Guérir d’un traumatisme psychique par l’hypnothérapie

Peut-on guérir d'un traumatisme psychique ? L'hypnose est l'une des rares techniques rapides permettant de revivre après un traumatisme.

En bref — Un traumatisme psychique confronte à l’impuissance, survient sans prévenir et échappe au sens. Le corps et l’inconscient continuent d’y réagir au présent, bien après les faits. L’hypnose conversationnelle, en respectant le rythme de la personne, permet d’approcher cette charge émotionnelle en sécurité, morceau par morceau — sans jamais forcer le récit.

On parle de traumatisme psychique face à une situation qui confronte à la possibilité de mourir (réellement ou symboliquement), survient de façon soudaine, place en position d’impuissance, et semble ne pas avoir de sens pour la personne qui la traverse. Lorsque ces conditions sont réunies, il s’accompagne souvent d’un syndrome de stress post-traumatique (PTSD) : l’événement revient au présent, en boucle, avec sa charge émotionnelle (images, sensations, cauchemars), sur fond de vécu anxieux latent, parfois jusqu’aux attaques de panique. Pour comprendre le traumatisme et le stress post-traumatique dans le détail — mécanismes, différence entre trauma simple et complexe, symptômes corporels — vous trouverez une vue d’ensemble sur ma page dédiée.

Cet article se concentre sur une question plus précise : que fait concrètement l’hypnose face à un traumatisme psychique, et pourquoi l’hypnose conversationnelle diffère-t-elle de l’hypnose dite « classique » sur ce terrain sensible ?

Comment l’esprit se protège-t-il d’un traumatisme psychique ?

Notre esprit va tout faire pour nous protéger de l’insupportable, jusqu’à ce que l’on dispose des ressources pour le gérer en sécurité : dissociation, refoulement, évitement, hypervigilance. Si l’origine d’un traumatisme psychique ne nous est plus forcément accessible consciemment, l’événement « non digéré » gouverne souvent inconsciemment nos comportements — au point de ne plus pouvoir savourer une vraie relation d’intimité, de rester dans l’hypercontrôle, ou de voir certains déclencheurs allumer instantanément le système limbique (fuir, agresser ou se figer) alors que le cerveau rationnel nous dit, avec un peu de retard, que nous sommes en sécurité.

J’ai eu en cabinet plusieurs clientes chez qui le conflit inconscient entre deux éléments absolument essentiels (par exemple sécurité et intimité) finissait par se traduire dans leur corps, comme si une maladie de la peau était la solution acceptable trouvée par notre inconscient pour préserver la cohabitation entre les deux opposés.

Bessel van der Kolk résume ainsi ce que le corps garde en mémoire : « Le corps garde le compte » — même quand l’esprit conscient a rangé l’événement au passé, l’organisme, lui, continue parfois d’y réagir comme s’il se produisait maintenant.

Comment l’hypnose conversationnelle aide-t-elle à traiter un traumatisme psychique ?

Accompagner une personne qui porte un traumatisme psychique impose une approche particulière : ne jamais vous ramener sans protection vers le souvenir de l’événement, ni réveiller l’un des déclencheurs. C’est d’autant plus vrai avec la transe légère que favorise l’hypnose, qui peut lever les sécurités mises en place par votre cerveau pour contenir l’innommable.

Pourtant toute autre approche basée sur le récit ou la correction cognitive de comportements, pour ne pas même parler des médicaments prescrits pour masquer les symptômes du traumatisme psychique, ne peut atteindre les couches inconscientes à l’origine du problème et donc permettre de le régler.

Alors que faire ?

Oublier un passé pénible ?

On me demande souvent s’il est possible avec l’hypnose de faire oublier un souvenir ! Des phénomènes amnésiques peuvent effectivement être induits par l’hypnose (tout comme nous « oublions » parfois naturellement où nous avons déposé nos clés, ce qu’il fallait absolument acheter au supermarché, ou l’endroit où nous avions parqué notre voiture). On oublie… mais on fini par retrouver et rien n’a été résolu. Cette stratégie d’évitement est donc, comme toutes les autres d’ailleurs, inadaptée sur le long terme.

Changer un souvenir avec l’hypnose ?

C’est un autre type de demande qui m’est parfois adressée. Il est effectivement facile de modifier un souvenir, que ce soit avec l’hypnose mais pas seulement.

Imaginez une discussion entre collègues à la pause : « Tu te rappelles comment X était habillée lors de la soirée du personnel, c’en était presque comique…« . – « Ah bon ? Elle avait sa robe […]. De quoi tu parles ? » – « Mais pas du tout, elle portait […]. » Une photo retrouvée permettra certainement de départager les deux souvenirs… et la personne dont le souvenir était différent verra ce dernier se transformer. Si vous la questionnez ultérieurement sur cet événement, elle se remémorera (probablement) les détails corrects.

Cela nous est déjà arrivé à tous, et pas besoin d’hypnose pour cela… Dans le cas d’un souvenir traumatique, le problème ne se trouve pas à ce niveau. Il ne s’agit pas tant d’un souvenir pénible, mais d’un événement qui reste vivace au présent. Il n’a justement pas été archivé en événement passé, en souvenir. Ce n’est donc pas une approche valide.

L’approche de l’hypnose classique

En hypnose classique, on installe d’abord un lieu intérieur sûr (une « safe place »), puis on suggère quelque chose comme : « Pendant que votre esprit conscient se concentre sur ma voix, votre esprit inconscient cherche les éléments du problème et, à son rythme, répare ce qui doit l’être… ». On approche la difficulté sans vraiment y entrer, en laissant l’esprit faire au mieux. On répète ces suggestions sous toutes leurs variantes, puis on attend.

Une autre voie courante consiste à vous mettre à distance de l’émotion du traumatisme, pour reconsidérer « sereinement » ce qui s’est passé. Oui, mais… ce qui s’est passé s’est bel et bien passé. Aucun regard d’adulte posé sur ce moment ne rendra acceptable l’inacceptable. Et consoler l’enfant intérieur pour l’aider à grandir, à lui seul, ne suffira malheureusement pas.

Cette approche vous fait entrer en transe légère avec le traumatisme encore présent. Elle abaisse le filtre entre le conscient et l’inconscient — au risque de rouvrir la charge trop vite (ce qu’on appelle une abréaction) — et s’en remet à l’inconscient pour faire au mieux, ce qu’il fait déjà, au fond.

Une approche possible en hypnose conversationnelle

En hypnose conversationnelle, une approche consiste à vous laisser « traduire » ce qui fait mal dans une métaphore (émotionnelle, mais sûre), puis à accompagner cette histoire transposée vers une issue plus apaisée. Par analogie, l’esprit sait très bien reprendre ce qui compte dans cette résolution symbolique et le ramener dans la réalité. C’est proche de ce qu’on appelle le Clean Language de David Grove.

L’idée est d’avancer pas à pas, en suivant le rythme que votre inconscient propose, en dénouant un à un ce que le traumatisme a laissé derrière lui (culpabilité, deuil, etc.). Ces nœuds, on peut aussi les voir comme autant de parties de soi (IFS) restées bloquées dans le moment du choc, chacune porteuse d’une stratégie de protection qui avait du sens à l’époque. Travailler ainsi préserve votre sécurité : vous accueillez et digérez la charge émotionnelle morceau par morceau. Petit à petit, vous reprenez confiance dans votre capacité à « y aller » à votre rythme, et l’inconscient apprend ce processus de digestion en sécurité — sans qu’on vous force jamais la main.

Une étude pilote menée par Hodgdon et ses collègues (2021) sur des personnes ayant vécu des traumatismes multiples dans l’enfance va dans ce sens : après 16 séances de thérapie basée sur les parties de soi (IFS), 92% des participantes ne remplissaient plus les critères diagnostiques du PTSD au suivi à un mois. Il s’agit d’un essai ouvert, sans groupe témoin, mené sur seulement 17 personnes — une piste encourageante donc, pas une preuve définitive, mais qui confirme l’intérêt clinique de travailler nœud par nœud plutôt que de forcer un récit global.

Et bien sûr, il n’est jamais question de « vérifier » en séance que ça a marché en vous replaçant dans un contexte traumatique. Ce serait tout l’inverse du soin.

Sécurité avant tout !

Chaque personne est différente, et l’approche pour apaiser la charge émotionnelle d’un traumatisme psychique s’adapte à vous. Une chose ne change jamais : votre sécurité passe avant tout. Vous avancez à votre rythme, jamais au-delà de ce que vous vous sentez prête à traverser.

Si quelque chose dans ces lignes a résonné avec ce que vous vivez, sachez qu’il n’y a rien à décider tout de suite. On peut simplement en parler : je propose un premier échange téléphonique gratuit d’une trentaine de minutes, pour voir ensemble, sans que vous ayez à vous engager, si mon accompagnement au cabinet à Lausanne pourrait vous convenir.


Pour aller plus loin

  • Bessel van der Kolk, Le corps n’oublie rien (Albin Michel, 2018) — comprendre comment le traumatisme s’inscrit dans le corps et le cerveau.
  • Pete Walker, Le trouble de stress post-traumatique complexe (Dangles, 2024) — de la survie à l’épanouissement après les blessures de l’enfance.

Apaiser un traumatisme psychique passe rarement uniquement par le traitement de l’événement. Cela passe aussi, et souvent surtout, par la réparation du sentiment d’abandon qui l’a suivi. C’est ce que j’explore en détail dans : Surmonter un traumatisme : se libérer du sentiment d’abandon.

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