Anxiété : pourquoi elle revient toujours (et comment s’en libérer vraiment)

Pourquoi l'anxiété revient malgré tous vos efforts

En bref — Vous avez compris pourquoi vous étiez anxieux. Vous avez identifié le déclencheur, fait du lien avec l’enfance, lu des livres. Et pourtant, l’anxiété revient. Toujours.

La raison est simple, et elle n’est pas dans votre tête : une partie de vous a appris l’anxiété pour vous protéger, à un moment où vous en aviez besoin. Et tant que cette partie ne se sent pas vraiment reconnue — pas seulement comprise intellectuellement, mais ressentie comme alliée — elle continue à faire son travail. Encore et encore.

Cet article ne cherche pas à définir l’anxiété ni à lister les troubles anxieux : pour cela, voyez comprendre les formes de troubles anxieux. Ici, je vous explique pourquoi le pattern persiste, ce qu’est une partie protectrice au sens du travail avec les parties de soi (IFS), et comment l’hypnose ericksonienne aide à dénouer ce cycle au cabinet à Lausanne.

Pourquoi l'anxiété revient-elle même après l'avoir comprise intellectuellement ?

Parce que la compréhension cognitive et la régulation émotionnelle ne se font pas dans la même zone du cerveau. Comprendre passe par le cortex préfrontal. L’anxiété, elle, naît dans le système limbique et le tronc cérébral — des structures plus anciennes, plus rapides, qui ne lisent pas les raisonnements.

Vous pouvez vous répéter cent fois « je sais que c’est irrationnel ». Cela ne change rien tant que la partie de vous qui a installé l’anxiété — pour de bonnes raisons, à une époque où c’était utile — n’a pas reçu un autre message. Pas un argument. Une expérience. Un signal corporel que la menace est passée et qu’elle peut, enfin, lâcher son poste.

C’est ce que met en évidence Bessel van der Kolk dans Le corps n’oublie rien : le savoir conscient ne suffit pas à libérer un système nerveux qui a appris la vigilance. Il faut un travail qui parle directement à ces couches profondes.

Qu'est-ce qu'une partie protectrice anxieuse en thérapie IFS ?

Le modèle du travail avec les parties de soi (IFS), développé par Richard Schwartz, propose une lecture simple : nous sommes pluriels. Chacun de nous abrite des « parties », sortes de sous-personnalités internes, qui ont chacune une histoire, une fonction et une intention bienveillante — même quand leur comportement semble pénible.

Une partie anxieuse n’est pas un défaut à corriger. C’est une protectrice. Quelque part dans votre histoire — souvent dans l’enfance — elle a pris en charge un rôle : anticiper le pire, scanner l’environnement, vous garder en alerte. À l’époque, cela vous a peut-être évité bien pire qu’une crise d’angoisse.

Le problème n’est pas qu’elle existe. Le problème, c’est qu’elle ne sait pas que le danger est passé. Elle tient son poste, encore et encore, parce que personne en interne ne lui a dit qu’elle pouvait poser les armes. Et tant que vous essayez de la faire taire, elle interprète cela comme une menace de plus — et redouble d’effort.

Que se passe-t-il dans le corps quand une partie anxieuse prend le contrôle ?

Le système nerveux autonome bascule en mode sympathique : cœur accéléré, respiration courte, muscles tendus, digestion ralentie. C’est la réponse de survie classique, étudiée par Stephen Porges (théorie polyvagale) et Peter Levine.

Quand cette bascule devient habituelle, le corps perd la capacité de revenir spontanément au calme. Il reste perché en alerte, même au repos. C’est ce que Levine appelle une énergie de survie figée : une mobilisation qui n’a jamais pu se décharger, et qui continue à tourner en arrière-plan.

À ce stade, le mental rationalise ce que le corps vit déjà : « j’ai peur, donc il doit y avoir un danger ». La pensée court derrière la sensation. Pas l’inverse.

« Je suis quelqu’un d’anxieux. » Non. Une partie de vous porte l’anxiété pour vous protéger — ce n’est pas votre identité, c’est son rôle.

Comment se forme un cycle d'anxiété qui s'auto-entretient ?

Le cycle se referme en trois temps :

  1. Activation — Une situation, une pensée, parfois rien d’apparent, déclenche la partie anxieuse. Sensations corporelles : nœud à l’estomac, oppression, vertige.
  2. Réaction de lutte — Une autre partie de vous, alarmée par ces sensations, tente de les faire taire. Elle ressort la respiration profonde, la rationalisation, l’évitement, parfois l’alcool ou le sucre. Cette tentative envoie au système le message : « ce que tu ressens est dangereux ».
  3. Renforcement — La partie anxieuse reçoit la confirmation que oui, c’est grave. Elle augmente le signal. Le mental se met à ruminer pour « trouver la solution ». Les pensées tournent. Le corps reste tendu.

Vous croyez combattre l’anxiété. En réalité, vous la nourrissez. Chaque tentative de la faire taire la convainc qu’elle est indispensable.

Pourquoi « se calmer » ne suffit jamais à dénouer le cycle ?

Se calmer est utile à court terme. Une respiration carrée fait baisser la fréquence cardiaque, c’est mécanique. Mais cela ne dit rien à la partie protectrice sur la raison de son existence.

Imaginez une employée loyale qui fait son travail depuis vingt ans. Si vous lui criez chaque jour de se taire, elle se taira peut-être quelques minutes — puis reviendra plus déterminée. Si à l’inverse vous vous asseyez avec elle, écoutez ce qu’elle protège, lui montrez que vous voyez son rôle, alors elle peut envisager de relâcher la vigilance.

Les techniques de relaxation, la cohérence cardiaque, la pleine conscience : elles aident à créer la fenêtre de calme nécessaire pour faire ce travail. Elles ne sont pas le travail.

Tenter de faire taire une partie protectrice, c’est lui confirmer que le danger est réel.

Comment accueillir une partie anxieuse au lieu de la combattre ?

Accueillir, ce n’est pas approuver l’anxiété ni s’y résigner. C’est cesser de la rejeter. C’est se tourner intérieurement vers la partie qui porte cette charge et, avec curiosité, lui demander : « Qu’est-ce que tu protèges ? Depuis quand tu fais ce travail ? »

Cette posture intérieure est ce que Schwartz appelle l’accès au Self : ce noyau de présence calme, curieuse, qui n’est ni une partie ni une voix supplémentaire, mais le lieu d’où l’on peut entrer en relation avec ses parties. Tout le monde y a accès, même si certaines histoires l’ont rendu temporairement inaccessible.

Quand une partie anxieuse rencontre cette présence — pas un argument, pas une technique de gestion, juste une présence qui l’écoute sans vouloir la changer — quelque chose se relâche. Pas magiquement. Progressivement. Et c’est dans ce relâchement que le travail thérapeutique peut commencer.

Comment l'hypnose ericksonienne et le travail avec les parties de soi (IFS) aident-ils à dénouer ce cycle ?

L’hypnose ericksonienne installe un état modifié de conscience qui contourne le mental analytique — celui-là même qui tient le cycle ouvert en cherchant des solutions logiques. Dans cet état, le contact avec les parties intérieures devient direct, fluide, ressenti plutôt que pensé.

Combinée au travail avec les parties de soi (IFS), elle permet de :

  • Accéder à la partie anxieuse dans un espace de sécurité interne, sans qu’elle se sente attaquée.
  • Comprendre son histoire : quand elle a pris ce rôle, ce qu’elle protégeait, ce qu’elle craint si elle l’abandonne.
  • Faire entendre que le contexte a changé — non par le discours, mais par une expérience interne vécue.
  • Décharger les souvenirs et émotions que cette partie portait pour vous, parfois depuis l’enfance.

Les parties protectrices ne disparaissent pas. Elles n’ont pas vocation à disparaître : leur sagesse vous appartient. Elles se transforment — passent d’un rôle de garde permanent à un rôle d’alliée disponible. L’anxiété cesse alors d’être un mode de fonctionnement par défaut.

Au cabinet à Lausanne, j’accompagne ce travail avec une approche intégrative : hypnose ericksonienne, travail avec les parties de soi (IFS), PNL, neurosciences de l’attachement et du trauma.

Questions fréquentes

Combien de séances faut-il pour dénouer un cycle anxieux ?

Cela dépend de l’ancienneté du pattern et de ce qu’il porte. Pour une anxiété situationnelle récente, quelques séances peuvent suffire. Pour un fond anxieux installé depuis l’enfance, c’est un travail plus long — souvent quelques mois — qui ne se mesure pas en nombre de séances mais en transformations vécues.

Une partie anxieuse peut-elle vraiment disparaître ?

Non, et c’est une bonne nouvelle. Elle se transforme. Son rôle évolue : elle cesse d’être en alerte permanente et devient une ressource consultée quand c’est pertinent. C’est cela, une thérapie aboutie — pas l’élimination d’une partie de soi, mais sa réintégration apaisée.

Faut-il avoir vécu un traumatisme pour avoir une partie protectrice anxieuse ?

Pas nécessairement un traumatisme au sens événementiel. Une atmosphère familiale tendue, un parent imprévisible, une exigence de performance précoce, une solitude affective : tout cela suffit à installer une partie qui apprend à scanner les menaces. Ce sont les petits t que Francine Shapiro décrit dans son travail sur l’EMDR — moins visibles que les grands traumatismes, tout aussi structurants.

Si je commence à accueillir mon anxiété, est-ce qu’elle ne va pas empirer ?

C’est une crainte fréquente, et compréhensible. En séance, ce travail se fait progressivement, avec des points d’ancrage et une régulation constante. Vous n’êtes pas seul face à la partie : la présence du thérapeute soutient l’accès au Self. C’est la différence avec « affronter ses peurs » brutalement.

Sortir du cycle

L’anxiété n’est pas votre ennemie. C’est une partie de vous qui a tenu son poste, parfois pendant des décennies, parce que personne ne lui a montré qu’elle pouvait se reposer.

Si vous lisez cet article, c’est probablement que quelque chose en vous est prêt à entendre cette partie autrement. Le premier pas est un échange. Je propose un entretien téléphonique de 30 minutes, gratuit et sans engagement, pour comprendre votre situation, évaluer si mon approche correspond à ce que vous cherchez, et répondre à vos questions.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers

Livres

  • Richard SchwartzNo Bad Parts (2021) et Internal Family Systems Therapy. La référence pour comprendre le travail avec les parties de soi.
  • Bessel van der KolkLe corps n’oublie rien (2014). Comment le système nerveux garde la trace des expériences et pourquoi le travail corporel est essentiel.
  • Peter LevineRéveiller le tigre. L’énergie de survie figée et son rôle dans l’anxiété chronique.
  • Gabor MatéLe mythe de la normalité (2022). Sur les racines précoces des troubles anxieux dans l’environnement affectif.

Sur le site

Pour les professionnels

  • Stephen PorgesThe Polyvagal Theory (2011). Base neurophysiologique de la régulation autonome et de l’anxiété chronique.
  • John BowlbyAttachement et perte. Les racines précoces de l’insécurité dans la relation d’attachement primaire.
  • Frank AndersonTranscending Trauma (2021). Application clinique d’IFS au trauma complexe.

Voir aussi