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L’IFS (Internal Family Systems) : comprendre le travail avec les parties de soi
Dépendance affective et trauma sont souvent liés. Le travail avec les parties de soi (IFS) et l'hypnose ericksonienne ouvre une autre voie. Hypnothérapeute à Lausanne.
Vous avez peut-être croisé l’expression « parties de soi » dans un article, une vidéo, ou dans la bouche d’un thérapeute. Et vous vous êtes demandé, légitimement, ce qu’elle recouvre vraiment. Est-ce du sérieux, ou une métaphore de plus ? Voici une explication honnête, sans jargon inutile et sans survente. Et pourquoi, quand on se sent en guerre contre soi-même, cette approche change quelque chose — et comment je m’appuie dessus, avec l’hypnose ericksonienne.
Qu’est-ce que l’IFS ?
L’IFS, pour Internal Family Systems (le système familial intérieur), est une approche qui part d’une observation simple : nous ne sommes pas une psyché d’un seul bloc. En nous cohabitent plusieurs voix intérieures — des parties — chacune avec sa préoccupation, souvent protectrice, parfois en conflit avec les autres. La part de vous qui veut avancer et celle qui freine ne sont pas votre ennemie et votre alliée : ce sont deux parties qui cherchent, chacune à sa façon, à vous protéger.
Le principe fondateur tient en une phrase : aucune partie n’est mauvaise. Celle qui s’accroche, celle qui s’efface, celle qui se met en colère la première — toutes ont d’abord servi à tenir bon. L’IFS ne leur fait pas la guerre. Elle les écoute. C’est un changement de regard : on cesse de vouloir supprimer un « défaut » pour comprendre ce qu’une partie de soi a cherché à préserver.
Cette approche n’a rien de magique ni d’ésotérique. C’est un cadre clinique, une carte pour s’orienter dans son monde intérieur — pas une vérité sur la façon dont le cerveau est câblé.
D’où vient l’IFS ?
L’IFS a été développée dans les années 1980 par Richard C. Schwartz, un thérapeute familial américain. En travaillant avec des personnes en grande souffrance, il a remarqué qu’elles décrivaient spontanément leur vie intérieure en termes de « parties » : une partie qui saborde, une autre qui protège, une autre qui porte la douleur. Formé aux thérapies systémiques — celles qui regardent la famille comme un ensemble de relations —, il a eu cette intuition : et si le monde intérieur s’organisait, lui aussi, comme une famille ?
De là est né le modèle du système familial intérieur. Depuis, l’approche s’est diffusée bien au-delà de son point de départ, notamment dans l’accompagnement du trauma et de l’attachement. Elle reste un modèle clinique parmi d’autres : utile parce qu’il aide à agir, pas parce qu’il prétendrait décrire la mécanique exacte de l’esprit.
C’est quoi une « partie de soi » ?
Une partie de soi, c’est une manière de nommer une voix intérieure récurrente : une réaction, une émotion, une stratégie qui se déclenche toujours de la même façon. Ce n’est pas une personne miniature qui vivrait en vous. C’est une image, une métaphore utile pour dialoguer avec ce qui, sinon, resterait confus. Quand on dit « une partie de moi a envie de fuir, une autre veut rester », on ne décrit pas deux êtres : on met des mots sur un conflit intérieur réel.
Les protecteurs : ceux qui montent la garde
Certaines parties passent leur vie à protéger. L’une cherche à plaire pour ne pas être quittée. Une autre s’efface pour ne pas déranger. Une troisième, plus brutale, coupe le lien la première, pour ne pas risquer d’être abandonnée. Ces stratégies peuvent sembler nuisibles vues de l’extérieur ; à l’intérieur, elles ont toujours eu une intention protectrice. Elles ont tenu quelque chose, souvent depuis très longtemps, souvent toutes seules.
Les exilés : ceux que l’on a mis à distance
Derrière les protecteurs se tiennent les parties les plus jeunes et les plus blessées : ce que l’IFS appelle les exilés. Ce sont elles qui gardent intacte la douleur de n’avoir pas été assez vues, entendues, ou tenues. On les a mises à distance parce que leur souffrance était trop grande à porter au quotidien. Les protecteurs, justement, montent la garde autour d’elles. C’est pourquoi vouloir simplement « faire taire » un comportement échoue si souvent : tant que l’exilé n’est pas rejoint, le protecteur ne lâche rien.
Comme le rappelle souvent Richard Schwartz, il n’y a pas de mauvaises parties : seulement des parties forcées à des rôles extrêmes par des blessures qu’elles n’ont pas choisies.
Qu’est-ce que le Self ?
Au-delà des parties, l’IFS pose l’existence d’un centre calme, curieux, capable de compassion — ce qu’elle appelle le Self. Concrètement, c’est cette part de vous qui, dans un moment de recul, peut regarder une émotion sans être submergée par elle. Le Self n’a jamais été blessé. Une histoire difficile ne l’abîme pas : elle le recouvre, comme des nuages recouvrent le ciel sans l’effacer.
Le travail consiste, précisément, à dégager l’accès à ce noyau — pour que les parties blessées cessent de diriger seules la vie. Quand ce centre calme reprend sa place, la partie exilée n’est plus seule face à sa peur : quelqu’un, à l’intérieur, peut enfin la regarder sans la fuir. Le ton change. La question n’est plus « comment me débarrasser de ça ? » mais « qu’est-ce que cette partie a tant eu peur de perdre ? ». La guerre intérieure s’apaise, non parce qu’on a gagné, mais parce qu’on a cessé de la mener seul.
Comment l’IFS se combine à l’hypnose ericksonienne ?
Dans ma pratique, l’IFS et l’hypnose ericksonienne se répondent. L’IFS aide à comprendre ce qui se joue en vous — les protecteurs, les parties blessées, ce centre calme. L’hypnose ericksonienne, elle, permet d’aller les rejoindre pour de vrai, pas seulement d’en parler. Elle crée un état léger de conscience, une attention intérieure où les parties se manifestent sans la censure du mental rationnel. On ne remplace pas l’un par l’autre. L’hypnose donne au travail avec les parties une porte plus directe, plus incarnée.
Parler au corps, pas seulement à la tête
Beaucoup de personnes savent parfaitement « d’où ça vient » et restent prises malgré tout. C’est que le trauma et les vieilles peurs ne logent pas dans le raisonnement : ils logent dans le corps, dans les réflexes, dans les couches anciennes du système nerveux. Comprendre intellectuellement ne suffit presque jamais. L’hypnose ericksonienne permet d’adresser ces couches autrement — par l’image, la sensation, la métaphore —, là où une partie blessée peut réellement entendre qu’elle n’est plus en danger. C’est une autre langue, celle que parle l’enfant figé à l’intérieur.
Accueillir, jamais forcer
Le geste n’est pas de chasser une partie. C’est de l’accueillir, et de la laisser déposer son fardeau au rythme où elle le peut. Une partie protectrice ne baisse pas la garde sur ordre ; elle le fait quand elle constate, de l’intérieur, que le Self est là pour tenir ce qu’elle tenait seule. Ce lâcher-prise ne se décrète pas : il se permet. Et c’est tout un art que de créer les conditions où une partie figée depuis longtemps accepte, enfin, de relâcher un peu.
À quoi ça sert concrètement ?
L’IFS n’est pas réservée à un trouble précis. C’est une manière de travailler qui éclaire beaucoup de situations où l’on se sent en guerre contre soi-même : la peur de l’abandon qui dicte les choix, la honte qui pousse à s’effacer, l’anxiété qui monte la garde en permanence, ces schémas relationnels qui se répètent sans qu’on comprenne pourquoi. Dans chacun de ces cas, il y a une partie qui protège, et une autre, plus jeune, qui attend d’être rejointe.
C’est pourquoi cette approche revient souvent, en filigrane, dans mon travail. Par exemple, elle éclaire la blessure d’abandon et la dépendance affective, ces liens où le besoin de l’autre efface le sien. Elle aide aussi à comprendre la honte héritée d’une mère narcissique et le réflexe de faire plaisir à tout prix. Et elle donne un cadre concret pour rejoindre une partie exilée avec l’hypnose, sans la brusquer.
Y a-t-il des données cliniques ?
La recherche sur l’IFS est récente, mais elle commence à documenter des effets. Une étude pilote publiée dans Frontiers in Psychiatry le 27 mars 2025 a évalué un programme de groupe fondé sur l’IFS auprès de personnes souffrant à la fois de stress post-traumatique et d’un trouble de l’usage de substances. Sur un petit échantillon, elle relève une baisse des symptômes de stress post-traumatique de 1,7 point par semaine à l’échelle PCL-5 (p = 0,002), avec 54 % des participants montrant une amélioration cliniquement significative.
Il faut lire ce résultat avec prudence : une étude pilote sur un groupe restreint n’est pas une preuve définitive, et ces personnes traversaient sans doute autre chose que vous. Mais la direction est encourageante — travailler sur les parties, et pas seulement sur le symptôme, produit un changement mesurable. C’est une donnée d’espoir, pas une promesse.
Combien de temps cela prend-il ?
Souvent, une seule séance suffit à créer un déclic ; certaines situations demandent d’aller un peu plus loin. Ce qui compte n’est pas la gravité apparente, mais la confiance qu’une partie protectrice met à céder un peu de terrain. Ce qui se transforme n’est pas une liste de comportements : c’est la relation que vous entretenez avec les parties de vous qui ont tenu, longtemps, toutes seules. Le jour où une partie n’a plus à monter la garde seule, ce qui semblait une urgence vitale redevient, doucement, un choix.
Si quelque chose là-dedans vous a touchée, même sans savoir quoi, un travail est possible, au cabinet à Lausanne. Le premier pas est un entretien téléphonique gratuit d’une trentaine de minutes : faire connaissance, comprendre où vous en êtes, et voir ensemble si cette approche vous convient.
Pour aller plus loin
Pour les particuliers
- Richard C. Schwartz, Pourquoi nous sommes essentiellement bons (No Bad Parts), éd. Quantum Way, 2023 — une entrée accessible et incarnée dans le travail avec les parties de soi et le Self.
- Richard C. Schwartz, Petit guide de la thérapie IFS, éd. Quantum Way, 2023 — un abord bref et concret du système familial intérieur pour découvrir l’approche.
- Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien, éd. Albin Michel, 2018 — comment le trauma s’inscrit dans le corps, et ce qui permet d’en sortir.
Pour les professionnels
- Richard C. Schwartz, Système familial intérieur : blessures et guérison, éd. Elsevier Masson, 2009 — l’exposé fondateur du modèle, en français.
- Richard Schwartz & Martha Sweezy, Internal Family Systems Therapy (2e éd.), éd. Guilford Press, 2020 — le manuel de référence de l’approche.
- Janina Fisher, Dépasser la dissociation d’origine traumatique : soi fragmenté et aliénation interne, éd. De Boeck Supérieur, 2019 — parties dissociatives, trauma complexe et stabilisation.