Arrêter de s’inquiéter : ce que Jung révèle (et ce que l’hypnose ericksonienne en fait)

Plus vous essayez de tout maîtriser, plus les choses semblent vous échapper. Carl Jung, la lecture IFS, et ce que l'hypnose ericksonienne propose à la part qui s'inquiète. Cabinet à Lausanne.

En bref — Plus vous essayez de tout maîtriser, plus les choses semblent vous échapper. Plus vous tournez une situation dans votre tête, plus l’inquiétude grandit. Ce n’est pas une faiblesse de volonté : c’est une vigilance ancienne qui prend les commandes quand on cherche à se rassurer par le contrôle. Vouloir arrêter de s’inquiéter par la seule volonté nous confronte à un paradoxe — et c’est justement là que l’hypnose ericksonienne ouvre une autre voie.

Vous avez sans doute remarqué ceci. Plus vous essayez de tout maîtriser, plus les choses semblent vous échapper. Plus vous tournez un problème dans tous les sens, moins vous vous sentez prête à agir. Et plus vous ressassez la nuit, moins le sommeil vous restaure.

L’idée reçue dit que s’inquiéter, c’est se préparer. Anticiper. Éviter les erreurs. Garder le contrôle.

Carl Jung suggérait l’inverse. Il rappelait que l’essentiel de ce qui nous influence reste hors du champ de la conscience. Ce que vous appelez « réfléchir » est souvent autre chose. Une part de vous, ancienne, qui tente de prévenir une douleur qu’elle n’arrive pas à nommer.

Et c’est précisément quand cette part se calme que les choses commencent à se remettre en place.

Vous n’êtes pas seule à vivre cela. Les troubles anxieux sont les troubles mentaux les plus répandus au monde : 301 millions de personnes en souffraient en 2019 (Organisation mondiale de la Santé, fiche « Troubles mentaux », 2019). L’inquiétude qui tourne en boucle en est l’une des formes les plus courantes.

Pourquoi la rumination n’est-elle pas vraiment une réflexion ?

Réfléchir mène à une décision et s’arrête. Ruminer tourne en boucle, sans issue, et augmente la tension. Ce n’est pas un défaut intellectuel : c’est un mécanisme de protection qui occupe le mental pour ne pas sentir ce qui presse plus bas, souvent une crispation dans le ventre ou dans la poitrine.

Vous le sentez bien. La pensée qui tourne ne cherche plus de solution. Elle cherche à continuer de tourner. Vous avez déjà fait le tour du problème dix fois. Une onzième ne changera rien — et pourtant la onzième arrive.

Ce phénomène a un nom en clinique. Une habitude psychologique qui s’auto-entretient. La cliente qui consulte pour une rumination anxieuse ne décrit jamais une recherche active de résolution. Elle décrit une boucle. Une porte d’entrée du sommeil qui ne s’ouvre plus, des journées entières absorbées par des scénarios qui ne se produiront probablement pas, une fatigue qui s’installe sans qu’aucun effort visible ne l’explique.

La rumination n’est pas la conséquence de l’anxiété. Elle est devenue le mécanisme qui la maintient. Et si vous tentez simplement de penser à autre chose, vous constatez vite la limite. La part qui s’inquiète revient. Plus forte, parfois.

Pourquoi vouloir tout contrôler renforce-t-il l’inquiétude ?

Plus le mental tente de couvrir l’inconnu par anticipation, plus il rencontre d’inconnu — et plus il rumine. Jung l’avait pressenti : ce que l’on ne veut pas voir en soi finit par gouverner la vie de l’extérieur. La rumination est cette part qui essaie de prévenir ce qui ne peut pas se prévenir.

Le piège du contrôle

Voici ce que recouvre le mot « inquiétude » quand on regarde de près.

Vous restez devant une porte fermée. Vous imaginez ce qu’il y a derrière. Vous préparez chaque réponse possible. Vous mesurez chaque risque. Et tout ce travail mental, aussi sophistiqué soit-il, ne remplace pas un geste — celui d’ouvrir la porte.

L’inquiétude vous fait croire qu’imaginer la situation équivaut à la traverser. Ce n’est pas le cas. L’imagination est un mouvement à l’intérieur du mental. L’action est un mouvement dans la réalité. Les deux n’ont rien à voir.

Tant que la part qui contrôle reste aux commandes, vous attendez un état parfait pour commencer. Cet état n’arrive jamais. Et plus vous attendez, plus la part se renforce — parce qu’elle reçoit la preuve, chaque jour, qu’elle est nécessaire à votre survie.

« Quand une situation intérieure n’est pas rendue consciente, elle se produit au-dehors comme un destin. »

Carl Gustav Jung, Aion (1951)

Autrement dit : tant que vous ne voyez pas le mécanisme, c’est lui qui vous gouverne.

La rumination, une faiblesse de volonté ou une partie de vous ?

Non. C’est une partie de vous (au sens de l’IFS), une stratégie de protection qui s’est mise en place pour anticiper le danger là où, enfant, il fallait peut-être être en alerte permanente. Elle vous a longtemps tenue. Aujourd’hui, elle continue son travail — sans savoir que la menace n’est plus là.

Une partie protectrice, pas une faille en vous

L’approche que je pratique au cabinet, avec l’hypnose ericksonienne et une lecture IFS (les « parties de soi »), part d’un constat simple. La partie de vous qui s’inquiète n’est pas vous tout entière. Et elle n’est pas votre ennemie.

C’est une partie protectrice : une stratégie éprouvée, souvent installée tôt, dans un environnement où l’anticipation semblait nécessaire pour éviter une déception, un conflit, ou un choc émotionnel. À l’époque, elle vous a aidée. Elle a fait son travail. Aujourd’hui, elle continue de le faire — sans avoir reçu l’information que le danger d’origine n’est plus là.

Combattre cette partie la renforce. Lui dire « arrête de t’inquiéter » revient à lui demander d’abandonner son poste. Elle n’abandonnera pas. Elle a besoin de quelque chose d’autre.

Elle a besoin d’être vue. Reconnue dans son intention. Et de recevoir, dans le corps, le signal que la personne qu’elle protège peut désormais compter sur d’autres ressources qu’elle seule.

C’est précisément ce que l’hypnose ericksonienne propose.

Comment l’hypnose ericksonienne change-t-elle la rumination ?

En séance, on favorise l’apparition d’une transe légère pour rejoindre la partie qui rumine sans la combattre. Cet état particulier de conscience permet à cette partie de se déposer, à un autre niveau du système nerveux, là où la sécurité peut se réinstaller — sans que vous ayez à « penser positif ».

L’hypnose ericksonienne n’est pas une méthode de relaxation. Ce n’est pas non plus un état où vous perdez le contrôle : vous restez consciente tout au long de la séance, et c’est essentiel. La présence du thérapeute est aussi là pour rassurer celles qui craignent ce qui pourrait se passer. Il ne se passe rien que vous ne choisissiez.

C’est un état léger de conscience dans lequel le système nerveux relâche son hypervigilance. La partie qui tente de tout contrôler, en présence d’un cadre clair et d’une voix qui guide sans forcer, accepte peu à peu de se reposer. Elle n’est pas combattue. Elle est accueillie.

Et dans cet état, quelque chose devient possible que la pensée seule ne pouvait pas atteindre. Le système nerveux apprend, de manière corporelle et non plus mentale, qu’il est possible d’exister sans tout anticiper. Cet apprentissage ne passe pas par la volonté. Il passe par l’expérience directe d’un calme qui se déploie sans effort.

Au fil de la séance — souvent une seule suffit pour amorcer le déplacement, parfois deux ou trois — vous constatez un changement. Les pensées de rumination ne disparaissent pas du jour au lendemain. Elles perdent leur prise. Elles redeviennent ce qu’elles ont toujours été : des phénomènes mentaux passagers, et non plus des vérités à honorer.

C’est tout l’enjeu d’une posture d’accueil. Permettre à la partie qui s’inquiète d’être là, sans la combattre ni la nourrir. Et observer ce qui se met en place quand on cesse, simplement, d’interférer.

Comment distinguer rumination et vraie réflexion ?

Trois signes : la rumination tourne en boucle sans avancer, elle augmente la tension corporelle, elle revient surtout la nuit ou en période de fatigue. La réflexion, elle, mène à un pas concret, apaise la tension, et s’arrête une fois la décision posée.

Trois signes qui distinguent rumination et réflexion

Beaucoup de clientes me posent la question. Comment savoir si je suis en train de réfléchir, ou en train de ruminer ? La distinction est essentielle, parce qu’elle oriente la réponse.

Premier signe. La réflexion produit un déplacement. Vous arrivez à une décision, à une nuance nouvelle, ou à l’acceptation que vous ne pouvez pas trancher maintenant. La rumination, elle, vous ramène toujours au point de départ. Vous tournez autour du même nœud, sans qu’aucune information neuve ne vienne réorganiser le tableau.

Deuxième signe. La réflexion finit par une action — même minuscule. Un mail rédigé, une question posée, un rendez-vous pris. La rumination ne débouche sur rien. Elle se nourrit d’elle-même et reporte indéfiniment le moment d’agir.

Troisième signe. La réflexion s’apaise quand le sujet est traité. La rumination, dès qu’un sujet se calme, se déplace sur un autre. La cliente qui rumine ne s’inquiète pas tant d’un événement précis — elle s’inquiète, par habitude, et trouve un objet pour cette inquiétude.

Si vous reconnaissez ces trois signes dans votre quotidien, ce n’est pas votre raison qui doit être ajustée. C’est la partie qui maintient la boucle qui demande à être rencontrée différemment.

Quand consulter, et comment commence-t-on ?

Si la rumination occupe vos journées et perturbe votre sommeil, si chaque décision devient un calcul épuisant, alors le travail ne se situe probablement pas au niveau de la pensée. Il se situe au niveau du système nerveux et de la partie qui le maintient en alerte. Le premier pas est un simple appel, sans pression.

Si vous sentez qu’aucune réflexion ne semble suffire à apaiser la boucle, c’est peut-être le signe qu’il faut chercher ailleurs que dans la tête.

Je vous propose très volontiers un entretien téléphonique gratuit d’environ 30 minutes. C’est l’occasion de me décrire ce que vous traversez, de poser vos questions, et d’évaluer ensemble si l’hypnose ericksonienne correspond à ce dont vous avez besoin en ce moment — si mon approche vous convient.

Le cabinet est à Lausanne. La ou les éventuelles séances ont lieu sur place : la qualité de la présence en hypnose tient en partie au cadre physique et à la rencontre directe. Souvent, une seule séance suffit à amorcer le déplacement.

Arrêter de s’inquiéter ne consiste pas à mieux raisonner. Cela consiste à offrir à une partie de vous, ancienne et fatiguée, l’expérience qu’elle attend depuis longtemps. Celle d’être vue, et de pouvoir enfin se reposer.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers concernés

  • Kevin Finel, L’autohypnose (ARCHE) — pour découvrir l’autohypnose et l’apprivoiser au quotidien.
  • Cécile Wyler Roulet, Comment transformer votre vie avec les thérapies courtes (Favre, 2015) — une introduction accessible aux thérapies brèves.
  • Philippe Pencalet, Hypnose et auto-hypnose pour soulager la douleur (Leduc.S, 2018) — l’hypnose appliquée au corps et à la douleur.
  • François Roustang, Conférences sur l’hypnose, la présence et la thérapie — disponibles en ligne.

Références professionnelles

  • Dominique Megglé, Erickson, hypnose et psychothérapie (Payot, 2005) — la pensée d’Erickson exposée avec clarté.
  • Milton H. Erickson & Ernest L. Rossi, Traité pratique de l’hypnose (Grancher, 2006) — la référence technique de l’approche ericksonienne.
  • François Roustang, Jamais contre, d’abord (Odile Jacob, 2015) — la place du corps et de la présence en thérapie.
  • Dan Short, Conférences de formation — Milton H. Erickson Foundation — ressources vidéo en anglais sur l’approche ericksonienne.
  • François Roustang & Dominique Megglé, Conférences Eye of the Storm — échanges francophones sur l’hypnose ericksonienne.

→ Voir aussi la page Références — Hypnose & thérapies brèves.

Si vous reconnaissez ce que je viens de décrire, je vous propose un premier entretien téléphonique de trente minutes, gratuit, pour qu’on regarde ensemble si le cadre vous convient. Si vous souhaitez un accompagnement, c’est au cabinet à Lausanne, avec l’hypnose ericksonienne, en présentiel qu’il se déroule, parce que ce travail-là demande la présence du corps.

Entretien téléphonique gratuit et sans engagement ☎ Réservation sur OneDoc