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Dois-je pardonner à mon père qui m’a maltraitée ?
Peut-être vous l’a-t-on déjà dit, à un repas de famille ou au détour d’une conversation : « C’est ton père, quand même. Il faudrait tourner la page. » Et vous êtes rentrée avec une question qui ne vous lâche plus : dois-je pardonner à mon père qui m’a maltraitée ? Une partie de vous voudrait y arriver, pour avoir enfin la paix. Une autre se raidit rien qu’à l’idée, comme si pardonner revenait à dire que ce qui s’est passé était acceptable. Les deux ont leurs raisons.
Est-ce que je dois pardonner à mon père pour aller mieux ?
Non. Personne ne peut exiger de vous ce pardon, pas même votre famille ou un thérapeute. Lui pardonner, ou pas, reste une décision qui vous appartient. Elle se décide à partir de ce que vous voulez pour votre propre vie. On peut aller mieux sans avoir jamais pardonné.
L’idée qu’il faudrait pardonner pour aller mieux est très répandue. Elle met pourtant la charge au mauvais endroit : sur vous, encore une fois. Enfant, vous n’aviez aucun moyen de vous protéger. Adulte, vous avez le droit de choisir votre rythme.
Au cabinet, à Lausanne, je travaille avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems, le travail avec les parties de soi). Avec ces approches, la question du pardon arrive tard, ou pas du tout. Ce qui compte d’abord, c’est ce que vous portez encore aujourd’hui.
Pourquoi je me sens coupable de ne pas lui pardonner ?
Parce que tout autour de vous pousse à pardonner vite : la famille, la culture, parfois la religion, et une part de vous qui voudrait que la douleur s’arrête. Cette pression fait d’une blessure une faute. Vous finissez par vous reprocher votre propre souffrance, alors que c’est lui qui l’a causée.
Vous vous êtes peut-être déjà surprise à penser : « Je devrais être passée à autre chose. » Derrière, il y a souvent la loyauté d’une enfant qui aimait son père malgré tout et qui a appris à protéger l’image de sa famille. Cette loyauté a eu son utilité. Elle vous a permis de tenir.
Vous êtes aussi loin d’être seule. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (2026), six enfants de moins de cinq ans sur dix (60 %), soit environ 400 millions, subissent régulièrement des châtiments corporels ou des violences psychologiques de la part de leurs parents ou des personnes qui s’occupent d’eux. Vous doutez peut-être d’avoir le droit de parler de maltraitance, parce qu’il y avait surtout des mots, ou que ça n’arrivait pas tous les jours. Pour l’OMS, les violences psychologiques font pourtant partie de la maltraitance, au même titre que les coups. Ce que vous avez vécu a un nom, et il est partagé par bien d’autres.
Pardonner, est-ce que ça veut dire excuser ce qu’il m’a fait ?
Non. Pardonner et excuser sont deux gestes distincts. Excuser, c’est trouver que ce qui s’est passé était acceptable. Pardonner, si cela vient, c’est cesser de laisser la colère et la douleur occuper toute la place en vous, sans rien retirer à la gravité des faits.
Si un pardon vient un jour, il laisse intact tout le reste. Vous gardez le droit de rester à distance, et celui de ne jamais le lui dire. Ce qu’il a fait reste grave : vous auriez dû être protégée, et rien ne le justifiait. Le pardon se joue entre vous et vous-même. Il peut se passer de sa présence, de ses excuses et même de sa reconnaissance des faits.
Et si ces violences continuent aujourd’hui, s’il vous insulte, vous rabaisse ou vous menace encore, ou si vous redoutez chaque visite, la question du pardon passe au second plan. Votre sécurité vient en premier. Prendre de la distance, poser des limites fermes ou faire appel à la justice sont aussi des manières de prendre soin de vous. Dans le canton de Vaud, le Centre LAVI (aide aux victimes d’infractions) propose des consultations gratuites et confidentielles, sans qu’il soit nécessaire d’avoir porté plainte. En cas de danger immédiat, appelez la police au 117.
Pourquoi ma colère contre lui ne passe pas ?
Parce qu’elle a une fonction. La colère apparaît souvent au moment où l’on cesse de minimiser ce qui s’est passé. Elle dit : « Ce n’était pas normal. » Elle protège l’enfant que vous étiez, qui n’avait pas le droit de se défendre. Vouloir l’effacer trop vite revient à la faire taire une seconde fois.
Votre corps la connaît peut-être bien. La poitrine qui se serre quand son nom revient dans une conversation. La chaleur qui monte au visage. Les mâchoires qui se crispent à l’approche d’une fête de famille. Ces sensations ont leur logique. Elles gardent la trace d’une époque où il fallait rester sur ses gardes.
Il arrive aussi que cette colère reste là des années et devienne lourde à porter, seule. Sous elle, il y a souvent une grande tristesse : celle de ne pas avoir eu le père dont vous aviez besoin. Si cette colère s’exprime surtout dans votre corps, l’article Colère refoulée dans le corps décrit ce mouvement plus en détail.
Par où commencer si je ne veux pas lui pardonner ?
Par vous, et plus précisément par la petite fille que vous avez été. Avant de penser à lui, il s’agit de vous tourner vers elle : lui faire savoir que vous êtes là, qu’elle n’avait rien fait pour mériter ce qu’elle a vécu, et qu’aujourd’hui quelqu’un la protège.
Concrètement, cela peut commencer par un geste très simple. Quand le souvenir de votre père revient, vous détournez un instant votre attention de lui pour la ramener vers vous. Où est-ce que ça serre ? Dans la gorge, la poitrine, le ventre ? Vous pouvez poser une main à cet endroit et laisser la sensation exister, sans la juger. Si c’est trop fort, vous pouvez vous arrêter là, regarder autour de vous et revenir à la pièce où vous êtes. Sous la colère, vous trouverez peut-être de la peur, ou le sentiment d’avoir été seule face à lui. C’est à cette partie-là que va votre douceur, bien avant lui.
Une image aide à tenir les deux mouvements ensemble. Dans Being with Dying (2008), l’enseignante zen américaine Joan Halifax parle d’« un dos solide et un cœur ouvert ». Le dos solide, ce sont vos limites : la distance, le droit de dire non, la vérité sur ce qui s’est passé. Le cœur ouvert, c’est la tendresse envers vous-même. Pour aller plus loin dans ce soin de l’enfant intérieur, vous pouvez lire l’article Parents émotionnellement immatures : se reparenter pour réparer le manque.
Si les souvenirs vous submergent ou si des idées noires s’invitent, parlez-en en priorité à votre médecin, ou appelez La Main Tendue au 143, jour et nuit.
Est-ce que l’hypnose va m’obliger à pardonner à mon père ?
Non. Le pardon ne fait partie d’aucun objectif que je pose à votre place. L’hypnose ericksonienne va à la rencontre de ce qui, en vous, réagit encore à ce passé, là où le raisonnement ne suffit plus. Peut-être savez-vous, avec la tête, que vous n’étiez pas responsable. Une partie de vous continue pourtant parfois de croire le contraire.
Dans l’approche IFS, développée par Richard Schwartz, on considère la colère, la méfiance ou la loyauté comme des parties de soi qui ont chacune protégé l’enfant à leur manière. Elles méritent d’être comprises et respectées. En transe légère, vous restez consciente, libre de parler ou de vous arrêter. Vous pouvez y rencontrer la partie la plus jeune, celle qui a eu peur, et lui apporter ce qui lui a manqué. Le corps peut alors se relâcher un peu.
Le pardon a son propre calendrier, distinct de celui de l’accompagnement : il arrive qu’il apparaisse de lui-même, parfois des années après les faits. Il arrive aussi qu’il n’apparaisse jamais, et que la paix vienne quand même. Si vous vous en voulez surtout à vous-même, l’article Pourquoi je n’arrive pas à me pardonner ce que personne ne sait ? aborde le pardon envers soi-même.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers concernés
- Pete Walker, Le trouble de stress post-traumatique complexe : De la survie à l’épanouissement : comment se remettre des traumatismes de l’enfance, éd. Dangles, 2024 — pour comprendre ce que les violences de l’enfance laissent à l’âge adulte, et comment en sortir pas à pas.
- Kristin Neff, S’aimer : Comment se réconcilier avec soi-même, éd. Belfond, 2013 — pour apprendre à s’offrir la douceur qui a manqué.
Références professionnelles
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — le modèle IFS et le travail avec les parties protectrices.
- Olivier Piedfort-Marin & Luise Reddemann, Psychothérapie des traumatismes complexes : Une approche intégrative basée sur la théorie des états du moi et des techniques hypno-imaginatives, éd. Satas (Le Germe), 2016 — l’accompagnement des traumatismes de l’enfance avec des techniques hypno-imaginatives.
Retrouvez l’ensemble des ouvrages recommandés sur la page références bibliographiques.
Si vous le souhaitez, je vous propose un échange téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour voir si mon approche peut vous aider. La ou les éventuelles séances se déroulent au cabinet, à Lausanne, dans un cadre confidentiel.