La colère cachée du « plaire à tout prix » : et si votre colère n’était pas un défaut ?

Vous vous écrasez pour éviter le conflit et une colère sourde vous fait peur ? Cette colère refoulée n'est pas un défaut, mais un signal étouffé à accueillir.

En bref — Quand on a appris très tôt à plaire pour rester en sécurité, la colère devient dangereuse : on l’enfouit. Mais elle ne disparaît pas. Elle s’accumule en un réservoir sourd qui parfois nous terrifie, parfois déborde par surprise. Cette colère refoulée n’est pas un défaut de caractère : c’est un signal étouffé, le vôtre, qui cherche depuis longtemps à vous protéger. La comprendre, c’est commencer à ne plus en avoir peur.

Vous êtes de celles qui anticipent l’humeur des autres avant même d’entrer dans une pièce. Vous dites oui quand vous pensez non. Vous vous excusez quand ce n’est pas votre faute. Et puis, certains soirs, sans prévenir, une bouffée monte : une crispation dans le ventre, une chaleur dans la poitrine, une phrase acide qui vous échappe et que vous regrettez aussitôt. Vous vous demandez : « D’où vient toute cette colère alors que je passe ma vie à être gentille ? »

Et si je vous proposais l’idée que cette colère n’est pas le problème ? Qu’elle est, au contraire, une part de vous qui vous est restée fidèle — la seule qui n’a jamais complètement abdiqué ?

Pourquoi les personnes qui veulent plaire à tout prix accumulent-elles autant de colère ?

Parce que vouloir plaire en permanence suppose de dire oui à l’autre en disant non à soi. Chaque besoin tu, chaque désaccord ravalé, chaque limite non posée laisse une trace. Cette trace, c’est de la colère — non pas de la méchanceté, mais l’énergie de ce qui, en vous, n’était pas d’accord et n’a jamais pu le dire. Elle s’accumule, silencieuse, jusqu’à peser.

Ce mode de fonctionnement — s’effacer, faire plaisir, désamorcer — porte un nom dans la littérature sur le trauma relationnel : la réponse d’apaisement, parfois appelée fawn. Le psychothérapeute Pete Walker l’a décrite comme la quatrième réaction de survie, aux côtés du combat, de la fuite et du figement. Selon lui, les personnes qui fonctionnent ainsi « cherchent la sécurité en se fondant dans les désirs, les besoins et les exigences des autres », comme si « le prix d’entrée de toute relation était l’abandon de leurs propres besoins, droits, préférences et limites » (Pete Walker, Complex PTSD: From Surviving to Thriving, 2013).

Or on ne peut pas abandonner tous ses besoins sans que quelque chose, quelque part, proteste. Cette protestation étouffée, c’est votre colère. Elle n’est pas le signe que vous êtes une mauvaise personne. Elle est la preuve que vous êtes encore vivante à l’intérieur.

Pourquoi ma colère me fait-elle si peur ?

Parce que, dans votre histoire, la colère a probablement été associée au danger. Enfant, exprimer un désaccord attirait peut-être des cris, un retrait d’affection, ou pire. Votre système nerveux a alors appris une équation simple et implacable : « Si je me mets en colère, je perds le lien — et le lien, c’est ma survie. » La colère est devenue une menace, pas une ressource.

C’est pour cela que, aujourd’hui encore, la simple montée d’une irritation peut déclencher en vous une vague d’angoisse ou de honte. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une protection apprise, construite sur ce que vous avez vécu. À l’époque, s’écraser était la stratégie la plus intelligente disponible. Le problème n’est pas la stratégie — elle vous a protégée. Le problème, c’est qu’elle continue de tourner alors que le danger d’hier n’existe plus.

Une image aide souvent mes clientes : imaginez deux pédales dans une voiture. L’accélérateur, c’est votre élan, vos besoins, votre « non ». Le frein, c’est la partie de vous qui, par peur, appuie de toutes ses forces pour empêcher la colère de sortir. Vous roulez en permanence un pied sur chaque pédale. Épuisant, n’est-ce pas ? Le moteur chauffe. C’est exactement ce qui se joue en vous.

Que devient une colère qu’on refoule pendant des années ?

Elle ne disparaît pas : elle se transforme. Elle fuit par les côtés — irritabilité soudaine, fatigue, rancœur silencieuse, tensions dans le corps, épuisement émotionnel. Parfois elle déborde d’un coup, disproportionnée, puis laisse place à une culpabilité écrasante. Refouler la colère a aussi un coût pour le corps, et la recherche commence à le documenter.

Dans une étude de suivi menée sur dix-sept ans à Tecumseh (Michigan), les chercheurs ont observé que la tendance à réprimer sa colère (« anger-in ») était directement associée à une mortalité plus précoce chez les femmes — toutes causes confondues, mais aussi cardiovasculaires et cancéreuses (Harburg, Julius, Kaciroti, Gleiberman & Schork, Psychosomatic Medicine, 2003, vol. 65, p. 588-597). Les auteurs suggèrent que la colère ravalée lors de situations vécues comme injustes peut se muer en ressentiment chronique, avec des conséquences sur la santé qui méritent d’être prises au sérieux.

Cela ne veut pas dire qu’il faudrait « exploser » sur tout le monde. Cela veut dire que la colère demande à être reconnue, pas déversée ni enterrée. Entre le refoulement et l’explosion, il existe un troisième chemin : l’écoute.

Comment la colère peut-elle être un signal plutôt qu’un défaut ?

Parce que la colère saine est l’énergie qui dit : « Là, on a franchi une limite. » C’est la boussole qui indique où sont vos besoins, vos valeurs, votre « non ». Une personne qui n’a jamais accès à sa colère est une personne sans frontières — chacun peut entrer, prendre, décider à sa place. Retrouver sa colère, ce n’est pas devenir agressive : c’est retrouver le droit d’exister à part entière.

On peut regarder ce qui se joue en vous comme plusieurs parties de soi qui cohabitent — une métaphore, empruntée à l’approche IFS (Internal Family Systems). Il y a une partie qui plaît, terrifiée à l’idée du rejet. Il y a une partie qui garde la colère sous clé, persuadée qu’elle vous protège d’un danger. Et il y a, plus profond, la part de vous qui a été blessée un jour et qui, depuis, réclame simplement d’être vue.

Ces parties ne sont pas des défauts. Ce sont des stratégies éprouvées, des mécanismes de protection organisés dans un contexte où elles avaient toute leur logique. On ne les combat pas. On apprend à les écouter, une à une, jusqu’à ce que la colère n’ait plus besoin de crier pour être entendue — ni de se taire pour être tolérée. Pete Walker note d’ailleurs que le fait de faire le deuil d’une vie vécue avec un sentiment de soi si diminué « libère une colère saine », socle de l’auto-protection et d’une assertivité équilibrée.

Comment l’hypnose ericksonienne aide-t-elle à apaiser cette peur de la colère ?

En permettant d’aller sous le mental qui tente de tout contrôler. Votre tête sait déjà, sans doute, que vous « auriez le droit » de dire non. Mais le savoir ne suffit pas : la peur de la colère est logée bien plus bas, dans un système de survie ancien, limbique, qui ne se raisonne pas. C’est là que l’hypnose ericksonienne travaille.

Concrètement, dans ma pratique, on favorise l’apparition d’une transe légère — un état particulier et léger de conscience, proche de la rêverie, où le corps s’apaise et où l’attention (le vôtre comme le mien) peut se tourner vers l’intérieur en douceur. Aucune perte de contrôle, aucune régression forcée. Depuis cet espace, il devient possible d’accueillir la colère sans en avoir peur, de comprendre ce qu’elle a toujours voulu protéger, et de laisser le corps découvrir qu’il peut poser une limite sans que le lien s’effondre. C’est un réapprentissage, en profondeur, de la sécurité intérieure.

Souvent, une seule séance suffit à créer un premier déclic ; parfois une deuxième aide ce nouvel équilibre à s’installer. L’idée n’est pas de s’engager dans une thérapie qui s’étire sur des années, mais d’ouvrir un chemin que vous continuerez à emprunter seule. Ce travail rejoint d’ailleurs celui que j’aborde à propos de la difficulté à dire non sans culpabiliser et du paradoxe du « plaire à tout prix ».

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, peut-être qu’un premier pas, tout simple, serait d’en parler. Je vous offre très volontiers un entretien téléphonique d’une trentaine de minutes, gratuitement et sans pression : l’occasion d’évaluer ensemble si mon approche peut vous convenir. Vous n’aurez rien à prouver, et surtout, rien à taire.

Pour aller plus loin

  • Pete Walker, Complex PTSD: From Surviving to Thriving (Azure Coyote, 2013) — la référence sur la réponse d’apaisement (fawn) et le lien entre effacement de soi et colère refoulée.
  • Harriet Lerner, Le pouvoir créateur de la colère (Éditions de l’Homme, 2007) — comment reconnaître sa colère et s’en servir pour poser des limites justes.
  • Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) (La Découverte) — écouter le besoin caché derrière la colère plutôt que la ravaler ou la déverser.
  • Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison (Elsevier Masson, 2009) — le fondateur de l’IFS présente les parties de soi et leur logique protectrice.
  • Peter A. Levine, Réveiller le tigre : guérir le traumatisme (Socrate Éditions Promarex) — comprendre comment le corps garde la trace des réactions de survie et comment il peut se réaccorder.
Entretien téléphonique gratuit et sans engagement ☎ Réservation sur OneDoc