Inconscient et subconscient : ce que l’hypnose touche vraiment

En bref. Le subconscient, ce sont vos habitudes, vos croyances, vos boucles de pensées — accessibles à la réflexion, modifiables par le travail conscient. L’inconscient profond, lui, gère la survie : il fige, il réagit, il protège, sans vous demander votre avis. On ne le reprogramme pas par la volonté, les affirmations ou la compréhension rationnelle. On l’invite à se réorganiser en cessant d’interférer avec lui. C’est précisément le terrain de l’hypnose ericksonienne.

« J’ai beau faire de la reprogrammation mentale, tenir mon journal de gratitude et comprendre mon enfance rationnellement, mon corps continue de se figer et de réagir avec une terreur que je ne contrôle pas. »

Cette phrase, je l’ai entendue sous une forme ou sous une autre. Des femmes qui ont lu, médité, analysé. Qui ont fait le travail. Et qui se retrouvent quand même, en réunion ou face à un message anodin, avec le cœur qui s’emballe et une boule dans la gorge qui ne répond à aucun raisonnement.

Le problème n’est pas qu’elles n’ont pas assez essayé. C’est qu’elles ont travaillé au mauvais étage. Pour comprendre pourquoi, il faut distinguer deux choses que l’on confond presque tout le temps : le subconscient et l’inconscient.

Quelle est la différence entre le subconscient et l’inconscient ?

Le subconscient regroupe tout ce qui n’est pas dans votre attention immédiate, mais que vous pouvez ramener à la conscience : vos habitudes, vos croyances sur vous-même, vos boucles de pensée, ce dialogue intérieur qui tourne en arrière-plan. Si vous y portez votre attention, vous y avez accès. Vous pouvez l’observer, le questionner, le faire évoluer.

L’inconscient profond, c’est un autre monde. C’est la couche qui pilote votre survie sans vous consulter : les apprentissages implicites appris très tôt, les mémoires procédurales inscrites dans le corps, la programmation autonome de votre système nerveux. Quand votre gorge se serre avant même que vous ayez pensé quoi que ce soit, c’est lui. Il ne lit pas vos affirmations. Il ne suit pas vos résolutions. Il a une seul activité : vous garder en vie, selon des règles fixées à une époque où elles avaient du sens.

Confondre les deux, c’est croire qu’on peut parler à l’inconscient comme on se parle à soi-même. On ne peut pas ! Ce qui est inconscient n’a déjà pas la même langue ! Un enfant en bas âge sait très bien gérer ses besoins et envies… et vous le faire savoir – même s’il n’y pas encore accès au langage verbal comme intérieur. A l’âge d’une année il ne se dit pas : « J’ai une drôle de sensation dans le ventre, il faut que je leur fasse comprendre qu’il me faut manger maintenant ! ». Les mots, ces symboles à apprendre pour tenter de communiquer superficiellement avec autrui, ne sont pas encore là. Mais les besoins, sous forme de sensations corporelles, sont bien présents eux… Tout comme dans notre vie d’adulte une sensation nous invite à aller aux toilettes ou à se préparer quelque chose à boire ou manger. Ou que le sommeil s’invite. Autant de sensations corporelles que nous avons appris à interpréter, puis donner suite jusqu’à leur apaisement. Le mental intervient après, pour donner du sens et évaluer la meilleure façon de répondre au besoin.

Pourquoi la reprogrammation et les affirmations positives ne suffisent pas ?

Parce qu’elles travaillent sur le subconscient, pas sur l’inconscient. C’est cela, le point que presque personne ne dit.

Répéter « je suis en sécurité » devant le miroir, tenir un journal de gratitude, refaire le récit de son enfance : tout cela agit sur les croyances accessibles. Et c’est utile. Cela nettoie le bavardage mental, ça donne du recul. Mais l’étage qui fige votre corps en réunion ne se trouve pas là. Il est plus bas, dans une zone que la volonté n’atteint pas.

C’est pour ça que tant de femmes me disent la même chose : « Je comprends tout, intellectuellement, et ça ne change strictement rien ! ». Le développement personnel promet souvent qu’on peut reprogrammer son inconscient à force de pensée positive. En cabinet, je vois souvent l’inverse : plus on force le mental à tenter de corriger le corps, plus le corps résiste,  incompris ou pas respecté. On serre encore davantage un poing qui était déjà crispé.

Comprendre rationnellement d’où vient une peur ne la désactive pas. C’est un peu comme savoir pourquoi on a le vertige : la connaissance ne fait pas disparaître la désagréable sensation de danger dû au vide sous les pieds.

Peut-on vraiment reprogrammer son inconscient par la volonté ?

Non. Et c’est une bonne nouvelle.

L’inconscient n’est pas un disque dur que l’on réécrit. C’est un système vivant qui s’est organisé suite à vos expériences et apprentissages pour vous protéger du mieux possible. Quand il se fige, quand il s’emballe, il fait très exactement son travail — avec des informations périmées, mais il le fait. Vouloir le « reprogrammer » de force, c’est encore une opération de contrôle. Or les tentatives de contrôle en opposition totale avec nos ressentis est justement ce qui maintient le système en alerte.

Le neuroscientifique Stephen Porges, avec sa théorie polyvagale, a montré que le sentiment de sécurité ne se décide pas : il s’éprouve, dans le corps, à travers ce qu’il appelle la neuroception. Votre système nerveux évalue en permanence si l’environnement est sûr, et cela se fait en dessous de la conscience. Aucune affirmation positive ne peut court-circuiter cette évaluation. Seule une expérience réelle de sécurité corporelle peut corriger nos apprentissages.

Bessel van der Kolk le formule autrement dans Le Corps n’oublie rien : le trauma n’est pas le souvenir de l’événement, c’est l’empreinte qu’il a laissée dans le corps et le système nerveux. On ne raisonne pas une empreinte. On lui offre les conditions pour se déposer.

Comment l’inconscient se réorganise-t-il vraiment, alors ?

De lui-même. Par des expériences correctrices. À condition qu’on cesse d’interférer par la volonté.

C’est le renversement le plus important de tout cet article. Votre inconscient sait se réorganiser ! Un corps sait cicatriser une coupure sans qu’on lui explique comment. Il gère en permanence notre équilibre : température du corps, pression sanguine, niveau d’acidité, métabolisme, élimination, etc. De la même façon, le système nerveux tend vers l’apaisement dès qu’il se sent assez en sécurité pour relâcher sa garde. Le travail n’est pas d’ajouter quelque chose. C’est de retirer la surveillance et tentative de contrôle permanente du mental. qui bloque des mécanismes naturels et efficaces.

François Roustang, philosophe et hypnothérapeute, le formulait sans détour : « On ne se transforme qu’en abandonnant quelque chose et en prenant le risque de passer par le vide avant que quelque chose d’autre ne s’établisse » (Le psychisme n’existe pas). Le changement survient quand on arrête de vouloir changer — quand on lâche la volonté qui crispe tout. Il ne s’agit pas de se résigner. Il s’agit d’arrêter de tirer sur la plante pour qu’elle pousse !

Pour beaucoup de mes clientes, cette idée est un soulagement immense. On leur a tellement répété qu’il fallait « travailler sur soi », faire des efforts, se discipliner. Et là, on leur propose le contraire : faire moins, s’accueillir, laisser le corps reprendre la main. C’est exactement la logique de l’anxiété comme énergie bloquée qui cherche à circuler de nouveau, plutôt qu’un défaut à corriger.

Qu’est-ce que l’hypnose ericksonienne touche exactement ?

Elle touche cet étage profond, en contournant le mental qui tente de contrôler.

Dans une transe légère — un état de conscience simplement un peu plus tourné vers l’intérieur que d’habitude —, l’attention vigilante se met en retrait. Pas de sommeil, pas de perte de conscience : vous entendez tout, vous gardez la main. Mais le gardien qui surveille et corrige en permanence prend une pause et se détend. Et dans cet espace, l’inconscient peut faire ce qu’il sait faire, sans que le mental l’en empêche.

Milton Erickson, le fondateur de cette approche, partait du principe que l’inconscient possède ses propres ressources et sa propre sagesse. On ne lui donne pas d’ordres. On crée les conditions — par des images, des métaphores, des suggestions indirectes — pour qu’il trouve ses propres chemins. C’est une forme d’allowing : on autorise, on n’impose pas.

Cette logique se prolonge dans l’hypnose conversationnelle, où le travail se fait dans l’échange, sans cérémonie ni induction spectaculaire. Et elle se distingue assez nettement d’une approche comme la TCC, plus centrée sur le travail cognitif et comportemental conscient.

Vais-je perdre le contrôle pendant la transe légère ?

Non. C’est même l’inverse qui se produit.

La peur de « perdre le contrôle » est la plus fréquente, et je la comprends — surtout chez des femmes dont le système nerveux a appris que baisser la garde est dangereux ! Mais en transe légère, vous ne perdez rien. Vous restez consciente, vous pouvez parler, bouger, arrêter quand vous voulez. Ce qui se relâche, ce n’est pas votre contrôle sur vous-même : c’est la tension du contrôle permanent, celui qui vous épuise.

Le paradoxe est là. Tant qu’on tient tout serré pour ne pas s’effondrer, le système reste en alerte. C’est quand on s’autorise enfin à relâcher, dans un cadre sécurisant, que le corps comprend qu’il peut souffler. La sécurité ne se commande pas. Elle s’installe quand les conditions sont réunies.

Combien de temps faut-il pour que quelque chose bouge ?

Souvent moins qu’on ne le croit. Quand on arrête de forcer, les choses peuvent se réorganiser très vite.

Je ne fais pas de thérapie qui s’étire sur des années. Personnellement je trouve cela particulièrement inefficace (sauf pour le porte-monnaie du thérapeute), et le nombre de clientes qui viennent après des années de séances psy qui n’ont presque rien amélioré me soutient dans mon observation. Dans l’approche que je pratique, une seule séance suffit souvent pour débloquer ce qui est crispé et amorcer le mouvement. Non pas que je détienne une technique magique — mais parce qu’on ne cherche pas à reconstruire ou modifier de l’extérieur. On lève ce qui interférait, et le système nerveux reprend son travail de façon autonome et à son rythme… et très loin de toutes séances de thérapie.

Beaucoup de mes clientes sont surprises de sentir un relâchement au sortir de notre séance : non pas parce qu’on a « réparé » quelque chose, mais parce qu’on a enfin cessé de tirer dans le mauvais sens. D’autres approches corporelles agissent également selon ces principes et sont tout aussi efficaces.

Questions fréquentes sur l’inconscient et l’hypnose

Le subconscient et l’inconscient, c’est pareil ?

Non. Le subconscient regroupe ce que vous pouvez ramener à la conscience par la réflexion : habitudes, croyances, boucles de pensée. L’inconscient profond gère la survie de façon autonome — mémoires corporelles, réflexes de protection, programmation du système nerveux. Le premier se travaille consciemment ; le second se réorganise naturellement quand on cesse de l’entraver.

Pourquoi mes affirmations positives ne changent rien à mes réactions corporelles ?

Parce qu’elles agissent sur le subconscient (vos croyances accessibles), pas sur l’inconscient qui pilote vos mécanismes de survie. Votre corps se fige avant toute pensée : aucun raisonnement ne peut court-circuiter cette réponse automatique. Il faut une expérience corporelle de sécurité, pas une conviction intellectuelle.

L’hypnose ericksonienne va-t-elle me faire revivre des souvenirs douloureux ?

Certainement pas. Ce n’est pas le but ni la méthode. On ne cherche pas à déterrer ni à faire revivre. Pas de régression ! On crée simplement un état de sécurité où le système nerveux peut se réorganiser de lui-même, souvent sans qu’il soit nécessaire de tout raconter ni de tout revoir. Le corps fait le travail à son rythme si on enlève ce qui le bloque.

Pour aller plus loin

  • Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien : le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme, éd. Albin Michel, 2018 — pour comprendre pourquoi le trauma vit dans le corps, pas seulement dans la mémoire.
  • Stephen W. Porges, La Théorie polyvagale : neurophysiologie des émotions, de l’attachement et de la communication, éd. EDP Sciences, 2021 — la base scientifique de la sécurité corporelle et de la neuroception.
  • Peter A. Levine, Guérir par-delà les mots : comment le corps dissipe le traumatisme, éd. InterEditions, 2024 — pour saisir comment le système nerveux décharge ce qu’il a figé.
  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — l’approche des parties de soi (IFS), accessible et concrète.
  • Antonio Damasio, L’Erreur de Descartes : la raison des émotions, éd. Odile Jacob — pourquoi la raison seule ne dirige pas nos décisions ni nos réactions.

Et si le travail n’était pas de forcer, mais de cesser d’interférer ?

Si vous vous reconnaissez dans cette femme qui a tout lu, tout compris, tout essayé, et dont le corps réagit encore contre son gré, il existe une autre approche, plus douce, qui passe par le corps et par la sécurité plutôt que par l’effort. Pourquoi ne pas explorer cette voie, seule et dans le secret de votre quotidien ? Il y a plein de merveilles à découvrir sur ce chemin…

Si vous souhaitez en parler ou si vous avez des questions, je vous offre très volontiers un entretien téléphonique gratuit d’environ 30 minutes, ceci sans engagement.

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