite de la baisse de garde pour relâcher ce qu’il avait verrouillé. Les images reviennent, les sensations remontent, parfois même des souvenirs qu’elle croyait classés. Le mental, lui, panique. « Je rechute. » Non. Le système se permet enfin de remonter ce qu’il avait verrouillé. Ce n’est pas la même chose.

Pourquoi est-ce une erreur de vouloir tout de suite me calmer ?

Parce que vouloir se calmer, c’est interrompre le cycle. Le système monte, redescend, atterrit, intègre. Si on coupe à la première montée, rien ne s’inscrit. Le cycle redémarre. Encore. Encore. Beaucoup de clientes décrivent leur anxiété chronique comme ça : un système qui essaie de boucler un travail, qu’on interrompt à chaque tentative.

Une cliente me disait : « Dès que je sens monter, je respire, je marche, je m’occupe. » Elle pensait bien faire. En réalité, elle empêchait son système d’aller au bout d’un cycle. À la fin de la séance, après une vague qu’on avait laissée passer entière, elle a soupiré profondément, longuement, sans le décider. Et elle a dit : « Je n’avais jamais soupiré comme ça depuis vingt ans. » C’est ça, le bout du cycle.

Que se passe-t-il dans mon corps quand l’anxiété monte sans raison apparente ?

C’est la phase d’activation. Le système se prépare à agir. Cœur qui s’accélère, ventre qui se serre, respiration qui se raccourcit. Mais — point important — l’activation ne répond pas seulement à l’instant présent. Elle fait remonter en surface tout ce qui était resté en attente. D’où la sensation que c’est « disproportionné ». Ce ne l’est pas.

Activation, pas dérèglement

Quand le sympathique monte, votre corps mobilise ce qu’il faut pour faire face à un danger. C’est intelligent. Le problème, ce n’est pas que ça monte. C’est qu’on confond ce mouvement avec un dérèglement. Votre corps ne dérape pas. Il fait son travail.

Pourquoi est-ce le moment le plus inconfortable qui fait le plus de travail ?

Parce qu’après la montée vient la chute — et la chute est la phase la plus inconfortable du cycle. Bascule parasympathique. Le sang, l’attention, l’énergie partent vers les viscères. Le ventre travaille pour de vrai. Lourdeur, nausée, fatigue, parfois un goût étrange dans la bouche. Le filtre cortical baisse. L’intéroception monte. Tout devient plus brut.

Une autre cliente me décrivait : « C’est comme si tout devenait trop fort. Les bruits, les couleurs, mes pensées. Je me sens toxique. » Elle ne l’est pas. Son corps est en train de digérer quelque chose. Pas de la nourriture. De l’émotion ancienne. C’est précisément à ce moment-là que la plupart des gens se précipitent pour couper. Et c’est précisément le moment où il ne faut pas.

Comment reconnaître que mon corps est en train de relâcher ?

Aux signes d’atterrissage : un soupir profond qui arrive seul, un bâillement qui s’enchaîne avec un autre, des micro-tremblements dans les jambes ou les épaules, une respiration qui retrouve son ampleur sans qu’on la dirige. Ce ne sont pas des bizarreries. Ce sont les signes que la vague touche le rivage.

Ces signaux qu’on apprend à respecter

Peter Levine, dans son travail sur la décharge motrice, décrit précisément ces gestes spontanés. Un cheval qui vient d’échapper à un prédateur tremble pendant quelques minutes, puis repart paître. Le corps humain a gardé exactement la même mécanique. Il a juste appris, dans nos cultures, à la couper. En séance d’hypnose ericksonienne, on installe explicitement la permission : ce qui veut soupirer a le droit de soupirer, ce qui veut trembler a le droit de trembler. Et on attend.

Pourquoi est-ce que je sabote toujours le moment où ça va mieux ?

Parce qu’au moment où l’énergie revient, le mental se précipite : il rattrape les mails, charge l’agenda, reprend les responsabilités laissées en plan. Le cycle n’a pas eu le temps d’aller au bout — il y a une dernière phase, celle où le cerveau met à jour son modèle. Sans cette phase, l’expérience ne s’inscrit pas. Et le système redémarre à zéro la fois suivante.

C’est la phase d’intégration. Discrète. Elle ressemble à pas grand-chose. Un creux, du calme, parfois un peu d’ennui. C’est là que le cerveau réétiquette l’expérience comme moins dangereuse, que la fenêtre de tolérance s’élargit, que quelque chose se grave. Si on remplit ce creux trop vite, rien ne se grave. La séance suivante, on recommence à la case départ.

Comment accueillir une vague sans s’y noyer ?

En posant trois choses simples : reconnaître que c’est une vague (pas une rechute), nommer la phase qu’on traverse (montée, chute, atterrissage, intégration), ne pas combattre. Accueillir, ce n’est pas subir. C’est une compétence active. Souvent plus exigeant qu’intervenir.

Le piège, c’est de confondre accueil et passivité. Une cliente m’a dit : « Mais alors je ne fais rien ? » Si. Vous faites le travail le plus exigeant : vous laissez votre corps faire ce qu’il sait faire, sans le saboter. Vous restez. Vous respirez normalement. Vous ne nourrissez pas le mental qui veut absolument une explication, un protocole, une sortie immédiate. Le bouddhisme zen, le taoïsme, et plus modernement les approches somatiques l’ont tous formulé chacun à leur manière : wu wei, le non-agir actif, n’est pas de la résignation. C’est l’art de ne pas interrompre.

Que change l’hypnose ericksonienne dans ce cycle ?

Elle installe la permission directement au niveau limbique. Là où le contrôle conscient n’a pas la main. Pas une consigne intellectuelle (« il faut accueillir »). Une suggestion qui s’adresse au système nerveux directement, et qui rend l’accueil possible — même quand le mental ne veut pas.

Ce qui se passe en séance

L’hypnose ericksonienne, combinée à un travail IFS sur les parties de soi qui veulent réparer la fatigue ou calmer l’agitation, permet de cartographier ce qui empêche le cycle d’aller au bout. Souvent, derrière la part qui veut « calmer », il y a une part exilée qui n’a jamais eu le droit de ressentir. Tant qu’on ne lui parle pas à elle, le cycle reste interrompu. Quand elle est entendue, le corps se remet à digérer pour de vrai.

C’est aussi ce qu’on travaille pendant l’entretien téléphonique de 30 minutes que je propose, gratuitement, avant tout début d’accompagnement. On regarde ensemble où vous en êtes dans votre cycle — montée, chute, atterrissage, intégration — et on clarifie si l’hypnose ericksonienne est le bon outil pour vous, à ce moment précis. Cet entretien se fait par téléphone. Les séances elles-mêmes, en revanche, ont toujours lieu au cabinet, à Lausanne.

Vous ne fuyez pas votre anxiété en essayant de la calmer plus vite. Vous la fuyez en l’interrompant. La sortie passe par l’autre direction : celle où vous laissez la vague aller au rivage.

Pour aller plus loin

Pour mieux comprendre — vulgarisation

  • Marchand A., Letarte A., Seidah A. — La peur d’avoir peur. Lecture précieuse pour comprendre la mécanique des cycles anxieux. Voir
  • André C., Hagimont O. — Ça n’a pas l’air d’aller du tout !. Une approche douce et illustrée des moments où on croit rechuter. Voir
  • Peix Lavallée C. — Trouver ses forces intérieures. Pour cultiver la posture d’accueil dans le quotidien. Voir
  • Nardone G. — Vaincre les attaques de panique. Sur la logique paradoxale du « plus je veux calmer, plus ça monte ». Voir
  • Fiammetti R. — Le langage émotionnel du corps. Pour entendre ce que le ventre, la respiration, les épaules veulent vous dire. Voir

Vidéos à regarder

  • Peter Levine — entretiens publics sur la décharge motrice et le tremblement comme libération naturelle (recherche conseillée : Peter Levine somatic experiencing).
  • Bessel van der Kolk — conférences autour de The Body Keeps the Score sur l’inscription corporelle des cycles.
  • Stephen Porges — interventions sur la théorie polyvagale, indispensables pour comprendre la bascule sympathique-parasympathique.

Pour les professionnels — thérapeutique

  • Bioy A., Célestin-Lhopiteau I. — Aide-mémoire Hypnothérapie et hypnose médicale. Voir
  • Servant D. — Gestion du stress et de l’anxiété. Voir
  • Nardone G. — Peur, panique, phobies. Voir
  • Fisher J. — Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors. Référence IFS-trauma pour cartographier les parties de soi qui interrompent les cycles. Voir
  • Aich P., Finel K. — Guide des protocoles – Hypnose, PNL. Voir

Hub des références anxiété : /references-anxiete/


Et maintenant ?

Si vous reconnaissez votre fonctionnement dans ces vagues qui reviennent et que vous voulez sortir du réflexe de couper, on peut en parler. Je propose un entretien téléphonique de 30 minutes, gratuit, sans engagement. On regarde ensemble où vous en êtes, et si l’hypnose ericksonienne, au cabinet à Lausanne, est le bon outil pour vous à ce stade.

— Marc Binggeli, hypnothérapeute, Lausanne.