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Anxiété et dépression : deux visages du même problème ?
En bref — L’anxiété et la dépression se relaient souvent comme deux faces du même épuisement. Une période d’agitation, puis un effondrement, puis le cycle recommence. Ce n’est pas deux problèmes distincts mais une même charge émotionnelle qui n’a pas trouvé sa voie de sortie. Marc Binggeli, hypnothérapeute à Lausanne, accompagne le client confronté à ces alternances, avec l’hypnose ericksonienne associée au travail avec les parties de soi (IFS).
Vous connaissez cette impression que l’anxiété et la dépression se relaient, comme si l’une prenait le relais quand l’autre s’épuise ? Vous n’êtes pas seul(e). Beaucoup de mes clientes à Lausanne décrivent exactement cela : des périodes d’anxiété intense suivies d’un effondrement dépressif, puis le cycle recommence. Et si ce n’étaient pas deux problèmes distincts, mais deux expressions d’une même blessure intérieure ?
Quand anxiété et dépression se confondent
On a longtemps traité l’anxiété et la dépression comme deux troubles séparés. Pourtant, dans mon cabinet, je constate chaque semaine à quel point ils se chevauchent.
L’anxiété, c’est cette vigilance permanente. Le cerveau qui anticipe le pire, les scénarios catastrophes qui défilent, le corps crispé et tendu comme un arc. La dépression, c’est l’effondrement qui suit : le sentiment que rien ne sert à rien, l’envie de se retirer du monde, l’énergie qui disparaît.
Ce qui frappe, c’est que les deux partagent un point commun essentiel : le sentiment d’être impuissant face à ce qui arrive. L’anxieux se sent impuissant face à ce qui pourrait arriver. Le dépressif se sent impuissant face à ce qui est.
Ce que la recherche nous apprend
Les travaux du psychologue Martin Seligman sur l’impuissance apprise (learned helplessness) éclairent ce lien d’une manière frappante. Ses recherches montrent que lorsqu’une personne est exposée de façon répétée à des situations qu’elle ne peut ni contrôler ni fuir, quelque chose se modifie durablement dans sa façon de percevoir le monde.
Seligman lui-même résume cette bascule dans une formule devenue classique : « Quand un animal ou un être humain apprend qu’il ne peut rien faire pour contrôler un événement aversif, il devient passif et déprimé » (Seligman & Maier, 1967). Ce qui est frappant en cabinet, c’est que cet apprentissage ne reste pas confiné à une situation : il se généralise. La personne finit par s’attendre à l’impuissance partout — au travail, en couple, dans son propre corps.
L’épidémiologie confirme à quel point anxiété et dépression voyagent ensemble. La grande étude américaine NCS-R (Kessler, Chiu, Demler & Walters, 2005, Archives of General Psychiatry) trouve une corrélation tétrachorique de 0,62 entre trouble dépressif majeur et anxiété généralisée — l’une des associations les plus fortes du tableau psychiatrique adulte. Autrement dit : ce que la clinique observe au quotidien — l’alternance, le chevauchement, la bascule — est documenté à l’échelle de populations entières.
Un autre fil tire dans la même direction. Les travaux de Susan Nolen-Hoeksema sur la rumination ont montré qu’un même mécanisme cognitif — ressasser, repasser en boucle, anticiper sans agir — prédit à la fois l’apparition de symptômes anxieux et dépressifs sur plusieurs années (Nolen-Hoeksema, 2000, Journal of Abnormal Psychology). La rumination, c’est l’impuissance apprise traduite en pensées : on tourne autour du problème sans jamais en sortir, parce qu’on a appris qu’on ne pouvait pas en sortir.
Elle cesse de chercher des solutions — même quand elles existent.
Ce mécanisme se retrouve autant dans l’anxiété que dans la dépression :
- Dans l’anxiété : le cerveau, convaincu d’être impuissant, compense en anticipant tous les dangers possibles. La catastrophisation devient un réflexe — si je ne peux rien contrôler, alors je dois tout prévoir.
- Dans la dépression : le même sentiment d’impuissance mène à l’abandon. Pourquoi essayer puisque rien ne changera ? L’énergie se retire.
L’anxiété serait la forme initiale — le système d’alarme qui s’emballe. La dépression, la forme chronique — quand le système, épuisé, s’éteint.
La racine commune : un apprentissage ancien
Si l’anxiété et la dépression partagent cette racine d’impuissance, d’où vient-elle ?
Dans la majorité des cas que je rencontre, elle remonte à l’enfance. Pas nécessairement à un événement dramatique. Parfois, il suffit d’avoir grandi dans un environnement où vos besoins émotionnels n’étaient pas reconnus. Où exprimer votre détresse ne changeait rien. Où les adultes autour de vous étaient eux-mêmes submergés.
L’enfant apprend alors quelque chose de fondamental : ce que je ressens ne compte pas, et ce que je fais ne change rien. Cet apprentissage s’inscrit profondément. Il devient un mécanisme de survie — une partie de vous qui veille, qui anticipe, qui se prépare au pire ou qui se retire pour ne plus souffrir.
Le problème, c’est que ce mécanisme utile à 5 ans devient un piège à 35 ans. Les scénarios catastrophes de l’anxiété, le retrait de la dépression — ce sont des réponses d’enfant dans un monde d’adulte.
Pourquoi c’est si difficile d’en sortir seul
Il y a quelque chose de contre-intuitif dans l’anxiété et la dépression : elles deviennent familières. Pas agréables — familières. Votre cerveau, aussi paradoxal que cela puisse paraître, trouve une forme de sécurité dans ce qu’il connaît, même si c’est de la souffrance.
C’est pourquoi les approches qui travaillent uniquement sur les réactions (respiration, relaxation, pensée positive) ont leurs limites. Elles éteignent l’alarme, mais pas l’incendie. Tant que l’apprentissage d’impuissance reste inscrit en profondeur, les symptômes reviennent — parfois sous une autre forme.
Comment l’hypnothérapie peut aider
L’hypnothérapie, telle que je la pratique, ne cherche pas à combattre l’anxiété ou la dépression. Elle cherche à accéder à la partie de vous qui a appris l’impuissance — cette partie qui, encore aujourd’hui, fonctionne selon un ancien apprentissage devenu inadapté.
Le principe est tout un ART :
- Accueillir ces parties anxieuses ou dépressives. Elles ne sont pas vos ennemies. Elles tentent de vous protéger comme elles l’ont toujours fait.
- Reconnaître leur rôle. L’anxiété qui anticipe le pire ? C’est un mécanisme de survie remarquablement intelligent. La dépression qui vous fait vous retirer ? Elle essaie de vous préserver.
- Transformer leur fonctionnement. Leur permettre de dissoudre le traumatisme à l’origine de leur activation et de mettre à jour leur manière de vous protéger.
Il ne s’agit pas de « guérir » en une séance magique. Il s’agit de permettre un déclic — ce moment où ce qui est coincé à l’intérieur se débloque, en toute sécurité. Ensuite, la réorganisation se fait naturellement, à votre rythme.
La recherche commence à documenter ce travail. Une méta-analyse récente conduite par Valentine, Milling, Clark & Moriarty (2019, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis) a synthétisé 15 études sur l’hypnose appliquée à l’anxiété. Au suivi le plus long, environ 84 % des personnes du groupe contrôle obtenaient un résultat inférieur à celui d’une personne moyenne ayant bénéficié de l’hypnose (Hedges g = 0,99). La méta-analyse souligne aussi que l’hypnose est plus efficace lorsqu’elle est combinée à un autre travail psychologique — ce qui correspond exactement à la pratique en cabinet : l’hypnose ericksonienne n’est pas une technique isolée, elle s’articule avec le travail sur les parties de soi.
Côté dépression, la prudence reste de mise : les essais cliniques sont moins nombreux et plus hétérogènes. L’hypnose n’est pas un substitut à un suivi médical lorsque la dépression est sévère, et je le rappelle systématiquement aux personnes qui consultent. Ce qu’elle permet, c’est de travailler en parallèle sur la racine — l’apprentissage d’impuissance, les blessures précoces, les parties qui se sont retirées — pendant que le traitement médical, lorsqu’il est nécessaire, agit sur l’intensité des symptômes.
Questions fréquentes
Peut-on souffrir d’anxiété et de dépression en même temps ?
Oui, c’est très courant. Beaucoup de personnes alternent entre des phases d’anxiété (hypervigilance, anticipation) et des phases dépressives (épuisement, retrait). C’est souvent le signe que la même cause profonde — un apprentissage d’impuissance — s’exprime différemment selon les moments.
L’hypnose peut-elle aider si je prends déjà des médicaments ?
L’hypnothérapie est complémentaire à un suivi médical. Elle ne remplace pas un traitement prescrit, qui devrait cibler les périodes de crise, mais va travailler sur les causes profondes là où les médicaments agissent sur les symptômes. Parlez-en à votre médecin.
Combien de séances sont nécessaires ?
Chaque parcours est différent. Certaines personnes ressentent un déclic dès la première séance. D’autres ont besoin de quelques séances pour permettre aux transformations de s’installer. Un entretien téléphonique gratuit permet d’en discuter avant de vous engager.
Pour aller plus loin
Pour les personnes concernées
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien (2014) — sur la manière dont les blessures précoces s’inscrivent dans le système nerveux et reviennent sous forme d’anxiété ou de retrait.
- Boris Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t’appelle (2012) — sur la résilience, l’imprévisibilité de la sortie et la place du lien dans la traversée.
- Richard Schwartz, No Bad Parts (2021) — sur le travail avec les parties de soi (IFS), particulièrement utile quand anxiété et retrait alternent.
Pour les professionnels
- Steven C. Hayes, A Liberated Mind (2019) — modèle ACT, complémentaire à l’approche présentée ici sur la flexibilité psychologique face à l’impuissance.
- Stephen Porges, The Polyvagal Theory (2011) — bases neurophysiologiques de la bascule hypervigilance / effondrement, utile pour comprendre la mécanique anxiété-dépression au niveau du système nerveux autonome.
- Jay Haley, Uncommon Therapy (1973) — référence pour l’hypnose ericksonienne et son usage en thérapies brèves.
Si vous vous reconnaissez dans ce va-et-vient entre anxiété et dépression, un entretien téléphonique gratuit est un bon point de départ. Sans engagement, il permet de comprendre ensemble ce qui se joue pour vous — et si l’hypnothérapie peut vous aider à retrouver un sentiment de contrôle sur votre vie.
Pour situer mon approche en thérapies brèves, vous pouvez consulter la présentation générale du cabinet.
Voir aussi sur le site
- 👉 Hypnothérapie contre l'anxiété — Page principale anxiété
- 👉 Traumatisme — Quand l'impuissance s'est installée
- 👉 Pourquoi l'anxiété revient toujours — Et comment s'en libérer
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