Reprendre la main sur sa vie : 5 signes qu’on laisse trop au hasard

Subir sa vie au lieu de l'orienter, ce n'est pas un défaut de motivation. 5 signes qu'une saison de passivité se termine, lus à travers l'hypnose ericksonienne et l'IFS.

En bref — Subir sa vie au lieu de l’orienter, ce n’est pas un défaut de motivation. C’est souvent une vieille adaptation, apprise très tôt, quand demander, désirer, oser semblait dangereux. Cet article propose une lecture thérapeutique de cinq signes qu’une saison se termine — celle de la passivité — et qu’une autre s’ouvre. En filigrane, l’hypnose ericksonienne et l’IFS comme voies pour récupérer une agentivité que la volonté seule ne sait pas remettre en marche.

Marc Binggeli, hypnothérapeute à Lausanne, accompagne ce travail avec l’hypnose ericksonienne, en présentiel.

Pourquoi le cynisme apparaît-il quand on a renoncé à désirer ?

Le cynisme n’est pas une intelligence supérieure du réel — c’est souvent une protection contre la déception. Il s’installe quand le système nerveux a appris qu’espérer fait mal. Il étouffe le désir avant qu’il puisse être déçu, mais il étouffe aussi la vie.

Quand le cynisme remplace le désir

Il y a un moment, dans certains parcours, où la première chose que l’on remarque chez quelqu’un n’est plus ce qui pourrait nous plaire. C’est ce qui pourrait nous faire mal. Une attitude, une phrase, un détail. La liste des « drapeaux rouges » devient longue, soigneusement tenue. La liste de ce que l’on cherche, elle, reste floue.

Cela ressemble à de la lucidité. C’est souvent autre chose : une stratégie de protection qui a pris toute la place.

Et si le cynisme était en réalité un signal très fort qu’on n’exerce pas assez d’agentivité dans sa vie ? Tant qu’on examine ce qui ne va pas chez les autres, on n’a pas à se demander où vivent réellement les personnes que l’on aimerait rencontrer. Tant qu’on inventorie le marché du travail défaillant, on n’a pas à essayer dix approches qu’on n’a jamais tentées. Là-dessous, ce sont souvent les patterns d’attachement qui filtrent ce qu’on perçoit.

En séance, j’observe régulièrement cette mécanique. Une cliente arrive en disant qu’il « n’y a plus d’hommes disponibles », « plus rien d’intéressant », « plus rien qui vaille la peine ». Quand on prend le temps de remonter, on découvre presque toujours une part très ancienne — au sens de l’IFS — qui a appris très tôt que désirer mène à la déception. Cette part protège. Elle préfère qu’on n’attende rien plutôt que de revivre l’effondrement de l’attente. Elle n’est pas notre ennemie. Elle est notre gardienne, et elle a fait son travail trop bien.

L’hypnose ericksonienne propose une autre manière d’aborder cette part. Pas de la combattre. Pas de la « remplacer par des pensées positives ». Mais d’aller la rencontrer dans cet espace particulier qu’ouvre un état léger de conscience, où le système nerveux se détend assez pour que cette gardienne puisse, enfin, déposer ses armes.

Le plaisir est-il un luxe ou un signal nerveux essentiel ?

Le plaisir n’est pas un dessert qu’on s’autorise après avoir mérité : c’est l’indicateur que le système nerveux est en sécurité suffisante pour s’ouvrir. Sans micro-plaisirs réguliers, le corps reste en mode survie. Cinq minutes de café au soleil informent le système qu’il est en vie.

Le plaisir n’est pas une fuite : c’est un signal

L’idée nous traverse souvent : si je m’autorise à m’amuser, à flirter, à tenter, je serai moins sérieuse, moins responsable, je perdrai pied.

C’est presque toujours l’inverse.

La dopamine, dans le cerveau, ne se réduit pas au plaisir de l’instant. Elle est aussi liée à l’anticipation d’une récompense — c’est ce qu’a mis en lumière dès 1997 le neurophysiologiste Wolfram Schultz (étude A Neural Substrate of Prediction and Reward, Science) : le circuit dopaminergique répond fortement au moment où quelque chose annonce une récompense à venir, pas seulement à la récompense elle-même. Autrement dit : c’est en concevant délibérément une vie qui nous met en route vers quelque chose qui nous tient à cœur que cette énergie de désir revient. Une formation qui nous attire. Un projet qui prend forme. Une rencontre qu’on prépare. Une marche qu’on s’entraîne à faire.

À l’inverse, scanner son environnement en espérant qu’un événement heureux finisse par nous tomber dessus est l’une des manières les plus sûres d’éprouver cet épuisement particulier qu’on appelle parfois « anhédonie ». Un mot savant pour une expérience très simple : plus rien n’a vraiment de saveur.

Si c’est ce que vous traversez, ce n’est pas un manque de volonté. C’est un système nerveux fatigué d’attendre. Un système qui a appris, quelque part, que vouloir activement ne servait à rien — voire était dangereux. C’est tout un art, en réalité, que de réapprendre à laisser revenir cet élan retenu sans forcer, à le distinguer d’une autre injonction qui demanderait juste de « se bouger ».

Pourquoi notre entourage façonne-t-il ce qu’on s’autorise à vivre ?

Le système nerveux se régule par co-régulation : on absorbe le climat émotionnel des personnes proches. Si l’entourage normalise la résignation, c’est ce qui devient l’horizon possible. Choisir consciemment ses 5 personnes les plus proches n’est pas mondain — c’est clinique.

Les personnes qui nous entourent dessinent ce qui devient possible

C’est l’un des leviers les plus discrets, et l’un des plus puissants.

Quand nous passons du temps avec des personnes dont la manière d’être nous inspire — pas dont la vie ressemble à la nôtre, mais dont la vie ressemble à quelque chose qu’une partie de nous reconnaît comme désirable —, notre cerveau, en arrière-plan, internalise quelque chose. Pas tellement leurs stratégies explicites. Plutôt leur posture. Leur rapport au possible. Une certaine permission silencieuse.

On ne peut pas forcer la chance, mais on peut s’exposer aux environnements où elle vit plus volontiers. La rencontre amoureuse qu’on espère n’arrive pas dans son salon. L’opportunité professionnelle qu’on attend ne se présente pas devant l’écran de notre série du soir.

Mais — et c’est là que la lecture thérapeutique devient importante — pour beaucoup de personnes qui consultent, sortir de ce cercle restreint ne relève pas d’un simple « il suffit de ». Si l’on a grandi dans un environnement où montrer ses besoins se payait d’humiliation, où exister visiblement déclenchait du rejet, alors aller là où se trouvent les gens qu’on admire déclenche une alerte intérieure immense. Le système limbique, et non le cognitif, prend la main. Le corps se replie.

C’est ce que l’hypnose ericksonienne et l’IFS adressent : non pas le « comment faire », mais le pour qui ce serait dangereux à l’intérieur de soi. Et c’est presque toujours une part très jeune, qui a besoin d’être rassurée avant que l’adulte d’aujourd’hui puisse mettre un pied dehors.

Comment les boucles ouvertes drainent-elles l’énergie nerveuse ?

Chaque tâche commencée et non finie reste active dans le mental, comme un onglet qui consomme du processeur. À 50 boucles ouvertes, l’épuisement n’est plus mystérieux. Fermer 3 boucles par jour libère plus d’énergie que ne le fait n’importe quelle technique de respiration.

Quand l’énergie nous échappe : les boucles ouvertes

Il existe un état particulier que beaucoup de personnes décrivent en thérapie. On a « rien fait » de la journée. On n’a pas non plus vraiment reposé. On est resté assise sur le canapé, l’esprit en sourdine, le corps lourd, avec cette sensation diffuse que le temps passe sans qu’on l’habite.

Ce n’est pas de la paresse. Ce n’est pas non plus du repos.

Ce sont des boucles ouvertes. Des conversations qu’on sait qu’on doit avoir et qu’on repousse. Des e-mails qu’on doit envoyer et qu’on n’envoie pas. Des décisions qu’on diffère. Tant que ces boucles ne se referment pas, le système nerveux reste en activation basse — pas assez pour agir, trop pour récupérer. Cet état est l’un des plus coûteux énergétiquement.

La piste cognitive habituelle consiste à dire : « Fais une liste, hiérarchise, accomplis une tâche après l’autre. » C’est rarement ce qui débloque. Parce que ces boucles, quand on les regarde de près, ne sont pas administratives. Elles sont émotionnelles. Sous l’e-mail repoussé, il y a un conflit anticipé. Sous la conversation différée, il y a la peur de blesser, ou d’être abandonnée. Sous la tâche reportée, il y a une vieille honte de ne pas être à la hauteur.

C’est précisément ce que vise un travail thérapeutique de fond. Apaiser le terreau émotionnel — l’humiliation, la peur, le figement — qui rend ces gestes simples si coûteux, hors de toute proportion. Quand ce terreau s’apaise, les boucles se referment d’elles-mêmes, presque sans effort. Et l’énergie revient, parce qu’elle n’est plus consommée à maintenir le couvercle.

Pourquoi un désir gardé secret a-t-il moins de chances de se réaliser ?

Un désir tenu en silence reste dans le mental. Verbalisé à voix haute, il sort de la rumination, devient une intention qui circule. Pas besoin d’un plan détaillé : nommer le désir suffit à le faire exister dans le monde, et à mobiliser l’inconscient pour l’avancer.

Les désirs gardés secrets ne se réalisent pas

Le cinquième signe est peut-être le plus parlant. Personne autour de vous ne sait précisément ce que vous voulez.

Pas vos amies. Pas votre famille. Pas vos collègues. Pas vos partenaires.

Pourquoi ne le disons-nous pas ? Deux raisons principales reviennent en consultation.

La première, c’est qu’on ne le dit pas tant qu’on n’est pas « parfaitement clair » sur ce qu’on veut. Donc jamais. Parce que la clarté ne vient pas en pensant — elle vient au contact du réel. Comme l’écrivait à peu près un sage taoïste : celui qui connaît trop le chemin avant de marcher n’arrive nulle part. On affine en essayant. On précise en parlant. On ne précise pas en silence.

La seconde raison est plus douloureuse. C’est la honte. Vouloir être en couple alors qu’on est seule depuis longtemps. Vouloir changer de métier alors qu’on est « censée » être stable. Vouloir un enfant. Vouloir un autre type de vie. Dire ces désirs à voix haute, c’est avouer un manque. Et avouer un manque, pour beaucoup de personnes, c’est revivre quelque chose d’ancien et de très peu sûr.

Ce que j’observe en cabinet le confirme : la fréquence avec laquelle, en partageant ce qu’on croyait honteux, on s’entend répondre « moi aussi » est massivement disproportionnée par rapport à la fréquence des rejets imaginés. Mais cette disproportion, on ne peut pas la savoir à l’avance. On ne peut que l’éprouver.

Encore une fois, ce n’est pas une question de « se forcer à parler ». C’est une question d’accueil des parties qui, en soi, ne se sentent pas autorisées à désirer. C’est ce que l’IFS et l’hypnose ericksonienne permettent — créer un espace intérieur où la part qui a peur peut être entendue, sans qu’on lui demande de se taire ou de « faire confiance ».

Comment retrouver son agentivité après une longue période de subir ?

L’agentivité n’est pas un trait de caractère qu’on a ou qu’on n’a pas — c’est un état nerveux. Elle revient par micro-décisions répétées : où je place mon regard, ce que je dis, à qui je dis non. Pas de grand plan : un retour quotidien aux choix qu’on s’autorise.

L’agentivité, ce n’est pas un trait — c’est un retour à soi

Une chose, pour finir, qu’il me semble important de poser.

Les cinq signes décrits dans cet article ne sont pas des défauts. Ce ne sont pas non plus des « mauvaises habitudes » qu’il suffirait de corriger par la discipline. Ce sont des stratégies adaptatives mises en place très tôt, par un système nerveux qui a fait ce qu’il a pu, dans un environnement où ce qu’il pouvait suffisait.

Aujourd’hui, ces stratégies coûtent plus qu’elles ne protègent. Mais elles ne se changent pas par injonction. Elles se transforment par un travail client avec les blessures qui les ont fait naître. C’est précisément le terrain de l’hypnose ericksonienne, qui ne s’adresse pas à votre raison — laquelle est souvent d’accord avec tout ce qui précède — mais à votre système limbique, à votre corps, à ces parties plus jeunes qui ont besoin d’autre chose que d’arguments pour se sentir, enfin, en sécurité de désirer.

Pour aller plus loin

Pour les particuliers concernés

  • Kain Ramsay, Responsibility Rebellion (Houndstooth Press, 2020).
  • Clémence Peix Lavallée, Trouver ses forces intérieures (Odile Jacob, 2017).
  • Elaine N. Aron, Hypersensibles (Marabout, 2013).
  • Therapy in a Nutshell, How to Build Self-Discipline & Take Action on Hard Things — disponible en ligne.
  • Doctor Ramani, Why You Can’t Just ‘Move On’ from Toxic Patterns — disponible en ligne.
  • Healthy Gamer GG, Why Smart People Get Stuck — disponible en ligne.

Références professionnelles

  • Giorgio Nardone, Psychothérapie brève à long terme (Satas, 2014).
  • Guillaume Poupard, Virgile Stanislas Martin et al., Manuel pratique d’hypnothérapie (InterEditions, 2018).
  • Giorgio Nardone & Claudette Portelli, La connaissance par le changement (Satas (Le Germe), 2005).

→ Voir aussi la page Références — Développement personnel.

Si vous reconnaissez deux ou trois de ces signes dans votre vie en ce moment, ce n’est pas un verdict. C’est une invitation à regarder ce qui, en vous, attend depuis longtemps qu’on lui propose un autre cadre. La saison de la passivité a duré ce qu’elle devait durer. La suivante peut commencer.


Si vous reconnaissez deux ou trois de ces signes, peut-être qu’en parler une fois, sans pression, pourrait suffire à y voir plus clair. Je propose un premier entretien téléphonique de trente minutes, gratuit, pour qu’on regarde ensemble si le cadre vous convient. C’est au cabinet à Lausanne, avec l’hypnose ericksonienne, en présentiel, parce que ce travail-là demande la présence du corps.

Marc Binggeli — hypnothérapeute, Lausanne

Entretien téléphonique gratuit et sans engagement ☎ Réservation sur OneDoc