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Parents émotionnellement immatures : se reparenter pour réparer le manque
Reconnaître un parent émotionnellement immature, se reparenter avec l'hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS). Cabinet à Lausanne.
Qu’est-ce qu’un parent émotionnellement immature ?
Un parent émotionnellement immature est un adulte qui, sur le plan affectif, n’a pas atteint le niveau de régulation et d’empathie qu’implique le rôle de parent. Ses besoins propres restent au premier plan, sa tolérance au stress reste basse, et il lit la réalité à travers le filtre de ses émotions plutôt qu’à travers ce qui se passe vraiment chez l’enfant.
La clinicienne et auteure américaine Lindsay Gibson, qui a passé plus de trente ans à écouter des adultes raconter leur enfance, décrit ces parents comme des personnes égocentrées, avec une faible empathie, une réactivité affective intense, et une difficulté à percevoir l’enfant comme un être psychologique distinct. Dans son interview au podcast Being Well en mai 2026, elle insiste sur un point essentiel — et que nous tenons à rappeler : « Nous sommes tous capables, à des degrés divers, de comportements émotionnellement immatures ». Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’absence totale d’immaturité — c’est sa fréquence, son intensité, et la capacité du parent à se reprendre ensuite.
Le quotidien d’un enfant en manque
Concrètement, l’enfant grandit dans un climat où ses propres émotions n’ont pas de place pour exister. Il pleure, on le réprimande. Il a peur, on minimise. Il essaie de partager une joie, le parent ramène la conversation à lui. Rien de spectaculaire. Juste l’absence répétée de ce regard qui dit « je te vois, ce que tu ressens compte ». Et cette absence-là, l’enfant la sent avec le ventre serré, la gorge nouée, les épaules qui se font petites — bien avant de pouvoir la nommer.
Ça pèse. Sans bruit, mais ça pèse.
Comment reconnaître les signes d’un manque émotionnel d’enfance à l’âge adulte ?
À l’âge adulte, les marques de ce manque sont rarement spectaculaires. Elles ressemblent plutôt à une atmosphère intérieure : une difficulté à savoir ce que vous ressentez, une tendance à scruter l’humeur des autres avant la vôtre, un sentiment diffus de ne pas être tout à fait compréhensible. Ces signes émergent souvent dans les relations adultes, le travail, la parentalité — partout où la sécurité émotionnelle est en jeu.
Voici quelques manifestations souvent décrites en cabinet :
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Vous ne savez pas ce que vous voulez. La question vous met mal à l’aise. Au travail, en couple, à table au restaurant, vous attendez de capter ce que l’autre souhaite avant de formuler votre propre désir. Gibson l’explique ainsi : quand on a grandi avec un parent émotionnellement immature, on pense instantanément à la façon dont notre parole va affecter l’autre, avant même de sentir ce qu’on veut soi-même. Le réflexe de surveillance précède le ressenti.
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Vous avez du mal à demander. Demander de l’aide, demander une augmentation, demander un câlin. Une voix intérieure souffle que vous allez déranger, que vous serez perçue comme ingrate ou pénible. Cette voix, vous l’entendez avec votre propre timbre — mais elle vient d’ailleurs.
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Vous vous sentez seule même entourée. Une solitude particulière, douce et coupante. La sensation qu’on ne peut pas vraiment vous atteindre. Gibson la nomme la emotional loneliness — une solitude affective qu’aucune compagnie ne dissipe.
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Vous êtes le bon parent des autres. Pour vos amis, pour vos collègues, parfois pour votre propre père ou votre propre mère. Vous avez appris très tôt à lire les autres, à anticiper, à réconforter. Cette compétence est précieuse, elle vous a longtemps protégée. Elle devient un piège quand elle vous coupe de votre propre besoin.
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Vous êtes très exigeante avec vous-même. Une voix interne vous parle durement quand vous échouez, quand vous hésitez, ou quand vous vous sentez fatiguée. Cette voix n’est pas neutre. Elle reproduit, souvent, le ton que vous n’avez pas reçu — ou que vous avez reçu trop souvent.
Ces signes ne sont pas un diagnostic. Ce sont des indices. Si plusieurs résonnent fort, ils méritent peut-être qu’on s’y arrête.
Une donnée de recherche pour situer l’ampleur : la méta-analyse de référence sur la prévalence mondiale de la négligence d’enfance, conduite par Stoltenborgh, Bakermans-Kranenburg et van IJzendoorn et publiée en 2013 dans Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, retient une prévalence d’environ 18 % de négligence émotionnelle déclarée dans l’enfance au niveau mondial (16 échantillons, 59 655 participants). Une méta-analyse plus récente, conduite par Carvalho Silva et collègues (Psychiatry Research, 2024) sur 122 études en populations psychiatriques, retrouve une prévalence d’environ 43 % chez les adultes consultant pour un trouble psychiatrique. Le manque émotionnel d’enfance est plus répandu qu’on ne le croit. Et il laisse une trace.
Parent immature ou parent narcissique : quelle différence ?
C’est une distinction que Gibson tient à poser, et il me semble intéressant de l’aborder parce qu’elle change la posture thérapeutique — et non la légitimité de la blessure.
Le parent narcissique au sens clinique fonctionne autour d’un noyau de grandiosité, d’envie, de besoin d’admiration. Il instrumentalise l’enfant pour nourrir sa propre image, il peut humilier et détruire avec méthode. Le diagnostic de trouble de la personnalité narcissique (NPD) reste rare en population générale.
Le parent émotionnellement immature, lui, n’est ni grandiose ni méthodique. Il est dépassé ! Il peut tenir à son enfant — parfois sincèrement — mais il ne sait pas être présent à ce qu’il traverse. Il n’a pas reçu, lui-même, ce qu’il faudrait pour transmettre. Le rôle de parent demande des ressources internes qu’il n’a, à mon avis, jamais réellement développées.
Soyons honnêtes : comprendre cela n’est ni un alibi, ni une demande de pardonner. L’absence d’intention systémique n’efface pas l’impact. L’enfant qui n’a pas été vu reste un enfant qui n’a pas été vu. Votre blessure est réelle, même quand celui qui l’a infligée le faisait sans le vouloir.
Cette distinction est une boussole pour votre travail. Si vous explorez en thérapie le souvenir d’un parent narcissique, vous explorez un système de domination. Si vous explorez le souvenir d’un parent immature, vous explorez un système de manque. Les deux blessent. Les approches diffèrent. Et certains parents combinent les deux registres — raison de plus pour avancer sur mesure, sans étiquette qui ferme.
Qu’est-ce que se reparenter soi-même concrètement ?
Se reparenter, c’est offrir à l’adulte que vous êtes aujourd’hui ce que l’enfant que vous avez été n’a pas pu recevoir. Ce n’est ni de la pensée positive, ni un refus de la réalité d’hier. C’est un acte précis, répétable, qui peut aider votre système nerveux autonome (= automatique) à intégrer une nouvelle expérience de sécurité interne.
Gibson reprend de Donald Winnicott — le pédiatre et psychanalyste britannique qui a forgé les notions de good enough mother (mère suffisamment bonne) et de holding environment (environnement contenant) — une idée libératrice : il ne s’agit jamais d’être parfait. Il s’agit d’être suffisamment présent, suffisamment souvent. Le chercheur en développement Ed Tronick a même chiffré ce suffisamment : environ 30 % du temps d’attention finement accordée suffit, à condition que les ruptures soient suivies de réparations (Tronick & Gold, The Power of Discord, 2020). Cette donnée n’excuse rien — elle indique seulement que la cible, dans la relation que vous nouez avec vous-même aujourd’hui, n’est pas la perfection mais la réparation.
Trente pour cent. C’est étrange à dire, mais ça change tout !
Les quatre missions du parent, appliquées à soi-même
Gibson identifie quatre missions essentielles du parent : protéger, nourrir, guider, poser des limites. Le reparentage consiste à les exercer envers vous-même.
Vous protéger d’abord. Cela commence par remarquer quand vous vous parlez durement, quand vous acceptez l’inacceptable, quand vous restez dans un lieu — relationnel, professionnel, familial — qui vous abîme. Vous protéger, c’est oser dire non. C’est aussi vous mettre à l’écart d’un fil de discussion familial qui vous fait mal. C’est reconnaître que cette voix critique interne reproduit une parole reçue, et qu’elle n’est plus la vôtre à servir.
Vous nourrir ensuite. Pas seulement au sens alimentaire. Vous offrir du temps qui ne sert à rien, sinon à vous. Une promenade au bord du lac sans podcast dans les oreilles. Un repas chaud cuisiné comme on cuisine pour quelqu’un qu’on aime. Le sommeil que vous vous refusez. La tendresse, aussi — celle des relations qui vous font du bien, celle, parfois, du contact physique d’un massage ou d’un câlin.
Vous guider ensuite. Vous offrir des repères, des questions ouvertes, des décisions assumées. Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi cette année ? Où veux-je en être dans cinq ans ? Quelle prochaine étape petite et précise puis-je faire cette semaine ? Le parent émotionnellement immature ne guide pas — il commande, ou il s’efface. Vous, vous apprenez à proposer une direction sans vous l’imposer.
Vous poser des limites avec douceur. Pas des murs, des limites. Vous arrêter quand vous êtes fatiguée. Refuser une troisième sollicitation. Ne pas tout dire à tout le monde. Et, à l’inverse, vous engager pour de vrai quand vous avez dit oui.
Le rôle du témoin intérieur
Au fond, se reparenter c’est devenir le témoin attentif et chaleureux que vous n’avez pas eu. Ni un juge, ni un critique, mais un témoin. Quelqu’un qui peut dire à l’enfant que vous portez encore en vous, ce soir, après une journée difficile : « Je te vois. Ce que tu ressens compte. Tu n’es pas seul. »
Gibson résume la cible du parentage — et du reparentage — dans une formule simple, presque évidente, et pourtant si éclairante : éviter de faire ressentir à l’enfant qu’il est seul, mal-aimé, ou incompris. Trois mots à garder en tête pour la relation que vous tissez avec vous-même : seul, mal-aimé, incompris. Quand vous vous parlez, vérifiez. Est-ce que ce que vous venez de vous dire renforce l’un de ces trois ressentis ? Si oui, vous savez ce qu’il vous reste à faire…
Faut-il être un parent parfait pour soi-même ?
Non. Le besoin le plus vital d’un enfant n’est pas matériel, il est émotionnel : être accepté, relié, accordé. Et pour cela, pas besoin d’être parfait — juste suffisamment bon. Quelques minutes de sécurité totale et de connexion sincère envers vous-même suffisent souvent à réancrer une base de sécurité intérieure. C’est précisément ce qui désamorce le perfectionnisme.
Je le souligne parce que beaucoup arrivent en cabinet avec une sorte d’exigence tellement forte qu’elle en devient écrasante : tout réparer, et tout réparer parfaitement. Cette exigence est elle-même un héritage du manque — la même voix dure, retournée vers le chantier intérieur. Or Winnicott l’a montré avec sa mère suffisamment bonne : ce n’est pas la perfection qui sécurise un enfant, c’est la présence répétée, imparfaite, suffisante.
Concrètement, le reparentage ne consiste pas à panser d’un coup toutes les blessures anciennes. Il consiste à installer, jour après jour, de petites micro-connexions émotionnelles suffisamment bonnes envers vos parties de soi (IFS). Trente secondes pour vous tourner vers la partie qui a peur et lui dire : « Je te sens, je reste. » Une main sur le ventre noué. Un regard intérieur qui ne juge pas. À mon avis, c’est cette modestie-là qui rend le chemin tenable — vous n’avez pas à devenir un parent parfait pour vos parties de soi, juste un parent assez présent, assez souvent.
Comment le corps annonce-t-il qu’une partie de soi a besoin d’être écoutée ?
Une partie de soi (IFS) plus jeune parle rarement avec des mots. Elle parle d’abord par le corps : gorge serrée, ventre noué, poids sur la poitrine, envie soudaine de disparaître. Ces sensations sont sa première voix. Se reparenter commence là : écouter ce corps comme on prête l’oreille à un enfant qui n’a pas encore les mots.
Avant de raisonner, on accueille. Quand la gorge se ferme sans raison apparente, c’est souvent une petite partie de vous qui dit : « Là, j’ai peur. » Lui répondre, ce n’est pas chercher à faire taire la sensation, ni la corriger. C’est se tourner vers elle : « Je te sens. Je reste. » Les travaux de Peter Levine sur l’expérience somatique et ceux de Stephen Porges sur le nerf vague rappellent que ces signaux ne sont pas des défaillances à régler : ce sont des messages d’un système qui a appris, très tôt, à se protéger. Si une sensation physique est intense, durable ou inhabituelle, un avis médical reste le premier réflexe : l’écoute du corps ne remplace pas un examen.
Et si mon ressentiment ne demandait pas à être régulé, mais écouté ?
Le ressentiment, l’épuisement, la sur-adaptation ne sont pas forcément des défaillances internes à corriger par la logique ou la méditation. Souvent, ce sont des signaux qui pointent vers l’extérieur : poser une limite, faire un choix clair, oser une conversation qu’on évite. La voie n’est pas toujours de mieux se réguler — parfois, c’est d’agir.
Quand « travailler sur soi » entretient l’épuisement
Une cliente me confiait récemment : « Je suis pleine de ressentiment envers mes amis et mon boss. Je lis du développement personnel pour accueillir et lâcher prise, mais je suis de plus en plus épuisée. »
Cette phrase, je l’entends souvent, sous mille variantes. Et elle cache un piège que le manque émotionnel d’enfance installe très tôt : croire que tout inconfort est un problème en soi, à apaiser, à corriger, à faire taire. L’enfant qui n’a pas été vu apprend que ses émotions dérangent. Devenu adulte, il retourne cette règle contre lui-même — et cherche, à coups de méditation, de lectures, de « travail sur soi », à éteindre ce qui, justement, essaie de lui parler.
Car parfois, le ressentiment n’est pas un défaut de régulation. C’est un baromètre juste. Il signale qu’une limite a été franchie, qu’un oui a été dit alors que le corps disait non, qu’on s’adapte depuis trop longtemps à ce qui ne nous convient pas. Vouloir le « lâcher » par la seule volonté, c’est demander au baromètre de mentir. D’où l’épuisement : on dépense une énergie folle à museler un signal qui, au fond, demande un acte.
Si on adopte la grille de lecture des parties de soi (IFS) — une métaphore pour donner du sens à ce qui se joue en nous —, cette partie qui porte le ressentiment n’est pas une ennemie à calmer. C’est une protectrice. Elle a appris, très tôt, à encaisser pour préserver le lien. Plutôt que de la faire taire, on l’écoute : qu’essaies-tu de me dire ? Et souvent, sous la colère, se cache un besoin précis — le besoin d’oser prendre sa place, et qui attend d’être porté dans le monde réel : une conversation à tenir, un non à formuler, une déception à assumer plutôt qu’à éviter.
C’est là qu’avec l’hypnose ericksonienne, un détour utile devient possible : se projeter dans l’avenir. Imaginer, en séance, la conversation difficile déjà tenue, le non déjà posé, la déception de l’autre déjà accueillie — et observer ce que le système nerveux en fait. Cette répétition intérieure permet au corps de tester sa propre sécurité avant l’acte, de découvrir qu’il peut survivre à un désaccord, qu’il a le droit de prendre sa place. Souvent, ce n’est pas une émotion de plus à réguler qu’il vous manque. C’est un geste à oser dans le monde.
Comment l’hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS) aident-ils à se reparenter ?
Lire un livre sur le reparentage, regarder une vidéo, comprendre avec la tête — c’est utile, et même nécessaire. Mais cela ne suffit souvent pas. Parce que votre blessure ne s’est pas inscrite dans la pensée. Elle s’est inscrite dans votre corps, dans votre système nerveux autonome (= automatique), dans vos automatismes émotionnels. Le cortex sait. Le limbique, lui, ne sait pas encore.
C’est là que des approches expérientielles peuvent prendre le relais.
L’hypnose ericksonienne : ouvrir un espace intérieur
Avec l’hypnose ericksonienne — celle qu’a développée Milton Erickson, fondée sur l’écoute, la suggestion indirecte, le respect du rythme de la personne — un travail de reparentage devient possible de l’intérieur. Pas d’injonction. Pas de programmation. Une invitation, dans un état de conscience où l’imaginaire et les sensations corporelles peuvent se réorganiser en douceur.
En séance, vous pouvez retrouver spontanément une scène d’enfance et y amener une présence adulte chaleureuse — la vôtre, ou celle d’une figure ressource. Vous pouvez offrir à l’enfant que vous avez été ce qu’il n’a pas reçu : un regard qui voit, une parole qui rassure, un contact qui contient. Ce n’est pas du fantasme. C’est un travail symbolique, avec vos propres symboles, qui peut modifier vraiment la trace que la situation a laissée dans le système nerveux.
Le travail avec les parties de soi (IFS) : laisser le Self prendre la place
Le modèle IFS (Internal Family Systems) du psychothérapeute américain Richard Schwartz propose une cartographie précieuse pour le reparentage. Selon Schwartz, nous sommes habités par plusieurs parties de soi : des parties exilées (qui portent les blessures anciennes), des parties protectrices (qui défendent, parfois durement, pour que ces blessures ne refassent pas surface), et un Self — un noyau de présence calme, curieuse, compatissante.
Une précision clinique : dans l’optique IFS, ces parties protectrices ne sont pas des défauts à combattre. Ce sont des sagesses anciennes, qui ont fait le travail qu’elles pouvaient faire, à l’âge où elles l’ont fait, avec ce qu’elles avaient. Le reparentage commence quand on apprend à les accueillir — pas à les éteindre.
À partir de là, le Self peut s’approcher d’une partie exilée. Sans jugement. Sans précipitation. La partie qui se sent abandonnée à six ans n’a pas besoin qu’on la convainque qu’elle a tort. Elle a besoin qu’on s’assoie à côté d’elle, qu’on l’entende, qu’on accueille ce qu’elle porte depuis si longtemps. Quand la partie se sent suffisamment vue, elle peut, à son rythme, décharger (unburden) ce qu’elle a porté seule — Schwartz décrit ce processus comme une libération relationnelle, partie après partie, jamais comme un effacement imposé par le Self.
Pourquoi combiner les deux
L’hypnose ericksonienne propose l’état de conscience qui ouvre l’accès. Le travail avec les parties de soi propose la cartographie qui aide à se repérer une fois entré. Combinées, ces deux approches dessinent un reparentage qui n’est ni intellectuel ni rituel : un travail qui s’incarne, à la cadence de votre système nerveux.
Dans ma pratique, à mon avis, ce qui rend ce travail possible, c’est le respect strict de votre rythme. Vous n’allez nulle part où vous n’êtes pas prête à aller. Aucune méthode ne vous reparente à votre place — elle vous propose d’apprendre à le faire vous-même.
Combien de temps faut-il pour se reparenter ?
C’est une question qui revient souvent. La réponse honnête se décline en deux temps.
Premier temps : une seule séance peut déjà créer un déclic — ce moment où ce qui était coincé à l’intérieur se débloque, où une voix critique interne s’assouplit, où un souvenir change de couleur. Dans ma pratique, je constate souvent qu’une seule séance suffit pour amorcer ce mouvement. C’est aussi pour cela que j’invite à commencer par vivre une séance, au présent, sans préjuger de la suite.
Deuxième temps : ce qui se transforme durablement — votre rapport à vous-même, votre tolérance à l’intimité, votre manière d’exister dans une relation — est vovre chemin personnel qui s’inscrit dans la durée. Cette durée ne ressemble pas à un protocole, et elle n’est pas la même pour tout le monde. Elle dépend de ce que vous avez à traverser, du rythme qui vous convient, des ressources dont vous disposez par ailleurs. Se reparenter est un chemin, pas un rendez-vous unique.
Ce qui change, dans la durée, ce n’est pas que votre histoire d’enfance disparaît. C’est que vous cessez d’en être prisonnière. Vous apprenez à reconnaître vos voix internes, à les nommer, à choisir laquelle vous écoutez. Vous commencez à goûter — d’abord timidement, puis plus largement — que vos besoins ont le droit d’exister, que vos émotions ne sont pas dangereuses, que vous pouvez être seule sans être abandonnée.
C’est un nouvel apprentissage. Heureusement vous pouvez, à n’importe quel âge, faire de nouveaux apprentissages mieux adaptés à votre vie actuelle — y compris celui de devenir pour vous-même le parent que vous n’avez pas eu.
Si cette approche vous parle, n’hésitez pas à emprunter ce chemin. C’est de toute façon une aventure personnelle fascinante ! Et si vous le souhaitez, n’hésitez pas à me contacter gratuitement et sans engagement pour partager.
Comment savoir si mon enfance était toxique alors que tout le monde trouvait ça normal ?
Souvent, le manque ne s’est jamais présenté comme un manque : il portait le visage de la normalité familiale, « c’est comme ça chez nous ». Une enfance peut abîmer sans scène spectaculaire — il suffit que certaines règles invisibles aient été apprises comme des évidences. Les reconnaître comme apprises, et non comme « vraies », est le premier pas du reparentage.
Vous cherchez peut-être un événement marquant, une preuve assez grosse pour justifier ce que vous ressentez. Et vous ne trouvez rien. Parce que ce qui vous a manqué n’était pas un drame — c’était un climat. Un ensemble de normes que personne, autour de vous, n’a jamais remises en question. Quand tout un système familial partage la même règle implicite, cette règle devient l’air qu’on respire. On ne la voit pas. On la transmet.
Quelques-unes de ces normes silencieuses, souvent décrites en cabinet :
- Interdit de questionner. « C’est comme ça, un point c’est tout. » Demander pourquoi, c’était être insolente. Vous avez appris à obéir avant de comprendre, et à douter de votre propre lecture des choses.
- Balayer sous le tapis. On ne parlait pas de ce qui faisait mal. On souriait par-dessus. La paix, chez vous, valait mieux que la vérité — alors vous vous taisiez.
- L’affection sur commande. Embrasser l’oncle même quand le ventre disait non. On vous a appris que votre ressenti corporel comptait moins que les convenances.
Le piège, avec ces normes, c’est qu’elles ne se discutent pas : elles se vivent comme allant de soi. Tant qu’elles restent invisibles, vous les retournez contre vous — « c’est moi qui suis trop sensible », « j’exagère ». Le travail n’est pas de tout remettre en cause d’un coup, ni de refaire le procès de votre famille. C’est, plus modestement, de distinguer ce qui était une vérité du réel de ce qui n’était qu’une habitude de la maison. Et cette distinction-là, votre système nerveux ne la fait pas tout seul avec la tête : il l’apprend dans l’expérience. C’est précisément ce qu’un travail avec l’hypnose ericksonienne et les parties de soi (IFS) peut amorcer — accueillir l’enfant qui a cru, longtemps, que tout cela était normal.
Pour aller plus loin
Pour les clientes
Livres :
- Jonice Webb, Running on Empty — Overcome Your Childhood Emotional Neglect, éd. Morgan James Publishing, 2012 — un livre de référence sur la négligence émotionnelle d’enfance, écrit dans un langage accessible ; à lire en anglais, faute de traduction française à ce jour.
- Pia Mellody, Vaincre la dépendance, éd. J’ai Lu, 1999 — pour celles chez qui le manque parental a fait grandir une dépendance affective qui pèse aujourd’hui dans les relations.
Vidéos & ressources : la chaîne YouTube de Heidi Priebe (à rechercher directement par son nom) explore avec finesse les conséquences adultes de l’attachement insécure et propose des pistes concrètes de travail intérieur.
Pour les professionnels
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison — Un nouveau modèle de psychothérapie, éd. Elsevier-Masson, 2009 — la référence pour le travail avec les parties de soi (IFS), disponible en français.
- John Bowlby, Attachement et perte (trilogie : L’attachement, La séparation, La perte), éd. PUF — le socle théorique de la théorie de l’attachement, à lire pour qui veut comprendre la base sécure.
- Donald W. Winnicott, Jeu et réalité, éd. Gallimard, 1975 — pour les notions de holding environment et de good enough mother, qui éclairent toute pratique du reparentage.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — pour comprendre comment le trauma relationnel s’inscrit dans le système nerveux, et pourquoi le langage seul ne suffit pas.
Voir aussi sur le site
- 👉 Traumatisme et choc émotionnel — Comprendre l'empreinte du trauma relationnel
- 👉 Dépendance affective — Quand l'attachement insécure colore les relations adultes
- 👉 S'auto-abandonner avec des parents narcissiques — La distinction parent immature / parent narcissique
- 👉 L'enfant qui a appris à disparaître — Quand on a appris jeune à se faire petit
- 👉 Devenir son propre point d'ancrage — Sécurité intérieure — cohérent avec le travail de reparentage
- 👉 Auto-compassion et honte traumatique — Sortir de la voix interne dure héritée de l'enfance
- 👉 Pervers narcissique : se reconstruire — Pour la distinction clinique avec le parent immature
- 👉 Cabinet de Marc Binggeli à Lausanne — L'approche au cabinet
- 👉 Le vide qu'on fuit, les fuites qu'on félicite — Quand workaholisme, dévouement ou écrans servent à ne pas sentir le vide