Les médecins ne trouvent rien, mais j’ai vraiment mal : et si c’était psychosomatique ?

En bref — Quand les examens reviennent normaux mais que la douleur, elle, est bien réelle, on parle parfois de trouble à composante psychosomatique. Cela ne veut pas dire « c’est dans votre tête » ni « c’est de votre faute ». Cela veut dire que votre corps, après avoir beaucoup tenu, exprime ce que les mots n’ont pas encore pu dire. Ce texte vous aide à faire la différence — toujours après un bilan médical — et à savoir quoi faire ensuite.

Les médecins ne trouvent rien, mais j’ai mal partout : est-ce que c’est dans ma tête ?

Non. Votre douleur est réelle, et elle laisse des traces mesurables dans le corps, même quand l’imagerie ne montre aucune lésion. « Rien à l’examen » ne veut jamais dire « rien du tout ». Cela veut dire qu’on n’a pas trouvé de cause mécanique — ce qui est une bonne nouvelle, et le début d’une autre question.

Il y a une confusion qu’il faut défaire tout de suite, parce qu’elle fait beaucoup de mal. Psychosomatique ne veut pas dire imaginaire. Ce sont même deux idées opposées. Imaginaire voudrait dire que le corps invente une douleur qui n’existe pas. Psychosomatique veut dire l’inverse : le corps produit une douleur bien réelle, et ce que vous vivez à l’intérieur — le stress, les émotions retenues, la tension de fond — en change l’intensité, la fréquence, le moment où elle surgit.

Vous le savez déjà, dans votre corps. Cette boule dans la gorge qui monte avant un rendez-vous que vous redoutez. Ce ventre qui se noue le dimanche soir. Cette épaule qui pèse un peu plus les semaines où tout s’accumule. Personne n’a besoin de vous convaincre que ces sensations existent : vous les vivez. Elles ne sont pas moins vraies parce qu’elles réagissent à votre vie. Elles sont vraies et elles réagissent à votre vie. Les deux à la fois.

Alors quand on vous dit « les examens sont bons », entendez-le comme une porte, pas comme une fin de non-recevoir. Le corps organique va bien. Reste à écouter ce que le corps vivant, lui, essaie de dire.

C’est quoi, au juste, un symptôme psychosomatique ?

C’est un symptôme physique bien réel dont l’intensité, la fréquence ou le déclenchement varient avec ce que vous traversez — le stress, les émotions que l’on retient, une tension installée depuis longtemps — une fois qu’une cause organique a été écartée par un médecin. Le corps ne triche pas. Il traduit.

L’image la plus juste, c’est peut-être celle du messager. Un symptôme psychosomatique n’est pas une panne, pas un défaut de fabrication, pas une faute que vous auriez commise. C’est un message. Le corps a un langage plus ancien que les mots : celui des sensations. Quand quelque chose n’a pas pu se dire, se déposer, se pleurer, il arrive que le corps le porte à la place. Non pour vous punir. Pour vous alerter.

On retrouve cette dimension dans un grand nombre de conditions chroniques : certaines migraines, le syndrome de l’intestin irritable, les états de fatigue chronique, les douleurs diffuses qui se promènent d’une région à l’autre. Je les cite comme des exemples fréquents, jamais comme un diagnostic vous concernant — ça, c’est le travail du médecin, et de lui seul. Ce qui les relie, souvent, c’est ce dialogue permanent entre ce que l’on vit et le corps.

Le syndrome de l’intestin irritable en est une bonne illustration. C’est aujourd’hui l’un des troubles où le lien entre le cerveau et l’intestin est le mieux documenté. Selon une méta-analyse publiée dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology (Oka et al., 2020), il toucherait environ 4 % de la population mondiale — 3,8 % précisément — selon les critères diagnostiques les plus récents (Rome IV). Un trouble massivement répandu, longtemps réduit au « c’est nerveux », et dont on comprend mieux aujourd’hui le dialogue fin entre le ventre et le reste du corps.

Comment savoir si mon mal chronique est psychosomatique ?

D’abord, une chose non négociable : seul un médecin peut écarter une cause organique. Cela ne se devine pas, cela s’examine. Une fois ce bilan rassurant posé, certains indices peuvent orienter — sans jamais remplacer le suivi médical. Le corps qui réagit au stress. Les symptômes qui fluctuent avec les émotions. La douleur qui se déplace, ou qui s’intensifie dans les périodes de tension.

Je préfère ne pas vous donner une liste de cases à cocher. Ce n’est pas ainsi que le corps parle. Alors imaginez plutôt une journée ordinaire. Le réveil sonne, et déjà, avant même la première pensée, le ventre est un peu serré. La matinée passe, correcte. Puis vient cette réunion que vous appréhendez depuis trois jours — et voilà que la nuque se raidit, que la tête commence à peser, que le souffle se fait plus court. La réunion se termine mieux que prévu. Le soir venu, curieusement, tout se relâche un peu. Vous n’avez rien changé à votre alimentation, rien pris, rien fait de particulier. Seule votre journée a bougé — et votre corps l’a suivie, pas à pas.

C’est ce genre de correspondance qui oriente. Pas une preuve, une piste. Et ces pistes n’excluent jamais un suivi médical : elles l’accompagnent. Si un symptôme change de nature, s’aggrave, ou vous inquiète, on retourne voir le médecin. Toujours. L’écoute du corps et le sérieux médical ne s’opposent pas ; ils avancent main dans la main.

Pourquoi mon corps « lâche » justement maintenant ?

Souvent, le corps tient tant qu’il faut tenir. Il attend. Il assure. Puis il exprime — soit quand la pression retombe enfin un peu, soit quand elle a duré trop longtemps. Le symptôme n’arrive donc pas malgré votre force. Il arrive parfois après elle, comme le contrecoup d’une longue endurance.

Beaucoup de femmes que j’accompagne me décrivent la même séquence. Des mois, parfois des années, à faire face. Le déménagement, la charge du travail, l’enfant qui ne dort pas, le parent qui vieillit, le couple qui grince. On serre les dents, on avance, on « fonctionne ». Et puis un jour, souvent quand une accalmie arrive enfin — les vacances, la fin d’un projet, un répit —, le corps se met à parler. Comme s’il avait attendu que ce soit sûr pour se laisser aller.

Il y a, à l’intérieur de vous, une partie protectrice qui a monté la garde tout ce temps. C’est elle qui vous a permis de tenir. Elle a fait un travail immense, et elle mérite de la reconnaissance, pas des reproches. Mais elle a un coût. Ce qu’elle n’a pas pu déposer — la peur, l’épuisement, le chagrin retenu —, le corps l’a stocké quelque part, dans une épaule, dans un ventre, dans une migraine. Le symptôme, c’est parfois cette charge qui demande, enfin, à être posée.

Est-ce que je suis en train de devenir « ma maladie » ?

Quand la douleur s’installe et dure, il devient presque naturel de se mettre à dire « je suis malade », « je suis anxieuse », « je suis fatiguée ». Et pourtant : vous n’êtes pas votre symptôme. Vous êtes la personne qui le vit, qui le porte, qui en souffre. La douleur occupe une place dans votre vie. Elle n’est pas toute votre vie.

C’est le cœur de ce que je voudrais vous transmettre. Quand tout se met à tourner autour du mal, il finit par occuper tout l’espace, jusqu’à cacher le reste — les gens que vous aimez, ce qui vous fait encore du bien, la personne que vous êtes en dehors de lui. Mais ce reste est toujours là. Une part de vous souffre, oui. Ce n’est pas tout vous. Il y a aussi, en vous, un endroit plus calme qui peut regarder cette souffrance avec douceur, sans être englouti par elle.

« Le corps n’oublie rien » : c’est le titre du livre du psychiatre Bessel van der Kolk, et il dit vrai. Le corps se souvient. Mais s’il se souvient, c’est justement pour pouvoir, un jour, déposer ce qu’il a porté trop longtemps. Se souvenir n’est pas une condamnation. C’est la première étape pour enfin poser le fardeau. Et celui qui pourra le poser, ce jour-là, c’est vous. Pas votre symptôme.

Que faire une fois que le bilan médical est rassurant ?

Ni ignorer le symptôme, ni s’y accrocher : l’écouter autrement. On continue le suivi médical — cela reste le socle. Puis on explore, doucement, ce que le corps essaie de dire, avec un accompagnement qui aide le corps à quitter l’état d’alerte : la respiration, l’hypnose, le travail sur les parties de soi. L’idée n’est pas de faire taire le messager, mais de comprendre son message.

Car un symptôme que l’on combat frontalement a souvent tendance à résister. C’est logique : si votre corps envoie un signal d’alarme et que la réponse est « tais-toi », l’alarme, elle, se sent d’autant moins entendue. Elle insiste. À l’inverse, quand on commence à accueillir la sensation — non pas l’aimer, simplement cesser de lutter contre elle —, quelque chose se détend souvent, presque à notre insu.

Mon rôle, dans tout cela, est modeste et précis. Je ne soigne pas une maladie ; ce n’est ni ma place ni ma compétence. Ce que je propose, c’est un cadre. Un espace où votre corps se sente assez en sécurité pour, enfin, relâcher un peu la garde. Où la partie de vous qui a tant tenu puisse déposer une part de son fardeau. Il ne s’agit pas d’une guérison miraculeuse, ni d’une promesse — je ne fais pas ce genre de promesses. Il s’agit de sortir, peu à peu, de la tension. Parfois, cela suffit à changer beaucoup de choses.

L’hypnose peut-elle aider un mal chronique psychosomatique ?

L’hypnose ne supprime pas une maladie et ne remplace jamais la médecine. Ce qu’elle peut faire, c’est aider votre corps à sortir de l’état d’alerte permanent — et cela peut, chez certaines personnes, alléger la façon dont la douleur est vécue et, parfois, son intensité. On ne s’attaque pas au symptôme de face. On change le terrain sur lequel il pousse.

Concrètement, l’hypnose ouvre un état de conscience un peu particulier, plus disponible, où l’on peut s’adresser en douceur à quelque chose de très ancien en vous, qui reste sur le qui-vive et déclenche l’alerte. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où l’hypnose a fait l’objet d’études sérieuses : dans le syndrome de l’intestin irritable, notamment, l’hypnothérapie centrée sur l’intestin figure parmi les approches non médicamenteuses reconnues pour apporter un soulagement à certaines personnes — toujours, bien sûr, en complément du suivi médical, jamais à sa place.

À côté de l’hypnose, les thérapies brèves et le travail sur les parties de soi offrent d’autres portes d’entrée. L’une aide à apaiser le corps, l’autre à comprendre et réconcilier les tensions intérieures qui l’agitent. Aucune de ces approches n’est une baguette magique. Ce sont des façons, patientes et respectueuses, de rendre au corps un peu de sa tranquillité.

Si vous vous êtes reconnue dans ces lignes, on peut simplement en parler. Le premier contact prend la forme d’un entretien téléphonique gratuit d’environ trente minutes, sans engagement — juste le temps de faire connaissance, de comprendre ce que vous traversez, et de voir ensemble si cette approche vous convient. La ou les éventuelles séances se déroulent ensuite au cabinet, à Lausanne, à votre rythme. Il n’y a rien à décider aujourd’hui. Seulement, peut-être, une première conversation.

Pour aller plus loin

Livres — pour comprendre le lien corps, émotions et histoire de vie

  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien — comment le stress et le trauma s’inscrivent dans le corps, par un psychiatre référent du domaine.
  • Gabor Maté, Quand le corps dit non — le lien entre émotions retenues, stress chronique et maladie, illustré par de nombreux récits.
  • Howard Schubiner, Unlearn Your Pain — une approche de la douleur chronique d’origine neuroplastique, par un médecin (en anglais).

Livre — pour découvrir l’approche par les parties de soi (IFS)

  • Richard Schwartz, Introduction à l’IFS (Systèmes familiaux intérieurs) — le modèle des parties de soi et de l’accès à un centre intérieur plus calme, expliqué par son fondateur.

Conférences (mentionnées sans lien)

  • Une conférence de Gabor Maté sur le stress, les émotions et la maladie — pour entendre, de vive voix, le lien qu’il tisse entre histoire de vie et santé du corps.
  • Une intervention de Bessel van der Kolk sur le trauma et le corps — un exposé accessible sur la mémoire corporelle et les voies de l’apaisement.

Voir aussi

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