L’anxiété, une énergie bloquée : accueillir au lieu de combattre

Et si l'anxiété n'était pas un défaut à supprimer, mais une énergie émotionnelle figée dans le corps ? Comprendre, ressentir, remettre en mouvement. Lausanne.

En bref. L’anxiété n’est pas seulement une pensée qui s’emballe. C’est souvent une énergie émotionnelle restée bloquée dans le corps : une charge — peur, colère, élan retenu — qui n’a pas pu se mettre en mouvement et qui tourne en boucle dans la poitrine, la gorge ou le ventre. La voir ainsi change tout. On ne cherche plus à l’éteindre. On apprend à l’accueillir pour la laisser de nouveau circuler.

L’anxiété, on voudrait la faire taire. La contrôler, la raisonner, la distraire. La supprimer.

Et pourtant elle revient. Tenace. Comme si quelque chose en vous insistait pour être entendu.

Et si ce n’était pas un dysfonctionnement à corriger ? Et si l’anxiété était une énergie en mouvement qui s’est figée ? Une émotion vivante — un élan, une peur, une colère ancienne — restée coincée à mi-chemin, faute d’avoir pu être ressentie jusqu’au bout. Il existe un autre regard, ancré dans le corps. Non pour vous demander d’aimer votre anxiété, mais pour cesser de l’aggraver en la combattant.

Qu’est-ce que l’anxiété vue comme une énergie bloquée ?

L’anxiété comme énergie bloquée, c’est une émotion qui n’a pas pu aller au bout de son trajet. La peur, la colère ou l’élan mobilisent le corps pour agir. Quand l’action ne vient pas, la charge reste prisonnière — souvent dans la poitrine, la gorge ou le ventre — et continue de tourner. L’anxiété est cette tension qui cherche une issue. Toutes les anxiétés ne se résument pas à cela — certaines tiennent au contexte, au sommeil, au terrain — mais cette dimension corporelle est souvent négligée. Les troubles anxieux comptent pourtant parmi les plus répandus : l’Organisation mondiale de la santé estime qu’ils touchent environ 4 % de la population (OMS, 2023).

Pourquoi le corps garde-t-il une émotion qu’on n’a pas ressentie ?

Parce qu’une émotion non vécue ne disparaît pas : elle se loge. Le psychiatre Bessel van der Kolk le résume dans une formule devenue célèbre : « Le corps n’oublie rien ». Une peur qu’on n’a pas pu traverser laisse une empreinte concrète — gorge serrée, souffle court, ventre noué. La pensée anxieuse n’est souvent que la partie visible de cette charge restée sous la surface.

Pourquoi combattre son anxiété la renforce-t-elle ?

Parce que lutter contre une émotion, c’est ajouter de la tension à la tension. Les travaux de James Gross et Robert Levenson montrent que réprimer l’expression d’une émotion réduit ce qu’on en laisse paraître, mais n’apaise pas le corps : l’activation physiologique reste élevée, et l’effort de suppression augmente même la réponse cardiovasculaire. Vouloir éteindre la cause profonde de l’anxiété la met sous pression. La charge ne part pas. Elle se comprime, puis ressort ailleurs.

Comment l’anxiété se loge-t-elle dans la tête, le cœur et le ventre ?

L’anxiété ne vit pas que dans les idées. Elle se répartit dans trois zones de ressenti. Dans la tête : les scénarios qui tournent. Dans le cœur, la poitrine : le serrement, le poids. Dans le ventre : la boule, la nausée, l’élan coupé. Joe Hudson parle d’une intelligence propre à chacun de ces étages — la pensée seule ne suffit pas à dénouer ce que le corps porte.

Comment accueillir une émotion plutôt que la fuir ?

Accueillir, ce n’est ni se résigner ni ressasser. C’est tourner doucement notre attention vers la sensation brute — sans l’expliquer, sans la juger et sans chercher à la comprendre. Purement descriptif, avec une sorte de curiosité sur la façon dont notre corps nous parle et tente de nous faire comprendre un besoin. Où est-ce, dans le corps ? Quelle forme, quelle texture ? En restant là, sans combattre, la charge se met souvent à bouger d’elle-même. Une émotion pleinement ressentie est une émotion qui peut enfin s’écouler. Ce travail se fait par petits pas, et lorsqu’une charge est ancienne ou intense, il gagne à être accompagné : on ne libère que ce que le corps peut accueillir sur le moment.

En quoi l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à remettre cette énergie en mouvement ?

Avec l’hypnose ericksonienne, on contourne le mental qui surveille et qui lutte en tentant de contrôler. L’état de transe légère ramène l’attention au corps, là où l’émotion est restée prise. Dans cet espace, il devient possible d’approcher la charge sans la fuir, en sécurité, et de laisser le système la traiter à son rythme. Le travail avec les parties de soi (IFS) complète souvent cette approche : il s’agit d’écouter la part anxieuse, pas de la faire taire.

L’anxiété énergie bloquée, est-ce la même chose que la dérégulation du système nerveux ?

Non, ce sont deux angles complémentaires. La dérégulation décrit un système nerveux qui ne redescend plus — un état d’alerte qui s’installe. L’énergie bloquée décrit une émotion précise restée figée dans le corps. L’une parle du climat général, l’autre d’une charge localisée. Pour l’angle système nerveux, voyez mon article sur la régulation du système nerveux.

Questions fréquentes sur l’anxiété comme énergie bloquée

Ressentir mon anxiété ne va-t-il pas l’aggraver ?

C’est la crainte la plus répandue. En pratique, c’est la fuite qui entretient l’anxiété, pas le contact. Accueillir une sensation quelques instants, sans s’y noyer, permet à la charge de se relâcher au lieu de s’amplifier. L’accompagnement sert justement à le faire en sécurité, par petits pas.

Combien de temps faut-il pour apaiser une anxiété installée depuis des années ?

Cela dépend de votre histoire et de ce que l’anxiété recouvre. Chaque situation est unique, mais une seule séance suffit souvent pour créer le déclic car il s’agit juste de changer votre stratégie par rapport à votre anxiété. Le vrai travail de réorganisation se fait ensuite naturellement, par vous-même, à votre rythme.

L’hypnose me fait-elle perdre le contrôle ?

Non. En transe ericksonienne, vous restez présente et libre à chaque instant. L’état hypnotique est un état de concentration intérieure, pas une mise hors-jeu. Vous gardez toujours la main.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers

  • Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — comment les émotions non digérées s’inscrivent dans le corps, et comment leur redonner du mouvement.
  • Peter A. Levine, Réveiller le tigre, éd. InterEditions, 2024 — l’idée d’une énergie de survie figée, et la manière dont le corps peut la décharger en douceur.
  • Christophe André, Méditer, jour après jour, éd. L’Iconoclaste, 2011 — une porte d’entrée concrète vers l’accueil des sensations, sans jargon.

Pour les professionnels

  • Antonio Damasio, L’Erreur de Descartes, éd. Odile Jacob — pourquoi l’émotion est le socle de la décision, et non son parasite (hypothèse des marqueurs somatiques).
  • Richard C. Schwartz & Martha Sweezy, Internal Family Systems Therapy, éd. Guilford Press, 2020 — le cadre du travail avec les parties de soi (IFS) pour écouter la part anxieuse.
  • Stephen W. Porges, La Théorie polyvagale, éd. EDP Sciences, 2021 — les bases physiologiques de l’état de sécurité, utile pour penser l’accueil corporel.

Et si vous arrêtiez de combattre votre anxiété ?

Je vous propose de méditer les éléments ci-dessus à votre rythme, et si cela vous parle d’entamer ce travail au niveau des sensations. Si vous préférez être accompagnée, au cabinet, à Lausanne, je prends le temps de vous permettre d’écouter ce que votre anxiété cherche à dire, et de remettre doucement en mouvement ce qui s’est figé — avec l’hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS).

Le premier pas est simple : un entretien téléphonique gratuit de 30 minutes, pour faire connaissance et voir si cette approche vous parle. Sans pression de ma part puisque je limite de toute façon cette activité à 6 séances par semaine au maximum.

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