Somatisation : quand les médecins ne trouvent rien mais que vous avez vraiment mal

Somatisation : vos médecins ne trouvent rien mais la douleur est bien réelle. Comprendre le lien corps-psyché et le système nerveux débordé, en complément du bilan médical.

En bref — Votre douleur est réelle. Quand la somatisation fait que les médecins ne trouvent rien aux examens, cela ne signifie pas que c’est « dans votre tête » ou imaginaire. Cela veut dire que la cause n’est pas une lésion visible sur une radio ou une prise de sang, mais un système nerveux débordé qui exprime, à travers le corps, une tension que l’esprit ne parvient plus à porter seul. Ce qui suit s’adresse à vous en complément d’un bilan médical complet, jamais à sa place.

Vous avez fait les examens. Tout est normal. Et pourtant, le ventre se noue, la tête pèse, la fatigue colle, la douleur revient. Entre la salle d’attente et votre quotidien, un vide : on vous dit que vous n’avez « rien », alors que vous, vous savez ce que vous ressentez. Cet article est là pour nommer ce que vous vivez, sans le minimiser.

Mes examens sont tous normaux mais j’ai vraiment mal, est-ce que c’est dans ma tête ?

Non. Votre douleur n’est pas imaginaire. Des examens normaux signifient seulement qu’il n’y a pas de lésion structurelle détectable, pas que vous inventez. La douleur peut être produite par un système nerveux en alerte permanente, sans qu’aucun tissu ne soit abîmé. Le ressenti, lui, est cent pour cent réel.

Notre langage médical confond souvent deux choses : la cause d’un symptôme et sa réalité. On suppose que si l’on ne trouve pas de cause physique, le symptôme serait moins « vrai ». C’est faux. Et le phénomène est loin d’être marginal : près de 84 % des symptômes physiques présentés en médecine générale restent sans cause organique clairement identifiable après bilan, selon les travaux de référence de Kroenke et Mangelsdorff (American Journal of Medicine, 1989). Autrement dit, vous n’êtes ni un cas isolé, ni une exception inexplicable.

La recherche en neurosciences de la douleur parle aujourd’hui de douleur nociplastique : une douleur générée par un système nerveux devenu hypersensible, qui sonne l’alarme même en l’absence de danger réel pour les tissus. La sonnette est cassée, pas le bâtiment. Mais la sonnerie, elle, hurle pour de bon.

Beaucoup de femmes que je reçois au cabinet à Lausanne arrivent épuisées par ce double fardeau : la souffrance, et le doute qu’on a semé en elles. Vous n’avez pas à prouver votre douleur. Elle existe.

Pourquoi mon médecin ne trouve rien alors que la douleur est bien là ?

Parce que la médecine d’investigation cherche d’abord une lésion : une inflammation, une fracture, un marqueur sanguin. Quand la douleur naît d’un système nerveux en surcharge plutôt que d’un organe endommagé, les examens classiques ne la voient pas. L’absence de preuve visible n’est pas la preuve d’une absence de douleur.

Le médecin fait exactement son travail : éliminer ce qui est grave et traitable médicalement. C’est essentiel, et c’est pour cela que le bilan médical reste toujours la première étape. Mais ses outils sont conçus pour détecter des dégâts matériels, pas pour mesurer un système d’alarme corporel resté coincé en position « danger ».

Le neuroscientifique Stephen Porges, avec sa théorie polyvagale, décrit comment notre système nerveux autonome bascule en mode défense — figement, hypervigilance, tension — quand il perçoit une menace, qu’elle soit présente ou ancienne. Dans cet état, le corps fonctionne en mode survie : digestion ralentie, muscles contractés, douleur amplifiée. Rien de tout cela n’apparaît sur une IRM. Et pourtant tout cela se ressent, chaque jour.

C’est quoi exactement la somatisation, en mots simples ?

La somatisation, c’est quand une tension émotionnelle ou un stress que l’on ne parvient pas à exprimer, ou même à reconnaître, s’exprime à la place par le corps : douleurs, troubles digestifs, tensions, fatigue. Le corps devient le porte-parole de ce que les mots n’ont pas pu dire. Ce n’est ni de la simulation, ni de la faiblesse.

Imaginez un système de plomberie : si une vanne est fermée quelque part, la pression ne disparaît pas, elle ressort ailleurs. Nos émotions fonctionnent un peu ainsi. Un choc émotionnel, une période d’épuisement, des blessures anciennes non digérées : tout cela génère une charge. Quand le canal de l’expression est fermé — parce qu’on a appris à « tenir », à ne pas déranger, à serrer les dents — la charge cherche une autre sortie. Souvent, c’est le corps.

C’est pour cela que la somatisation touche fréquemment des personnes très fonctionnelles, qui « gèrent » tout : ce sont parfois celles qui ont le plus appris à mettre leurs ressentis de côté.

Comment une douleur peut être réelle s’il n’y a aucune lésion ?

Parce que la douleur n’est pas fabriquée dans le tissu blessé, mais dans le cerveau et le système nerveux qui interprètent les signaux. Le cerveau peut produire une sensation de douleur authentique à partir d’une alarme déréglée, sans aucun dommage physique. La douleur ressentie est toujours réelle, quelle que soit son origine !

C’est l’un des grands renversements des neurosciences modernes : la douleur n’est pas une simple mesure de l’état des tissus, c’est une décision du cerveau, une réponse protectrice. Quand le système est resté trop longtemps en alerte — après un stress prolongé, un traumatisme, un épuisement — il peut continuer à émettre le signal douleur « par sécurité », comme une alarme incendie qui se déclenche pour un toast brûlé.

Le psychiatre Bessel van der Kolk résume cette idée dans le titre de son ouvrage de référence : Le corps n’oublie rien (titre original : The Body Keeps the Score). Il écrit : « Le corps tient le compte : si le souvenir d’un traumatisme est encodé dans les entrailles, dans des émotions déchirantes et viscérales, dans des maladies auto-immunes et des problèmes squelettiques et musculaires, alors un échange esprit-corps-cerveau est essentiel pour les exorciser. » Le corps garde la trace de ce qui n’a pas pu être traversé. Et il continue parfois de le raconter, longtemps après, à travers le symptôme.

Est-ce qu’un événement ancien peut encore me faire mal aujourd’hui dans mon corps ?

Oui. Un événement difficile non digéré peut laisser une empreinte dans le système nerveux et continuer à activer le corps des années plus tard. Le corps réagit non pas au passé lui-même, mais à l’alarme restée allumée depuis. Tant que cette alarme n’a pas été apaisée, le symptôme peut persister.

Notre système nerveux n’a pas d’horloge. Pour lui, une menace ancienne mal refermée peut rester « en cours ». C’est ce que van der Kolk décrit : le traumatisme n’est pas l’événement, c’est l’empreinte qu’il laisse dans le corps et le cerveau, et la manière dont le système continue de réagir comme si le danger était présent.

Cela explique pourquoi une douleur peut surgir des mois ou des années après une période difficile, parfois même alors que la vie va mieux. Ce n’est pas un retour en arrière : c’est souvent le signe que le système se sent enfin assez en sécurité pour relâcher ce qu’il retenait. Le symptôme, dans cette lecture, n’est pas votre ennemi. C’est plutôt un messager.

Comment le corps peut se souvenir de quelque chose que j’ai oublié ?

Parce que la mémoire émotionnelle et corporelle ne passe pas par les mêmes circuits que la mémoire des faits. On peut avoir « tourné la page » consciemment tout en gardant, dans le corps, une trace sensorielle de ce qui s’est passé. Le corps se souvient autrement que la tête.

Notre cerveau enregistre les expériences intenses dans des zones plus profondes, plus anciennes, que celles du récit conscient — le système limbique, le cerveau des émotions et de la survie. C’est pour cela qu’on peut ne plus penser à un événement, tout en ressentant son écho : une boule au ventre dans certaines situations, une tension qui revient sans raison apparente.

En thérapie, on travaille justement avec ces parties de soi (IFS) qui portent encore la charge ancienne — des parties protectrices qui, parfois, maintiennent le symptôme pour signaler quelque chose qui n’a pas été entendu, digéré, résolu. Les écouter, plutôt que les combattre, change souvent la relation au corps.

Pourquoi on me dit que c’est dans ma tête alors que j’ai mal pour de vrai ?

Parce que cette formule, maladroite et blessante, confond « sans lésion visible » et « imaginaire ». Votre douleur n’est pas dans votre imagination : elle est dans votre système nerveux, qui est tout aussi réel que vos os. Le problème n’est pas votre ressenti, c’est le vocabulaire utilisé pour le décrire.

« C’est dans la tête » est l’une des phrases les plus dévalorisantes que l’on puisse entendre quand on souffre. Elle laisse penser qu’on exagère, qu’on devrait simplement « se calmer ». Or le système nerveux ne se commande pas par la volonté. On ne décide pas de cesser de somatiser comme on décide de se lever d’une chaise.

Si votre douleur naît d’un système nerveux débordé, alors la voie n’est pas de vous raisonner, mais d’aider ce système à sortir de l’alarme. C’est précisément là que des approches comme l’hypnose ericksonienne ont leur place : elles parlent au cerveau émotionnel, celui qui maintient le symptôme, dans son langage à lui — celui des images, des sensations, du relâchement. Ou plus exactement elles permettent de mettre de côté la partie du cerveau hyperactive qui veut tout contrôler à sa façon, et qui vous empêche d’accéder au bon endroit.

En quoi l’hypnose ericksonienne peut aider quand tout est « normal » ?

L’hypnose ericksonienne ne traite pas une maladie : elle travaille avec le système nerveux et les parties de soi qui maintiennent le symptôme. En installant un état de sécurité intérieure profonde, elle aide le corps à sortir de l’alarme et à apaiser ce qu’il retenait. C’est un accompagnement, en complément du suivi médical, jamais à sa place.

Là où la volonté échoue — on ne se détend pas sur commande — l’hypnose passe par une autre porte. En accueillant ce que le corps exprime plutôt qu’en le combattant, elle permet au système nerveux de reconnaître qu’il peut, enfin, baisser la garde. Beaucoup de femmes décrivent, séance après séance, un corps qui se détend, une douleur qui perd en intensité, une relation plus apaisée à leurs propres sensations.

L’objectif n’est pas de « faire taire » le symptôme, mais de comprendre ce qu’il porte, puis d’aider votre système à ne plus avoir besoin de le crier. C’est un chemin, déculpabilisant et respectueux de votre rythme, où vous n’avez plus rien à prouver.

Pour aller plus loin

  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien — Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme (Albin Michel, 2018). La référence sur l’empreinte corporelle du traumatisme.
  • Stephen W. Porges, La théorie polyvagale — Neurophysiologie des émotions, de l’attachement et de la communication (Éditions Le Souffle d’Or, 2021). Pour comprendre comment le système nerveux bascule en mode défense.
  • Antonio Damasio, L’erreur de Descartes — La raison des émotions (Odile Jacob). Sur le lien indissociable entre corps, émotions et cerveau.

Et maintenant ?

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes — des examens normaux, une douleur bien réelle, et ce sentiment épuisant de ne pas être prise au sérieux — sachez d’abord ceci : ce que vous ressentez est légitime.

Après votre bilan médical, si vous souhaitez explorer la piste du corps et du système nerveux, je vous propose un entretien téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour faire le point ensemble et voir si un accompagnement par l’hypnose ericksonienne au cabinet à Lausanne peut avoir du sens pour vous.

Cet article a une visée informative et ne remplace en aucun cas un avis ou un suivi médical. En cas de symptôme, consultez d’abord votre médecin.

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