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Guérir du fawning : le paradoxe que personne ne vous prépare à traverser
Guérir du fawning crée un paradoxe douloureux : plus vous progressez, plus vos relations semblent se dégrader. Comprendre ce double-bind pour traverser la guérison sans vous perdre. (158 car.)
Vous avez commencé à travailler sur les schémas qui vous dérangent dans votre vie. Vous mettez des mots sur ce mécanisme qui vous a gouverné si longtemps — ce réflexe d’effacement, de conformité, de toujours sourire même quand ça fait mal. Ce que les thérapeutes spécialisés en trauma complexe appellent le fawning (faute d’un mot vraiment adapté en français).
Et quelque chose d’étrange se produit. Cette prise de conscience vous fait progresser. Et en même temps, votre vie semble se compliquer. Vos relations se tendent. Certaines personnes de votre entourage ne vous reconnaissent plus, disent que vous avez changé, et ne l’apprécient pas.
Vous vous demandez si vous faites quelque chose de travers. Si vous avez tort. Si vous étiez finalement mieux avant.
Vous ne faites rien de travers. Vous traversez ce que Tim Fletcher, thérapeute canadien spécialisé en trauma complexe (CPTSD) appelle le double-bind de la guérison du fawning : un paradoxe inévitable que personne ne vous annonce, mais que chaque personne qui se libère du fawning finit par rencontrer.
Si vous découvrez le fawning pour la première fois, je vous invite à lire d’abord ce premier article sur le fawning comme réponse traumatique réelle. Ce texte en est la suite directe.
Pourquoi le fawning vous a-t-il à la fois protégé et piégé ?
Enfant, le fawning vous a maintenu en sécurité dans un environnement imprévisible. Adulte, il continue de vous couper de vos sensations, de vos limites, de vos vrais besoins. Le mécanisme protège et empêche en même temps — c’est ce double-bind originel qu’il faut comprendre.
Le double-bind originel : pourquoi le fawning vous a protégée et piégée en même temps
Pour comprendre le paradoxe auquel il faut se confronter pour se libérer de ce schéma, il faut d’abord décrire le double aspect du fawning lui-même.
Enfant, dans un environnement imprévisible ou menaçant, une partie de vous a trouvé une solution : s’effacer. Se conformer à ce que l’autre veut. Anticiper ses humeurs. Ne pas prendre de place autre que celle que l’on veut bien nous donner. Cette partie fawning — au sens de l’IFS (Internal Family Systems) — a fait un travail remarquable. Elle a permis la « survie » relationnelle dans un contexte où être « trop visible » était dangereux et amenait des réactions vives de l’entourage.
Mais ce mécanisme de survie porte en lui une contradiction structurelle.
Pour s’effacer, cette partie a dû accepter de couper l’accès à vos émotions, à votre corps, à votre intuition. Peu importe ce que l’on veut, peu importe ce que l’on ressent, tout cela passe au second plan. Etre « gentil » au regard de l’autre est bien plus important, cela évite les conflits… que l’on va de toute façon perdre. Pourtant c’est précisément ce système d’alarme interne — ces signaux que quelque chose d’important cloche — qui permet de détecter les personnes et les situations dangereuses.
En apprenant à ne pas écouter vos signaux d’alarme et vos besoins pour survivre dans l’enfance, vous vous retrouvez mal équipé dans la vie adulte. Vous avancez dans des situations potentiellement malsaines sans pouvoir écouter et décoder ce que vous ressentez. Vous revenez dans des relations déséquilibrées et toxiques, non par masochisme, mais parce que votre sensation de sécurité se trouve là, dans la croyance intégrée que : Si je lui fais plaisir, même à mon détriment, tout ira bien…
C’est le double-bind du fawning : ce mécanisme censé vous protéger du danger vous rend, paradoxalement, plus vulnérable au danger dans votre vie d’adulte.
Pourquoi vos relations changent-elles quand vous commencez à guérir du fawning ?
Quand vous cessez de vous effacer, vous découvrez que certains liens reposent en grande partie sur ce mécanisme d’effacement. Vos proches sentent un changement. Certaines relations se tendent, d’autres s’apaisent. Ce n’est pas une perte de capacité relationnelle — c’est le système qui se réorganise (vive l’approche systémique !).
Le vrai paradoxe commence ici.
Quand vous commencez à prendre soin de vous, de vos limites et de vos besoins, vous apprenez à faire des choses que la partie fawning considère comme terriblement dangereuses. On peut en identifier quatre.
Ressentir et exprimer une colère saine. Le fawning a interdit la colère. Elle était trop risquée — trop susceptible de provoquer le rejet, la punition, l’abandon. Pourtant la colère saine n’est pas une violence : c’est le signal (tant externe qu’interne !) que le comportement d’autrui dépasse les limites que vous jugez acceptables. La Dre Ingrid Clayton, thérapeute clinicienne et auteure de Fawning (2025), décrit le processus de dé-fawning comme un apprentissage à reconnaître cette flamme intérieure — cette colère saine qui dit « ça, ce n’est pas acceptable » — et à l’exprimer en sécurité. Or quand vous commencez à exprimer cette colère — même doucement, même maladroitement — la culpabilité arrive immédiatement. Une voix intérieure dit : Tu es égoïste, ça ne va pas passer, tu vas tout casser. C’est le double-bind. Cette petite voix a sa place, mais elle n’est qu’une partie de l’équation. Hélas pour vous, c’est celle qui hurle intérieurement !
Poser des limites. La partie fawning a appris que mettre des limites = potentielle rupture = danger. Alors quand vous apprenez à poser des limites, deux choses surprenantes se produisent. D’abord, un fantasme : maintenant que je pose des limites, tout va s’arranger. Ensuite, la réalité : certaines personnes dans votre entourage ne veulent pas que vous ayez des limites à leur égard. Ces personnes résistent. Parfois, vous devez prendre de la distance — voire même couper le lien. Ce n’est pas vous qui cassez vos relations. C’est ce mouvement de retour à soi qui révèle quelles relations étaient fondées sur votre effacement, pas sur votre présence.
Devenir authentique. Le fawning, c’est porter un masque permanent. Devenir ce que l’autre veut pour mériter d’exister, pour valoir quelque chose. Mûrir, c’est découvrir qui vous êtes vraiment — et c’est un processus long, pas un interrupteur que l’on bascule. La peur centrale : Si je suis vraiment moi, sans performance, sans utilité, sans « ticket », est-ce que quelqu’un voudra encore de moi ? Cette peur de ne pas être aimé est réelle. Elle mérite d’être traversée, pas mise sous le tapis encore et encore.
Apprendre à faire confiance progressivement. La « confiance » dans le fawning est souvent vécue comme une performance d’acteur. Une fausse vulnérabilité qui protège. La Dre Clayton le souligne : la vulnérabilité et la sécurité ne sont pas des destinations — elles se construisent pas à pas. On apprend à s’ouvrir un peu, à observer la réponse de l’autre, à ajuster avec discernement.
Est-ce moi qui casse mes relations en guérissant du fawning ?
Non. Vous ne cassez rien. La guérison rend visible ce qui tenait grâce à votre sacrifice. Quand une relation se tend après un changement intérieur, elle révèle une fragilité préexistante — elle ne la crée pas.
Ce n’est pas vous qui cassez vos relations — c’est la guérison qui révèle des relations construites sur des bases malsaines.
C’est le point le plus difficile à tenir quand vous êtes en plein milieu du processus de réalignement intérieur.
Certaines personnes de votre vie ont été attirées — consciemment ou non — par votre effacement. Votre disponibilité totale. Votre absence de besoins visibles. Votre sourire même quand vous souffrez intérieurement. Ces personnes ne s’opposent pas à votre transformation parce qu’elles vous veulent du mal. Elles s’opposent parce que votre maturité nouvellement acquise modifie un équilibre qui les arrangeait !
La perte de certaines relations en guérison du fawning n’est pas un échec. C’est une information.
Elle vous indique quelles relations étaient construites sur un déséquilibre profond — et quelles relations peuvent tenir maintenant que vous vous respectez.
Comment l’hypnose accompagne-t-elle cette transition ?
Comprendre ce qui se joue ne suffit pas toujours à dépasser ces peurs profondéments inscrites en nous. En séance, on descend sous le mental qui se crispe sur nos croyances pour rejoindre la partie qui a appris à s’effacer. L’hypnose ericksonienne combinée au travail avec les parties de soi (IFS) permet à cette partie protectrice de se reposer enfin, sans la combattre, et au corps de retrouver la sécurité d’exister avec sérénité et harmonie intérieure.
Le double-bind à résoudre pour se libérer du fawning — cette période où tout semble s’aggraver avant de s’améliorer — est précisément la phase la plus délicate à traverser seul.
L’hypnose ericksonienne combinée à l’IFS offre un espace particulier pour ce travail.
L’accompagnement permet d’aller parler directement à la partie fawning — cette partie qui fait tout pour vous protéger en maintenant le lien, et qui résiste maintenant au changement non par mauvaise volonté, mais parce qu’elle n’a pas encore intégré l’information que les vieux dangers ne sont plus présents, respectivement que vous êtes à même de faire des choix éclairés dans votre vie. En hypnose, on peut l’inviter à mettre à jour son fonctionnement — pas à disparaître, pas à être masquée, mais à évoluer.
Ce travail permet de traverser cette période de transition sans vous perdre dans la culpabilité ou le doute.
Tim Fletcher formule une perspective qui mérite d’être entendue : traverser cette phase, c’est passer d’un ancien normal — celui de la survie — vers un territoire neuf, avec des personnes sûres. Même si ce nouveau terrain semble artificiel au début, il va, avec le temps, devenir un nouveau normal. Un endroit qui permet enfin de s’épanouir pour de bon.
Ce nouveau normal existe. La route pour y arriver est réelle. Et elle ne ressemble souvent pas à ce qu’on imagine.
Questions fréquentes
Est-ce normal que mes relations se dégradent quand je travaille sur mon schéma de fawning ?
Oui, c’est un phénomène documenté par les thérapeutes spécialisés en trauma complexe. Quand vous posez des limites et devenez plus authentique, certaines personnes dont la relation avec vous était fondée sur votre effacement peuvent résister ou s’éloigner. Ce n’est pas un signe que vous faites mal — c’est un signe que certaines relations étaient malsaines.
Comment distinguer une colère saine d’une colère réactionnelle pendant la guérison ?
La colère saine répond à une violation concrète de votre dignité ou de vos besoins (« cette situation n’est pas acceptable ! »). La colère réactionnelle est souvent liée à une blessure ancienne réactivée. On apprend à faire cette distinction sans s’autocensurer systématiquement — ni se laisser à partir dans une colère qui déborde.
Faut-il traverser ce paradoxe seul ou avec un accompagnement ?
Ce double-bind est difficile à traverser seul parce qu’il vous met face au doute, à la culpabilité, et à une forte tentation de renoncer. Un accompagnement en hypnothérapie — notamment par l’hypnose ericksonienne et l’IFS — permet de traverser cette phase avec plus de stabilité et de clarté.
En conclusion
Guérir du fawning n’est pas une ligne droite confortable. C’est une traversée d’un ancien monde vers un autre — et la zone frontière entre les deux est toujours la période la plus inconfortable. Mais il vient un moment dans notre vie où ce que l’on vit au quotidien n’est plus supportable, et cette réalisation nous donne la force de changer pour aller vers davantage d’harmonie et de sérénité.
Si vous vous reconnaissez dans ces blessures relationnelles, si vous sentez que quelque chose dans vos patterns vous échappe encore, je vous propose un entretien téléphonique de 30 minutes, gratuit, pour explorer ensemble si un travail en hypnothérapie peut correspondre à vos besoins.
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Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
Livres
- Se libérer de la blessure d’abandon — Valérie Beaufort (En Quête du Bonheur, 2018).
- Dis-moi où tu as mal : le Lexique — Michel Odoul (Albin Michel, 2006).
- Au Cœur des Émotions — Leslie Cameron-Bandler, Michael Lebeau (La Tempérance).
Vidéos & ressources
- Site personnel de Pete Walker — pete-walker.com (articles libres sur les types fight/flight/freeze/fawn et le CPTSD)
- IFS Institute — ifs-institute.com (ressources, vidéos d’introduction à l’Internal Family Systems)
- Heidi Priebe — chaîne YouTube Heidi Priebe (attachement, parties internes, système nerveux, anglais)
Références professionnelles
- Facing Codependence — Pia Mellody, Andrea Wells Miller, J. Keith Miller (HarperOne, 2003).
- À la lumière de nos traumas — Jérémy Nouen (Satas, 2023).
- Psychothérapie des traumatismes complexes — Olivier Piedfort-Marin, Luise Reddemann (Satas (Le Germe), 2016).
→ Voir aussi la page Références — Traumatisme.