Comment faire la paix avec la part de soi qui nous juge ?

Faire la paix avec soi-même, c'est apaiser la part qui juge sans la combattre. L'hypnose et l'IFS pour transformer ce gardien fatigué en allié, à Lausanne.

En bref — Faire la paix avec soi-même ne veut pas dire faire taire la part qui juge. Cette part est un gardien fatigué, un protecteur qui applique encore une vieille carte de survie. On l’apaise en l’accueillant et en lui montrant, en sécurité, que le danger d’autrefois est passé.

Une cliente me confiait, un jour, cette phrase que j’entends souvent, sous mille formes : « Je me bats sans cesse contre moi-même, cette part qui me pousse, me juge, m’épuise. » Elle décrivait une guerre intérieure. D’un côté, elle. De l’autre, une voix qui ne lâche rien, qui trouve toujours le défaut, qui remet la barre plus haut dès qu’elle est atteinte.

Ce que je vais partager ici n’a rien de compliqué. Mais cela change tout. Cette part qui vous juge n’est pas votre ennemie. Elle est même, sans doute, l’une des plus loyales. Elle n’a simplement pas eu l’occasion de mettre son fonctionnement à jour.

Pourquoi cette part de moi est-elle si dure avec moi ?

Parce qu’un jour, être dure vous a protégée. Cette part s’est construite à un moment où juger, anticiper, ne jamais se relâcher était la meilleure façon de rester en sécurité. Elle garde cette mission comme une consigne. Elle ignore que le contexte a changé.

Imaginez un gardien. Il a passé des années à veiller devant une porte, arme au poing, parce que derrière cette porte se tenait un vrai danger. Le temps a passé. Le danger est parti depuis longtemps. Mais personne n’est venu le prévenir. Alors il reste là, épuisé, refusant de déposer son arme, parce que baisser la garde lui semble être une trahison de tout ce qu’il a protégé.

Voilà à quoi ressemble cette part exigeante. Le perfectionnisme, l’anxiété, la petite voix qui commente et corrige : autant de rondes que ce gardien continue de faire. Il ne cherche pas à vous faire du mal. Il croit encore que sans lui, tout s’effondre.

Cette part s’est formée tôt, souvent bien avant les mots. Un enfant qui apprend qu’il faut être parfait pour être aimé, qu’il faut anticiper l’humeur des autres pour rester tranquille, met en place un veilleur intérieur. Ce veilleur a fait du bon travail. Il vous a aidée à traverser ce qui devait l’être. Le problème n’est pas qu’il existe, mais qu’il ne sait pas s’arrêter quand la menace, elle, a disparu.

Et vous êtes loin d’être seule à porter une telle voix. Le perfectionnisme socialement prescrit — cette conviction que les autres attendent de nous la perfection — a augmenté de 32 % entre 1989 et 2016, selon une vaste méta-analyse portant sur plus de 40 000 étudiants (Curran & Hill, Psychological Bulletin, 2019). Beaucoup de femmes ont transformé cette pression venue du dehors en un gardien qui, désormais, veille de l’intérieur.

La voix qui me juge veut-elle vraiment mon bien ?

Oui, à sa manière maladroite. Cette voix protège une intention ancienne : vous éviter le rejet, l’humiliation, l’abandon. Elle pousse fort parce qu’elle a appris que la douceur ne suffisait pas. Sous la dureté, il y a presque toujours une peur qui veille sur vous.

C’est là que le regard change. Tant qu’on voit cette part comme un tyran à abattre, on entre en guerre contre soi-même, et cette guerre, on la perd toujours, puisque les deux camps sont vous. Quand on commence à écouter ce qu’elle protège, quelque chose se détend.

J’aime une autre image, plus quotidienne. Pensez à un chef de rayon débordé. Il fait tourner sa section coûte que coûte, mais il a cessé de communiquer avec le reste de l’entreprise. Il prend des décisions seul, dans l’urgence, persuadé que personne ne viendra l’aider. Il ne lui manque pas de la fermeté. Il lui manque le lien avec la direction : ce centre calme et posé en vous, ce que l’on pourrait appeler le Soi.

Peut-on vraiment arrêter de se juger ?

On peut arrêter la guerre, oui. Non pas en supprimant cette part, mais en la ramenant à un rôle plus juste. L’idée n’est jamais de « tuer l’ego » ni d’écraser une part de vous. Il s’agit de mettre à jour une vieille carte de survie, dans la coopération plutôt que dans la lutte.

Le psychiatre Carl Gustav Jung distinguait le Soi, cette totalité vers laquelle nous tendons, et l’ego, ce simple gérant de la conscience du quotidien. Le problème n’est pas d’avoir un ego qui organise, planifie, évalue. Le déséquilibre naît quand ce gérant se prend pour le patron et coupe le contact avec un centre plus vaste et plus calme.

Vos symptômes, alors, prennent un autre sens. Le perfectionnisme, la fatigue, la voix qui juge sont comme des mémos urgents que le corps glisse sous la porte. Des messages qui disent, à leur façon : « La carte n’est plus à jour, viens voir. » Ce ne sont pas des défauts à corriger, mais des appels à écouter.

Comment l’hypnose apaise-t-elle cette lutte intérieure ?

En créant un espace où l’on peut, enfin, s’adresser à cette part au lieu de la combattre. Dans un état de conscience élargi, doux et sécurisant, on ne cherche pas à raisonner la voix qui juge. On l’accueille. On la remercie. Et on lui montre, tout doucement, que le temps a passé.

Concrètement, le travail suit souvent quelques mouvements simples. D’abord, accueillir cette part telle qu’elle est, sans la juger à son tour, sans vouloir la faire taire. Reconnaître sa présence, c’est déjà baisser d’un cran la tension.

Ensuite, la remercier. Cela peut sembler étrange de remercier une part qui vous épuise. Pourtant, lui dire intérieurement « merci d’avoir si bien tenu ce rôle, merci d’avoir veillé quand j’en avais besoin » change la relation. Le gardien se sent enfin vu. Un protecteur reconnu se détend plus vite qu’un protecteur combattu.

Puis vient le cœur du travail : lui montrer, en sécurité, que le danger d’autrefois est passé. Vous n’avez plus six ans. Vous n’êtes plus démunie face à ce qui vous menaçait alors. Vous avez, aujourd’hui, des ressources, des appuis, une force qui n’existaient pas à l’époque. Le gardien peut le sentir, pas seulement le comprendre.

Rien de tout cela ne se force. On ne demande jamais au gardien de déposer son arme d’un coup. On lui propose, simplement, de vérifier par lui-même. C’est pour cela que l’hypnose est précieuse ici : elle parle au corps, à ce niveau plus profond où ces mémoires de survie sont rangées, là où les raisonnements de surface n’ont pas prise. On ne convainc pas une part par la logique. On la rassure par l’expérience.

Enfin, on avance par petites touches, ce que l’on appelle la titration. On laisse le corps goûter, par doses minuscules et sécurisées, ce qui était autrefois interdit : un peu de repos, un peu de fatigue assumée, un moment où l’on ne fait rien de « productif ». Et l’on constate, ensemble, que rien ne s’effondre. Que vous survivez très bien à ce relâchement. C’est cette expérience vécue, et non un discours, qui apaise durablement la part qui juge.

Faire la paix avec soi-même, à quoi cela ressemble-t-il vraiment ?

Non pas à un silence parfait, ni à une part qui disparaît. Plutôt à une part qui redevient une alliée. La voix exigeante ne s’éteint pas d’un coup. Elle se transforme en un conseiller que l’on peut écouter, remercier, puis reposer quand ce n’est plus nécessaire.

Faire la paix avec soi-même, c’est arrêter de traiter une partie de soi comme une intruse. C’est retrouver la coopération interne : le chef de rayon qui redialogue avec la direction, le gardien qui peut enfin s’asseoir. Rien n’est retranché de vous. Tout retrouve sa place.

Et vous remarquez, alors, un changement discret mais réel. La voix intérieure se fait moins tranchante. La fatigue de devoir tout tenir se relâche. Vous pouvez faire une erreur sans que tout un tribunal se réunisse en vous. Cette liberté n’a rien de spectaculaire. Elle ressemble à un souffle qu’on n’avait plus pris depuis longtemps.

Souvent, une seule séance suffit à amorcer ce changement de regard. Parfois, quelques rencontres accompagnent le mouvement. Chaque personne avance à son rythme, et c’est très bien ainsi. Vous n’avez rien à réparer en urgence. Vous avez, en vous, tout ce qu’il faut pour que cette paix devienne possible.

Pour aller plus loin

Quelques ressources pour prolonger la lecture, par ordre de profondeur croissante.

  • Richard C. Schwartz, Vous êtes celui que vous attendiez (Éditions Elsevier Masson, 2021) — une porte d’entrée douce vers l’idée que nous sommes faits de parties de soi, à écouter plutôt qu’à combattre.
  • Richard C. Schwartz & Martha Sweezy, Systèmes familiaux intérieurs : théorie et pratique (Éditions Satas, 2020) — l’ouvrage de référence sur l’IFS, pour comprendre le rôle des protecteurs et du Soi.
  • Carl Gustav Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient (Gallimard, coll. Folio Essais, 1964) — la distinction entre le Moi et le Soi, au fondement du travail sur la coopération intérieure.

Un premier échange téléphonique d’environ 30 minutes, gratuit, si vous souhaitez en parler. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne.

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